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Senna Hoy – Luzifer (1914)

Luzifer

Vater unser, der du warst im Himmel,
Der erste unter den Dienern des Herrn,
Wir danken dir und wir neiden dir,
Wir danken dir, dass du nicht Sklave
Sein wolltest
Und sei es des Höchsten, der zu seinem Sitze
Sich Himmel und Himmelshimmel gemacht hat
Und Erden zu seiner Füße Schemel
Wir neiden dir die jungfräuliche Wonne
Der Seele, in welcher zum erstenmale
Der Empörung Gedanke wurde gedacht.
Wir knien nicht und stammeln nicht mutlose Lügen.
Doch flennen nicht und betteln nicht.
Und während sie ihren Meister verraten
Dreimal von Mitternacht bis Hahnenschrei
Um nicht, versteht sich, zur Hölle zu fahren,
Denn also war ja sein heiliges Gebot,
Folgten wir ruhig und festen Sinnes
In tausend flammende Unterwelten
Dir, stolzer Ahn, erster Rebelle,
Wenn jeder nicht selbst sich die Hölle errang.

Senna Hoy

(Ohne Herrschaft, Literarisches Beiblatt des ‚Wohlstand für Alle‘, märz 1914)

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LUCIFER
par Senna Hoy

Notre père qui fus aux Cieux
Le premier des serviteurs du Seigneur,
Nous te louons et nous t‘envions.
Nous te louons de n’avoir pas voulu être esclave
Même du Très-haut, qui a élu domicile
A la cime des cieux où il trône
Et s’est fait de la terre un appui pour ses pieds
Nous t’envions les joies virginales
De l’âme où pour la première fois
L‘idée de révolte germa.
Nous ne nous prosternons point bégayant de lâches mensonges.
Mais comme toi nous sommes et comme toi nous souffrons
Sans pleurnicher ni quêter l’indulgence.
Et alors qu’on les vit trahir leur Maître
Trois fois de la mi-nuit au chant du coq,
Pour ne point, s’entend, aller en enfer.
— Car nul doute que ce ne fût là sa divine volonté –
Nous te suivions, calmes et sans défaillance,
Dans les abîmes infernaux.
Toi, noble ancêtre, premier des rebelles,
A moins que chacun de nous n‘eût de son côté « conquis » l’enfer.

(Traduction de Alzir Hella )

Le Libertaire, 16 mai 1914.

Alzir Hella – Senna Hoy (1914)

Senna Hoy

Senna Hoy, de qui le Libertaire a entretenu ses lecteurs dans son dernier numéro, restera une des plus belles figures du mouvement anarchiste. Non seulement il méprisa la vie calme et facile qui l’attendait, les honneurs que n’eût pas manqué de lui attirer son talent incontesté de poète — talent qu’on était déjà obligé de reconnaître alors que Senna Hoy n’avait que vingt ans — mais encore il avait sacrifié son existence à la cause des déshérités. C’est ce que les philistins de son pays ne lui pardonnèrent point. Car, à la rigueur, les gens qui possèdent — les véritables soutiens de l’ordre bourgeois — comprendraient peut-être bien — sans pour cela jamais l’admettre — l’insoumission des gueux ; mais une chose qui sort tout à fait de leur entendement, contre quoi ils s’élèveront toujours haineux et sans mesure, c’est, par un des leurs, la poussée à la révolte des spoliés.
Aussi Senna Hoy fut particulièrement traqué en Allemagne par ceux-là qui se croyaient, sinon en droit de compter sur son appui pour favoriser la perpétuation de l’état de servage actuel, du moins à l’abri de ses attaques. Mais si les poursuites dont il fut l’objet décidèrent de sa triste destinée, elles ne l’arrêtèrent point dans la voie que vaillamment il s’était tracée, au contraire.
Mieux, pour s’adonner plus entièrement à la cause d‘émancipation humaine qu’il a embrassée, il ira jusqu’à sacrifier complètement la poésie — en prison seulement là se remit à composer — subissant incontestablement de ce fait une réelle mutilation de son individualité.
C’est ainsi qu’à l‘étranger, en Suisse tout d‘abord, nous le voyons se consacrer exclusivement à la propagande et à l’agitation anarchistes.
S’il fuyait la prison en quittant l’Allemagne — il avait une peine globale d’environ deux ans à purger dans son pays — ce n’est certainement pas la crainte des souffrances qui le poussa en Russie, mais bien la soif de combattre, le désir de se dépenser sans compter pour les idées qui lui étaient chères. Voici à ce sujet la traduction d’une lettre qu‘il adressait à son ami, Pierre Ramus, réfugié à Londres et qui l’avait engagé à retourner en Allemagne.
Cette lettre est datée du 18 janvier, deux mois avant son départ pour la Russie :

