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Tae Kwon Do Self Defense

La boxe (1898)

De tous les sports la boxe est celui dont on parle le plus et qu’on connaît le moins. Nul sujet n’est ignoré davantage du grand public; il sait vaguement que la boxe Française comporte des coups de pied et des coups de poing, alors que la boxe anglaise n’admet que les coups de poing; il a lu, en des feuilletons de voyage, le sempiternel cliché du colossal anglais « démoli » d’un coup de semelle en pleine figure par quelque gamin de Paris fluet et moqueur, il s’est délecté aux aventures du prince Rodolphe rossant le Chourineur et le Maître d’Ecole dans les tapis-francs de la Cité, — mais c’est tout !
D’autre part, la boxe enseignée au régiment est un exercice d’ensemble qui n’a de boxe que le nom et dont le but est de dégourdir un peu les conscrits trop patauds ; les sergents instructeurs de Joinville se garderaient bien dans un combat de rue ou quand ils tirent en public d’observer les principes de la méthode officielle.

Les amateurs de boxe sont assez rares en France, nous ne connaissons guère qu’une centaine de réels adversaires, capables vraiment de sortir a leur honneur de n’importe quelle aventure. Les professeurs spécialistes sont MM. J. et Ch. Charlemont, J. et E. Leclerc, O. et E. Quillier, Albert, Chauderlot, Mainguet, Allard, Bayle et quelques autres. Ils sont bien peu ! surtout si on compare leur nombre à celui des professeurs d’escrime ! Ne pas s’en étonner : la boxe est un sport d origine récente même en Angleterre. Si de tout temps les Anglais eurent la passion du combat à coups de poing, ce combat ne commença à acquérir de la science, de l’art, à devenir un sport, qu’aux premières années de ce siècle : auparavant les adversaires se plaçaient l’un en face de l’autre et se frappaient à tour de bras sans presque parer : le plus vigoureux et endurant triomphait ; des légendes sont restées de colosses, tels que le nègre Molyneaux dont les coups valaient des ruades de pur sang, et qui avaient une endurance telle que les coups de marteau sur sa face les laissaient réellement insensibles ! La boxe anglaise s’organisa, ne se compliqua de feintes, d’esquives, de parades, que vers 1810.
La boxe dite française naquit vers 1830, créée par un professeur mort récemment à un âge paradoxal, Charles Lecour.
A cette époque, on pratiquait dans les faubourgs de Paris un système de défense dénommé savate ou chausson où les pieds jouaient le seul rôle ; les partenaires se plaçaient en face l’un de l’autre, écrasés sur les jambes, et s’attaquaient à coups de souliers lancés généralement bas ; les procédés d’attaque et de parade étaient forcement peu variés, mais les champions de ce sport peu noble avaient un entraînement et une vitesse stupéfiante dont la police d’alors acquit de cuisantes preuves. On ne se servait jamais des poings ; à peine lorsque l’adversaire penchait trop la tête en avant lui relevait-on le nez d’un coup de plat de main ; ceci s’appelait donner une musette.
Un des plus célèbres savatiers fut un Michel Pisseux qui eut pour élèves lord Seymour et le vicomte de Labattut. Il enseigna aussi son art à Charles Lecour qui, à son tour, le professa tout en le jugeant incomplet.
C’est alors que deux boxeurs anglais célèbres vinrent à Paris et y ouvrirent une école privée, quasi clandestine, de boxe anglaise. Charles Lecour devint leur élève fanatiquement assidu ; puis, quand il n’eut plus rien à apprendre d’eux, il commença à enseigner la boxe française dans laquelle on ne dédaigne ni les coups de pied comme les Anglais, ni les coups de poing comme les savatiers, la boxe française qui réunit et développe tous les moyens de défense.
Sa méthode se compose, en somme, de boxe anglaise très complète et de savate ; les coups de pied ne visent guère plus haut que le tibia et le flanc. Elle est actuellement enseignée à Paris par les frères Leclerc, professeurs rue de Richelieu. Ses nombreux partisans la recommandent fort en raison de sa simplicité et de son efficacité. M. Leclerc. qui y a ajouté les derniers perfectionnements de la boxe anglaise, la dénomme boxe de combat.
Un autre système fut crée un peu plus tard par M. Charlemont père. Elle est beaucoup plus complexe ; les poings jouent un moins important rôle que les pieds avec lesquels ses champions accomplissent des prodiges de virtuosité ; alors que les partisans de Lecour craignent de compromettre leur équilibre en tirant plus haut que la ceinture, les élèves de MM. Charlemont tirent à la tête aisément et dur ; beaucoup de leurs mouvements seraient malaisés ou impossibles dans un combat sérieux, mais ils estiment que qui peut le plus peut le moins et qu’on doit étudier la boxe non seulement comme un moyen de défense, mais comme un art. La méthode Charlemont est le fleuret de la boxe et celle de M. Leclerc en est l’épée.

