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Julius Dickmann – La véritable limite de la production capitaliste (1933)

Selon une conception largement répandue, et que Marx et Engels ont soutenue d’une manière particulièrement catégorique, les forces de production modernes, forces sur lesquelles repose le développement de la société capitaliste, sont capables par elles-mêmes, contrairement aux forces de production de l’antiquité et du moyen âge féodal et corporatif, de s’élargir d’une manière pratiquement illimitée; et leur croissance ne serait actuellement entravée que par le régime économique établi par la propriété privée des moyens de production. Le capitalisme, qui a développé ces forces productives dans sa période ascendante, serait à présent devenu un obstacle à leur extension progressive ; ou, comme Marx l’a exprimé dans une célèbre formule du Capital : « La véritable limite de la production capitaliste est le capital lui-même… Les limites entre lesquelles peut se mouvoir la reproduction et la mise en valeur du capital, qui repose sur l’expropriation et l’appauvrissement de la grande masse des producteurs, ces limites entrent constamment en contradiction avec des méthodes de production, qui… conduisent à un élargissement illimité de la production, au développement inconditionné des forces productives du travail collectif. »

Au premier abord, cette manière de voir semble très persuasive. On pense aux gigantesques sources d’énergie et de matières premières qui gisent encore inutilisées dans de lointaines régions ou même plus près de nous; on tient compte des merveilles sans cesse renouvelées de la technique ; on admire le génie inventif et créateur de l’humanité, qui est sans aucun doute illimité. Comment peut-on, alors qu’est prouvée d’une manière aussi éclatante la possibilité d’utiliser, à l’échelle mondiale, nos conditions de vie naturelles, se représenter qu’il puisse exister réellement une limite objective assignée par la nature à cette « extension indéfinie », limite que nous aurions vraisemblablement atteinte ? Mais si l’on entend dire que tel ou tel plan techniquement réalisable n’est pas exécuté parce qu’il ne paraît pas devoir procurer un profit, on est alors amené tout naturellement à se plaindre du régime établi, c’est-à-dire du capitalisme ; ce serait lui qui ferait obstacle à l’extension illimitée de nos possibilités d’existence, parce qu’il ne se laisse conduire que par l’attrait du profit au lieu d’avoir égard à un intérêt social que l’on ne définit pas d’une manière plus précise…

Cette conception, si répandue, si enracinée qu’elle soit, ne peut pourtant résister à un examen plus attentif. D’abord, il faut se rappeler que le profit constitue, comme chacun sait, une partie intégrante de la valeur ; et s’il est exact que la valeur exprime la quantité de travail qui est incorporée à un produit, le fait qu’une entreprise techniquement réalisable ne donne pas de perspectives de profit signifierait que la valeur-travail du produit créée par cette entreprise serait moindre que la somme des valeurs ou des quantités de travail nécessaires à la production. Une telle entreprise doit donc être écartée dans n’importe quel ordre social. On doit considérer chaque entreprise du point de vue de la reproduction sociale; c’est-à-dire qu’il faut se demander si l’entreprise est capable de restituer sans cesse au moins l’équivalent des éléments du processus de production dont elle est issue ; sans quoi elle prendrait à la société plus de produits qu’elle ne lui en rendrait ! Ainsi ce que l’on considère aujourd’hui comme non profitable serait rejeté sous un régime socialiste comme non productif ; car le produit réalisé par le travail ne constituerait au meilleur des cas que l’équivalent des moyens d’existence représentés par les salaires actuels. La forme de la société ne changerait absolument rien au jugement porté sur l’utilité d’une semblable entreprise (1).