« …Je me réjouis on ne peut plus d’apprendre que tu penses sérieusement à rentrer en Autriche. C’est là-bas que tu dois être, c’est au mouvement révolutionnaire autrichien que tu appartiens, toi qui as suffisamment combattu à l‘étranger pour notre idée. Mais pour moi, il n’en est pas du tout de même, et c’est une chose que tu ne peux comprendre, parce que tu n‘es pas dans ma peau. Je veux encore prendre part un peu plus et plus longtemps aussi au mouvement anarchiste étranger, avant de me rendre dans les prisons du pays indigne où je suis né — pour cela j’ai toujours le temps. Et puis je n’ai pas l’intention d’aller moisir à l’heure actuelle dans les geôles d’un pays comme l‘Allemagne où la révolution n’avance qu’à pas comptés. Partir en Russie, me semble pour le moment le plus imposant des devoirs pour tous ceux qui aiment combattre. Si je succombe là-bas, je succomberai pour la liberté de l’Europe, car elle dépend beaucoup de l’issue de la révolution russe. Si je survis à la révolution, j’aurai encore devant moi tout le temps nécessaire pour retourner en Allemagne purger ma peine, et, instruit par l’expérience des choses vécues en Russie, pour y reprendre ma place dans la lutte pour nos idées. Dans ce dernier cas, la prison serait pour moi un lieu de repos, et ma détention marquerait une trêve dans ma vie… »

Hélas ! Il ne fut point donné à Senna Hoy de rentrer en Allemagne pour, après s’être tout d‘abord reposé dans ses dures prisons, y reprendre le bon combat. C’est dans un sombre cachot de la prison centrale de Moscou qu’une vie si bien commencée, qu’un si beau caractère vient de sombrer.
Puisse au moins la mort de notre malheureux camarade ranimer chez nous des énergies toujours susceptibles de s’éteindre, puisse-t-elle aussi faire voir au peuple combien il est lâche d‘accepter sa misère, quand des hommes comme Senna Hoy savent mourir pour lui.

ALZIR HELLA.

Le Libertaire, 30 mai 1914.

Pierre Ramus – Figures et épisodes révolutionnaires : Senna Hoy (1922)

Senna Hoy

Peu d’intellectuels sont des hommes d‘action, beaucoup d’entre eux, au contraire, montrent une répugnance à peine déguisée des mouvements révolutionnaires. Senna Hoy n’était pas de ceux-là. Le merveilleux talent d’écrivain et de poète par lequel il se signala très jeune déjà aux lettrés, ne put annihiler son ardente volonté révolutionnaire qui devait le conduire au bagne et à une mort prématurée. Né en 1883, en Allemagne, fils d’une famille aisée d’origine juive, Senna Hoy, ou, de son vrai nom, Johannes Holzmann, entra, dès ses années d’études, en conflit avec sa famille et ses supérieurs, sentant déjà en lui la poussée irrésistible de la révolte contre les préjugés et les laideurs du régime bourgeois. Son évolution de lutteur ne débuta pas dans les milieux ouvriers. Doué d’un remarquable talent littéraire, d’une fougue poétique puissante et d’une fantaisie ivre de beauté, ses poésies, réunies sous le titre : « Sans Autorité », seules, suffiraient à le classer parmi les meilleurs poètes allemands modernes.