Les coups de poing sont, selon nous, la plus pratique partie de la boxe française. Ils sont seuls possibles dès que les adversaires sont rapprochés, ainsi qu’il arrive neuf fois sur dix dans un vrai combat ; on en vient aux mains, en effet, dans un café, au restaurant, au vestiaire de théâtre, etc., et la place pour développer les coups de pied manque: instantanément on se trouve en quasi corps à corps ; dans la rue même, il est rare qu’un combat se continue à distance d’assaut. Ajoutons que les coups de pied (souvent très efficaces, ainsi que nous le dirons tout à l’heure) compromettent périlleusement l’équilibre s’ils sont exécutés à trop courte portée, et ils ont parfois beaucoup moins de résultats qu’on ne le croirait. Les professeurs de boxe sont d’un autre avis, à part quelques-uns qui ont eu des combats ailleurs qu’en salle et autrement qu’avec des gants et des sandales ! Ceux-là pensent comme nous.
Un défaut des coups de poing est que souvent, pour peu qu’on les délivre vigoureusement, on se foule les poignets, on se meurtrit ou même on se casse les phalanges et les métacarpiens. En s’entraînant à frapper sur un sac de sable pendu au plafond — procédé très usité — on arrive à remédier à cet inconvénient grave.
Les coups de poing les plus dangereux sont ceux qui atteignent l’angle de l’oreille et du cou, le creux de l’estomac et le menton.

Outre les parades, — procédé de défense instinctif, — on emploie pour éviter les attaques ou ripostes de poing les esquives que l’on complique de coups d’arrêt. Sur une attaque directe du bras gauche adverse, par exemple, on incline la tête à gauche en sorte que le coup passe par-dessus l’épaule et, en même temps, en liant bien les deux mouvements, on frappe soi-même du bras droit au liane (fig. 3). Tout ceci est exécuté avec la rapidité de l’éclair.
Les esquives et les coups d’arrêt sont d’une grande variété ; ils exigent infiniment d’œil et d’à-propos, mais sont très efficaces. « Est-il rien de plus désagréable — écrivait le célèbre champion Tom Sayers — que d’être arrêté dans son attaque par un bon coup d’arrêt qui vous écrabouille le nez et vous fait voir en une seconde plus d’étoiles qu’aucun astronome n’en a jamais vu dans toute sa vie ! »