C’est précisément parce que l’on néglige le point de vue de la reproduction que l’on se trompe complètement dans l’appréciation des possibilités de croissance des forces productives. Si l’on annonce, par exemple, une nouvelle invention dans l’industrie textile, invention qui permette de réduire le travail d’un tiers dans cette branche de l’industrie, on est aussitôt porté à estimer la portée économique de cette invention à la mesure de son efficacité technique. Par malheur, on néglige seulement le fait que cette réduction éventuelle du temps de travail dans une branche déterminée de l’industrie serait, au préalable, compensée et plus que compensée, dans l’ensemble de la société, par un accroissement du travail. Car les nouvelles machines sont, en règle générale, plus compliquées et plus vastes que les anciennes ; la production de ces machines exige plus de travail ; elle rend nécessaires en général des investissements nouveaux et plus importants, investissements qui ne sont possibles — dans une économie socialiste aussi bien que dans une économie capitaliste — que si une partie plus grande du travail productif total est soustraite à la production des objets de consommation immédiate. Que la nouvelle invention se répande très rapidement, et cela peut signifier une perte pour la reproduction sociale ; à savoir si la quantité de travail incorporée aux moyens de production des entreprises qui fabriquaient l’ancien outillage, et qui sont devenues sans valeur, dépasse la quantité de travail épargnée à la société par les machines nouvelles pour le temps pendant lequel les vieux investissements et les vieux moyens de production auraient pu être utilisés. Plus on part d’une technique avancée, autrement dit plus les investissements consacrés à la production des machines de l’ancien type sont importants, et plus il faut de temps, bien entendu, avant que le fonctionnement plus économique du nouvel outillage puisse, une fois compensée la perte causée par l’introduction de cet outillage, être considéré comme un gain pour l’ensemble de la production. Et si, dans l’intervalle, on fait une nouvelle invention qui remplace le type de machine nouvellement introduit par un autre encore plus productif, alors la première invention n’arrive même jamais à jouer son rôle en épargnant du travail pour l’ensemble de la société.

Le résultat général d’un progrès technique qui procéderait de la sorte, d’un « développement inconditionné des forces productives » tel que celui que Marx regrette de voir entravé par le capitalisme, ce résultat peut donc dans certaines conditions signifier une diminution de la reproduction sociale. C’est précisément dans une économie socialiste qu’il faudra accueillir les inventions nouvelles en tenant compte de l’ensemble de la reproduction, et avec bien plus de prudence que dans le système capitaliste, où chaque entrepreneur juge seulement d’après les succès économiques de son entreprise ou de sa branche d’industrie particulière.

Ces remarques seront en tous cas bonnes à rafraîchir quelque peu l’enthousiasme que l’on éprouve en général pour le progrès technique. Nous voyons que ce progrès ne signifie pas par lui-même un progrès économique et ne conduit pas nécessairement à une extension de nos possibilités d’existence. Bien au contraire ! Ce qui caractérise le régime capitaliste dans sa phase actuelle, ce n’est en aucune manière les entraves qu’il mettrait, par son existence même, au développement des forces productives ; c’est bien plutôt le fait qu’en élargissant les forces productives d’une manière irréfléchie, sans tenir compte des conditions de leur reproduction permanente, il a effectivement amoindri les conditions d’existence du genre humain.

Qu’on évite l’erreur de croire que les entreprises créées, les mines ouvertes dans la dernière période d’essor du capitalisme, dans la campagne manquée pour la rationalisation, pourront subsister malgré la crise dans leur structure matérielle et pourront être, comme il semblerait, entièrement exploitées pourvu que nous en transférions la propriété à une « société » ambiguë et établissions un plan qui permette de tout utiliser. Si nous pouvions demain établir une économie socialiste planée, les chefs de cette économie seraient tout aussi incapables que les chefs actuels de l’économie capitaliste de faire fonctionner à plein rendement et de reproduire l’appareil de production démesuré légué par le capitalisme. Nous en apprendrons bientôt la raison.

Bien que la thèse des possibilités indéfinies d’extension des forces productives modernes soit surtout due à Marx, c’est aussi Marx, à qui nous sommes, en revanche, redevables de la méthode grâce à laquelle nous pouvons nous libérer de cette erreur et percer à jour l’inconsistance des espérances trompeuses. C’est lui qui nous apprend à ne pas considérer les forces de production en naturalistes, comme un ensemble de sources d’énergie, de matières premières, etc., mais seulement comme des points d’appui matériels pour la coopération productive des groupements humains. Il nous a montré, en outre, que l’accroissement des forces productives conduit à une augmentation continue du capital constant par rapport au capital variable ; ou, pour exprimer abstraitement la chose par rapport à la société, conduit à une participation croissante du travail passé dans le processus de la production, relativement au travail vivant ; et cette utilisation croissante du travail passé exige que l’on renonce dans une proportion croissante à la consommation immédiate des fruits du travail présent. Si nous possédons solidement ces notions, le caractère illimité des ressources naturelles dont nous disposons et de leur utilisation purement technique ne nous fera pas illusion, et nous verrons combien limitée est en fait l’utilisation socialement productive d’une ressource naturelle quelconque. Il faut seulement tirer les conséquences concrètes qui découlent des notions abstraites du marxisme.