En 1903, Senna Hoy fonde, dans sa ville natale, Berlin, une revue d’abord purement littéraire, intitulée « Kampf » (La Lutte) qui se transforma bientôt, et Senna Hoy avec elle, en un ardent lutteur social. Comme tel, il réussit à grouper autour de lui et de sa revue toute une élite, parmi laquelle nous trouvons Erich Mühsam, le grand poète munichois, actuellement au bagne à cause de sa participation au Soviet de Munich, et F. Pfemfert, directeur de « Die Aktion », de Berlin.

Parallèlement à cette action d‘écrivain d’avant-garde, Senna Hoy organisa des soirées de libre discussion, à laquelle participaient souvent des anarchistes dont les conceptions l’influencèrent profondément.

Bientôt Senna Hoy eut sur les bras toute une série de procès ; pour un délit de presse, il fut condamné à quatre mois de prison.
Mais toute sa fière personnalité se révolta à la pensée de disparaître pour un temps derrière les murs d’une prison sur l’ordre de l’Etat abhorré, ce qui lui sembla comme une reconnaissance tacite de celui-ci. Il préféra fuir.

Comme tant d’autres fugitifs politiques avant et après lui, il se rendit en Suisse, où il s‘adonna à une active propagande anarchiste par la parole et par la plume. Au sein du groupe « Le Réveil », de Zurich, qui édita le journal du même nom, il secondait intensément les frères Nacht, Frick et autres militants.
Il écrivait et agitait parmi les ouvriers de la façon la plus désintéressée et, infatigablement, sa transformation en agitateur prolétarien s’était accomplie.

La « libre Suisse » ne toléra pas trop longtemps cette agitation. Senna Hoy fut arrêté et expulsé et, à cette occasion, il montra, une fois de plus, quel fier esprit de révolte l’animait. Quoique las de son séjour en Suisse — mais trop fier pour se plier à cette expulsion — sachant ce qui l’attendait, il y retourna par deux fois, sans se cacher aucunement et continuant ouvertement sa propagande. Il ne tarda naturellement pas à tomber aux mains de la police et, lors de sa seconde arrestation, l’Etat suisse se chargea de la honte inextinguible d‘avoir fait fouetter le prisonnier. Voici jusqu’à quel degré de bassesse et d‘ignominie peut tomber une « démocratie » !

Finalement, Senna Hoy dut définitivement quitter le sol helvétique. Il se rendit à Paris, où il milita parmi l’élément allemand et russo-juif. C’était l’époque où la première tentative de révolution en Russie (1905-1906) fit naître un immense espoir dans le cœur de tous les révoltés sincères. Senna Hoy entendit, lui aussi, la puissante voix de ces événements historiques et ayant appris que dans beaucoup de, villes comme Lodz, Bialostock, Riga, etc., un grand nombre d’ouvriers comprenaient l’allemand, ainsi que le jargon hébraïque avec lequel, par suite de son origine, il était familier, il décida de se rendre à cet appel et partit pour la Russie en avril 1907.
Son action, malgré la courte durée, était des plus intensives. Son arrestation, qui eut lieu le 30 juin 1907, c’est-à-dire quelques mois après son arrivée, mit fin aux efforts d’organisation révolutionnaire que, d’après de nombreux témoignages, il poursuivit avec une rare capacité. Inculpé, avec 23 autres compagnons, d‘avoir appartenu à la « Fédération des groupes anarchistes communistes de Pologne et de Lithuanie » et d’avoir pris part, comme membre de cette association, à la révolution russe, il vit s’abattre sur ses épaules la formidable peine de 15 années de travaux forcés. La presse bourgeoise elle-même, dans les comptes rendus des débats qui durèrent du 18 au 20 septembre 1907 dut rendre hommage à la fermeté et à l’audace avec laquelle tous les accusés présentaient leur défense. Enfermé à la citadelle de Moscou, plusieurs tentatives furent faites de le libérer, mais elles échouèrent toutes et Senna Hoy ne dut plus jamais connaître la liberté dont il était un des plus fervents apôtres. Plus d’une fois, il s’attira des punitions pour s’être mis à la tête des autres détenus politiques dont il se fit le porte-parole de leurs revendications.
Malgré tout, il resta le lutteur intrépide qu’il avait été dehors et, au moins une demi-douzaine de fois, il s’exposa aux tourments de la grève de la faim, se prolongeant jusqu’à la deuxième semaine.

