Un mur tombe et la misère continue !

1. A l’Est, rien de nouveau !
Depuis quelques mois, les bourgeois de l’Est de l’Europe opèrent localement une transformation spectaculaire (1) dans la gestion du capital et l’encadrement du prolétariat. En Pologne, en Hongrie, en Allemagne de l’Est et en Tchécoslovaquie, on réforme à tout va, on restructure, on multipartise, on «libéralise» la presse, etc., dans «un grand souffle de liberté», comme le chante la langue de bois démocratique des médias mondiaux. Mais que cachent ce chambardement, ce réel remodelage des fonctionnements de la bourgeoisie et à quoi correspondent ces réformes? Elles correspondent essentiellement à la nécessité pour la bourgeoisie de gérer la crise en défendant son taux de profit, tout en prévenant et en court-circuitant les inévitables révoltes consécutives à la pression économique que subit le prolétariat.
La crise du Capital n’a pas de frontières… mais elle s’exprime différemment selon la façon qu’ont les bourgeois locaux de l’endiguer! L’économie des pays de l’Europe de l’Est est ruinée, effondrée. Des informations recueillies çà et là illustrent l’absence de travail et la faiblesse de la productivité: tel ouvrier, en Tchécoslovaquie, dit que dans son imprimerie «on ne travaille réellement que deux jours par semaine»; tel autre, toujours en Tchécoslovaquie, dit que les ouvriers «perdent parfois la moitié de leur temps de travail à cause d’une mauvaise organisation». D’ailleurs, là-bas, les prolétaires appellent leur paie un «soutien au chômage» car ils se considèrent tous à moitié chômeurs; telle ouvrière en RDA, parle de 5O% d’absentéisme dans les usines. Un ouvrier russe résume bien la situation par cette boutade: «on fait semblant de travailler et l’Etat fait semblant de nous payer»!
L’hypocrisie démocratique s’illustre encore une fois particulièrement à travers les «cris du coeur» des médias: «il faut aider la Pologne à passer l’hiver!». Comme si le Capital laissait une place à l’aide, à la solidarité, à la fraternité! La seule raison pour laquelle les bourgeois lâchent du pain, est leur peur de voir la faim se transformer en une remise en question violente de leur ordre terroriste. Les émeutes de la faim en Argentine viennent encore de nous montrer récemment la vitesse avec laquelle les bourgeois savent se montrer généreux lorsque le prolétariat s’énerve: quelques heures après la première émeute, des camions entiers de nourriture étaient envoyés dans les quartiers ouvriers!
Le protectionnisme relatif défendu à l’Est ainsi que la structure rigide de l’Etat dans cette zone, a eu comme effet que dans la guerre impitoyable que se livrent les bourgeois entre eux, les constellations capitalistes et fractions aujourd’hui dominantes que représentent, par exemple, la CEE ou les USA ont pris le dessus et ont dicté leur loi aux accents plus franchement libre-échangiste.
Il était donc d’une nécessité criante pour ces nations d’Europe centrale de restructurer «leur» économie, à la fois pour compenser, par la baisse du salaire social des ouvriers, les pertes capitalistes, et à la fois pour empêcher que les prolétaires ne se révoltent et ne rejettent tout réformisme, toute alternative bourgeoise. Ici encore, la bourgeoisie a su s’adapter avec une rapidité et une souplesse incroyable.
Les vieilles oligarchies staliniennes sont déboulonnées avec une facilité qui montre bien à quel point il était vital pour l’ensemble du système qu’une équipe réformiste prenne le relais. Le schéma est presque formellement le même pour tous ces pays où l’opposition et l’aile gauche des PC nationaux gèrent les réformes et la transition au multipartisme, aux élections libres, etc. Et l’on voit ainsi le POUP et Solidarité, le SED et le Nouveau Forum, le PC de Hongrie -devenu PS- et le Forum Démocratique,…, faux «frères ennemis» d’hier, brandir aujourd’hui, ensemble, dans un touchant élan, le drapeau de leur économie nationale et discuter de la fin du stalinisme, de la réalisation de l’idéal démocratique commun, de la nécessité de sauver le pays,… et appeler ensemble les prolétaires au calme et au refus de l’emploi de la violence. A Prague, Vaclav Havel et Dubcek (du Forum Civique) serrent la main à leurs anciens geôliers staliniens. A Moscou, les assassins d’hier reconnaissent aujourd’hui officiellement l’invasion de Prague comme une «erreur». Les cartes de rechange de la bourgeoisie assument leur fonction, et, alors que tous ces «jokers» ont bien évidemment toujours été d’accord sur l’essentiel -le maintien de l’ordre capitaliste marchand!-, on les fait ressortir du jeu de carte pour nous faire croire que cette «opposition» serait une opposition aux réels problèmes qui engendrent la misère, la répression et la terreur.