Considérons la reproduction sociale à trois degrés différents de composition organique du capital, avec des différences correspondantes dans la répartition du produit social. Le taux de la plus-value est d’abord de 100%, puis s’accroît, tandis que la moitié de la plus-value doit être toujours consacrée à l’accumulation. Nous appellerons taux d’élargissement de la reproduction le rapport de la plus-value nouvellement accumulée à l’ensemble du capital déjà investi, et nous déterminerons ce taux pour chaque degré. On a alors :
Premier degré : 20 c + 40 v + 40 pl = 100.
On a une accumulation de 20 pl ; le taux d’élargissement de la reproduction est 20/60, c’est-à-dire plus de 33 % ;
Deuxième degré : 50 c + 20 v + 30 pl = 100. On a une accumulation de 15 pl ; le taux d’élargissement de la reproduction est 15/70, c’est-à-dire moins de 22 % ;
Troisième degré : 70 c + 10 v + 20 pl = 100. On a une accumulation de 10 pl ; le taux d’élargissement de la reproduction est 10/80, c’est-à-dire 12% %.
Dans l’ensemble, lorsque la composition organique du capital s’élève, lorsque, par suite, la productivité du travail social croît, la source qui doit fournir les moyens d’un développement plus large des forces productives va sans cesse en s’épuisant. La masse de la plus-value, considérée absolument, s’accroît bien, mais elle ne suffit pas à rendre possible un accroissement uniforme du capital. Si l’on suppose que la totalité de la plus-value accumulée soit transformée en capital constant (parce qu’une quantité plus grande de travailleurs pourra, grâce à l’abaissement du coût de la vie, être entretenue avec la même quantité de capital variable), en ce cas l’accumulation permet, dans la première phase, de doubler le capital constant; dans la seconde, de l’augmenter seulement d’environ un tiers, et dans la troisième seulement d’un septième.
Certes, le même processus rendra moins coûteuse la production des éléments du capital constant ; mais l’efficacité des nouvelles inventions propres à économiser le travail ne joue d’abord que par l’intermédiaire du travail vivant, et ce n’est qu’après un long détour qu’elle atteint la reproduction du capital constant ; de sorte que cette efficacité apparaît d’une manière sans cesse plus faible, dans la mesure même où la part du travail vivant dans l’ensemble du produit diminue. Si la production consistait simplement en une dépense de travail vivant, la portée économique de chaque invention propre à économiser du travail, c’est-à-dire l’économie qu’elle permettrait de réaliser au cours de la reproduction sociale, serait exactement égale à la quantité relative de travail épargné. Mais comme, en fait, dans la production, la valeur des moyens nécessaires à la production passe également dans le nouveau produit, autrement dit comme il faut tenir compte du travail passé qui permet la réalisation du produit, la portée économique de chaque invention de ce genre est toujours plus faible que sa portée technique ; et la différence devient sans cesse plus grande à mesure que croît la part relative du capital constant dans la valeur du produit.

Afin de rendre cette relation évidente, évaluons l’efficacité d’une innovation technique pour chacun des trois degrés de la composition du capital que nous avons pris en exemple ; nous supposerons toujours que l’innovation technique diminue de moitié le temps de travail, et ne demande en revanche, à chaque fois, qu’un accroissement du capital constant de 10 unités. (C’est là la supposition la plus favorable possible au progrès technique ; car, en réalité, cet accroissement du capital constant devient, lui aussi, relativement de plus en plus important à mesure une la composition organique du capital s’élève). Nous obtenons alors :
Premier degré : 30 c + 20 v + 20 pl = 70. L’efficacité économique d’une invention qui économise 50 % du travail se mesure encore, au degré le plus bas, par 30 %. Le produit est devenu meilleur marché au cours de cette phase et cela peut, par la suite, avoir immédiatement un effet considérable sur la production du capital constant ;
Deuxième degré : 60 c + 10 v + 15 pl = 85. L’efficacité économique se mesure encore par 15 %, pour la même diminution du travail. L’effet de l’invention sur la reproduction du capital constant sera à présent considérablement plus faible ;
Troisième degré : 80 c + 5 v + 10 pl = 95. L’efficacité économique ne se mesure plus que par 5 %, toujours pour la même diminution du travail. Pour la reproduction du capital constant, pour la diminution de la dépense sociale nécessaire au renouvellement de ce capital, l’introduction du nouveau procédé technique demeurera à peu près sans effet.
Plus on part d’une haute composition organique du capital et d’une production mécanisée, plus faible est la portée économique d’une invention nouvelle, plus étroite la marge nécessaire à l’introduction et à l’utilisation productive de cette découverte.