Il est certain qu’aucune adversité du sort n’aurait pu abattre cette énergie, qui était en même temps une haute conscience et une belle intelligence. Mais la maladie, sous forme de la phtisie, l’attaqua à la quatrième année de sa détention et finit par le terrasser. Il est mort à la prison de Moscou, en avril 1914, après avoir vécu sept longues années de cette épouvantable vie de bagne. Le mouvement anarchiste allemand et, avec lui, le mouvement international, ont perdu en Senna Hoy un de ses plus vaillants combattants.

PIERRE RAMUS.
(Adapté de l’allemand par Dolcino.)

Le Libertaire, 25 août 1922.

Michael Löwy : La révolution est le frein d’urgence – Essais sur Walter Benjamin (2019)

La découverte de l’œuvre de Benjamin fut, pour Michael Löwy, une émotion qui a ébranlé bien des convictions et dont l’onde de choc s’est ressentie pendant plus de 40 années dans toute sa recherche sur les formes hétérodoxes du marxisme en Europe ou en Amérique latine. À la vision d’une révolution comme « locomotive de l’histoire », décrite par Marx dans La Lutte des classes en France, roulant inexorablement dans le sens du progrès, Benjamin propose une version de la révolution comme « frein d’urgence », annonçant très tôt une critique du progrès et de la croissance, qui se développera plus tard dans la pensée critique et l’écologie radicale. Les essais rassemblés ici se concentrent sur la dimension révolutionnaire de l‘œuvre de Benjamin, où s’imbriquent et se confondent une approche inspirée d’un matérialisme historique évidemment non orthodoxe et des conceptions issues du messianisme juif, repensé à l’aune de son « amitié stellaire » avec son complice Gershom Scholem.

http://www.lyber-eclat.net/lyber/benjamin-lyber.pdf

Monolog eines Virus’

Liebe Menschen, unterbindet doch Eure lächerlichen Aufrufe zum Krieg. Werft nicht mehr diese Racheblicke auf mich. Löscht die Aura des Schreckens, mit der Ihr meinen Namen schmückt. Wir Viren sind das wahre Kontinuum des Lebens auf Erden. Ohne uns wäret Ihr nie entstanden, genauso wenig wie die erste Zelle.

