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La pensée de Kropotkine

Renaud Garcia – Nature humaine et anarchie : la pensée de Pierre Kropotkine (Thèse ENS Lyon 2012)

L’ambition qui préside à l’élaboration de ce travail est double : d’abord confronter une lecture précise de Kropotkine (1842-1921) à ce qu’en dit le post-anarchisme, lequel se fait fort de renouveler la compréhension de l’anarchisme à l’aide des outils légués par les auteurs post-modernes français ; ensuite reprendre le dossier de l’antinaturalisme dans la critique sociale. Nous soutenons dans cette thèse que loin de manifester une impasse pour tout discours qui voudrait dessiner les voies d’un changement radical de société, la notion de « nature humaine » telle que l’emploie Kropotkine offre de nombreux outils pour œuvrer dans cette direction. À la fois géographe et évolutionniste, Kropotkine ouvre la nature humaine en direction de la nature globale, et plus précisément du legs coopératif de l’évolution des espèces, à l’inverse de toute crispation essentialiste. C’est sur ce legs sans cesse retravaillé en fonction des contextes dans lesquels l’humain est conduit à vivre qu’il convient de s’appuyer pour contrer les effets de réductionnismes ruineux tels que le darwinisme social ou la sociobiologie. Conformément à la dimension fondationnaliste de la pensée de Kropotkine, la thèse s’organise de manière systématique autour de la notion de « nature humaine ». Après avoir posé les bases scientifiques de l’anarchie (I) nous travaillons les thèmes darwiniens de l’œuvre kropotkinienne (II). Le socle théorique est alors consistant afin d’établir des conséquences pratiques, du côté de la politique, de l’économie et de l’urbanisme (III). À l’intérieur du contexte ainsi défini, c’est aux réalisations supérieures de la morale et de l’art que nous finissons par nous intéresser (IV).

Pierre Kropotkine – Le nihilisme (1898)

A cette époque, un formidable mouvement se développait parmi la jeunesse russe cultivée. Le servage était aboli. Mais pendant les deux cent cinquante ans qu’avait duré le servage, il était né toute une série d’habitudes d’esclavage domestique, de mépris extérieur de la personnalité individuelle, de despotisme de la part des pères et d’hypocrite soumission de la part des femmes, des fils et des filles. Au commencement du siècle, le despotisme domestique régnait partout en Europe à un haut degré comme en témoignent les écrits de Thackeray et de Dickens mais nulle part cette tyrannie n’avait pris un développement aussi considérable qu’en Russie. La vie russe tout entière, dans la famille, dans les relations entre les chefs et leurs subordonnés, entre les officiers et les soldats, les patrons et leurs employés, en portait l’empreinte. Tout un monde d’habitudes et de façons de penser, de préjugés et de lâcheté morale, de coutumes engendrées par une vie d’oisiveté, s’était formé peu à peu; même les meilleurs hommes de cette époque payaient un large tribut à ces produits de la période de servage.

La loi n’a pas de prise sur ces choses. Un énergique mouvement social était seul capable de réformer les habitudes et les mœurs et la vie journalière en attaquant le mal dans sa racine; et en Russie ce mouvement cette révolte de l’individu prit un caractère beaucoup plus énergique et plus impétueux dans sa critique de l’état de choses existant que dans tout autre pays de l’Europe occidentale ou de l’Amérique. Tourguénev lui donna le nom de « Nihilisme » dans son célèbre roman, « Pères et Fils », et ce nom fut accepté généralement. Ce mouvement a été souvent mal compris dans l’ouest de l’Europe. Dans la presse, par exemple, on a confondu nihilisme et terrorisme. Les troubles révolutionnaires qui éclatèrent en Russie vers la fin du règne d’Alexandre II et aboutirent à la mort tragique du tsar, sont constamment désignés sous le nom de nihilisme. C’est pourtant une erreur. Confondre le nihilisme avec le terrorisme est une méprise aussi grave que d’identifier un mouvement philosophique comme le stoïcisme ou le positivisme avec un mouvement politique, tel, par exemple, que le républicanisme.

Le terrorisme est né de certaines conditions spéciales de la lutte politique, à un moment donné de l’histoire. Il a vécu et a pris fin. Il peut renaître et disparaître encore. Mais le nihilisme a mis son empreinte sur la vie tout entière des classes cultivées de la Russie et cette empreinte persistera pendant de nombreuses années. C’est le nihilisme qui, dépouillé de ce qu’il y a eu en lui d’exagéré – l’exagération était inévitable dans un mouvement de cette sorte provoqué par la jeunesse – donne encore actuellement à la vie d’une grande partie des classes cultivées de la Russie un certain caractère particulier que nous autres Russes regrettons de ne pas trouver dans la vie de l’Europe Occidentale. C’est le nihilisme aussi qui dans ses manifestations variées donne à un grand nombre de nos écrivains cette sincérité remarquable, cette habitude de « penser tout haut », qui étonne les lecteurs occidentaux.

Tout d’abord, le nihiliste déclarait la guerre à tout ce qu’on peut appeler « les mensonges conventionnels de la société civilisée ». La sincérité absolue était sa marque distinctive et au nom de cette sincérité il renonçait et demandait aux autres de renoncer aux superstitions, aux préjugés, aux habitudes et aux mœurs que leur propre raison ne pouvait justifier. Il refusait de se plier devant toute autre autorité que la raison, et dans l’analyse de chaque institution ou habitude sociale, il se révoltait contre toute sorte de sophisme plus ou moins déguisé. Il rompit, naturellement, avec les superstitions de ses pères, et ses idées philosophiques furent celles du positivisme, de l’agnosticisme, de l’évolutionnisme à la façon de Spencer ou du matérialisme scientifique; et tandis qu’il n’attaquait jamais la foi religieuse simple et sincère, lorsqu’elle est une nécessité psychologique de l’être sensible, il combattait violemment l’hypocrisie qui pousse les gens à se couvrir du masque d’une religion, qu’ils jettent à chaque instant par-dessus bord comme un fardeau inutile.

La vie des peuples civilisés est pleine de ces petits mensonges conventionnels. Quand les gens, qui ne peuvent se supporter, se rencontrent dans la rue, ils prennent un air radieux et sourient de joie; le nihiliste restait froid et ne souriait qu’à ceux qu’il était vraiment heureux de rencontrer. Toutes ces formes de politesse extérieure qui ne sont que pure hypocrisie lui répugnaient et il affectait une certaine rudesse de manières pour protester contre la plate amabilité de ses pères. Il remarquait que ceux-ci affectaient dans leurs paroles un idéalisme sentimental et qu’ils se comportaient en même temps comme de véritables barbares à l’égard de leurs femmes, de leurs enfants et de leurs serfs; et il se révoltait contre cette sorte de sentimentalisme qui s’accommodait si bien aux conditions d’une vie qui n’avait en soi rien d’idéal.

L’art était soumis avec la même rigueur à cette critique négative. Ces continuels bavardages sur la beauté, l’idéal, l’art pour l’art, l’esthétique, etc., auxquels on se livrait si volontiers, alors que tout objet d’art était payé avec l’argent extorqué à des paysans affamés ou à des ouvriers mal rétribués, et que le soi-disant « Culte de la Beauté » n’était qu’un masque destiné à couvrir la plus vulgaire corruption de mœurs – ne lui inspiraient que du dégoût; et la critique de l’art que l’un des plus grands artistes du siècle, Tolstoï, a formulé depuis d’une manière si saisissante, était exprimée par le nihiliste dans cette affirmation catégorique : « Une paire de bottes vaut beaucoup mieux que toutes vos Madones et que toutes vos discussions raffinées sur Shakespeare ».