La rapidité précise avec laquelle, dans un assaut de pure boxe anglaise, les coups d’arrêt se dessinent, s’exécutent, se parent, se redoublent, s’entremêlent, ajoute beaucoup de grâce à ce sport.
Il est évident que dans un combat de rue contre un adversaire inexpérimenté tant de complications sont très inutiles : un simple coup de poing direct l’atteint à une distance où il s’estime invulnérable et avec une vigueur qui le met hors de combat. Un boxeur, même ordinaire, frappe, en effet, avec une rapidité, une précision, une force, qui, sauf rare malchance, lui assurent l’avantage contre tout agresseur. Des voyous qui avaient reçu de boxeurs provoqués des solides corrections affirmèrent très sincèrement devant le commissaire que leur vainqueur « les avait pris en traître » et s’était servi d’un coup de poing américain, tant surprennent la vitesse et la dureté de la boxe.
Les coups de poing, nous l’avons dit, sont l’important de la boxe française envisagée au point de vue pratique. En assaut, alors qu’on annonce les coups, qu’on s’arrête après chaque touche, leur rôle diminue ; d’autant plus que les pieds, chaussés de commodes sandales, évoluant sur un terrain sur, résinés pour empêcher les glissades, attaquent et se défendent avec beaucoup plus de facilité. Ils s’exécutent des deux bras, directement, de côté, de bas en haut, de haut en bas, frappant la tète et le corps : remarquons que dans le combat sérieux ils doivent viser surtout la figure, car le corps est protégé par des vêtements, souvent munis de boutons, qui atténueraient le coup ou meurtriraient le poing ; en assaut, au contraire, alors qu’on porte seulement un maillot de coton, les coups au flanc sont toujours très durs.
A la salle, on revêt des gants très rembourrés ; en tirant avec courtoisie, aucun dommage n’est à craindre. Certes, même avec un excellent gant, un coup de poing est plus pénible à recevoir qu’un coup de fleuret ; mais ce côté violent de la boxe procure de l’endurance, de la résistance à la douleur, et ne va pas jusqu’au danger ; on compte plus de contusions passagères, mais infiniment moins d’accidents graves dans les salles de boxe que dans les salles d’armes, et si l’on compare le sport qui nous occupe à l’équitation et au foot-ball, par exemple, on le trouvera moins périlleux encore.
La musculature qui permet les coups de poing les plus vigoureux est assez spéciale ; ces lutteurs aux bras énormes qui paradent aux fêtes foraines donneraient des coups de poing relativement légers. Les muscles extenseurs importent seuls. Ou presque, — et parmi ceux-ci les triceps et les deltoïdes. Tous les boxeurs sérieux ont un développement considérable de triceps, de deltoïdes, de pectoraux et de dorsaux.
Les biceps, si souvent cités, sont à peu près inutiles.
La plus remarquable musculature de boxeur anglais que nous ayons vue est celle d’un amateur français, M. Bruneau de Laborie.
Les pieds jouent, parmi les autres moyens de défense, le rôle de l’artillerie à la guerre ; ils impressionnent beaucoup d’abord, et, s’ils portent, sont très efficaces : mais, nous l’avons dit, c’est aux poings surtout — à l’infanterie ! — que les boxeurs doivent le plus souvent leurs victoires. L’avantage des coups de pied est que, grâce aux souliers, celui qui les lance ne risque pas de se meurtrir ; exécutés avec succès, ils mettent tout de suite l’adversaire hors de combat.

Les meilleurs, les plus faciles et rapides, sont ceux qui visent les jambes. Le coup de pied bas notamment (fig.6) est d’une vitesse et d’une dureté remarquables ; il doit être exécuté non pas comme au régiment, c’est-à-dire sans allonge, en faisant ridiculement claquer les cuisses, mais de façon directe, avec beaucoup d’allonge, de très loin ; sur la figure 6, le tireur qui le porte est placé au moins à un mètre de l’adversaire. Ainsi exécuté, le coup de pied bas est rapide comme l’éclair, ne compromet donc l’équilibre que peu de temps, touche à une distance qui surprend et peut fracturer le tibia de l’adversaire ; tout au moins ce dernier ressent-il une douleur atroce, ne peut s’appuyer sur la jambe ainsi frappée et est à la merci de quelques coups de poing.