Après ce premier aperçu préalable, il y a lieu de considérer avec beaucoup de scepticisme la possibilité d’un accroissement continu de la productivité du travail. Car il est clair que le socialisme non plus ne pourrait absolument rien changer à ces réalités. Dans le rapport entre le capital constant et le capital variable s’expriment seulement les relations « éternelles » et indépendantes des formes historiques de l’économie qui existent entre le travail passé et le travail vivant. Si le premier croit régulièrement par rapport au second, il se produit, même dans un système de production socialiste, une diminution correspondante des sources qui permettent le développement de nouvelles forces productives ; et la possibilité d’une réduction de la dépense en travail pour la reproduction des forces productives anciennes diminue de la même manière.

Mais le premier tableau de ce développement, tableau que nous venons de présenter, est encore trop optimiste; car l’on n’a pas encore tenu compte du fait que le capital constant se divise en deux parties différentes, à savoir le capital circulant et le capital fixe. Cette dernière partie du capital n’entre dans le processus de la création de la valeur que par parcelles, à mesure que s’usent ses éléments matériels ; mais dans le processus de production, il faut faire entrer en ligne de compte son volume total; de sorte que le taux de l’élargissement de la reproduction doit être rapporté à la masse totale du capital qui fonctionne. Comme il est notoire que la masse du capital fixe augmente à pas de géant avec le progrès technique, la courbe du taux d’élargissement de la reproduction descend en réalité bien plus rapidement que notre premier calcul ne le laissait supposer. D’autant plus important est le fait que, face à cette faible croissance, un autre facteur a nécessairement pour effet de diminuer de plus en plus l’étendue de la reproduction.

Nous savons que la capacité de production du capital ne dépend pas seulement de sa masse absolue, mais aussi de la durée de la rotation. Une rotation accélérée a le même effet sur la production qu’un accroissement correspondant du capital ; une rotation plus lente au contraire équivaut quant à ses conséquences à une réduction du capital productif. La reproduction ininterrompue à une échelle de plus en plus élevée signifie, étant donné l’accroissement rapide de la partie fixe du capital par rapport à l’ensemble du capital social, un accroissement continuel de la durée moyenne de la rotation, ce qui équivaut, quant aux conséquences, à une diminution de la masse du capital. Cette masse peut bien augmenter absolument parlant grâce à l’accumulation de la plus-value ; mais comme l’accroissement qui vient de cette source devient sans cesse de moins en moins considérable, alors que la capacité de production du capital existant diminue progressivement à cause du ralentissement de la rotation, un moment doit arriver où la diminution de la productivité du capital total l’emportera sur l’accroissement apporté à la masse du capital par l’accumulation. Du conflit entre ces deux tendances résultera alors un rétrécissement de la reproduction sociale.