Tout mariage sans amour, toute familiarité sans amitié étaient condamnés. La jeune fille nihiliste, contrainte par ses parents de jouer le rôle d’une poupée dans une « maison de poupées », et de faire un mariage d’argent, préférait quitter sa maison et ses toilettes de soie; elle prenait une robe de laine noire très simple, coupait ses cheveux et allait à l’université, pour pouvoir vivre d’une vie indépendante. La femme qui s’apercevait que son mariage n’était plus un mariage, que ni l’amour, ni l’amitié n’unissait plus ceux qui restaient de par la loi époux et femme, aimait mieux briser un lien qui n’avait plus rien de son caractère essentiel; et souvent elle s’en allait avec ses enfants, bravant la pauvreté, préférant l’isolement et la misère à une vie toute conventionnelle qui aurait été une perpétuelle négation de sa propre personnalité.

Le nihiliste portait cet amour de la sincérité jusque dans les plus minces détails de la vie de tous les jours. Il rejetait les formes conventionnelles du langage de la société et exprimait ses opinions simplement et sans fard, et même en apparence avec une certaine affectation de rudesse.

Nous avions coutume à Irkoutsk de nous réunir une fois par semaine au club, et de danser. Je fus pendant quelque temps un hôte assidu de ces soirées, mais peu à peu, ayant à travailler, je cessai d’y aller. Un soir, comme je ne m’y étais pas montré pendant plusieurs semaines de suite, une des dames présentes demanda à un jeune homme de mes amis pourquoi je ne venais plus à leurs réunions. « Il monte maintenant à cheval quand il veut prendre de l’exercice » répondit mon ami un peu rudement. Mais il pourrait venir passer quelques heures avec nous, sans danser, se permit de remarquer une dame. Que viendrait-il faire ici ? répliqua mon ami, le nihiliste. Causer avec vous de mode et de chiffons ? Il en avait assez de ces niaiseries. Mais il fréquente pourtant de temps en temps mademoiselle X, remarqua timidement une des jeunes dames présentes.
En effet, mais mademoiselle X c’est une jeune fille studieuse, répliqua sèchement mon ami, il l’aide à apprendre l’allemand. Je dois ajouter que cette rebuffade évidemment grossière eut pour effet que les jeunes filles d’Irkoustsk se mirent aussitôt à nous assiéger, mon frère, mon ami et moi, de questions sur ce que nous leur conseillions de lire ou d’étudier. Le nihiliste parlait à tous ceux qu’il connaissait avec la même franchise, leur disant que leurs bavardages sur « les pauvres gens » n’étaient que pure hypocrisie, tant qu’ils vivaient du travail mal rétribué de ces gens, qu’ils plaignaient à leur aise tout en bavardant dans leurs salons richement décorés; et avec la même franchise un nihiliste déclarait à un haut fonctionnaire que celui-ci ne se souciait pas le moins du monde du bien-être de ses subordonnés, mais qu’il était simplement un voleur.

Le nihiliste montrait une certaine rudesse quand il reprochait à une femme d’aimer les bavardages futiles et de se montrer fière de ses manières élégantes et de ses toilettes recherchées, ou quand il disait sans ambages à une jeune fille : « Comment n’avez-vous pas honte de dire de pareilles sornettes et de porter un chignon de faux cheveux ? » Il désirait trouver dans la femme une camarade, une personnalité humaine non une poupée ou un mannequin et il se refusait absolument à ces menus témoignages de politesse dont les hommes entourent celles qu’ils aiment tant à considérer comme « le sexe faible ».

Quand une dame entrait dans un salon, un nihiliste ne s’empressait pas de se lever de son siège pour le lui offrir à moins qu’elle ne parût fatiguée et qu’il n’y eût pas d’autre siège dans la pièce. Il se comportait vis-à-vis d’elle comme il l’aurait fait avec un camarade de son propre sexe; mais si une femme lui fût-elle complètement inconnue manifestait le désir d’apprendre quelque chose qu’il savait et qu’elle ignorait, il n’hésitait pas à aller chaque soir à l’autre bout de la ville pour l’aider dans ses études. Tel jeune homme qui n’aurait pas fait un mouvement pour présenter à une dame une tasse de thé, abandonnait à une jeune fille, qui venait à Moscou ou à Pétersbourg pour étudier, la seule leçon particulière qu’il avait pu trouver et qui lui procurait son maigre pain quotidien. Il lui disait simplement : « Il est plus facile à un homme qu’à une femme de trouver du travail. Il n’y a rien de chevaleresque dans mon offre, c’est une simple question d’égalité. »

Les deux grands romanciers russes, Tourguénev et Gontcharov, ont essayé de représenter ce type nouveau dans leurs romans. Gontcharov a fait, dans le Précipice A, une caricature du nihilisme, en prenant un personnage réel, il est vrai, mais qui ne pouvait nullement être pris pour représentant du type nihiliste. Tourguénev était un trop grand artiste et il avait une trop grande admiration pour ce nouveau type, pour se laisser aller à en faire une caricature et pourtant son nihiliste, Bazarov, ne nous satisfit pas. Nous le trouvions trop rude, principalement dans ses relations avec ses vieux parents, et nous lui reprochions surtout de paraître négliger ses devoirs de citoyen. La jeunesse russe ne pouvait se contenter de l’attitude purement négative du héros de Tourguénev. Le nihilisme, en affirmant les droits de l’individu et en condamnant toute hypocrisie, n’était qu’un premier pas vers un type plus élevé d’hommes et de femmes, qui sont également libres et consacrent leur vie à une grande cause. Les nihilistes se reconnaissaient bien mieux dans les hommes et les femmes que Tchernychevsky a mis en scène dans son roman « Que faire ? » inférieur sans doute au point de vue artistique mais qui par ses idées exerça une influence formidable sur la jeunesse russe.

« Amer est le pain fait par des esclaves », a écrit notre poète Nekrasov. La jeune génération refusait positivement de manger ce pain, et de jouir des richesses accumulées dans leurs maisons paternelles par le travail des serfs, que les ouvriers fussent de véritables serfs ou des esclaves salariés du système industriel existant. Toute la Russie apprit avec étonnement, par l’acte d’accusation produit devant le tribunal contre Karakosov et ses amis, que ces jeunes gens, propriétaires de fortunes considérables, vivaient à trois ou à quatre dans la même chambre, ne dépensant pas plus de dix roubles (25 francs) chacun par mois pour leur entretien, et donnant tout leur argent aux coopératives de consommation, aux coopératives de production où ils travaillaient eux-mêmes, et à d’autres institutions analogues.
Cinq ans plus tard, des milliers et des milliers de jeunes gens la meilleure partie de la jeunesse russe imitaient cet exemple. Leur mot d’ordre était « V narod ! » (allez au peuple, soyez le peuple).

Dès 1860, dans presque chaque famille riche une lutte acharnée s’engagea entre les pères, qui voulaient maintenir les anciennes traditions, et les fils et les filles qui défendaient leur droit de disposer de leur vie suivant leur propre idéal. Les jeunes gens quittaient le service militaire, le comptoir, l’atelier et affluaient dans les villes universitaires. Des jeunes filles, issues des familles les plus aristocratiques, accouraient sans un sou à Pétersbourg, à Moscou et à Kiev, avides d’apprendre une profession qui les affranchît du joug domestique, et un jour, peut-être, même du joug du mari. Beaucoup d’entre elles parvenaient à conquérir cette liberté individuelle après des luttes rudes et acharnées. Elles cherchaient alors à l’utiliser, non pour leur satisfaction personnelle, mais pour apprendre au peuple la science qui les avait émancipées.

