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Skandinavisk IWW Sång Bok (1920)


Fred Alpi – Sangen om joe hill

Exégèse de quelques mots allemands

EXÉGÈSE DE QUELQUES MOTS ALLEMANDS

On connaît mal en France l’Allemagne, bien que M. Huret l’ait découverte, et que les caricatures de M. Hansi nous aient apporté d’utiles clartés. On la connaît mal en Allemagne, parce que les Allemands n’ont pas appris de nous à se regarder dans les glaces. Je la connais peu, quoique je l’habite souvent et que depuis quinze ans, par goût et par métier, je l’étudie. Chacun a bien à faire du sien. Et le Dr. Morrison, le correspondant du Times à Pékin, le seul Européen qui connaisse la Chine, est sans doute seul à savoir qu’il ne la connaît pas. Cependant George Besson me demande d’expliquer l’Allemagne à ses lecteurs. Il désire sans doute que je lui envoie cinq cents pages. En voici dix, et l’on sera, les ayant lues, aussi avancé qu’avant.
Ce sont quelques feuillets d’un petit lexique allemand-français. C’est un travail des plus sérieux, où l’on évite strictement l’ordre alphabétique, et même toute espèce d’ordre. Tous les faiseurs de lexiques adopteraient cette disposition, s’ils avaient l’ambition d’être feuilletés, et non consultés. Mais allez donc demander à un lexicographe d’avoir de l’amour-propre ! Neuf fois sur dix, il est Allemand, et comme Kundry dans Parsifal, il n’a d’autre ambition que de servir.

GRUENDLICH : sérieux, profond ; se dit d’un esprit ou d’une œuvre et s’oppose à superficiel, frivole, français.
A Munich, dans un salon. Une jeune femme blonde et fine, sobrement habillée, me parle de la philosophie de Bergson. Elle l’admire. Je l’admire aussi, poliment ; mais je sais tempérer mon enthousiasme. Elle est un peu fâchée que je prenne avec mollesse le parti de Bergson ; elle me pousse, me presse, veut me convaincre ; elle parle avec abondance, d’une petite voix bien ferme, un peu masculine, un français précis qui gâtent à peine les néologismes de notre Penseur. Elle cite « Matière et Mémoire » avec une sûreté qui m’effraye, et quand je m’efforce, timidement, de détourner la conversation (j’ai justement oublié de relire Bergson ce matin) — elle me ramène à la piste, m’oblige à penser avant de lui répondre, puisqu’elle pense avant de me parler ; elle ne tient pas à avoir raison, mais à savoir si j’ai raison, et ne me quittera pas que je n’aie tiré de ma cervelle des arguments présentables. Dieu merci, elle me présente un monsieur qui passe. — « Le général, mon mari. » Ce n’est pas un général français, il est bien trop jeune ; il ne peut guère avoir moins de cinquante ans, on lui en donnerait quarante. Il sait bien le français ; mais comme il ne le sait pas très bien, il préfère parler sa langue. Tout de suite, il m’entretient de questions militaires, et dès qu’il s’aperçoit que je n’y entends rien, il change de sujet, et me questionne sur la musique française. Il est bon musicien, et veut tout savoir : l’âge de Debussy, le titre de l’opéra posthume de Charles Bordes, et si Magnard, dans sa Bérénice, a mis en musique les vers mêmes de Racine. Il me fouille à pleines mains, et me vide tout mon sac. Les Allemands aiment à parler de ce qu’ils savent ; ils sont bien lourds, et bien ennuyeux. Les Français aiment à causer, c’est-à-dire à parler de ce qu’ils ignorent : ils sont bien ennuyeux, et bien légers.
Les Allemands ne remettent jamais au lendemain ce qu’ils peuvent apprendre le jour même. Je me garde d’entamer avec eux un sujet sérieux après six heures du soir : il y en aurait pour jusqu’au lever du soleil. Ils ont de la peine à commencer, et ne savent pas finir. Ils veulent aller au bout de toutes choses et n’aboutissent jamais. Ils partent le bâton à la main, des fleurs au chapeau, chantonnent le long de la route leur musique intérieure et feraient trois fois le tour de la terre sans s’apercevoir qu’elle est ronde.