Si l’on considère la disproportion croissante entre l’ampleur du capital en fonction, et surtout de sa partie fixe, et la masse accumulable de plus-value, prise habituellement comme source principale de l’accumulation, on ne pourra que se demander avec étonnement : comment la production capitaliste à ses débuts a-t-elle pu se développer aussi rapidement, presque en progression géométrique ? Voici la réponse : une seconde base existait pour cet élargissement de la production, source bien plus abondante parce qu’accumulée au cours des siècles précédents ; nous voulons parler de la quantité gigantesque de capitaux maintenue, parce qu’indispensable, dans le processus de circulation, avant la grande révolution technique, et libérée par les forces productives modernes à mesure que celles-ci furent utilisées. Ainsi rendus disponibles pour être immobilisés sous forme de capital fixe, ces capitaux permirent tout d’abord une utilisation élargie des nouvelles forces productives, puis, conséquence plus lointaine, une libération encore plus étendue du capital en circulation. Il sembla ainsi que l’extension en spirale de la production capitaliste dût se continuer indéfiniment.
A la naissance du capitalisme, le commerce mondial était extrêmement arriéré et la rotation du capital-marchandise durait très longtemps, à cause de la lenteur des transports. Le voyage à la voile d’Angleterre en Amérique du Nord demandait des mois ; un navire qui transportait le coton de Liverpool à Shanghai, avant l’ouverture du canal de Suez, n’était de retour à son port d’attache que quelque deux années plus tard. Dans ces conditions, chaque entreprise devait avoir partout de vastes entrepôts pour y stocker des produits de toutes sortes, afin de pouvoir satisfaire d’une manière régulière sa clientèle lointaine ; d’un autre côté, il lui fallait aussi conserver dans des entrepôts un choix considérable des matières premières et des instruments nécessaires à sa production, afin de pouvoir produire d’une manière ininterrompue. A cela venait s’ajouter la nécessité de payer des salaires qui, absolument parlant, étaient assez élevés à l’époque ; or les salaires constituaient, avant l’âge de la machine, la plus grosse part des frais de l’entreprise et devaient être versés bien des mois à l’avance, pour ne revenir qu’après un long espace de temps entre les mains de l’entrepreneur sous forme d’argent liquide. On peut imaginer ainsi quelles quantités formidables de capital étaient alors engagées dans la circulation; en comparaison, le capital fixe investi dans un faible outillage et dans de petits ateliers apparaît comme négligeable ; de plus, la durée pendant laquelle ce capital restait en fonction était souvent courte en comparaison de la durée de la rotation du capital circulant. Quand, par la construction des chemins de fer, par l’utilisation des bateaux à vapeur, par le percement du canal de Suez, percement qui vint raccourcir les trajets maritimes vers l’Orient, le trafic mondial eut subi une révolution impossible à prévoir, quand les transports cessèrent de durer de longs mois pour ne prendre que quelques semaines ou quelques jours, alors des masses formidables de capital circulant, accumulées depuis des siècles dans le commerce mondial, furent libérées à un rythme accéléré ; le stockage put être considérablement réduit ; les salaires avancés purent être récupérés à bref délai ; et les conséquences de cette accélération de la rotation furent les mêmes que si la masse absolue du capital social s’était accrue.

Ainsi, on eut immédiatement une large base pour l’utilisation des moyens techniques nouvellement inventés, aussi bien dans la production que dans les transports ; et comme ce processus, une fois commencé, allait en s’accélérant, on put réaliser un élargissement considérable de la section de la reproduction qui comporte le renouvellement des moyens de production, sans retrancher sur les capitaux nécessaires au développement de la section des moyens de consommation. se trouve l’explication du développement extraordinairement rapide des forces productives sous le régime capitaliste, forces que le capitalisme a pu accroître à ce moment-là d’une manière démesurée sans restreindre la consommation. Si la production grossit à la manière d’une avalanche, ce ne fut donc pas l’œuvre directe des forces productives modernes — car la croissance de ces forces conduit à la diminution de la plus-value accumulable ! — mais les nouvelles forces productives ont cependant rendu indirectement possible l’élargissement rapide de la reproduction ; en effet, dans la mesure où on les utilisait, de larges masses de capital commercial, accumulées bien avant l’apparition de ces forces nouvelles et sans leur participation, furent libérées et mobilisées pour être mises en valeur dans le processus de production ; et de plus la diminution du temps de rotation permit d’utiliser ce capital d’une manière bien plus intense qu’on ne faisait auparavant. Si l’on admet que l’expansion capitaliste et l’augmentation de la productivité reposent sur cette base particulière, on verra tout de suite clairement que cette expansion et cette augmentation ne peuvent se poursuivre indéfiniment, même si on tient les possibilités techniques pour illimitées.