Dans chaque ville russe, dans chaque quartier de Pétersbourg, des petits groupes de jeunes gens se constituaient pour se former et s’instruire mutuellement. Les œuvres des philosophes, les écrits des économistes, les recherches de la jeune école historique russe étaient lus dans ces cercles, et ces lettres étaient suivies de discussions interminables. Le but de toutes ces lectures et de toutes ces discussions était d’aboutir à la solution de cette grande question qui dominait toutes les autres comment les jeunes pourraient-ils devenir utiles aux masses ? Peu à peu ils en venaient à cette idée que le seul moyen était de s’établir parmi les gens du peuple et de vivre de leur vie. Des jeunes gens allaient alors se fixer dans les villages comme médecins, aide-médecins, instituteurs, scribes, et même comme agriculteurs, forgerons, bûcherons, etc. et ils essayaient de vivre là en contact intime avec les paysans. Des jeunes filles passaient leurs examens d’institutrice, apprenaient le métier de sages-femmes et de gardes-malades et se rendaient par centaines dans les villages, se dévouant corps et âme à la partie la plus pauvre de la population. Ils y allaient sans même avoir un idéal quelconque de reconstitution sociale et la moindre pensée révolutionnaire mais purement et simplement pour enseigner à lire à la masse des paysans, pour les instruire, leur prêter leur assistance médicale ou les aider d’une façon ou d’une autre à sortir de leurs ténèbres et de leur misère, et en même temps, apprendre de ces masses ce qui était leur idéal populaire d’une vie sociale meilleure.

A mon retour de la Suisse, je trouvai ce mouvement en plein essor.

(P. Kropotkine, Mémoires d’un révolutionnaire, Paris, 1898, pp. 303-310.)

Pierre Kropotkine – Les fondements culturels de l’architecture médiévale (1906)

…des fédérations entre de petites unités territoriales, ainsi qu’entre des hommes unis par des travaux communs dans leurs guildes respectives, et des fédérations entre cités et groupes de cités constituaient l’essence même de la vie et de la pensée à cette époque. La période comprise entre le Xe et le XVIe siècle de notre ère pourrait ainsi être décrite comme un immense effort pour établir l’aide et l’appui mutuels dans de vastes proportions, le principe de fédération et d’association étant appliqué à toutes les manifestations de la vie humaine et à tous les degrés possibles. Cet effort fut en très grande partie couronné de succès. Il unit des hommes qui étaient divisés auparavant ; il leur assura beaucoup de liberté, et il décupla leurs forces. A une époque où le particularisme était engendré par tant de circonstances, et où les causes de discorde et de jalousie auraient pu être si nombreuses, il est réconfortant de voir des cités, éparses sur un vaste continent, avoir tant en commun et être prêtes à se confédérer pour la poursuite de tant de buts communs. Elles succombèrent à la longue devant des ennemis puissants. Pour n’avoir pas compris le principe de l’entr’aide assez largement, elles commirent elles-mêmes des fautes fatales. Mais elles ne périrent pas par leurs jalousies réciproques, et leurs erreurs ne provenaient pas du manque de l’esprit de fédération.

