Archiv der Kategorie 'Tim Mason'

Tim Mason – The Workers’ Opposition in Nazi Germany (1981)

Timothy W. Mason, « The Workers’ Opposition in Nazi Germany », History Workshop 11 (1981), p. 120-137. Link

Tim Mason – Labour in the Third Reich (1966)

Timothy W. Mason, « Labour in the Third Reich 1933-1939 », Past and Present, n°33, april 1966, p. 112-141. Link

Version française

Tim Mason – Travailleurs sans syndicats. Résistance de masse dans l’Italie fasciste et dans l’Allemagne nazie (1984)

Introduction
Le texte qui suit est la contribution de Tim Mason à un colloque organisé par le DGB à Dortmund, les 2 et 3 mai 1983. Il fut publié, à l’origine, dans une revue d’histoire populaire (1). Mason en fit paraître une seconde version, légèrement remaniée pour les actes du colloque suscité, et c’est de cette dernière version que nous donnons ici une traduction (2).
Historien britannique, marxiste, discipline d’E. P. Thompson, Timothy W. Mason (1940-1990) s’est consacré à l’étude de la classe ouvrière sous le nazisme. Ce chercheur rigoureux, « engagé » (selon une terminologie qui n’a plus guère cours aujourd’hui) et d’une rare honnêteté reste peu connu en France (3) bien que ses thèses aient durablement marqué l’historiographie du nazisme en Allemagne, en Angleterre et en Italie.
Étudiant à Oxford, Mason envisageait, au début des années 60, d’analyser l’« idéologie sociale » du national-socialisme ; mais, surpris par les résultats inattendus auxquels le conduisait son exploration des archives ouest et est-allemandes, il fut tout près, avouera-t-il plus tard, d’abandonner son travail de peur de rédiger une étude que personne, en milieu universitaire, n’eût vraiment pris au sérieux : la classe ouvrière allemande n’avait pas « disparu » entre 1933 et 1945, comme le répétaient en chœur, d’Est en Ouest, les historiens du nazisme. Bien au contraire, adoptant des formes inédites, souterraines, les conflits du travail étaient endémiques sous le III. Reich, et partant le régime nazi, malgré tous ses efforts pour instaurer une « communauté du peuple », pour neutraliser, en d’autres termes, la classe ouvrière et la soumettre à ses objectifs propres, n’a jamais connu de période de réelle stabilité (4). Mason fit donc le choix simple et prudent de laisser parler les documents en publiant un imposant recueil de sources (1975) – ayant servi à la rédaction de sa thèse non publiée (1971) – dont la substantielle introduction, révisée et complétée, devint un ouvrage en 1977 (5). Ce n’est qu’en 1993, trois ans après le suicide de Mason et quinze ans après sa parution, que son livre Sozialpolitik im Dritten Reich fut traduit en anglais et publié par un cercle d’universitaires de Oxford où il avait lui-même enseigné de 1971 à 1985 (6).
Dans cette étude pionnière, Mason s’attachait en particulier à montrer combien la situation intérieure avait déterminé la politique extérieure du nazisme. Le réarmement intensif du Reich était gros de contradictions sur le plan économique. A partir de 1936, la force de travail faisait dangereusement défaut dans presque tous les secteurs de l’industrie allemande ; dès lors, en période de plein-emploi, « la situation sur le marché du travail donnait la possibilité aux travailleurs de poser, dans une certaine mesure, des conditions en contrepartie de leur soumission politique » (7). Bien plus, les concessions accordées sur le plan salarial minaient tout le projet impérialiste nazi par la désorganisation de l’économie de guerre qu’elles provoquaient. Grèves, turn over, absentéisme, refus des normes et de la discipline, relâchement de l’effort productif… autant de pratiques ouvrières qui par leur généralisation à partir de 1936/1937 constituaient une « opposition de masse » au régime. Cette insubordination ouvrière, Mason la considérait avant tout sous l’angle politique : il y voyait les résidus d’une conscience de classe que les nazis n’avaient pu détruire complètement et dont, traumatisés par la Révolution de novembre 1918, ils ne pouvaient venir à bout sur un plan purement politique sans courir le risque de déclencher des troubles sociaux, étant donné la totale incompatibilité entre les traditions de la classe ouvrière et les buts d’une guerre d’expansion impérialiste qui désormais ne faisait plus de doute (8). D’où non seulement le développement du mythe de la « communauté du peuple », mais encore l’entrée en guerre précipitée de l’Allemagne, qui était pour Hitler le seul moyen de la réaliser véritablement. Ainsi, la crise du régime nazi de 1937-1939 expliquait, selon Mason, non pas la guerre en elle-même, mais son « timing » – septembre 1939 et non 1943 comme l’avait prévu Hitler – et la forme qu’elle prit, une forme-éclair (Blitzkrieg) censée réduire les contraintes militaires et économiques qui pesaient, à l’arrière, sur la classe ouvrière. Il s’agissait, pour les dirigeants nazis qui se retrouvaient dos au mur, de restaurer, par la guerre, la discipline dans les entreprises et de piller l’Europe pour continuer de faire tourner les industries d’armement à plein régime, tout en maintenant un certain degré de Welfare. Mais, de la sorte, les nazis mettaient, pour ainsi dire, le doigt dans l’engrenage, s’engageaient dans une « fuite en avant » puisque, changeant de nature, chaque guerre entraînait fatalement la suivante.
Après avoir étudié la lutte de classe « d’en haut » dans l’Allemagne brune, Mason entreprit de compléter son travail par des études plus précises sur la relation vivante, dialectique, entre ces tentatives de neutralisation de la classe ouvrière et les formes que prenait « en bas » l’opposition des travailleurs sous le régime nazi, puis sous le régime fasciste. C’est dans ce contexte qu’il fut amené à réviser l’histoire mythifiée de la Resistenza en la définissant d’emblée – à rebours des interprétations qu’en donnait le PCI à l’époque (rôle héroïque du Parti, des militants, etc.) – comme histoire ouvrière et à comparer la situation de la classe ouvrière allemande et italienne. (mehr…)