Les coups de pied hauts se portent avec la pointe, avec le talon, directement, en sautant, en croisant, et se terminent en général comme l’indique la figure 7. D’exécution certaine en assaut de salle, alors que, vêtu légèrement, chaussé de sandales, on évolue avec aisance et sans risque de glissade, ils sont dans la rue très malaisés et souvent dangereux ; ajoutons qu’on arrive rarement à les donner de façon efficace ; la moindre erreur de distance les fait arriver ou trop courts ou en poussée. Les experts du combat de rue enseignent à s’avancer hardiment et vite sur tous les coups de pied hauts ; presque toujours l’adversaire se trouve surpris la jambe en l’air et pas encore déployée, et il est renversé et malmené facilement.
Les coups de pied de figure sont de la brillante fantasia qu’aucun professeur ne recommande dans une affaire sérieuse.
Dans l’assaut comme dans le combat, il suffit, avons-nous dit, que les partenaires soient rapprochés pour que les coups de pied deviennent impossibles et que seuls les poings « aient la parole ».
Des procédés techniques sont indiqués pour arriver ainsi à portée de poing malgré tous les efforts des jambes adverses.
Sur un coup de pied bas (fig. huit) par exemple, on écarte de coté la jambe attaquée et on part d’un coup de poing vigoureux que l’on double, triple, etc. L adversaire surpris, une jambe en l’air, déséquilibré pour n’avoir rencontré que le vide, est en très dangereuse position. Ceci s’appelle rentrer.
Figure 9, le coup de pied est dirigé haut. Dès que la jambe attaquante s’est levée, le tireur de gauche s’est jeté à sa rencontre en avant et un peu de côté ; le coup de pied ne rencontre que le vide et celui qui le porte est en situation fâcheuse. Il est à remarquer que si les coups de poing sont l’important de la boxe française, selon nous, les coups de pied qu’elle contient suffisent à assurer à un boxeur français bien entraîné l’avantage sur un boxeur anglais, à égalité de vigueur et poids bien entendu. Le champion britannique aura les jambes cassées avant d’avoir fait un mouvement, et s’il réussit à se rapprocher, la partie sera encore égale, puisque son adversaire est habitué aussi aux coups de poing.
S’il n’a jamais vu ou pratiqué la boxe française, toutes les probabilités sont contre lui : il sera tout de suite mis hors de combat par un coup de pied. La boxe française est donc supérieure à la boxe anglaise, — dont nous parlerons tout à l’heure, — puisqu’elle se compose de la boxe anglaise elle-même, et, en plus, de coups de pied dangereux.
A vrai dire, la plupart des champions anglais ont en général sur les nôtres une telle supériorité d’entraînement que, dans la majorité des cas, nous parierions pour eux. Mais que 1 on place en face de Ch. Charlemont , d’Albert jeune, d’O. Quillier, d’Ed. J.eclerc, — nos meilleurs tireurs, — des boxeurs anglais de leurs poids respectifs, nous affirmons que celte fois l’avantage restera aux Français. Du jour où l’admirable exercice dont nous parlons sera autant en honneur chez nous qu’en Angleterre et en Amérique, les champions de ces deux pays ne tiendront pas plus devant les nôtres que des troupes armées de fusils à pierre ne résisteraient à des troupes armées de fusils Lebel.

Tout sérieux professeur de boxe met ses élèves en garde contre certaines pratiques des voyous, pratiques naïves, aussi naïves que brutales, mais qui réussissent parfois à surprendre un adversaire inexpérimenté. Il faut se méfier de l’insulteur qui brandit une bouteille et hurle en la cassant sur une table ou une chaise : « Tiens! si je ne me retenais pas, je te la casserais sur la g… au lieu de la casser là! » Si l’on n’est pas prévenu, on regarde, sans défiance, persuadé que l’adversaire bon enfant au fond passe ainsi sa colère,… on regarde et v’lan ! de la main armée du goulot cassé, tesson terriblement coupant et pointu, il vous délivre en pleine face un formidable coup qui vous défigure ! Ou bien, tout en vous injuriant, saisissant votre jaquette au revers, il la retourne brusquement sur vos bras qui se trouvent ainsi immobilisés pendant qu’il frappe de tout cœur. D’autres se décoiffent soudain en vous criant : « Tiens-moi ça ! tiens-moi ma casquette ! » Par un mouvement instinctif dont, non prévenu, on ne peut toujours se défendre, on prend le chapeau, restant ainsi les mains occupées, sans défense, et on reçoit une grêle de coups de poing en plein visage !
Certes, on lâche vite le chapeau, mais « on a toujours reçu cela »!