Les prolétaires à l’Est sont ainsi éclaboussés des slogans qui ont fait le bonheur de l’ordre «multipartiste» en Occident. L’heureux futur et la réponse pleine d’espoir qui leur sont aujourd’hui vendus c’est la liberté d’association, de presse, de culte, les élections libres, les syndicats libres, les droits de l’homme, l’ouverture du marché, bref des droits, des droits… et encore des droits, mais toujours pas de pain! Comme si le fait d’associer légalement dans un même parlement différentes fractions de la bourgeoisie changeait quelque chose au fait qu’à l’Est comme à l’Ouest, l’ordre démocratique, l’exploitation continue à régner. Et de fait, la réalité de la continuité capitaliste fera bien vite déchanter ceux qui, trop crédules face aux promesses de l’Etat à l’Est, pensent que la situation va s’améliorer. Il ne faudra même pas attendre que les forces démocratiques des différents «Forum» arment la défense de leurs réformes et tirent sur les prolétaires, pour se rendre compte qu’ils défendent les mêmes intérêts que les staliniens. Tout comme cette ménagère russe qui déclarait cyniquement ne pas trouver la «perestroika» quand elle ouvrait son frigo, les prolétaires à l’Est déchanteront vite face à l’impossibilité pour le Capital, quelle que soit la fraction qui le gère, d’offrir quoi que ce soit d’autre que l’approfondissement catastrophique de sa crise et la baisse conséquentielle des conditions de vie du prolétariat.
Là où les chars ont écrasé les prolétaires en lutte à l’Est, on espère aujourd’hui calmer le caractère explosif de la situation par le biais du droit… à se faire exploiter, doublé maintenant de la liberté d’élire ses exploiteurs! C’est cela l’alternative bourgeoise aux décennies de stalinisme rude et austère contre lequel se dressent les prolétaires. Elle ne tiendra pas dix ans!

2. A Berlin, un mur est tombé, mais la misère continue !
En Allemagne de l’Est, la bourgeoisie mène une course folle pour récupérer le mécontentement généralisé. Le caractère hautement explosif de la situation a successivement déterminé l’Etat à accepter et à légaliser les manifestations monstres de ces derniers mois, à octroyer massivement les permis de sortie pour l’Ouest, à déboulonner la vieille momie qu’est Honecker, à proposer le multipartisme et des élections libres, à déboulonner Egon Krenz après une brève proposition pour faire de cet ancien bras droit d’Honecker, le nouveau dirigeant de l’état, à abattre des pans du mur de Berlin, à emprisonner les membres les plus haïs des anciens gouvernements,…, etc. Mais les spectaculaires mesures qu’ils prennent ne semblent pas calmer assez vite les rancoeurs et rages trop longtemps contenues des prolétaires. Ceux qui descendent maintenant dans la rue demandent des comptes. A Dresde, Rostock, Cottbus et Suhk, ils sont entrés dans les bâtiments de la police politique -les assassins de la Stasi- et ont détruit des documents et fichiers établis par les flics. A Erfurt, des manifestants ont appelé à créer des «groupes de vigilants» pour surveiller les immeubles de la police secrète. Des actions sont menées contre l’armée est-allemande -la NVA-, mais aussi contre des installations soviétiques. Le gouvernement a formulé plusieurs appels au maintien de l’ordre en insistant sur le fait que «les atteintes à l’ordre et à la sécurité des installations militaires ne doivent pas être tolérées, l’accès illégal aux armes et au carburant empêchés»…
Dans le même sens et provoqués par la même terreur de voir les prolétaires s’approcher des armes qui les mettront à bas, les bourgeois est-allemands ont fait désarmer les unités de milice présentes dans les usines, parce que les armes dont ces milices sont pourvues (canon sans recul, DCA, lance-grenades, véhicules blindés,…) représentent une tentation énorme pour tous ceux qui, au-delà de tout le cirque démocratique que l’opposition met en place, rêvent d’en découdre militairement avec l’ennemi de classe. Les fractions bourgeoises de tous bords ont peur de l’explosion et rassemblent préventivement les armes. Les démocrates de Neue Forum sentent le «danger» (le prolétariat!) venir et complètent le désarmement en appelant au calme. L’Eglise protestante souligne, quant à elle, que «si la colère des habitants était compréhensible (…), aucune violence n’était excusable (…) et qu’il ne faut pas céder à la haine».