* * *

Les résultats de ce nouveau progrès de l’humanité dans la cité du moyen âge furent immenses. Au commencement du XIe siècle les villes d’Europe étaient de petits groupes de huttes misérables, ornés seulement d’églises basses et lourdes, dont les constructeurs savaient à peine comment faire une voûte ; les arts – il n’y avait guère que des tisserands et des forgerons – étaient dans l’enfance ; le savoir ne se rencontrait qu’en quelques rares monastères. Trois cent cinquante ans plus tard, la face de l’Europe était changée. Le territoire était parsemé de riches cités, entourées d’épaisses murailles, ornées elles-mêmes de tours et de portes, dont chacune était une œuvre d’art. Les cathédrales, d’un style plein de grandeur et décorées avec abondance, élevaient vers le ciel leurs clochers d’une pureté de forme et d’une hardiesse d’imagination que nous nous efforçons vainement d’atteindre aujourd’hui. Les arts et les métiers avaient atteint un degré de perfection que dans mainte direction nous ne pouvons nous vanter d’avoir dépassé, si nous estimons l’habileté inventive de l’ouvrier et le fini de son ouvrage plus que la rapidité de fabrication. Les navires des cités libres sillonnaient dans toutes les directions les mers intérieures de l’Europe ; un effort de plus, et ils allaient traverser les océans. Sur de grands espaces de territoire le bien-être avait remplacé la misère ; le savoir s’était développé, répandu. Les méthodes scientifiques s’élaboraient, les bases de la physique avaient été posées, et les voies avaient été préparées pour toutes les inventions mécaniques dont notre siècle est si fier. Tels furent les changements magiques accomplis en Europe en moins de quatre cents ans. Et si on veut se rendre compte des pertes dont l’Europe souffrit par la destruction des cités libres, il faut comparer le XVII siècle avec le XIVe ou le XIIIe. La prospérité qui caractérisait autrefois l’Écosse, l’Allemagne, les plaines d’Italie a disparu ; les routes sont tombées dans l’abandon ; les cités sont dépeuplées, le travail est asservi, l’art est en décadence, le commerce même décline.
Si les cités du moyen âge ne nous avaient légué aucun monument écrit pour témoigner de leur splendeur et n’avaient laissé que les monuments d’architecture que nous voyons encore aujourd’hui dans toute l’Europe, depuis l’Écosse jusqu’en Italie, et depuis Girone en Espagne jusqu’à Breslau en territoire slave, nous pourrions déjà affirmer que l’époque où les cités eurent une vie indépendante fut celle du plus grand développement de l’esprit humain depuis l’ère chrétienne jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. Si nous regardons, par exemple, un tableau du moyen âge représentant Nuremberg avec ses tours et ses clochers élancés, dont chacun porte l’empreinte d’un art librement créateur, nous pouvons à peine concevoir que trois cents ans auparavant la ville n’était qu’un amas de misérables huttes. Et notre admiration ne fait que croître lorsque nous entrons dans les détails de l’architecture et des décorations de chacune de ces innombrables églises, beffrois, maisons communales, portes des cités, etc., que nous trouvons en Europe, aussi loin vers l’Est que la Bohême et les villes, mortes aujourd’hui, de la Galicie polonaise. Non seulement l’Italie est la patrie des arts, mais toute l’Europe est couverte de ces monuments. Le fait même que parmi tous ces arts, l’architecture, – art social par excellence – a atteint son plus haut développement, est significatif. Pour arriver au degré de perfection qu’il a atteint, cet art a dû être le produit d’une vie éminemment sociale.
L’architecture du moyen âge a atteint sa grandeur, non seulement parce qu’elle fut l’épanouissement naturel d’un métier, ainsi qu’on l’a dit récemment ; non seulement parce que chaque bâtiment, chaque décoration architecturale était l’œuvre d’hommes qui connaissaient par l’expérience de leurs propres mains les effets artistiques que l’on peut obtenir de la pierre, du fer, du bronze, ou même de simples poutres de mortier ; non seulement parce que chaque monument était le résultat de l’expérience collective accumulée dans chaque « mystère » ou métier – l’architecture médiévale fut grande parce qu’elle était née d’une grande idée. Comme l’art grec, elle jaillissait d’une conception de fraternité et d’unité engendrée par la cité. Elle avait une audace qui ne peut s’acquérir que par des luttes audacieuses et des victoires ; elle exprimait la vigueur, parce que la vigueur imprégnait toute la vie de la cité. Une cathédrale, une maison communale symbolisaient la grandeur d’un organisme dont chaque maçon et chaque tailleur de pierres était un constructeur ; et un monument du moyen âge n’apparaît jamais comme un effort solitaire, ou des milliers d’esclaves auraient exécuté la part assignée à eux par l’imagination d’un seul homme – toute la cité y a contribué. Le haut clocher s’élevait sur une construction qui avait de la grandeur par elle-même, dans laquelle on pouvait sentir palpiter la vie de la cité ; ce n’était pas un échafaudage absurde comme la tour de fer de 300 mètres de Paris, ni une simili bâtisse en pierre faite pour cacher la laideur d’une charpente de fer comme le Tower Bridge à Londres. Comme l’Acropole d’Athènes, la cathédrale d’une cité du moyen âge était élevée dans l’intention de glorifier la grandeur de cette cité victorieuse, de symboliser l’union de ses arts et métiers, d’exprimer la fierté de chaque citoyen dans une cité qui était sa propre création. Souvent, la seconde révolution des jeunes métiers une fois accomplie, on vit la cité commencer une nouvelle cathédrale afin d’exprimer l’union nouvelle, plus large, plus vaste, qui venait d’être appelée à la vie.
Les ressources dont on disposait pour ces grandes entreprises étaient d’une modicité étonnante. La cathédrale de Cologne fut commencée avec une dépense annuelle de 500 marks seulement ; un don de 100 marks fut inscrit comme une grande donation ; et même lorsque les travaux approchaient de la fin et que les dons affluaient de plus en plus, la dépense annuelle en argent demeura d’environ 5.000 marks et n’excéda jamais 14.000. La cathédrale de Bâle également fut bâtie avec des ressources aussi modiques. Mais chaque corporation contribuait pour sa part en pierres, en travaux et en inventions décoratives pour leur monument commun. Chaque guilde y exprimait ses conceptions politiques, racontant en bronze ou en pierre l’histoire de la cité, glorifiant les principes de « Liberté, Égalité et Fraternité », louant les alliés de la cité et vouant ses ennemis aux feux éternels. Et chaque guilde témoignait son amour au monument communal en le décorant de vitraux, de peintures, de « grilles dignes d’être les portes du Paradis » comme le dit Michel-Ange, ou en décorant de sculptures en pierre les plus petits recoins du bâtiment . De petites cités, même de petites paroisses, rivalisaient avec les grandes agglomérations dans ces travaux, et les cathédrales de Laon et de Saint-Ouen le cèdent de peu à celle de Reims, ou à la maison communale de Brême, ou au beffroi de l’assemblée du peuple de Breslau. « Aucune œuvre ne doit être entreprise par la commune si elle n’est conçue selon le grand cœur de la commune, composé des cœurs de tous les citoyens, unis dans une commune volonté » – telles sont les paroles du Conseil de Florence ; et cet esprit apparaît bien dans toutes les œuvres communales d’une utilité sociale : les canaux, les terrasses, les vignobles et les jardins fruitiers autour de Florence, ou les canaux d’irrigation qui sillonnent les plaines de la Lombardie, ou le port et l’aqueduc de Gênes, bref tous les travaux de cette sorte qui furent accomplis par presque toutes les cités.
Tous les arts avaient progressé de la même façon dans les cités du moyen âge. Les arts de notre temps ne sont pour la plupart qu’une continuation de ceux qui s’étaient développés à cette époque. La prospérité des cités flamandes était basée sur la fabrication des beaux tissus de laine. Florence, au commencement du XIVe siècle, avant la peste noire, fabriquait de 70.000 à 100.000 panni d’étoffes de laine, qui étaient évalués à 120.000 florins d’or. Le ciselage des métaux précieux, l’art du fondeur, les beaux fers forgés furent des créations des « mystères » du moyen âge, qui réussirent à exécuter chacun dans son propre domaine tout ce qu’il était possible de faire faire à la main sans l’emploi d’un puissant moteur.
Par la main et par l’invention car, pour nous servir des paroles de Whewell :
« Le parchemin et le papier, l’imprimerie et la gravure, le verre et l’acier perfectionnés, la poudre à canon. les horloges, les télescopes, la boussole, le calendrier réformé, la notation décimale ; l’algèbre, la trigonométrie, la chimie, le contre-point (invention qui équivaut à une nouvelle création de la musique) ; toutes ces acquisitions nous viennent de ce qu’on a appelé avec tant de mépris la Période stationnaire ». (History of Inductive Sciences, I, 252).
Il est vrai, comme dit Whewell, qu’aucune de ces découvertes n’avait été le résultat de quelque nouveau principe ; mais la science du moyen âge avait fait plus que la découverte proprement dite de nouveaux principes. Elle avait préparé la découverte de tous les nouveaux principes que nous connaissons à l’époque actuelle dans les sciences mécaniques : elle avait habitué le chercheur à observer les faits et à raisonner d’après eux. C’était déjà la science inductive, quoiqu’elle n’eût pas encore pleinement saisi l’importance et la puissance de l’induction ; et elle posait déjà les fondements de la mécanique et de la physique. François Bacon, Galilée et Copernic furent les descendants directs d’un Roger Bacon et d’un Michael Scot, de même que la machine à vapeur fut un produit direct des recherches poursuivies dans les universités italiennes de cette époque sur le poids de l’atmosphère, et des études techniques et mathématiques qui caractérisaient Nuremberg.
Mais pourquoi prendre la peine d’insister sur les progrès des sciences et des arts dans la cité du moyen âge ? N’est-ce point assez de mentionner les cathédrales dans le domaine de l’habileté technique, ou la langue italienne et les poèmes de Dante dans le domaine de la pensée, peut donner immédiatement la mesure de ce que la cité médiévale créa durant les quatre siècles qu’elle vécut ?
Les cités du moyen âge ont rendu un immense service à la civilisation européenne. Elles l’ont empêchée de verser dans la voie des théocraties et des états despotiques de l’antiquité ; elles lui ont donné la variété, la confiance en soi-même, la force d’initiative et les immenses énergies intellectuelles et matérielles qu’elle possède aujourd’hui…

P. Kropotkine, L’Entraide, un facteur de l’évolution (1906)

Album. Die Beerdigung von P. A. Kropotkin in Moskau, 13. Februar 1921 (Mit einer Einleitung von Rudolf Rocker, 1922)

Album. Die Beerdigung von P.A. Kropotkin (1922)