Un Français de bonne race se place d’emblée au centre du monde et s’y fait un beau jardin à sa mesure, qu’il ordonne, ratisse et cultive tout le long du jour. Il ne quitte son domaine que pour y revenir, et s’il y étouffe, il l’arrondit. L’inconnu, l’infini, le chant des matelots dans les vergues, les perroquets des îles sont l’ornement de ses dimanches, le soupir d’une heure nocturne, la tentation mauvaise qu’il repousse en regardant, dans le rond de la lampe, les gestes simples de sa femme et les jeux de ses enfants.

KRIEGERVEREIN : Société des vétérans. Il y en a une dans chaque village. Tout ancien soldat qui s’abstient d’en faire partie se classe lui-même parmi les socialistes et les ennemis de l’ordre ; le Kriegerverein est donc une machine à recenser qui fonctionnerait parfaitement, s’il n’y avait de faux amis de l’ordre, comme il y a de faux bourgeois qui portent redingote et chapeau haut de forme, et ne sont que des pauvres honteux.
Il y a deux sortes de vétérans : les sexagénaires, qui ont fait la guerre, et les autres, qui, après boire, s’imaginent l’avoir faite. Les dimanches ou les jours de fête patriotique, ils envahissent, en redingote et chapeau haut de forme, les trains du matin et se rassemblent au chef-lieu de leur arrondissement. Sous la présidence d’un colonel en retraite, ils boivent beaucoup de bière, chantent à trois ou quatre voix « le Dieu qui fit pousser le fer et n’aime pas les âmes serviles », dénoncent les absents, boivent encore et regagnent, rouges d’alcool et de gloire, la station du chemin de fer, qu’ils emplissent de leurs ventres, de leur cris, de leurs bannières et de leur forte odeur.
Au cours de leurs agapes, soit qu’ils observent un rite mystérieux, soit par le simple effet de l’ivresse, il est probable qu’ils échangent leurs coiffures et leurs vêtements : on ne s’explique pas autrement que chacun d’eux ait l’air de porter le chapeau haut de forme et la redingote du voisin, et qu’ils ressemblent tous, l’ivresse tombée, à des pauvres honteux. Le train glisse, vitres baissées, dans l’ombre vierge des forêts fraîches, traverse des villages attablés, des villes de charbon et de travail. Et ce serait à désespérer de l’Allemagne, si quelques-uns de ces vétérans n’avaient honte de leur déguisement, de leur laideur servile, et n’éprouvaient le besoin de reprendre casaque et casquette avant d’embrasser leurs femmes et leurs enfants.

WELTANSCHAUUNG : conception générale du monde, interprétation de l’univers, jugement de Gœthe ou du charretier Lehmann sur l’origine et la fin dernière des choses. C’est une notion d’origine protestante. Les catholiques croyants ont tous la même idée de l’univers. Les Latins non catholiques éprouvent le besoin de résoudre pour leur usage les problèmes métaphysiques ; ils s’adressent aux philosophes, qui doivent savoir leur métier, ils comparent avec intérêt les réponses divergentes de Spinoza, de Kant et de Schopenhauer, et trouvent qu’au surplus l’incertitude n’est pas sans charme ; ce qui revient à dire qu’ils n’ont pas l’esprit religieux. Les Allemands, depuis Luther, et sans doute depuis l’origine, ont un tel besoin de religion que chacun d’eux veut une religion pour lui tout seul et prétend conclure un bail privé avec l’infini. Ce qui revient à dire qu’ils n’ont pas l’esprit religieux, car on n’imagine pas ce que peut être une religion qui sépare les individus, au lieu de les unir.
Cette quête du divin est grandiose chez Goethe, dont les yeux participent du mystère solaire et peuvent regarder l’astre en plein midi. La familiarité du charretier ou du professeur Lehmann, qui prétend tutoyer les Dieux, indispose la patience latine la mieux armée. Qu’il se prosterne dans le temple, ou qu’il fasse son travail.
A tout le moins, je voudrais qu’un Allemand que j’aime, et qui n’est ni Goethe, ni Lehmann, attendit une heure choisie pour m’ouvrir son cœur douloureux et me montrer sa plaie. Je n’aime pas qu’entre deux chopes fraîches il me dise sa soif de Dieu. Et je lui rappelle que Faust lui-même n’interroge l’Esprit de la Terre qu’au chant des cloches de Pâques.