Le passage de la diligence au chemin de fer, du bateau à voiles au bateau à vapeur, a abrégé la durée des transports de semaines et même de mois entiers; une amélioration ultérieure des transports ne peut plus réaliser, après cette première révolution, qu’une économie de quelques jours ou de quelques heures, et cela quand même elle semblerait avoir une très grande portée technique. L’influence d’une telle découverte sur la durée de la rotation du capital circulant ne pourrait être à présent qu’insignifiante, et serait encore diminuée par le fait que chaque nouveau type de locomotive ou de bateau à vapeur exige généralement un investissement beaucoup plus considérable de capital fixe, et augmente d’autant la durée de la rotation du capital social total. A un degré déterminé du développement des moyens de transport, le ralentissement l’emporte sur l’accélération ; la source principale qui fournissait des capitaux pour l’élargissement des forces productives finit par disparaître ; et en même temps apparaît, dans le trafic mondial en révolution, une tendance nouvelle qui, elle, conduit directement au ralentissement de la rotation des marchandises.

A mesure que s’accroissent, dans une entreprise, les forces productives, croît aussi nécessairement le rayon d’influence que possède l’entreprise du point de vue des débouchés ; le marché va en se ramifiant sans cesse ; la durée de la rotation des produits, durée que la nouvelle technique des transports avait d’abord diminuée d’une manière radicale, s’allonge peu à peu pour des raisons d’ordre économique. L’industrialisation continuelle des pays arriérés conduit, même quand elle ne s’accompagne pas de mesures protectionnistes, à des difficultés croissantes sur le terrain des débouchés et de la répartition; et la seule solution à ces difficultés, aussi bien dans le régime capitaliste que dans une économie collectiviste, c’est une spécialisation toujours plus exclusive des entreprises dans la fabrication de produits déterminés, et cela dans le sens d’une division internationale du travail. Ainsi, le rayon d’influence des entreprises sur le marché doit à plus forte raison s’étendre considérablement pour l’écoulement de leurs produits spéciaux. Cela signifie des frais croissants de circulation, que ces frais servent à entretenir des agents commerciaux ou les bureaucrates de l’économie planée. De toutes manières, ces frais constituent un facteur qui agit à rencontre de l’action qu’exerce le développement de la productivité dans l’entreprise, développement dont il constitue pourtant la dernière conséquence ; car ce facteur agit d’une manière toujours plus intense dans le sens de la hausse des prix ; et, une fois qu’il s’est fait jour, il devient lui-même la cause d’un renchérissement nouveau, parce que l’élévation des prix de vente pour une capacité d’achat invariable rend la vente plus difficile et la rotation plus longue. On se souvient encore de la vague de hausse qui a couvert le marché mondial, au cours de la décade ayant précédé la guerre, lorsque le commerce était encore relativement très libre. Elle ne peut être expliquée comme phénomène général que par le ralentissement graduel de la rotation du capital total, ralentissement dont nous avons expliqué ici les causes spécifiques.

Ainsi, si le développement des nouvelles forces productives a commencé par amener, dans sa première phase, un élargissement inouï des possibilités d’existence de l’humanité, la progression continue de cette expansion devait elle-même, à un moment déterminé, provoquer une réaction ; et cette réaction s’est répercutée finalement sur la base naturelle qui conditionne en dernière analyse cette croissance gigantesque des forces productives. Une force productive repose toujours sur l’exploitation sociale de facteurs naturels. Elle peut, dans des limites déterminées, croître ou diminuer sans qu’aient varié les conditions naturelles, et pour des causes purement sociales. Mais, comme la coopération humaine seule rend un facteur naturel utilisable pour la société, une diminution du rendement de cette coopération conduit à un rétrécissement de la base naturelle sur laquelle cette coopération est fondée ; ce rétrécissement conduit alors à une nouvelle diminution du rendement social et ainsi de suite. Cette action réciproque des facteurs naturels et sociaux des forces productives modernes devait bientôt se produire, quand le développement de l’efficacité économique de ces forces se fut trouvé arrêté pour les raisons exposées plus haut.