De semblables « trucs » paraissent vraiment ingénus. On s’étonne que des gens de sang-froid s’y soient laissés prendre. Il y a pourtant des exemples nombreux.
Il suffit, d’ailleurs, de les connaître pour qu’ils ne réussissent pas. Et il faut tâcher de ne pas les connaître… à ses dépens !
A la salle Leclerc , comme à la salle Quillier, on en fait une étude très approfondie. En voici quelques autres qui peuvent servir d’utile défense aux honnêtes gens :
L’adversaire vous saisit à deux mains au collet. Joignez vos deux mains derrière sa tête et, baissant la vôtre, tirez-le ainsi fortement à vous ; ceci produit une rencontre entre votre crâne et sa figure terrible pour celle-ci. Et plus l’attaquant mettra de force à vous secouer au collet, plus fortement il viendra se broyer sur votre crâne (fig. 10).
S’il ne vous a saisi que d’une main, étreignez très vigoureusement son poignet, retournez-vous en sorte que son bras se trouve sur votre épaule avec la paume, les ongles en dessus, et appuyez d’une secousse où vous mettez toute votre force. Le bras est certainement cassé (fig. 11).
Ce coup est aussi facile que dangereux.
Si l’on est saisi à bras le corps par derrière, il faut se jeter brusquement « à quatre pattes », presque à plat ventre ; il y a beaucoup de chances pour que l’adversaire fasse, par-dessus vos épaules, une chute épouvantable, la tête la première sur le pavé.
Un de nos amis, parfait gentleman, qui eut une affaire fort difficile avec plusieurs colossaux charbonniers devant l’hôtel de Bade, blessa grièvement l’un d’eux de la sorte.
Si l’on est saisi par devant, trois moyens sont indiqués par M. Charlemont, car il peut arriver qu’oubliant un moment les ressources de la boxe ou pour toute autre cause, un élève soit surpris à bras le corps par un adversaire d’une plus grande force musculaire.
1) Si vos deux bras sont restes libres au-dessus des siens, placez immédiatement vos deux avant-bras sous son menton et appuyez avec force sur sa gorge de manière à lui renverser la tète, et il est obligé de lâcher prise ;
2) Il suffit aussi de placer une main ou les deux mains à plat sur le front de votre adversaire, et d’imprimer une forte secousse, de manière à lui renverser douloureusement la tète en arrière ;
3) On peut encore passer la main gauche devant la figure de l’adversaire et la placer à plat sur le côté gauche ; en même temps passer la main droite derrière la tête et la pincer à plat sur le côté droit ; dans cette position il faut imprimer un violent mouvement de rotation, de gauche à droite avec la main gauche et de droite à gauche avec la main droite.
Exécuté à l’instant où l’on se sent tomber en arrière, ce mouvement fait que l’adversaire tombe avec vous et sous vous, livré à votre merci. (Voir fig. 12, ce coup exécuté par les frères Leclerc.)
Comme dans une lutte avec un rôdeur on risque sa vie et qu’il n’y a pas de ménagements à garder avec ces gentlemen-là, on peut, on doit, appuyer vigoureusement l’ongle du pouce sur un de ses yeux. Il lâchera prise tout de suite ou bien l’œil sortira de l’orbite. En tout cas, on est « dégagé ».