GROESSENWAHN : Folie des grandeurs, maladie commune à tous les artistes allemands. J’en connais un certain nombre : il n’en est pas un seul qui n’affirme qu’il a du génie. Même ceux qui ont du génie croient qu’ils en ont. C’est bien extraordinaire. Ils sont extrêmement satisfaits de tout ce qu’ils font. Et ils passent leurs heures de loisir à s’entretenir mentalement avec la postérité lointaine, qui les mettra à leur juste place : la première.
Ils ont sans doute raison, si cette confiance superbe leur permet de travailler. Mais j’éprouve une grande gêne quand un écrivain, quand un peintre me montre son œuvre en s’écriant : Que c’est beau ! J’admire qu’il en soit si sûr. Je m’étonne qu’il n’ait pas besoin de se l’entendre dire, ou qu’il en ait besoin au point de ne pas me laisser parler.
Je sais que nous avons l’orgueil de Malherbe, et celui d’Emmanuel Signoret :
Les siècles garderont ma voix, et d’âge en âge Mon front resplendira sous un triple feuillage…
Mais en général nos artistes (je parle des vrais) sont d’une modestie déplorable. Ils passent leur temps à douter d’eux-mêmes, à se décourager de n’être pas Shakespeare, ni Rembrandt. Ils ne sont vaniteux qu’en parlant de leurs confrères. Charles-Louis Philippe me disait : « J’en ai encore au moins pour vingt ans d’apprentissage ! Ah ! si j’étais comme Gide… »

KULTUR : culture, santé sociale, satisfaction inconsciente d’un peuple qui se développe normalement, qui se porte bien. Toute l’Europe est malade depuis le romantisme ; mais il y des peuples qui connaissent mieux leur mal et veulent guérir. Les Scandinaves sont à moitié guéris ; mais ils sont jeunes et n’ont jamais été bien malades. Les Allemands sont moins malades qu’hypocondres : depuis un siècle, ils passent leur temps à se tâter le pouls. Ils se demandent s’ils on eu, s’ils ont, s’ils auront une culture ; c’est une idée fixe, c’est leur Chanaan.
Je crois que la maladie qui a troublé et interrompu le développement de la culture occidentale est une simple crise de croissance. Elle est une conséquence, la seule conséquence fâcheuse du progrès rapide des sciences au XIXe siècle ; elle est le prix dont nous avons payé la conquête de l’espace et du temps. La vapeur et l’électricité ont abrégé les distances dans l’espace et nous ont apporté la maladie de l’exotisme. Le labeur des historiens et des archéologues a raccourci les distances dans le temps et nous a donné la maladie de l’historisme. Les poètes, les peintres, les architectes, les musiciens sont devenus trop savants ; ils ont acquis, en trop peu de temps, plus de notions nouvelles qu’ils n’en pouvaient assimiler ; leur ardeur s’est dispersée en curiosité, et pour la première fois depuis qu’il y a une histoire, ils se sont intéressés à d’autres temps, à d’autres milieux que les leurs ; ils ont écrit des poèmes péruviens, des romans carolingiens, des symphonies cambodgiennes ; ils ont voulu peindre comme Raphaël ou comme Giotto, comme les Japonais ou comme les Persans ; ils ont construit des maisons gothiques avec des lustres électriques et des kiosques chinois ; ils ont gâté le style des ouvriers en leur apprenant qu’il y a des styles. Le XIXe siècle restera l’époque des musées, du bric-à-brac, de « l’œuvre d’art totale », de la confusion des métiers, des techniques et des genres, en un mot du style composite, d’où il est bien difficile de revenir au style tout court.
Il est naturel que les Allemands aient plus mauvaise conscience que les autres peuples d’Occident, car ils savent que le mal est sorti de chez eux. Mais ils ont la volonté de guérir, et je pense qu’ils guériront les premiers. Peu importe qu’ils s’attardent à essayer des remèdes illusoires, s’ils en reconnaissent déjà la vanité. Les meilleurs d’entre les Allemands ne croient déjà plus qu’il soit désirable d’écrire comme Gœthe, quand on vit au XXe siècle, ni qu’on puisse, en couvrant les meubles de nos grand-mères avec des oripeaux russes ou persans, « créer » un style qui soit autre chose qu’une mascarade. Tandis que nous accumulons les décombres, ils commencent à déblayer.