Wir sind Eure Vorfahren, wie die Steine oder die Algen, weit mehr als die Affen. Wir sind überall, wo Ihr seid und auch da, wo Ihr nicht seid. Euer Pech, wenn Ihr in der Welt nur das seht, was Euch ähnelt ! Aber, vor allem, hört bitte auf zu sagen, dass ich es sei, der Euch tötet. Ihr sterbt nicht durch mein Wirken auf Euer Gewebe, sondern durch die Abwesenheit von Sorge unter Euresgleichen. Wäret Ihr nicht so habgierig untereinander gewesen, wie Ihr es mit allem, was auf diesem Planeten lebt, wart, hättet Ihr noch genügend Betten, Krankenschwestern und Beatmungsgeräte, um die Schäden, die ich in Euren Lungen anrichte, zu überleben. Würdet Ihr Eure Alten nicht in Sterbeheime stecken und Eure Arbeitstüchtigen in betonierten Hasenkäfigen unterbringen, wäret Ihr sicher in einer anderen Situation. Hättet Ihr nicht die früher noch so üppige, chaotische, so bunt bevölkerte Welt oder eher Welten in eine riesige Wüste verwandelt, wo nur die Monokulturen des Sich-selbst Gleichen und des Immer-mehr gedeihen, hätte ich mich nicht auf meinen Eroberungsfeldzug Eurer Lungen begeben können. Wenn Ihr nicht fast alle, seit Anfang des letzten Jahrhunderts und bis heute, redundante Abdrucke einer gleichen und unhaltbaren Lebensform geworden wäret, würdet Ihr Euch nicht darauf vorbereiten, wie im zuckrigen Wasser der Zivilisation plätschernde Fliegen zu sterben. Wenn Ihr Eure Lebenswelten nicht so leer, so durchsichtig, so abstrakt gemacht hättet, würde ich mich nicht mit der Geschwindigkeit eines Ultraschallfliegers bewegen, das könnt Ihr mir glauben. Ich komme nur die Strafe ausführen, die Ihr seit langem gegen Euch selbst ausgesprochen habt. Vergebt mir, aber Ihr seid es, wenn mich nicht alles täuscht, die Ihr den Namen ’Anthropozän’ erfunden habt. Ihr habt Euch eine Ehre aus der Katastrophe gemacht ; jetzt, wo diese sich erfüllt, ist es zu spät, einen Rückzieher zu machen. Die Ehrlichsten unter Euch wissen es wohl : Ich habe keinen anderen Mittäter als Eure soziale Struktur, Euren flächendeckenden ökonomischen Wahnsinn, Euren Systemfanatismus. Nur die Systeme sind ’anfällig’. Alles andere lebt und stirbt. ’Anfällig’ ist nur, wer Kontrolle erheischt und diese verbreiten und verfeinern will. Seht mich an : Ich bin nur die Kehrseite der Herrschaft des Todes.

Hört also auf, mich zu rügen, mich zu beschuldigen, mich zu verfolgen. Gegen mich zu erstarren. Das alles ist kindisch. Ich schlage Euch eine andere Auffassung vor, einen Perspektivwechsel : Es gibt eine immanente Intelligenz des Lebens. Es braucht kein Subjekt, um über ein Gedächtnis oder eine Strategie zu verfügen. Es braucht keine Souveränität, um Entscheidungen zu treffen. Bakterien und Viren können auch das Sagen haben. Seht also in mir Euren Retter und nicht Euren Totengräber. Es ist Euch überlassen, mir das nicht abzunehmen, aber ich bin gekommen, um die Maschine aufzuhalten, von der Ihr die Notbremse nicht fandet. Ich bin gekommen, um das normale Funktionieren zu beenden, das Euch festhielt. Ich bin gekommen, um den Irrsinn der sogenannten Normalität aufzudecken. ’Unsere Ernährung, unseren Schutz, unsere Fähigkeit, für unseren Lebensrahmen zu sorgen, an andere zu delegieren, war verrückt’ … ’Es gibt keine haushaltliche Obergrenze, die Gesundheit hat keinen Preis’ : Seht wie ich die Sprache der Mächtigen und das Denken der Regierenden zum Stottern bringe ! Seht, wie ich diese arroganten Schnösel zur eigenen elenden Realität zurückbringe ! Seht, wie sie sich selbst nicht nur als überflüssig, sondern auch als schädlich entpuppen ! Ihr seid für sie nur die Träger der Reproduktion ihres Systems, also weniger noch als Sklaven. Selbst der Plankton wird besser behandelt.