Dans la circonstance, il faut avoir d’autant moins de scrupules à exécuter ce coup sauvage qu’il est très familier aux voyous en question, aussi familier que le célèbre coup de fourchette ; celui-ci consiste à planter l’index et le médium écartés dans les yeux de l’adversaire. Pour un boxeur, il ne peut être dangereux qu’en corps à corps.
Les coups de tête également ne gêneront guère un boxeur ; ils risquent d’être efficaces beaucoup plus parce qu’ils peuvent faire perdre l’équilibre que par le dommage direct qu ils causent. Certains rôdeurs les exécutent néanmoins avec une précision, une vitesse redoutables ; ils font une feinte brève de coup de poing à la figure, puis lancent un brusque coup de tête, très bas, le plus bas possible, en saisissant les jambes adverses et les tirant en avant. Nous avons vu, à la porte de l’ancien Elysée-Montmartre, un crieur de journaux d’environ seize ans au plus, pâle, maigriot, renverser ainsi successivement et très durement quatre énormes cochers.
Contre un boxeur il aurait reçu quelque terrible coup d’arrêt qui l’aurait étendu.
Un boxeur, en toute aventure, ne se laisse jamais approcher, instinctivement ; il se sent gêné à une distance plus courte que la garde ; cela est très utile, car les voyous frappent toujours à l’improviste et leur seule science consiste à s’approcher de l’adversaire pour lui porter brusquement un coup de couteau, d’os de mouton, etc. Méfiez-vous, bons lecteurs, de l’ivrogne qui, le soir, déambule en oscillant, qui vous heurtera si vous le laissez faire ! Jadis on demandait l’heure, maintenant on fait « l’homme saoul » et ce dernier a un couteau dans sa manche, ou, sous sa blouse, un meurtrier lasso.

Un couteau ne troublera pas beaucoup un boxeur s’il l’a nettement vu dans la main adverse ; l’affaire du malandrin n’en sera que plus mauvaise, car presque toujours un boxeur ménage ceux-mèmes qui l’ont attaqué ; devant un couteau il ne se retiendra pas et écrabouillera celui qui le manie. Malheureusement, les jolis messieurs dont nous causons n’usent de leur arme qu’à l’improviste, traîtreusement.
Un de nos confrères, élève de la salle Leclerc, est attaqué au coin des rues de Maistre et Caulaincourt par un rôdeur ; d’un coup de pied chassé-croisé il l’envoie sur le dos, sans connaissance. Bon enfant, il lui baigne d’eau froide le visage, et quand l’évanouissement cesse, il aide le voyou à se relever. A cet instant ce dernier lui lance un coup de couteau formidable en plein abdomen !…
Le hasard fit dévier la lame; elle vint se casser contre un porte-allumettes qui se trouvait dans la poche gauche du pantalon. Inutile d’ajouter que le mauvais drôle reçut immédiatement une épouvantable correction dont le souvenir ne s’effacera pas de si tôt de sa face et de ses côtes.

Il faut frapper sur ces êtres jusqu’à ce qu’ils soient sans mouvement et ensuite ne se laisser aller à aucune pitié ridicule, mais s’en aller tranquillement. On risque sa vie a être généreux dans ces occasions. Indiquons pour terminer ce paragraphe un utile procédé de défense contre les chiens.
Un chien vous aboie aux jambes et vous mord dès que vous cessez de lui faire face. Si vous essayez de le frapper, il est continuellement hors de portée, — car les chiens ont un sentiment extraordinaire de la distance — et vos coups, toujours trop courts, n’atteignent que le vide. Voici ce qu’il faut faire : d’un air menaçant donnez quelques coups de talon ou de canne dans sa direction, mais tout près de vous ; le pauvre toutou prendra sur cette feinte la mesure de ses retraites ; s’imaginant que vous ne pouvez frapper plus loin, il ne rompra que de trente centimètres si vos coups ont frappé à vingt, de quarante s’ils ont été jusqu’à trente. Portez alors un nouveau coup, sérieux celui-là, très allongé, et qui louche énergiquement son but.
Au cas même où il n’en souffrirait pas, le chien est terrifié d’avoir été frappé lorsqu’il se croyait hors de portée et s’enfuit.
Au cours d’une excursion en Corse, nous avons pu nous débarrasser ainsi d’un féroce molosse, vraie bête fauve, qui d’un premier coup de crocs avait traversé nos bottes épaisses d’un centimètre.