KITSCH : le toc, le faux art, le sujet de pendule, la carte-postale en couleurs, la romance sentimentale, le paysage tyrolien avec sapins, cascades et chamois, l’Orient de bazar, la Gretchen nattée qui rêve au clair de lune, les dragons de carton, la cuirasse de Brunhilde, le Saint-Gral et autres accessoires wagnériens, tout ce qui a fait son temps, tout ce qu’aimaient les Allemands vers 1880, tout ce qu’ils abominent en 1912 : Kitsch. Les drames de Sudermann, les opérettes de Franz Lehar, les romans de Freussen, la Tosca de Puccini, les pièces de Rostand, tout ce qui « fait de l’argent », tout ce qui plaît à la majorité compacte de 1912 et que rejettent les artistes : Kitsch. Pour une minorité plus restreinte, la musique même de Wagner, celle de Schumann, la peinture de Thoma et de Trübner, la poésie de Liliencron, tout ce qui passe pour « bien allemand » : Kitsch. Les Allemands d’aujourd’hui sont de furieux iconoclastes, ils érigent et renversent chaque mois plusieurs idoles, ils ont la frénésie de l’avenir. Ils ont adoré Rodin comme une sorte de Moïse moderne, et maintenant se détournent de lui. Vers 1910, les jeunes peintres de Berlin ne rêvaient que de Matisse ; ils ne parlent, cette année, que de nos cubistes. Mais demain les cubistes seront vieux jeu : Kitsch.
Une jeune fille qui contemplait avec moi, du haut d’une terrasse, un coucher de soleil un peu bariolé, se détourna avec dégoût, et, me prenant le bras, prononça ce simple mot : Kitsch.

GESINNUNG : conviction politique, loyalisme, enthousiasme de ceux qui n’ont pas d’idées politiques ; adoration de l’assiette au beurre ; serment perpétuellement renouvelé de respecter les institutions établies ; héroïsme du mouton que rien n’empêchera d’aimer son berger et son chien. Le sujet loyal et fidèle se découvre au passage des voitures de la cour, et crie : Hourrah ! même si la voiture est vide. Cette espèce subsiste dans les petites capitales de province ; elle devient rare à Berlin ; chacun sait qu’en France elle est tout à fait inconnue.

MITLAEUFER: les Remorqués, les Entraînés. Le gouvernement et ses organes appellent ainsi toutes les recrues du parti socialiste, tous les sujets loyaux et fidèles qui voient rouge le jour des élections, tous les facteurs, les instituteurs, les officiers de réserve, les petits bourgeois affamés qui le dimanche, après l’office, poussent le verrou et baissent le rideau pour lire le Vorwärts et le Simplicissimus. Que le gouvernement se rassure : leur nombre diminue à mesure que celui des socialistes augmente. Et mieux valent, n’est-ce pas, quelques brebis de bonne laine qu’un troupeau de bêtes galeuses et rétives. — Cependant M. de Bethmann-Hollweg soupire, appuyé sur sa houlette. Il songe à Panurge, qui se trouva mal d’avoir bouté dehors un seul mouton.