Tim Mason – Massenwiderstand ohne Organisation. Streiks im faschistischen Italien und im NS-Deutschland (1984)

Auf die drakonischen Unterdrückungs- und Ausbeutungsmaßnahmen, die das Nazi-Regime bei Kriegsbeginn im September 1939 in Kraft setzte, antwortete die deutsche Arbeiterklasse mit massenhafter Bummelei, Verweigerung von Überstunden, Fernbleiben von Wochenendschichten, Krankmeldungen usw. – also mit kollektiven Verhaltensweisen, denen wohl stellenweise informelle Absprachen zugrunde lagen, jedoch nicht mit Streiks, nicht mit einer unverkennbaren Auflehnung gegen die verschärfte Disziplinierung und zunehmende Verarmung. In Italien gehörte der „Zerfall der Arbeitsmoral“ zur Vorgeschichte der Streikbewegung, in Deutschland bildete er die letzte, höchste Form von Massenopposition. Warum dieser Unterschied?

Tim Mason, « Massenwiderstand ohne Organisation. Streiks im faschistischen Italien und im NS-Deutschland », Gewerkschaftliche Monatshefte, Sept. 1984, S. 518-532. Link

Version française

Tim Mason – Class Conflict and Scientific Management in American Industry: Guides to the Literature (1977)

In 1947 the Librarian in charge of the collection of books on ‘industrial relations’ at Princeton University, New Jersey, seems to have come to the conclusion that the sheer volume of new works appearing in this field made it desirable for librarians to compile select bibliographies. A Committee of Industrial Relations Librarians came into existence, in order to enable the members to exchange information about the recent literature. They began to produce a running Exchange Bibliography. At first, the bulk of the work was done by the Princeton librarians, but in time about a dozen university libraries and government agencies came to play an active role.
The result of their labours is one of the most extraordinary bibliographies I have ever seen. Works are listed by topic on mimeographed sheets, which are simply circulated, at irregular but frequent intervals, to all libraries which subscribe. The collection now amounts to 1,634 separate lists, for which a chronological index and a subject index is available. In all, something of the order of 50,000 titles have been listed under an astonishingly complete and highly differentiated set of topic headings. The subject index which I have consulted contains almost 550 different headings (complete with cross-references) under which the literature has been listed by the librarians. No aspect of industrial labour and management policy is too trivial to be included. Aside from all of the obvious topics – strikes, wages, labour law, the structure and function of trade unions, insurance, unemployment, vocational training -there are entries on the employment of blind persons in industry, on the churches and labour, on the problems of small businesses, on ‘industrial relations’, on aspects of sub-contracting, and on industrial espionage. For each entry there is at least one bibliography.
There is a substantial series of bibliographies on the effects of piped music on productivity, and there is even a bibliography of works concerned with the institution of the coffee-break.
One of the many merits of the bibliographies is the meticulous attention paid to ephemeral literature. Articles in journals (some of which are now defunct), pamphlets produced by employers’ associations and trade unions, texts of speeches etc., are all listed, alongside the literary output of the post-war generation of industrial sociologists and management scientists. Furthermore, those who compile the bibliographies have a strong interest in the historical dimension of the subject. All major works on business history and on the history of trade unions are listed from time to time. Even more important in some ways, the older literature is not neglected. The bibliographies produced in the late 1940s and 1950s contain a wealth of references to the literature of the inter-war years.
The bibliographies themselves make both amusing and frightening reading. The way in which the contributing librarians compete with one another, correct each other’s errors and omissions, gives a nice insight into the work-methods and the professional pride of the bibliographer. If Princeton, say, produces a bibliography of hours of work, or on the training of foremen (a very popular subject this – there are dozens of lists on it), one can be quite sure that within a year, Minnesota, Cornell or the US Department of Labor, will be circulating a supplementary list on the same subject, just to keep their colleagues in Princeton (or wherever) on their toes.
It is the contents of the lists which is frightening. While I have found no evidence of political bias in the compilations, and while labour, socialist and trade unions publications are frequently listed, the overwhelming majority of titles in the bibliographies are about scientific management. Indeed the subject catalogue to the bibliography could be entitled ‘500 different ways to avoid strikes and increase productivity’. The bibliographies are a remarkable testament to the fierce, relentless, subtle and comprehensive effort which has been made by management in the USA to contain and co-opt the industrial working class. In their own meticulous and dead-pan way (the lists are select bibliographies, but it is very rare for there to be any comment on the content of a listed publication), the bibliographers have reflected and documented a massive managerial offensive against the rising power of organized labour in the USA since the 1930s. Scholars, writers and government have provided abundant literary and scientific ammunition for this offensive. For example, the items listed concerning the training of supervisory personnel in the techniques of domination in industry, right down to the application of sociological role theory to the ‘management of industrial relations’ are too numerous for any one scholar ever to read in a whole life-time study. And the titles of the articles and books listed themselves pay a grisly eloquent tribute to the ingenuity of the managerial authors.
The bibliographies constitute an absolutely indispensable aid to any historian, economist, or sociologist who is studying the American labour movement or American industry. I have not been able to ascertain whether any British library subscribes to it. Enquiries should be addressed to: Margaret Chaplan, Librarian, Institute of Labor and Industrial Relations, University of Illinois, 504 East Amory Avenue, Champaign, Illinois 61820, USA (don’t forget the zip!).

Mason, Tim, “Class Conflict and Scientific Management in American Industry”, History Workshop 3 (1977), p.81-82.