Einleitung
Unter den zeitgenössischen Denkern, welche die sozialistische Bewegung der letzten vierzig Jahre geistig befruchtet haben, war Peter Kropotkin einer der wenigen, die uns zu einer tieferen Wertung der ganzen sozialistischen Ideenwelt geführt und unserer Erkenntnis in dieser Richtung ganz neue Perspektiven eröffnet haben. Seine grandiose Philosophie der Gegenseitigen Hilfe, die den Kern seiner ganzen Lehre bildet und die unser Innerstes mit unwiderstehlicher Gewalt ergreift, ist so recht eigentlich der Wesensinhalt der gesamten sozialistischen Weltanschauung. Und was dieser Auffassung des gesellschaftlichen Zusammenlebens ihre unvergängliche Bedeutung gibt, ist die Tatsache, daß sie nicht den spekulativen Betrachtungen eines weltfremden Gelehrten entsprungen ist, sondern als Ergebnis konkreter wissenschaftlicher Forschungen und eingehender geschichtlicher Untersuchungen gewertet werden muß.
Kropotkins lichtvoller Ausblick auf die Entwicklung der sozialen Lebenserscheinungen war eine glänzende Widerlegung der einseitigen und beschrankten Auslegung von Darwins These über den Kampf ums Dasein, die seit Jahrzehnten von dem hervorragendsten Vertreter der modernen Naturwissenschaft dahingehend aufgefaßt wurde, daß nicht nur zwischen den verschiedenen Arten, sondern auch innerhalb derselben Gattungen ein ununterbrochener Krieg stattfinde, in dessen Verlauf die ,,Starken“ sich behaupten und die „Schwachen“ zugrunde gehen müßten. Diese Auslegung gab besonders den Verfechtern des sogenannten sozialen Darwinismus, an deren Spitze der englische Gelehrte Huxley figurierte, die Möglichkeit, den düsteren Kundgebungen Malthus‘ vom „Tische des Lebens, der nicht für alle gedeckt ist“, neuen Glanz zu verleihen und sie auf einer angeblich wissenschaftlichen Grundlage neu zu fundieren. Und nun kam Kropotkin und zeigte uns an der Hand eines schier unerschöpflichen Materials, daß diese Auffassung der Natur nur eine groteske Karikatur der eigentlichen Erscheinungen des Lebens ist und daß neben dieser von vielen Anhängern Darwins mit besonderer Vorliebe betonten brutalen Form im Kampf ums Dasein noch eine andere Form existiert, die in dem gesellschaftlichen Zusammenschluß der schwächeren Arten und in ihrer praktischen Betätigung der gegenseitigen Hilfe untereinander ihren Ausdruck findet. Diese zweite Form im Kampf ums Dasein aber erweist sich sowohl für die Existenz des Einzelwesens als auch für das Bestehen der Gattung viel wirksamer als der brutale Ring der Starken gegen die Schwachen, was schon durch den auffallenden Rückgang jener Arten, die isoliert leben und ihre Existenz nur mit Hilfe ihrer rein physischen Ueberlegenheit fristen, deutlich genug bewiesen wird.
Am offenkundigsten zeigt sich dies in der Geschichte der menschlichen Entwicklung. In jeder besonderen Phase dieser Entwicklung begegnen wir vielen tausenden gesellschaftlichen Einrichtungen und Gewohnheiten, die ihren Ursprung dem Gefühle gegenseitiger Solidarität verdanken, das in der Gemeinschaftlichkeit der Interessen seine Wurzel findet. In den Stammesverbänden der Wilden und in den Markgenossenschaften der Barbaren, in den Künstler- und Handwerkergilden der freien Städte des Mittelalters und in unzähligen Organisationen und Einrichtungen unserer eigenen Zeit wirkt und schafft der Geist der gegenseitigen Hilfe und erweist sich überall als der gewaltigste Faktor jeder gesellschaftlichen und kulturellen Entwicklung. – Nicht der Mensch war der Erfinder der Gesellschaft; die Gesellschaft und der Instinkt der Soziabilität wurden ihm schon von jenen Gattungen als Erbschaft übermittelt, aus deren Schoße er geboren wurde und die seiner Menschwerdung vorausgingen. Und dieser Geist der Soziabilität, der den breiten Massen schon zum Instinkt geworden ist, befruchtete stets die Initiative und die schöpferische Tätigkeit der Völker.

Auf diese Art erklärt auch Kropotkin den Ursprung und die Entwicklung der moralischen Empfindungen im Menschen. Weder der berühmte Kategorische Imperativ Kants, noch das hohle Wortgebimmel des großen Amoralisten Nietzsche, das über die innere Leere und Haltlosigkeit der famosen ,,Jenseits von Gut und Böse“-Theorie nicht hinwegzutäuschen vermag, konnten ihm in dieser Hinsicht bestimmte Fingerzeige geben. Auf dem Boden der konkreten wissenschaftlichen Forschung fußend, erblickte Kropotkin in den ethischen Empfindungen der Menschen das natürliche Ergebnis ihres gesellschaftlichen Zusammenlebens und den Ausdruck des gegenseitigen Mitgefühls, das allmählich in den Sitten und Gewohnheiten der Menschen seinen Niederschlag fand. Diese Erbschaft aus uralten Zeiten in der Form sozialer Gefühle und Gebräuche bildet das kostbarste Gut des Menschen und die eigentliche Basis jeder fortschreitenden Entwicklung. In diesem Sinne ist der Sozialismus für Kropotkin keine luftige Utopie, sondern der höchste und vollendetste Ausdruck jenes Geistes der gegenseitigen Hilfe, der eine bestimmt ausgeprägte Tendenz der menschlichen Entwicklung bildet. Kropotkins Sozialismus erscheint uns als das Ergebnis der schöpferischen Fähigkeiten im Schoße des Volkes, der sich von unten nach oben entwickelt, wie eine Pflanze, die von der Wurzel anfängt, um allmählich zur Blüte und Frucht zu gelangen. Man kann ihn nicht willkürlich diktieren oder durch Regierungsdekrete künstlich ins Leben rufen. Jeder solcher Versuch trägt den Keim des Todes in sich, da er unwiderruflich zum Staatskapitalismus, zur schlimmsten Form jeglicher Ausbeutung, führen muß.

Der fortwährende Kampf zwischen Autorität und Freiheit, zwischen Staatssklaverei und freier Vereinigung, zwischen Regierung und Verwaltung, zwischen organisierter Gewalt und gegenseitiger Verständigung, der sich in allen Zeiten der Geschichte abspielte, ist nur eine Kundgebung zweier verschiedener Tendenzen in der Gesellschaft, die sich stets feindlich gegenüberstehen. Die erste Tendenz, welche die brutale Form des Kampfes ums Dasein in sich verkörpert, ist ihrem Wesen nach antisozial und erstrebt stets die Unterwerfung und Ausbeutung der breiten Massen zugunsten privilegierter Minderheiten. Sic tritt stets auf in irgendeiner Form der öffentlichen Macht und war immer ein Hindernis für jede gesellschaftliche Entwicklung. Die zweite Tendenz entspringt den gesellschaftlichen Instinkten der Massen; sie entwickelt ihren Betätigungstrieb und ihre schöpferische Initiative und legt in Tausenden von Einrichtungen Zeugnis ab für ihre kulturfördernden Kräfte.
Kropotkins Sozialismus ist eine Art Synthese, in der sich die Sehnsucht nach persönlicher Freiheit und das Streben nach sozialer Gleichheit zusammenfinden. Der Sozialismus wird frei sein, oder er wird nicht sein. Zusammen mit der Ausbeutung des Menschen durch den Menschen muß auch die Herrschaft des Menschen über den Menschen verschwinden, zusammen mit dem Monopol des Besitzes auch das Monopol der Macht fallen. Nicht die Eroberung des Staates, sondern dessen Ueberwindung ist das große politische Ziel des Sozialismus. An Stelle des zentralen Machtapparates muß die freie Föderation selbständiger Gemeinden treten, an Stelle des gesetzlichen Zwanges die freie Vereinbarung und gegenseitige Verständigung. Kropotkin erblickt die Tendenzen einer Entwicklung in dieser Richtung in den tausenden und abertausenden von freien Vereinigungen auf allen Gebieten des sozialen Lebens, die ihre Existenz lediglich allgemein empfundenen Bedürfnissen und der freien Initiative der Menschen verdanken.

Aber Kropotkin erkennt sogar dieselben Entwicklungstendenzen auf dem Gebiete der Wirtschaft, und die Ideen, die er darüber in seinem Werke ,,Felder, Fabriken und Werkstitten“ niedergelegt hat, haben geradezu bahnbrechend gewirkt. Die meisten sozialistischen Denker in der ersten Hälfte des vergangenen Jahrhunderts waren förmlich hypnotisiert von der gewaltigen Entwicklung der Industrie und den technischen Fortschritten auf allen Gebieten der industriellen Produktion. Es ist daher auch gar nicht verwunderlich, daß sie der Industrie ihre Hauptaufmerksamkeit zuwandten und die Landwirtschaft sehr stiefmütterlich behandelt haben. Auch die Väter der modernen Nationalökonomie waren wie geblendet von den Resultaten dieser neuen Formen der menschlichen Produktion und erblickten in ihnen die eisernen Grundlagen wirtschaftlicher Entwicklungsmöglichkeiten mit unbeschränkten Perspektiven. Und so stark war der Einfluß ihrer Lehren, daß eine große Zahl sozialistischer Denker sich von ihrem Geiste bannen ließ und in der modernen Arbeitsteilung und der industriellen Zentralisation die unvermeidlichen Voraussetzungen für die Verwirklichung des Sozialismus erkennen wollten.