REVOLUTION. — Les Allemands nous ont emprunté ce mot, mais non la manière de s’en servir. Ils n’« en » parlent que par ouï-dire, comme de la Licorne, de la Chimère, des choses qu’ils n’ont jamais vues et ne verront jamais. Il n’y a jamais eu en Allemagne de révolution au sens français du mot. La tentative pitoyable de 1848 n’est même pas l’exception qui confirme la régle. Les plus courageux d’entre les « révolutionnaires » furent très proprement balayés par quelques salves d’infanterie ; les autres se noyèrent dans leur propre salive, au parlement de Francfort. Tout fait prévoir que les familles souveraines (y en a-t-il encore trois douzaines ?) ne disparaîtront que par extinction, par épuisement sénile. Et longtemps avant que le der-nier grand-duc ne meure dans son fauteuil, des monnaies circuleront, portant cet exergue : « République sociale allemande. Guillaume XII, empereur. »
Cependant l’Allemagne a été plusieurs fois rajeunie, transformée, bouleversée. Mais elle n’a connu que des révolutions intellectuelles, qui furent chaque fois l’œuvre d’un homme, d’un seul homme de génie, d’un prophète. Les Allemands ont ceci de commun avec les Juifs, qu’ils naissent anarchistes et fondent des religions. L’anarchiste est l’homme qui rejette la loi commune et se fait une loi pour lui tout seul. S’il appelle Cohn ou Schulze, il se contente de changer au texte commun quelques virgules, de quereller sa femme et de prier à sa manière. Mais s’il a du génie, s’il crée vraiment une loi neuve, il la veut belle et bonne pour tous comme elle l’est pour lui : il la prêche, il se fait prophète, et, s’il peut, tyran. Et bientôt sa loi, qui est plus forte que lui, lui échappe, comme l’infernal balai aux mains de l’apprenti sorcier.
L’Allemagne a subi au moins trois de ces révolutions césariennes. Luther, en se colletant avec le diable, a donné aux Allemands l’unité de langue à l’Europe et l’anarchie religieuse ; Kant, imposant à Dieu le régime constitutionnel, a introduit en Allemagne la religion du devoir et dans tout l’Occident l’anarchie intellectuelle ; Karl Marx, qui s’en est pris au Veau d’or, a fourni au prolétariat son dogme et a été au monde le germe de l’anarchie politique. Chacun d’eux a jeté bas le dieu de son temps, créé un culte nouveau, et l’instrument pour le détruire. Sentez-vous le besoin d’un quatrième prophète ? C’est d’Allemagne qu’il nous viendra.
Les Allemands ont encore eu un révolutionnaire de quelque enver¬gure : Napoléon. Il leur a apporté, pour rien, la révolution toute faite, faite chez nous, Et quand nous aurons fait, un siècle ou l’autre, la révolution prochaine, nous la leur apporterons aux mêmes conditions: pour rien.

DER KAISER : l’Empereur. — Un large rire sur des dents assez blanches, la main tendue, — ou cinq millions de baïonnettes.

TRIPLE ENTENTE. — Ce mot d’origine française revient fréquemment dans les articles politiques des journaux. Les rédacteurs le comprennent mal, parce qu’ils ne comprennent rien. En effet, ils ne comprennent que le présent, et encore ! Le présent, cette vaine abstraction, ce silence entre deux musiques, ce rien.
Ils opposent Triple entente à Dreibund. S’ils savaient penser au futur, c’est-à-dire penser tout court, ils sauraient qu’il n’y a et ne peut y avoir qu’une seule triple entente : celle de la France, de l’Angleterre et de l’Allemagne. Hors d’elle, point de salut pour l’occident. Elle est nécessaire, donc elle sera, donc elle existe déjà. Elle a plus d’existence qu’elle n’en aura jamais, puisqu’elle a tout son avenir devant elle.
M. Poincaré, qui perd son temps à essayer de rassembler le troupeau confus des diplomates, perd aussi l’occasion d’avoir du génie en ayant simplement du bon sens. Pour déclarer la paix à l’Europe, il faudrait qu’il grandit d’une tête au moins. Un autre viendra, qui grandira sans miracle, porté sur les épaules du peuple. Je souhaite qu’il ne vienne pas trop tard. Et comme je suis patriote, j’espère qu’il sera Français.

Marcel Ray, « Exégèse de quelques mots allemands », Cahiers d’aujourd’hui, décembre 1912, pp. 58-66.

Autour de Fritz Mauthner

Du scepticisme linguistique à la mystique sans Dieu et à l’histoire de l’athéisme : Fritz Mauthner [1849-1923] par Jacques Le Rider au colloque Les religions du XIXe siècle (Fondation Singer-Polignac, 26 novembre 2009).