La boxe est le sport favori des Anglais et des Américains comme l’escrime est le notre. Les champions du poing, là-bas, sont honorés comme en France, Mérignac, Vigeant ou Rüe ; leurs victoires ont d’énormes retentissements et leur procurent des bénéfices considérables. Ils sont divisés en trois catégories, d’après leur poids : big weights, middle weights, light weights (gros, moyens et légers poids).
Leurs combats – car ce sont de véritables combats — ont lieu sur un terrain rectangulaire d’une vingtaine de pieds carrés limité par des cordes. Chacun des champions a le torse nu et les mains revêtues de gants légèrement rembourrés (fight gloves) qui ont pour objet beaucoup moins de rendre les coups plus légers que de protéger les phalanges et les métacarpiens. Nous avons dit déjà que souvent les coups de poing causaient autant de dommage à celui qui les donne qu’à celui qui les reçoit. Il est défendu de frapper plus bas que la ceinture.
Le juge (referee), assisté d’un chronométreur (time-keeper), annonce les deux combattants, que leurs seconds accompagnent.
Les reprises (rounds) sont généralement de deux minutes ; une minute de repos les sépare pendant laquelle les seconds font asseoir leurs champions, les conseillent, les encouragent et soignent, s’il y a lieu, leurs meurtrissures ; jadis le seul siège permis à un boxeur était le genou d’un de ses seconds ; la chaise est maintenant autorisée. Chaque round cesse au commandement de time et reprend à celui de : seconds out of the ring ! time !
Lorsqu’un des combattants est renversé par la violence d’un coup (knocked down), il a dix secondes pour se relever pendant lesquelles son adversaire doit se tenir à deux pas en arrière, mais a le droit de recommencer à frapper dès que ses genoux ont quitté le sol ; le referee compte les dix secondes à haute voix : one, two, three, four, etc. Si à la dixième seconde, le combattant n’est pas relevé, le prix est adjugé à son adversaire.
Un homme acculé sur les cordes servant de limites est considéré comme tombé (a man forced on the ropes is considered down) ; il a dix secondes pour les quitter.
Parfois un boxeur fatigué pose volontairement un genou à terre pour se reposer neuf secondes au milieu d’un round. Fitzimmons usa de ce procédé dans Son récent et légendaire combat contre Corbett.
Les corps à corps (clinches) sont, en général, arrêtés par le commandement du time-keeper : Break away ! les adversaires doivent alors rompre de deux pas.
S’ils sont autorisés, le combat à coups de poing s’augmente donc de lutte, mais d’une lutte très pratique qui ne consiste pas comme la nôtre à faire toucher le sol aux épaules de l’adversaire, mais bien à jeter celui-ci par terre le plus violemment et dangereusement possible en restant soi-même debout.
Certains combats durent trente, quarante, cinquante reprises, et plus !! ce qui prouve l’endurance et l’entraînement extraordinaires des boxeurs professionnels!
Le plus souvent, la science de ces derniers est telle que de semblables pugilats ne donnent pas l’impression de la brutalité, malgré le sang et les blessures !
Le spectateur ne retient que la vitesse, les combinaisons, les feintes, l’élégance.
Qu’on envisage aussi une rixe de rue entre gens du peuple : en France, c’est le plus ignoble spectacle : deux hommes, aux yeux injectés, hurlent, se ruent l’un contre l’autre, frappent au hasard traîtreusement, se mordent, roulent à terre, et si l’un peut se relever, il broie le visage de l’autre à coups de talon. C’est heu reux encore si le couteau ne se met pas de la partie.
En Angleterre, pays de la boxe, ils retroussent tranquillement leurs manches et c’est un combat très dur, certes ! mais d’allure autrement humaine et loyale, où l’on ne se sert pas des pieds, où l’on ne frappe jamais un homme à terre ou qui demande grâce sous peine d’être roué de coups par la foule, combat qui, même entre gens de très bas étage, voit bien rarement le couteau et se termine plus souvent qu’en France par une réconciliation — sans speech de M. le commissaire !
J’ai assisté, dans Whitechapel, à des rixes où des voyous se conduisaient avec une noblesse de gentilhomme !