Hütet Euch aber, sie mit Vorwürfen zu überhäufen, ihre Unzulänglichkeiten anzuprangern. Sie der Fahrlässigkeit zu beschuldigen, bedeutet ihnen mehr Macht zu verleihen, als sie verdienen. Fragt Euch lieber, wieso Ihr es so bequem empfinden konntet, regiert zu werden. Die Vorzüge der chinesischen Option gegen die britische Option zu loben, die imperial-legalistische Fassung gegen die liberal-darwinistische, das ist der beste Weg, das Schreckliche der beiden zu missverstehen. Seit Quesnay haben die ’Liberalen’ immer neidisch auf das chinesische Reich geschaut, und sie tun das heute immer noch. Sie sind siamesische Zwillinge. Wenn der eine uns zu unserem eigenen Besten in die Hausquarantäne einsperrt und der andere in die Quarantäne der ’Gesellschaft’, kommt das auf das Selbe heraus, nämlich die einzige, nicht nihilistische Handlungsweise zu unterdrücken : sich zu kümmern, um sich selbst, um die, die man liebt und um das, was man liebt, bei denen, die man nicht kennt. Lasst diejenigen, die Euch in den Abgrund geführt haben, nicht behaupten, Euch aus diesem wieder herauszuführen : Sie würden Euch nur eine noch perfektioniertere Hölle, ein noch tieferes Grab vorbereiten. An dem Tag, wo sie es könnten, würden sie das Militär im Jenseits patrouillieren lassen.

Dankt mir also lieber. Wie lange noch hätte man ohne mich all diese Sachen, die nicht zur Diskussion standen, als notwendig dargestellt, von denen man heute auf einmal die Aufhebung per Dekret anordnet ? Die Globalisierung, die Wettbewerbe, der Flugverkehr, die haushaltlichen Obergrenzen, die Wahlen, die sportlichen Ereignisse, Disneyland, die Fitnessstudios, die meisten Geschäfte, die Nationalversammlung, die schulische Einkasernierung, die Massenveranstaltungen, die Mehrheit der Bürojobs, diese trunkene Geselligkeit, die nur die Kehrseite der angstvollen Einsamkeit der metropolitanen Monaden ist : Das alles war also ohne Notwendigkeit, wenn sich ein Notstand einrichtet. Dankt mir für die Wahrheitsprobe der nächsten Wochen : Ihr werdet endlich Euer eigenes Leben leben können, ohne die tausend Ausreden und Ausflüchte, die jahrein jahraus das Unhaltbare halten lassen. Ohne Euch darüber im Klaren zu sein, habt Ihr Euch nie in Eurer eigenen Existenz eingerichtet. Ihr lebtet zwischen Kartons und wusstet es nicht. Nun werdet Ihr mit den Euch Nahestehenden leben. Ihr werdet zu Hause leben. Ihr werdet aufhören, auf der Transitstrecke Richtung Tod zu sein. Ihr werdet vielleicht Euren Ehemann hassen. Eure Kinder werden Euch vielleicht extrem nerven. Vielleicht werdet Ihr Lust haben, das Dekor Eurer alltäglichen Lebensgewohnheiten zu sprengen. Um ehrlich zu sein, wart Ihr nicht mehr auf der Welt, in diesen Metropolen der Trennung. Eure Welt war in allen ihren Dimensionen nur mehr unter der Bedingung erträglich, ohne Ende zu flüchten. Man musste bis zur Besinnungslosigkeit immer in Bewegung bleiben und sich ständig zertreuen, so groß war die allgegenwärtige Hässlichkeit. Etwas Gespenstisches herrschte zwischen den Menschen. Alles war dermaßen effizient geworden, dass nichts mehr eine Bedeutung hatte. Dankt mir dafür und willkommen auf der Erde !