La bourgeoisie court ainsi à perdre haleine pour empêcher la situation d’exploser. Et peu importe les idéologies qui animaient hier les distinctes fractions bourgeoises. Les mêmes staliniens «de droite» d’hier, commanditaires et exécuteurs des massacres de 1953 (Egon Krenz, par exemple, dauphin désigné de Honecker,…), se posent aujourd’hui à l’avant-garde des réformes et restructurent à tour de bras, tandis que l’opposition (Neue Forum,…) agit de concert et complémentairement en transformant chaque poussée de «ras-le-bol» venue de la base en une demande responsable pour plus de démocratie, pour un véritable «socialisme». Donner un «visage humain» à l’inhumain, faire admettre aux prolétaires une image acceptable de leur l’exploitation et de leur misère, voilà le projet qui détermine la panique bourgeoise actuelle et les retournements de veste «politiques» en RDA (mais aussi en Tchécoslovaquie,…). Dans d’autres pays socialistes, en Algérie et en Chine, par exemple, la bourgeoisie a réagi trop tard et n’a pu éviter le bain de sang.
Mais il est un autre fantôme que la bourgeoisie ressort à l’occasion de la restructuration en Allemagne de l’Est: celui de l’Allemagne réunifiée. Il est clair qu’il n’y a pas de «problème allemand», de notre point de vue de classe. La question de la réunification des deux pays a pour fonction de détourner et de transformer la lutte des prolétaires pour l’amélioration de leurs conditions de vie, en une défense d’un état concentrant et centralisant des forces productives plus importantes que celles dont disposent les capitalistes des nations concurrentes. Cela n’a rien à voir avec la volonté des prolétaires en Allemagne de l’Est de retrouver des parents et amis de l’autre côté du mur, ou encore avec le fait que des ouvriers viennent en Allemagne de l’Ouest à la recherche de meilleurs salaires, ou de marchandises introuvables à l’Est. Mais l’Etat utilise cette réalité pour encourager au nationalisme et y noyer l’affirmation d’intérêts prolétariens.
Et, de fait, dès septembre 89, les Allemands de l’Est fuyaient une nation pour une autre, où les attendait… du travail! A peine arrivés, ils faisaient l’expérience des joies du marché libre «à l’occidentale» sous forme de dizaines de petits et grands patrons venus leur faire des propositions d’embauche, tout intéressés par l’afflux nouveau d’une main d’oeuvre bon marché. Il n’y avait pas non plus de travail pour tout le monde et les ouvriers, venus solidaires en Allemagne de l’Ouest, se sont retrouvés en concurrence avec leurs frères de classe.
Si donc, la tendance au monopole et aux grandes concentrations économiques (tendance qui s’accentue en temps de crise parce qu’il s’agit d’être plus forts face à la concurrence) pousse à une probable Allemagne réunie, celle-ci se fera de toute façon contre les intérêts actuels et futurs des ouvriers.
En tant qu’aire de valorisation du capital, la RDA est déjà, et depuis longtemps, dépendante de la RFA: exonération d’impôts aux exportations, relations commerciales privilégiées, aide en nature de 3,3 milliards de DM par an (non-remboursables) etc. Ne dit-on pas que, de fait, la RDA est le 13ème membre de la CEE? De plus, cette aide s’est intensifiée depuis la levée du rideau de fer, en novembre 1989. Mais ce soutien n’a, bien évidemment, rien de philanthropique. Les prolétaires en RDA n’ont pas eu leur ordinaire amélioré grâce à cette «aide». Les capitaux prêtés ne concernent que les gestionnaires du capital.