Les combats de boxe excitent en Angleterre et surtout en Amérique un intérêt énorme. Ils passionnent non seulement comme en France l’escrime un public spécial d’amateurs et de connaisseurs, mais toute la population. Les prix offerts sont d’ailleurs très considérables ; nous ne croyons pas que le moindre combat de Corbett lui ait rapporté moins de cent mille francs (sauf le dernier où il fut battu). L’enthousiasme que soulèvent les grandes épreuves est indescriptible ; qui n’y a pas assisté n’en peut avoir une idée même vague.
Les boxeurs américains tiennent en ce moment la corde. Le plus fameux, John L. Sullivan, fut champion du monde fort longtemps ; sa vigueur extraordinaire, son poids, son tempérament de bête fauve lui assurèrent la victoire sur tous ses adversaires — Corbett excepté.
Ce dernier apparut dans le ring quand Sullivan déclinait. Il semblait si peu de chose en comparaison de son terrible adversaire, qu’on le crut fou lorsqu’il osa se matcher avec lui. Sullivan s’entraîna peu ou point.
Corbett, le jour du combat, fit un jeu d’attente, excessivement prudent et adroit ; malgré tous ses efforts, Sullivan ne put placer un seul coup ; ceux qu’il reçut ne lui causèrent d’ailleurs pas grand dommage, mais augmentèrent sa fatigue progressive. Il tomba, d’épuisement plutôt, après environ deux heures de combat.
Corbett défit ensuite le champion d’Angleterre, Charley Mitchell.
Gentleman accompli, joli garçon, très sympathique, reçu dans la meilleure société, il abusa un peu de la réclame, de l’élégance, des exhibitions de sa personne. Les autres boxeurs lui reprochaient son jeu de coward (lâche) ; car Corbett est surtout un boxeur de longue haleine qui, devant toute attaque vigoureuse, rompt, esquive, est toujours hors de portée, n’engage jamais l’action ; « un fight avec lui, disait l’un d’eux, n’est qu’une fool-race (courseà pied) ». Ils affirmaient que ses deux victoires n’avaient rien de probant, Sullivan étant, lors de son combat avec lui, hors de condition, et Charley Mitchell en infériorité énorme de poids et de taille.
— que Corbett refusait systématiquement de se mesurer avec de serious men comme le nègre Jackson ou Peter Maher, etc., etc., etc.
Deux partis divisèrent l’Amérique sportive !
L’un soutenait Corbett et la boxe scientifique, la boxe de tactique, où l’art d’échapper, d’esquiver, de rompre, joue le plus grand rôle ; l’autre défendait la vieille boxe basée surtout sur la vigueur, l’endurance, le courage, et ses champions tels que Maher, Slavin et surtout Fitzimmons.
Après diverses péripéties, Corbett fut enfin amené à se mesurer avec Fitzimmons qui, après un combat acharné, le mit hors de lutte d’un coup de poing au cœur, donnant ainsi raison to the old style boxing.

En France, la boxe anglaise pure eut comme meilleurs représentants des professeurs : MM. E. Quillier, Charlemont, Castérès, etc., et surtout des amateurs tels que MM. Bruneau de Laborie, Paulian, Roger, Léon Legrand et quelques autres.
Les diverses sociétés existantes s’occupent plutôt de boxe française. Citons : la Société des Boxeurs français, le Boxing-Club de France, la Société d’encouragement à la boxe , le Cercle athlétique, qui donnent des assauts au Grand-Hôtel, au Cirque d’été, à la Société des Agriculteurs, etc.

J. Joseph-Renaud.

Le Monde Moderne, Vol. 7 (1898), pp. 825-838.

Jiraphand Ong-Ard – Thai Boxing

(via)

Krav Maga (Richard Douieb)

Lady kicker