Kropotkin verwarf die Theorie der sogenannten Arbeitsteilung auf das entschiedenste und bewies, dass sie der Ertragsfähigkeit der Produktion keineswegs förderlich ist, sondern direkt hindernd im Wege steht. Indem man vergaß, daß die Produktion keineswegs der Zweck des Lebens, sondern nur ein Mittel ist, dasselbe angenehm zu gestalten, gelangte man notwendigerweise zu der Auffassung, daß der Mensch für die Produktion und nicht die Produktion für den Menschen existiere. In diesem Sinne war die Arbeitsteilung zwar eine sehr wichtige Voraussetzung für das kapitalistische Ausbeutungssystem, aber keinesfalls für den Sozialismus, der von einer direkt entgegengesetzten Auffassung ausgehen muß. Kropotkin predigte daher die Arbeitseinheit, die vielseitige und möglichst abwechselnde Beschäftigung des Menschen als die einzige Basis des Sozialismus. An der Hand eines gewaltigen Materials konkreter Tatsachen zeigt er uns, daß die Zentralisation der Industrien nur eine vorübergehende Erscheinung unseres Wirtschaftslebens gewesen ist, und daß gerade die Verfeinerung der Technik und die fortschreitende Einstellung des produktiven Schaffens nach wissenschaftlichen Grundsitzen zu einer immer größeren Dezentralisation der Industrie führt. Der Drang nach industrieller Selbständigkeit, der heute alle Völker erfasst hat, fördert diesen Prozeß in ungeahnter Weise und gibt somit der wirtschaftlichen Entwicklung unserer Zeit eine bestimmte Richtung, die sich immer deutlicher abhebt von Erscheinungen sekundärer Natur. Die Einheit der Arbeit fordert aber auch einen rationellen Ausgleich zwischen Industrie und Landwirtschaft, den Kropotkin in großen Zügen und an der Hand eines überreichen Materials entwickelt hat, um eine Lösung dieses schwersten aller Probleme praktisch anzubahnen. Dazu ist auch eine ganz neue Art unserer ganzen Erziehung nötig, die die künstlichen Schranken zwischen Kopf- und Handarbeit gänzlich beseitigt und die in der Vielseitigkeit des individuellen Wissens und Könnens ihr vornehmstes Ziel erblickt. Eine Erziehung tut uns not, die nicht ausschließlich spezialisiert und immer wieder spezialisiert, sondern die zu vereinen weiß, und die Brücke großer Synthesen schlagen kann. Nur auf diese Weise kann der Mensch vom Joche der Uniformität und der geistigen Schablonisierung erlöst und sein Persönlichkeitsgefühl wieder gestärkt und entwickelt werden. – Nicht Zentralisation, sondern Dezentralisation, nicht Arbeitsteilung, sondern Arbeitseinheit wird das Losungswort der Zukunft sein. In dieser Richtung führt der Weg zum Sozialismus.

Kropotkin zeigte uns die Keime dieses neuen Werdens. Er zeigte uns, wie bei dem heutigen Stande unserer technischen und wissenschaftlichen Entwicklung wir leicht imstande wären, jedem Mitgliede der Gesellschaft einen relativen Wohlstand zu garantieren. Und diese Erkenntnis führte ihn dazu, jede Abschätzung des individuellen Anteils am allgemeinen Arbeitsertrage zu verwerfen, da sie niemals gerecht sein kann, und das Lohnsystem in jeder Form abzulehnen. Anarchie und Kommunismus sind die beiden Grundpfeiler seines Sozialismus. Sein Mittel die soziale Revolution. Und weil er jede soziale Umwälzung nur aus den Tiefen des Volkes erwartet, deshalb maß er den wirtschaftlichen Verbänden, der modernen Arbeiterbewegung, eine so große Bedeutung bei, da er in ihnen die eigentlichen Träger eines neuen Werdens erblickte.
Was die allgemeine sozialistische Bewegung in Kropotkin verloren hat, läßt sich überhaupt nicht abschätzen. Der Verlust ist um so größer, als unter dem heutigen Geschlecht keiner ist, der seinen Platz auch nur einigermaßen auszufüllen imstande wäre. Gerade in unserer Zeit, wo eine alte Zivilisation ihrem Ende entgegeneilt, und wir bereits die ersten schwachen Anzeichen einer neuen sozialen Kultur zu erblicken vermögen, gerade heute, wo auf beiden Fronten der sozialistischen Welt die beiden Losungen: ,,Hie Staatskapitalismus! Hie freiheitlicher Sozialismus!“ starker denn je zuvor in unseren Ohren tönen, gerade heute wirkt der Name Kropotkins wie das Symbol einer Zeit, die da kommen wird, um uns vom Fluche der Knechtschaft und Ausbeutung zu erlösen und uns neue Horizonten des Lebens entgegenzuführen.

Rudolf Rocker.

Ausländisches Büro zur Schaffung der russischen Anarcho-Syndikalistischen Konföderation: Album. Die Beerdigung von P. A. Kropotkin in Moskau, 13. Februar 1921, Berlin, Kater, 1922, S. 7-15.


Pjotr Kropotkin – Der Nihilismus (1899)