Qu’est-ce qu’une langue maternelle : réflexions sur Fritz Mauthner, Franz Kafka et Elias Canetti (Conférence de Jacques Le Rider au Collège de France, 10 mai 2012)

J. Le Rider : Crise du langage et position mystique : le moment 1901-1903, autour de Fritz Mauthner (Germanica 43 | 2008 : Modes intellectuelles et capitales mitteleuropéennes autour de 1900 : échanges et transferts, pp. 13-27)

Victor Klemperer, LTI – Notizbuch eines Philologen (1947)

AUFZIEHEN
Ich ziehe eine Uhr auf, ich ziehe die Kette eines Gewebes am Webstuhl auf, ich ziehe ein automatisches Spielzeug auf: überall handelt es sich um mechanische Tätigkeit, die an einem widerstandslosen, leblosen Ding ausgeübt wird.
Vom automatischen Spielzeug, dem drehenden Brummkreisel, dem laufenden und nickenden Tier, führt der Weg zur metaphorischen Anwendung des Ausdrucks: ich ziehe einen Menschen auf. Das heißt: ich necke ihn, ich mache ihn zur komischen Person, zum Hampelmann; Bergsons Erklärung des Komischen, es bestehe in der Automatisierung des Lebendigen, findet sich hier durch den Sprachgebrauch bestätigt.
Gewiß ist „Aufziehen“ in diesem Sinn ein zwar harmloses, aber doch ein Pejorativ. (So nennt der Philologe jede „verschlechterte“ oder verringerte Wortbedeutung; der Kaisername Augustus, der Erhabene, ergibt als Pejorativ den dummen August, den Zirkusclown.)
In der Moderne bekam „aufziehen“ eine zugleich lobende und doch entschieden pejorative Sonderbedeutung. Man sagte von einer Reklame, sie sei gut oder groß aufgezogen. Das bedeutete die Anerkennung geschäftlicher, werbungstechnischer Tüchtigkeit, war aber zugleich ein Hinweis auf das Übertreibende, das Marktschreierische, das nicht ganz dem tatsächlichen Wert der angepriesenen Sache Entsprechende eines Angebots. Vollkommen deutlich und eindeutig als Pejorativ trat das Verbum auf, wenn ein Theaterkritiker urteilte, der Autor habe die und jene Szene groß aufgezogen. Das hieß, der Mann sei mehr skrupelloser Techniker (und Publikumsverführer) als ehrlicher Dichter.
Ganz im Anfang des Dritten Reichs sah es einen Augenblick so aus, als übernähme die LTI diese metaphorische Tadelsbedeutung. Die nazistischen Zeitungen rühmten als patriotische Tat, daß brave Studenten „das wissenschaftlich aufgezogene Institut für Sexualforschung des Professors Magnus Hirschfeld zerstört“ hatten. Hirschfeld war Jude, und also war sein Institut „wissenschaftlich aufgezogen“ und nicht wahrhaft wissenschaftlich.
Aber wenige Tage später zeigte es sich, daß dem Verbum an sich nichts Pejoratives mehr anhaftete. Am 30. Juni 1933 erklärte Goebbels in der Hochschule für Politik, die NSDAP habe eine „Riesenorganisation von mehreren Millionen aufgezogen, in der ist alles zusammengefaßt, Volkstheater, Volksspiele, Sporttouristik, Wandern, Singen, und wird vom Staat mit allen Mitteln unterstützt“. Jetzt ist „aufziehen“ vollkommen ehrlich, und wenn die Regierung triumphierend Rechenschaft ablegt von der Propaganda, die der Saar-Abstimmung voraufgegangen ist, dann spricht sie von der „groß aufgezogenen Aktion“. Keiner Seele fällt es mehr ein, etwas Reklamehaftes in dem Wort zu finden. 1935 erscheint in deutscher Übersetzung aus dem Englischen bei Holle& Co. „Seiji Noma, Autobiographie des japanischen Zeitungskönigs“. Dort heißt es mit voller Anerkennung: „Jetzt entschloß ich mich …, eine vorbildliche Organisation zur Erziehung studentischer Redner aufzuziehen.“