Le fer et la houille ont formé la nouvelle base naturelle sur laquelle le capitalisme moderne, issu du processus de réduction de la production féodale corporative, allait poursuivre son essor sans exemple. L’exploitation des gisements de fer et de houille ne s’est instituée sur une grande échelle que vers la fin du XVIIIe siècle ; elle avait pu se développer au début par des moyens très simples ; elle n’exigeait alors que peu de capitaux et procurait néanmoins un profit rémunérateur, grâce à la richesse des provisions originelles. Mais peu à peu on dut s’enfoncer davantage dans la terre, creuser des puits plus profonds, créer des installations plus perfectionnées, prendre de coûteuses dispositions contre l’eau souterraine, ce qui nécessita de gros investissements de capital fixe ; la production du minerai exigeait aussi des quantités croissantes de capital. Ainsi, dans cette partie de l’industrie dite « industrie lourde », apparut pour la première fois et d’une façon très aiguë la contradiction entre le besoin rapidement croissant de capital et l’épuisement non moins rapide de la source d’où le capital tirait sa propre croissance, à savoir l’accumulation de la plus-value produite grâce à lui ; et cela même dans l’hypothèse d’un taux de profit « moyen ».

Ce n’est que par l’afflux constant du capital des autres branches de production que l’industrie lourde put se développer ; elle devait attirer ce capital par l’appât d’un profit supérieur, d’autant qu’il s’agissait d’investissements à plus long terme que dans la plupart des autres branches de la production. En ce qui concerne les mines, il faut ajouter un facteur décisif : l’exploitation de chaque installation, quand elle se faisait par une progression uniforme, et sans transformation des conditions techniques, devenait, par une nécessité naturelle, de moins en moins productive, cette tendance ne pouvant être surmontée que par la création continuelle de nouvelles installations plus perfectionnées, c’est-à-dire par l’investissement d’une masse toujours croissante de capital fixe, avec la perspective certaine d’une diminution rapide dans la productivité de ce capital. Ce n’est que par la garantie d’une rente-monopole largement supérieure au profit moyen que l’industrie lourde put s’épanouir ; si elle ne s’était développée à une échelle constamment croissante grâce à ce moyen de la hausse des prix, un renchérissement des produits miniers indispensables eut été de toute façon inévitable, par suite de la décroissance du revenu. L’extension de la reproduction sociale se heurtait ainsi, dans tous les cas, à une limite issue de la nature même de sa base. La constitution des trusts et des cartels n’a donc pas suscité la tendance à la hausse continuelle des matières premières de l’industrie, elle lui a seulement fourni une expression particulière.

Bien plus, pendant la première phase de leur existence, les monopoles ont jusqu’à un certain point contrecarré la tendance à la hausse et à la reproduction rétrécie, aidant ainsi le capitalisme à dépasser encore pour quelques décades le point mort de son développement productif, point atteint dès les années 70 du siècle précédent. En organisant, notamment grâce à la hausse des prix intérieurs, l’exportation à vil prix de leurs produits vers les pays arriérés, les monopoles purent provoquer une diminution importante du temps de rotation de leur capital fixe, par suite augmenter la productivité du capital à l’intérieur et étendre artificiellement la base de production dans ces pays arriérés. Mais la seule conséquence en fut une industrialisation rapide de tous ces pays, dont la production, grâce aux ressources naturelles non encore utilisées, chassa les marchandises des vieux pays industriels et leur disputa même les marchés étrangers. Une nouvelle organisation de la production mondiale dans l’esprit libre-échangiste d’une division internationale du travail n’est maintenant plus concevable ; car la perte inévitable d’une quantité gigantesque du capital déjà investi, la renonciation à des forces productives qui existent actuellement, encore que leur rendement soit destiné à diminuer sans cesse, ne peuvent au début être contrebalancées par les avantages futurs d’une telle répartition grandiose de la production. Cette répartition exigerait même de nouveaux investissements de capital d’une importance formidable, et ce capital n’est plus disponible sous une forme liquide. La société devient ainsi prisonnière de son propre appareil producteur, démesurément et trop unilatéralement développé, parce qu’elle a poussé à ses ultimes conséquences le principe d’économie du travail humain et du remplacement du travail vivant par le travail mort. Elle peut maintenant satisfaire ses besoins de consommation avec une dépense de travail minime; mais dans la mesure où elle obtient cette économie de travail, elle doit utiliser une quantité croissante du travail épargné pour produire les moyens qui lui permettent une telle économie ; elle doit étendre toujours davantage la section des moyens de production, d’abord sans porter préjudice à la section des moyens de consommation, mais ensuite toujours davantage aux dépens de cette dernière, soit par le retrait de grosses quantités de capital pour l’industrie lourde, soit par l’échange de marchandises de valeurs par trop inégales entre les deux sections, inégalité due à la réalisation d’une rente-monopole dans la section des moyens de production. C’est ainsi que tout le cycle de circulation de cette machine de production gigantesque a été considérablement rallongé, jusqu’à ce que la perte de temps due à une certaine stagnation dans l’utilisation du travail mort l’emportât sur l’économie de temps obtenue dans l’emploi du travail vivant. Maintenant, ce système de forces productives se rétrécit sous l’action de causes internes et, en dernière analyse, naturelles ; et c’est pour cela qu’il conduit à la ruine sa propre expression sociale et historique, le capitalisme moderne. Ce n’est pas le caractère capitaliste des forces productives actuelles, mais bien leur principe fondamental, à savoir le principe de l’économie du travail vivant, qui forme la limite propre arrêtant leur croissance dans la direction suivie jusqu’à maintenant. Et si nous voulons dépasser le capitalisme et chercher une nouvelle voie pour le progrès social, il faut avant tout se délivrer du principe dont l’application constitue actuellement une barrière pour le développement de la société.