Dank mir werdet Ihr für eine unbegrenzte Zeit nicht mehr arbeiten, Eure Kinder werden nicht mehr zur Schule gehen, und dennoch wird es das Gegenteil von Urlaub sein. Der Urlaub ist diese Zeit, die man um jeden Preis ausfüllen muss vor der geplanten Rückkehr an die Arbeit. Aber was sich jetzt vor Euch eröffnet, dank mir, ist eine unbestimmte Zeit, eine klaffende Unterbrechung. Ich deaktiviere das Werken. Nichts sagt Euch, dass die Un-Welt von früher zurückkehren wird. Diese ganze proftable Sinnlosigkeit wird vielleicht aufhören. Wenn man nicht mehr bezahlt wird, was wird näherliegen, als seine Miete nicht mehr zu bezahlen ? Warum sollte derjenige, der nicht mehr arbeiten kann, der Bank noch Rückzahlungen machen ? Ist es letztendlich nicht suizidär, dort zu leben, wo man nicht einmal einen Garten anbauen kann ? Wer kein Geld mehr hat, wird deshalb nicht mit dem Essen aufhören und wer das Eisen hat, hat das Brot. Dankt mir : Ich habe Euch vor die Abzweigung gebracht, die stillschweigend Euer Leben strukturierte : Die Ökonomie oder das Leben. Nun seid Ihr am Zuge. Der Einsatz dieses Spiels ist historisch hoch. Entweder setzen die Regierenden ihren Ausnahmezustand durch, oder Ihr erfindet Euren eigenen. Entweder Ihr nehmt die Wahrheiten, die heute aufkommen, ernst, oder Ihr legt Euren Kopf auf den Richtblock ! Entweder Ihr nutzt die Zeit, die ich Euch jetzt gebe, um die Welt danach anhand der Lehren des gegenwärtigen Einsturzes zu bilden, oder dieser wird sich verschärfen. Die Katastrophe endet, wenn die Ökonomie endet. Die Ökonomie ist die Verheerung. Das war bis letzten Monat eine These, jetzt ist es eine Tatsache. Niemand kann leugnen, welches Ausmaß an Polizei, Überwachung, Propaganda, Logistik und Homeworking es brauchen wird, um diese Wahrheit zu verdrängen.

Verfallt mir gegenüber nicht in Panik oder Verneinung. Gebt nicht der biopolitischen Hysterie nach. Die kommenden Wochen werden schrecklich, belastend, grausam sein. Die Todespforten werden weit geöffnet sein. Ich bin die größte Verheerung der Verheerung, die die Produktion darstellt. Ich werde die Nihilisten in ihr eigenes Element zurückverfrachten. Niemals wird die Ungerechtigkeit der Welt offenkundiger sein. Es ist eine Zivilisation, die ich begraben komme, nicht Euch. Diejenigen, die leben wollen, werden neue, ihnen eigene Gewohnheiten entwickeln müssen. Mir aus dem Weg zu gehen, wird die Gelegenheit sein, eine neue Kunst der richtigen Distanz zu erfinden. Die Kunst einander zu grüßen, die man sogar als Beispiel der Institution schlechthin nahm, wird bald keinerlei Etikette mehr gehorchen. Diese Kunst wird jedem einzelnen eigen sein. Tut dies nicht für ’die anderen’, für ’die Bevölkerung’ oder für die ’Gesellschaft’, tut dies für die Eurigen. Kümmert Euch um Eure Freunde und Eure Geliebten. Überlegt gemeinsam, in aller Eigenmacht, was eine gerechte Form des Lebens sein kann. Bildet cluster guten Lebens, breitet diese aus und ich werde nichts gegen Euch ausrichten können. Dies ist ein Aufruf nicht an die Rückkehr einer massiven Disziplin, sondern an die Rückkehr der Aufmerksamkeit. Ein Aufruf nicht an das Ende aller Unbekümmertheit, sondern aller Nachlässigkeit. Welche andere Weise blieb mir als Euch daran zu erinnern, dass die Rettung in jeder Geste liegt. Dass alles auch im Unbedeutendsten liegt.

Ich habe es wahrhaben müssen : Die Menschheit stellt sich nur die Fragen, die sie sich nicht mehr nicht stellen kann.

[Quelle]