La question d’une Allemagne réunifiée, le multipartisme et les élections libres, l’abolition de l’article confiant le rôle dirigeant au PC, l’ouverture du Mur,…, toute la misère de cette bimbeloterie démagogique des droits et de la liberté retrouvée se retrouve dans cette réflexion d’un supporter de football est-allemand: «maintenant on peut aller supporter notre pays à l’extérieur»! A part cela, comme le soulignaient de nombreux prolétaires en visite à l’Ouest, c’est le droit de pouvoir lécher les vitrines, qu’ils ont surtout gagné, parce que pour ce qu’il en est de la possibilité d’acheter des marchandises, ce n’est pas vraiment de vitrines dont l’ouvrier en Allemagne de l’Est a besoin, mais d’argent pour pouvoir s’en procurer! Un mur est tombé, mais la misère continue!
La réunification des «deux» Allemagne, et le premier pas que constituait en ce sens l’ouverture du mur, n’a d’ailleurs pas que ses supporters. Ainsi, les vues démago-électoralistes d’une fraction de la bourgeoisie intéressée par l’Allemagne réunifiée se heurte à un «protectionnisme» européen (SPD-Verts) se méfiant de la «poussée démographique orientale». Sans effets de langage, les gouvernements européens ont peur de l’afflux de chômeurs dans leur pays. Et de rappeler à ce propos la «poussée démographique méditerranéenne». La réalité semble inoffensive dans les euphémismes ouatés des politologues.

* * *

Il est évident que la bourgeoisie en Allemagne de l’Est ne formule pas l’ensemble de ces propositions réformistes de son plein gré: elle y a été contrainte par la peur du prolétariat. L’expérience de Tiananmen a contraint la bourgeoisie est-européenne à tirer des leçons. Soit les mouvements déclenchés un peu partout à l’Est étaient noyés dans le sang comme en 1953 en RDA, en 1956 en Hongrie, en 198O en Pologne, ou encore en 1989, en Chine, etc. -ce qui risquait à la longue de provoquer les prémisses d’un réveil du prolétariat-, soit la bourgeoisie locale trouvait le moyen de désamorcer le mouvement en proposant quelque chose de suffisamment «nouveau», quelque chose d’aussi «tape-à-l’oeil» que la «perestroika» en Russie, mais à un niveau local.
Le problème pour la bourgeoisie en Allemagne de l’Est, confrontée à une situation aussi explosive, est et reste qu’une utilisation massive de la répression armée, tel le massacre de Tiananmen, est impossible (ou du moins très risquée) pour plusieurs raisons. D’abord, parce que l’utilisation du gendarme local (les 380.000 soldats soviétiques stationnés en RDA) est quasi impossible sous peine de compromettre l’ensemble de la campagne de réformes lancée par la bourgeoisie pour garder le contrôle du prolétariat dans toute cette zone est-européenne; ensuite, parce qu’un massacre de l’ampleur de celui qui a eu lieu en Chine poserait de graves risques de généralisation à la bourgeoisie: c’est non seulement les prolétaires de l’Allemagne de l’Ouest qui risqueraient de bouger -de nombreux liens les unissent à lleurs camarades de l’autre côté du «Mur»- mais beaucoup plus largement, cela susciterait de violentes amorces de réactions de lutte et de solidarité de l’ensemble des populations est-européennes excédées par la crise économique et la situation d’infernale austérité qu’ils subissent.
Les bourgeois en Occident, toutes fractions confondues, ont d’ailleurs bien pigé ce qui se joue derrière les manifestations de ras-le-bol à l’Est. Alors qu’ils n’arrêtaient pas de nous emmerder à l’Ouest sur la nécessité d’en finir avec le «socialisme», alors qu’ils ne rataient pas l’occasion de nous proposer d’y aller faire un tour «si nous n’étions pas contents ici», voilà tous ces mêmes salopards qui nous jouent maintenant le chapitre de la «solidarité» face aux problèmes que rencontrent les nations est-européennes! Le premier ministre belge (était-ce une blague?) résumait l’avis des bourgeois européens en appelant à faire tout ce qu’il était possible de faire «pour que l’URSS garde le contrôle de ses pays satellites». Existe-t-il demande plus claire pour que l’URSS continue d’assumer sa fonction de gendarme local? De même, c’est d’un commun accord que les deux grandes alliances militaires internationales que sont l’OTAN et le Pacte de Varsovie ont opté pour le maintien tel quel des alliances. Les bourgeois en Occident, et plus largement partout dans le monde, n’en finissent pas de prôner le statu quo, l’équilibre, la réforme en douceur,… Ils n’ont que le mot «stabilité» à la bouche parce que derrière «instabilité», c’est le nez de la vieille taupe qu’ils voient poindre! Le spectre du communisme hante toujours l’Europe!