Inzwischen entwickelte sich unter der gebildeten russischen Jugend eine gewaltige Bewegung. Die Leibeigenschaft war aufgehoben. Es blieb aber als Folge dieser zweihundertfünfzig Jahre bestehenden Institution im häuslichen Leben in mehrfacher Beziehung ein gut Teil von Sklaverei zurück. Diese bekundete sich vornehmlich in der despotischen Mißachtung jeglicher menschlichen Individualität seitens der Väter und in der heuchlerischen Unterwürfigkeit der übrigen Familienglieder, der Frauen, Söhne und Töchter. Am Anfang des neunzehnten Jahrhunderts herrschte in Europa, wie man aus Thackerays und Dickens’ Romanen zur Genüge ersehen kann, überall in bedeutendem Maße ein häuslicher Despotismus, aber nirgends sonst hatte sich diese Tyrannei so üppig entfaltet wie in Rußland. Hiervon legt das ganze russische Leben in der Familie, in den Beziehungen zwischen Vorgesetzten und Untergebenen, zwischen Offizieren und Soldaten, zwischen Arbeitgebern und Angestellten Zeugnis ab. Eine ganze Welt von Unsitten und falschen Anschauungen, von Vorurteilen und moralischer Feigheit, von Gewohnheiten, wie sie ein träges Leben erzeugt, hatte sich allmählich herausgebildet, und selbst die Besten dieser Zeit zahlten jenen Produkten der Periode der Sklavenzeit einen reichen Tribut.
Das Gesetz war hier ohnmächtig. Nur eine, das Uebel an der Wurzel angreifende, kräftige soziale Bewegung konnte eine Reform in den Gewohnheiten und Sitten des täglichen Lebens hervorbringen, und diese Bewegung — diese Empörung des Individuums — gewann in Rußland einen weit kraftvolleren und in ihrer Kritik des Bestehenden weit entschiedeneren und radikaleren Charakter als sonst wo in Westeuropa oder Amerika. „Nihilismus“ nannte sie Turgenjew in seinem epochemachenden Roman „Väter und Söhne.“
Diese Bewegung wurde in Westeuropa falsch verstanden. So wird der Nihilismus in der Presse nicht vom Terrorismus unterschieden. Die revolutionären Unruhen, die gegen das Ende der Regierungszeit Alexanders II. ausbrachen und schließlich zu dem tragischen Tode des Zaren führten, werden regelmäßig als nihilistisch bezeichnet. Das ist jedoch ein Irrtum. Den Nihilismus mit dem Terrorismus zusammenzuwerfen ist ebenso verkehrt als eine philosophische Bewegung wie den Stoicismus oder den Positivismus mit einer politischen Bewegung, z. B. dem Republikanismus, zu identifizieren. Der Terrorismus wurde zu einem gegebenen historischen Zeitpunkte durch bestimmte besondere Momente des politischen Kampfes ins Leben gerufen. Er hat bestanden und hat sein Ende gefunden. Er kann wieder aufleben und wieder verschwinden. Aber der Nihilismus hat dem ganzen Leben der gebildeten Klassen Rußlands ein eigenes Gepräge aufgedrückt, und dieses Gepräge wird noch eine gute Reihe von Jahren vorhalten. Seiner herberen, bei einer jungen Bewegung der Art unvermeidlichen Züge meist entkleidet, verleiht er noch jetzt vielfach dem Leben der gebildeten Klassen Russlands einen gewissen, besonderen Charakter, dessen Nichtvorhandensein im westeuropäischen Leben uns Russen bedauerlich erscheint. Eine Erscheinungsform des Nihilismus ist es auch, wenn vielen von unsern Schriftstellern jene beachtenswerte Aufrichtigkeit, jene Gewohnheit, „laut zu denken“, eigen ist, die westeuropäischen Lesern so erstaunlich erscheint.
Zuvörderst erklärte der Nihilist den Krieg gegen alles, was man „die konventionellen Lügen der zivilisierten Gesellschaft“ nennen kann. Unbedingte Aufrichtigkeit war für ihn charakteristisch, und um dieser Aufrichtigkeit willen gab er jeden Wahn, jedes Vorurteil, jede Angewohnheit und Sitte auf, die sich vor dem Richterstuhl ihrer eigenen Vernunft nicht rechtfertigen ließen, und forderte von andern das gleiche Verhalten. Vor keiner Autorität außer der Vernunft wollte er sich beugen; er unterzog alle sozialen Einrichtungen oder Sitten einer kritischen Prüfung und empörte sich dabei gegen jede Art von mehr oder minder verhülltem Sophismus.
Natürlich warf er den Aberglauben seiner Väter von sich und war seiner philosophischen Auffassung nach ein Positivist, ein Agnostiker, ein Evolutionist in Spencerschem Sinne, oder ein Anhänger des wissenschaftlichen Materialismus; und während er niemals den einfachen, aufrichtigen religiösen Glauben, der eine psychologisch begründete Forderung des Gefühls bildet, bekämpfte, wandte er sich heftig gegen die Heuchelei, welche die Leute antreibt, sich die Maske einer Religion anzulegen, die sie doch beständig als unnützen Ballast beiseite werfen.
Das „gesittete“Leben ist voll von kleinen konventionellen Lügen. Wenn sich Leute, die einander nicht leiden mögen, auf der Straße treffen, so lassen sie ihr Gesicht von einem glücklichen Lächeln erglänzen; der Nihilist blieb gleichgültig und lächelte nur denen zu, über deren Begegnung er sich wirklich freute. Alle nur dem Scheine dienenden äußeren Höflichkeitsformen waren ihm in gleicher Weise verhaßt, und er nahm sogar als einen Protest gegen die glatte Liebenswürdigkeit seiner Väter eine gewisse äußere Rauhheit an. Er bemerkte, wie jene sich in ihren Reden in ungehemmter idealer Sentimentalität ergingen und sich doch zur selben Zeit in ihren Handlungen als wirkliche Barbaren gegen ihre Frauen, Kinder und Leibeigenen zeigten; und er empörte sich gegen diese Art von Sentimentalität, die sich schließlich so gut mit den nichts weniger als idealen Zuständen des russischen Lebens abzufinden verstand. In der Kunst machte sich der kritisch verneinende Geist in ebenso durchgreifender Weise geltend. Das beständige Geschwätz von Schönheit, Ideal, Kunst um der Kunst willen, Aesthetik und dergleichen, in dem man sich so gern erging — während doch jeder Kunstgegenstand mit Geld bezahlt wurde, das man halbverhungerten Bauern und schlecht bezahlten Arbeitern entzogen hatte, und während der sogenannte Kultus des Schönen< nichts war als eine Maske für die gemeinste Zügellosigkeit — dieses Geschwätz widerte ihn an, und die Kritik der Kunst, die einer der größten Künstler des neunzehnten Jahrhunderts, Tolstoi jetzt so hinreißend formuliert hat, faßte der Nihilist der sechziger Jahre in der Versicherung zusammen: „Ein Paar Stiefel ist mehr wert als alle eure Madonnen und all euer spitzfindiges Geschwätz über Shakespeare.“
Ehe ohne Liebe und vertrauter Verkehr ohne Freundschaft wurde ebenfalls verworfen. Die Nihilistin, die ihre Eltern nötigten, eine Puppe in einem Puppenhause zu sein und sich zu einer Geldheirat herzugeben, ließ lieber ihr elterliches Haus und ihre seidenen Kleider im Stich; sie legte ein schwarzes Wollenkleid der einfachsten Art an, schnitt ihr Haar kurz und besuchte eine Hochschule, um sich selbständig ihr Brot verdienen zu können. Sah eine Frau, daß ihre Ehe keine Ehe mehr war, — daß weder Liebe noch Freundschaft mehr die verband, die vor dem Gesetz als Weib und Mann galten, so zerbrach sie lieber die Bande, die allen ihren Wert verloren hätten; oft genug schaute sie mit ihren Kindern der Armut ins Auge, zog aber Einsamkeit und Elend einem bequemen Leben vor, in dem sie ihr besseres Ich beständig verleugnen mußte.
Der Nihilist bethätigte seine Wahrheitsliebe sogar in den geringsten Angelegenheiten des täglichen Lebens. Ohne Rücksicht auf die konventionellen Formen gesellschaftlicher Unterhaltung gab er seinen Gedanken in einfacher, ungeschminkter Weise Ausdruck, ja, er suchte sich dabei wohl absichtlich den Anschein der Lauheit zu geben.