Die gänzliche Unempfindlichkeit gegen den mechanistischen Sinn des Verbums geht daraus hervor, daß es wiederholt von einer Organisation ausgesagt wird. Hier liegt eine der stärksten Spannungen der LTI offen: Während sie überall das Organische, das naturhaft Gewachsene betont, ist sie gleichzeitig von mechanischen Ausdrücken überschwemmt und ohne Gefühl für den Stilbruch und die Würdelosigkeit solcher Zusammenstellungen wie einer „aufgezogenen Organisation“.
„Fragt sich nur, ob man die Nazis für ‚aufziehen’ verantwortlich machen darf“, warf mir F. ein. Wir hatten im Sommer 1943 Nachtschicht an derselben Mischtrommel für deutsche Tees, es war eine sehr anstrengende Arbeit, besonders in der Hitze, da wir des furchtbaren Staubes halber Kopf und Gesicht vermummt halten mußten wie die Chirurgen; in den Pausen nahmen wir Brille, Mundtuch und Mützen ab – F. trug ein altes Richterbarett, er war Landgerichtsrat gewesen –, saßen auf einer Kiste und unterhielten uns über Völkerpsychologie, wenn wir nicht die Kriegslage erörterten. Wie alle, die das Judenhaus in der engen Sporergasse bewohnten, ist er in der Nacht vom 13. zum 14. Februar 1945 zugrunde gegangen.
Von „aufziehen“ also behauptete er, es schon um 1920 in ganz neutraler Bedeutung gehört und gelesen zu haben. „Gleichzeitig mit, und ähnlich wie plakatieren“, sagte er. Ich erwiderte ihm, daß mir „aufziehen“ im neutralen Sinn von damals her nicht bekannt sei und daß mich die gedächtnismäßige Zusammenstellung mit „plakatieren“ doch auf pejorative Tönung schließen lasse. Vor allem aber, und dies ist nun eine Meinung, der ich prinzipiell in allen einschlägigen Reflexionen folge, vor allem komme es mir nie darauf an, die Erstmaligkeit eines Ausdrucks oder einer bestimmten Wortwertung festzustellen, denn das sei doch in den allermeisten Fällen unmöglich, und wenn man den ersten gefunden zu haben meine, der das betreffende Wort gebrauche, so finde sich immer noch ein Vorgänger hinzu. F. möge nur im Büchmann unter „Übermensch“ nachsehen: bis auf die Antike werde das Wort zurückgeführt.
Und ich selbst habe neulich im alten Fontane, im „Stechlin“, einen „Untermenschen“ entdeckt, wo doch die Nazis so stolz auf ihre jüdischen und kommunistischen Untermenschen und das dazugehörige Untermenschentum sind.
Mögen sie ruhig darauf stolz sein, genauso wie Nietzsche trotz berühmter Vorgänger auf seinen Übermenschen stolz sein darf. Denn ein Wort oder eine bestimmte Wortfärbung oder -wertung gewinnen erst da innerhalb einer Sprache Leben, sind erst da wirklich existent, wo sie in den Sprachgebrauch einer Gruppe oder Allgemeinheit eingehen und sich eine Zeitlang darin behaupten. In diesem Sinn ist der „Übermensch“ fraglos Nietzsches Schöpfung, und der „Untermensch“ und das unspöttisch neutrale „aufziehen“ kommen bestimmt auf das Konto des Dritten Reichs.
Wird ihre Zeit mit der des Nazismus abgelaufen sein? Ich bemühe mich darum, bin aber skeptisch.
Diese Notiz arbeitete ich im Januar 1946 aus. Am Tage nach der Fertigstellung hatten wir eine Sitzung des Dresdner Kulturbundes. Ein Dutzend derer, denen durch ihre Wahl besondere Kultiviertheit bezeugt worden ist und die nun also vorbildlich wirken sollen. Es ging um die Veranstaltung einer der jetzt ringsum üblichen Kulturwochen, u. a. um eine Kunstausstellung. Einer der Herren sagte, etliche der für die „Volkssolidarität“ gestifteten und nun in die Ausstellung einzubeziehenden Bilder seien Schinken. Sofort wurde ihm erwidert: „Unmöglich! Wenn wir hier in Dresden eine Kunstausstellung veranstalten, dann müssen wir sie auch groß und unantastbar aufziehen“.

Victor Klemperer, LTI – Notizbuch eines Philologen, Berlin, Aufbau, 1947

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