3. Elle creuse, elle creuse, la Vieille Taupe!
Si donc, le prolétariat existe bien comme spectre, il n’en demeure pas moins que les faiblesses de son affirmation sont énormes, comme nous l’avons souligné dans notre éditorial. Il est vraiment très pénible de voir la facilité avec laquelle les différentes fractions bourgeoises encadrent les prolétaires, et réussissent à leur faire porter leurs propres drapeaux: en DDR, comme en Tchécoslovaquie, ce ne sont pas (encore!) les drapeaux noirs et les drapeaux rouges qui flottent au dessus de la tête des manifestants, mais ceux de la Nation et de la Liberté, de la Démocratie et du multipartisme. La bourgeoisie réussit ainsi à mettre en place un véritable tunnel dont l’issue ne peut que déboucher sur la guerre, -tout au moins si le prolétariat continue à se conduire sagement face à l’aile gauche de la Démocratie.
Face à cette sombre perspective, et corollairement aux critiques des faiblesses du prolétariat que nous avons développées dans notre éditorial, nous pouvons néanmoins faire preuve d’un relatif optimisme, non pas, bien sûr, en regard du manque tragique de préparation pour les affrontements futurs, mais par rapport à l’uniformisation chaque fois plus évidente, à la fois des conditions de vie du prolétariat, mais aussi des discours que les bourgeois utilisent pour justifier la crise. Il n’y a plus un bourgeois qui n’aie le mot «Démocratie» à la bouche pour faire passer son programme. Et si la démocratie, comme discours, comme idéologie mystificatrice, fait encore aujourd’hui illusion auprès de masses de prolétaires trop crédules, l’impossibilité dans laquelle se trouvent objectivement les «démocrates» d’offrir quoi que ce soit d’autre comme perspective que de la misère, ne peut que pousser le prolétariat à déchirer le mythe démocratique et à faire apparaître la Démocratie pour ce qu’elle est universellement, au-delà de tout discours, et indépendamment du «régime» en place localement: le mode de vie terroriste du Capital! Devrons-nous, en effet, attendre encore longtemps avant que le prolétariat ne se retrouve face aux armes des flics de Walesa? Et quand les Forums «Nouveaux», «Démocratiques», «Civiques» ou «Socialistes» enverront les forces de défense de la Démocratie tirer sur ceux qui n’accepteront plus les discours sur la nécessité des «sacrifices», etc,… faudra-t-il encore de longues argumentations pour démontrer l’essence démocratique commune aux «dictatures avec parti unique» et aux «régimes multipartistes»?
Le piège du pseudo-socialisme étant tombé, que reste-t-il aux bourgeois de l’Est pour dénaturer, canaliser les luttes? Le nouveau credo de Gorbatchev, la «solidarité économique» pour relever le pays, ne fonctionne pas. De plus en plus et partout, seule la voix des chars se fera entendre au prolétariat en lutte. L’uniformisation des conditions d’exploitation et des pièges idéologiques ne peut que renforcer l’uniformisation du prolétariat et donc, de ses réponses en terme de lutte.
Ce qui apparaît donc aujourd’hui comme une victoire de la bourgeoisie (qui semble suffisamment forte pour prévoir et casser un mouvement de révolte) pourrait bien en fait se retourner contre elle et devenir un renforcement de la classe ouvrière. Vas-y vieille taupe, creuse encore!

Note :
1. Les transformations à l’Est sont «spectaculaires», non pas dans le sens où les médias présentent et utilisent cet adjectif comme équivalent et synonyme d’»essentiel», -parce que justement, nous développons dans ces notes que les réformes bourgeoises ne sont jamais que des aménagements, forcément superficiels, de l’exploitation-, mais bien en référence à la «spectacularisation», à la mise en scène que la bourgeoisie opère à partir de modifications de surface (les «ouvertures»!), afin de donner pour matériels et essentiels des changements qui ne transforment en rien la situation immédiate dans laquelle se trouve le prolétariat pas plus qu’ils n’offrent même de perspectives aux bourgeois pour sortir de la crise! La seule chose qu’il y aie de spectaculaire dans les réformes à l’Est, c’est… le spectacle que les médias en font!!!

(Communisme, n°30, janvier 1990)