Wir pflegten in Irkutsk einmal wöchentlich abends zusammenzukommen, wobei auch etwas getanzt wurde. Eine Zeit lang besuchte ich diese Gesellschaften regelmäßig, kam aber dann, weil ich zu arbeiten hatte, immer seltener. Als ich mehrere Wochen hintereinander weggeblieben war, fragte eines Abends eine von den Damen einen jungen Freund von mir, warum ich mich nicht mehr sehen ließe. „Er reitet jetzt, wenn er Bewegung braucht,“ lautete die nicht eben höfliche Erwiderung. „Er könnte aber doch auf ein paar Stunden in unsern Kreis kommen, ohne zu tanzen,“ wagte eine andere zu bemerken. „Was sollte er hier?“ versetzte mein nihilistischer Freund, „mit Ihnen über Mode und Putz reden? Er hat genug von dem Unsinn gehabt.“
„Aber er kommt doch hin und wieder mit Fräulein So und So zusammen,“ warf schüchtern eine dritte ein., „Ja, aber die ist ein geistig strebsames Mädchen,“ entgegnete er derb, „er hilft ihr beim Studium des Deutschen.“ Ich muß noch erwähnen, daß diese zweifellos grobe Zurückweisung zur Folge hatte, daß die meisten von den Irkutskerinnen in nächster Zeit meinen Bruder, meinen Freund und mich mit Fragen bestürmten, was sie nach unserm Rate lesen oder studieren sollten. Mit derselben Offenheit trat der Nihilist seinen Bekannten gegenüber und sagte ihnen, all ihr Gerede über „diese armen Leute“ sei bloße Heuchelei, solange sie von der schlecht bezahlten Arbeit dieser Leute lebten, die sie bei ihrer Unterhaltung in den Prunkzimmern gemächlich bedauerten. Und mit dem gleichen Freimut erklärte auch ein Nihilist einem hohen Beamten, er (der Beamte) frage gar nichts nach der Wohlfahrt seiner Untergebenen, sondern sei einfach ein Dieb!
Herb erschien gewiß auch der Nihilist, wenn er einer Dame unumwunden sagte, sie habe allein am Klatsch ihre Freude und sei nur auf ihre feinen Manieren und ausgesuchte Toilette stolz, oder wenn er einem jungen Mädchen ohne Umschweife erklärte: „Wie, Sie schämen sich nicht, solchen Unsinn zu schwatzen und einen Chignon von falschen Haaren zu tragen?“ In einem Weibe wollte er einen Kameraden, ein menschliches Wesen, aber keine Puppe und keinen Kleiderstock sehen und wies es mit Entschiedenheit von sich, die kleinlichen Höflichkeitsbeweise mitzumachen, mit denen die Männer den von ihnen mit Vorliebe als schwächeres Geschlecht angesehenen Frauen entgegenzutreten pflegen. Trat eine Dame ins Zimmer, so sprang ein Nihilist nicht von seinem Sitz auf und bot ihn ihr an, wenn sie nicht etwa offenbar müde war und sich kein anderer Sitz im Zimmer befand. Sein Verhalten gegen sie unterschied sich nicht von dem gegen einen Kameraden männlichen Geschlechts, Wenn aber eine Dame, die ihm vielleicht im übrigen völlig fremd war, etwas zu lernen wünschte, das er kannte und sie nicht, so kam es ihm nicht darauf an, jeden Abend bis in das entgegengesetzte Stadtende zu gehen, um ihr bei ihren Studien zu helfen. Der junge Mann, der keine Hand rührte, einer Dame eine Tasse Thee zu reichen, überließ einem Mädchen, das Studien halber nach Moskau oder Petersburg kam, seine einzige Privatstunde, die ihm seinen Lebensunterhalt verschaffte, mit den einfachen Worten:
„Ein Mann kann leichter Arbeit finden als eine Frau. In meinem Anerbieten soll nichts Ritterliches liegen, es entspringt nur dem Gefühle der Gleichheit.“ Zwei große russische Romandichter, Turgenjew und Gontscharow, haben diesen neuen Typus in ihren Werken darzustellen versucht. Gontscharow bot in seinem „Absturz“ eine Karikatur des Nihilismus, indem er wohl nach dem Leben zeichnete, aber ein dem Durchschnitt keineswegs entsprechendes Mitglied jener Richtung sich auswählte. Turgenjew war ein zu großer Künstler, war auch selbst zu sehr für den neuen Typus von Bewunderung erfüllt, um sich zur Zeichnung eines Zerrbildes verleiten zu lassen, aber auch sein Nihilist, Basarow, befriedigte uns nicht. Er war uns, besonders in seinen Beziehungen zu seinen alten Eltern, zu rauh, und vor allem warfen wir ihm seine anscheinende Vernachlässigung seiner Bürgerpflichten vor. Der russischen Jugend konnte die rein negative Haltung von Turgenjews Helden nimmermehr genügen. Der Nihilismus war mit seiner Betonung der Rechte jedes einzelnen und seiner Ablehnung aller Heuchelei nur der erste Schritt zu einem höheren Typus von Männern und Frauen, die, ebenso frei von Vorurteilen, in positiver Arbeit ihr Leben einer großen Sache weihen. In Tschernischewskys als Kunstwerk weit tiefer stehendem Roman „Was thun?“ fanden die Nihilisten bessere Abbilder ihrer selbst.
„Bitter ist das Brot, das Sklavenhand bereitet“, schrieb der russische Dichter Nekrasow. Das junge Geschlecht wollte thatsächlich dies Brot nicht essen noch den Reichtum genießen, der im väterlichen Hause durch Sklavenarbeit angehäuft war, mochten die Arbeiter wirkliche Leibeigene oder Lohnsklaven des bestehenden Wirtschaftssystems sein.
Mit Erstaunen erfuhr das ganze Rußland aus der Anklageschrift gegen Karakosow und seine Freunde, dass diese jungen Männer, die über ein beträchtliches Vermögen verfügten, zu dreien oder vieren in einem Zimmer wohnten, mit je zehn Rubeln monatlich ihren ganzen Unterhalt bestritten und dabei ihr Vermögen für kooperative Genossenschaften, kooperative Werkstätten, in denen sie selbst mitarbeiteten, und dergleichen hergaben. Fünf Jahre später thaten Tausende und aber Tausende, und zwar die Auserlesensten der russischen Jugend, das gleiche. Ihre Losung war: „W narod!“ (zum Volke; seid Volk!). Während der Jahre 1860 bis 1865 fand fast in jeder reichen Familie ein erbitterter Kampf statt zwischen den Vätern, die die alten Traditionen aufrecht erhalten wollten, und den Söhnen und Töchtern, die für das Recht stritten, ihr Leben nach ihren eigenen Idealen einrichten zu dürfen. Vom Dienst im Heer, vom Ladentisch, von der Werkstätte strömten die jungen Männer nach den Universitätsstädten. Mädchen aus den vornehmsten Häusern eilten ohne einen Pfennig nach Petersburg, Moskau und Kiew, voll eifrigen Verlangens, etwas zu erlernen, das sie vom häuslichen Joche und vielleicht auch von dem drohenden Ehejoche frei machen könnte. Nach hartem und erbittertem Kampfe errangen auch viele diese persönliche Freiheit. Nun wollten sie sie aber nützlich anwenden, nicht zu eigenem, persönlichem Gewinn, sondern um dem Volke das Wissen, das sie selbst frei gemacht hatte, zu übermitteln.
In jeder russischen Stadt, in jedem Viertel Petersburgs bildeten sich kleine Gruppen zum Zwecke der Selbstbildung und des Selbstunterrichts. Man las in diesen Kreisen mit großer Aufmerksamkeit philosophische und volkswirtschaftliche Werke wie die Forschungsergebnisse der jungrussischen historischen Schule, und an das Lesen schlossen sich endlose Besprechungen, deren Ziel die Lösung der großen ihnen immer vor Augen schwebenden Frage war: „Wie können wir uns der großen Masse nützlich erweisen?“ Allmählich kamen sie zu der Ueberzeugung, das einzige Mittel wäre, sich unter dem Volke niederzulassen und am Leben des Volkes unmittelbar teilzunehmen. Nun gingen junge Männer als Aerzte, Heilgehilfen, Lehrer, Dorfschreiber, selbst als landwirtschaftliche Arbeiter, Schmiede, Holzfäller u. s. w. in die Dörfer, um dort in inniger Berührung mit den Bauern zu leben. Die Mädchen bestanden die Lehrerinnenprüfung, bildeten sich als Hebammen oder Pflegerinnen aus und gingen zu Hunderten in die Dörfer, um sich gänzlich dem Dienste der Aermsten zu weihen.
Dabei schwebten ihnen damals noch keine Ideale sozialer Umwälzung oder irgendwelche Gedanken an Revolution vor; einzig und allein war es ihr Ziel, die Massen der Bauern lesen zu lehren, sie zu unterrichten, ihnen ärztlichen Beistand zu gewähren oder sonst bei ihrer Erhebung aus Nacht und Elend mitzuhelfen und zugleich von ihnen zu erfahren, welcher Art ihre Ideale von einem besseren sozialen Leben wären.
Bei meiner Rückkehr aus der Schweiz fand ich diese Bewegung in vollem Schwunge.

Pjotr A. Kropotkin, Memoiren eines Revolutionärs. Autorisierte Übersetzung von Max Pannwitz, Stuttgart, R. Lutz, 1900, Bd. 2, S. 102-111.