Julius Dickmann

Note

(1) Marx indique à ce sujet que le domaine d’utilisation de la machine est aujourd’hui très étroitement limité du fait que le capital ne payant pas l’équivalent intégral du travail consommé, mais seulement la valeur bien plus petite de la force de travail utilisé, c’est-à-dire le salaire, l’emploi de la machine n’apparaît avantageux que s’il coûte une somme inférieure au faible montant du salaire de l’ouvrier chassé par la machine.
En régime socialiste, ces limites d’utilisation de la machine s’élargiraient beaucoup, car elles seraient alors déterminées par la totalité du travail remplacé. (Capital, livre I, chap. 13.)
Malheureusement, Marx n’aperçoit pas que, dans ce cas, l’économie de travail — envisagée pour l’ensemble de la production — tomberait à néant.
De plus, l’approche de cette limite « socialiste » d’utilisation ferait sombrer la plus-value (étant donné que la dépense causée par les nouvelles machines serait très supérieure à la quantité de travail « nécessaire » auparavant à la reproduction de la force de travail remplacée) au point de rendre impossible l’accumulation nécessaire à un emploi constamment élargi des machines.

La Critique sociale, n°9, septembre 1933, pp. 108-113.

Lucien Laurat – A propos du livre de J. Dickmann, Das Grundgesetz der sozialen Entwicklung (1932)

Julius Dickmann – Das Grundgesetz der sozialen Entwicklung (Contribution à une autocritique du marxisme).

L’auteur, théoricien de premier plan, s’est signalé voici quinze ans par des études parues dans le Kampf de Vienne et l’Arbeiterpolitik de Brême, où il aborda les problèmes du mouvement ouvrier de l’époque avec une rare compétence et une grande sûreté de méthode.
Son présent opuscule, consacré à « la loi fondamentale du développement social » (et dont nous publierons bientôt des extraits), constitue un apport précieux au développement critique de la doctrine marxiste. On peut dire sans exagérer que c’est, depuis près de vingt ans, depuis la critique des schémas du IIe livre du Capital par Rosa Luxembourg, la première critique féconde de l’œuvre de Marx, faite en connaissance de cause (la plupart de ceux qui critiquent Marx ne le connaissent que par ouï-dire), apportant du neuf (la plupart des critiques ne font que rabâcher des arguments réfutés depuis près d’un siècle) et se distinguant par une incontestable originalité de vues et par l’application scrupuleuse de la méthode marxiste à la doctrine même de Marx.
Une telle critique ouvre des horizons même là où l’on pourrait la juger par trop téméraire et où elle suscite des objections. Elle oblige à remettre en question des vérités apparemment acquises et à tirer des conclusions sinon nouvelles, du moins inattendues.
Le premier mérite de Julius Dickmann est d’envisager les problèmes sociaux sous un angle qui apparaît nouveau à notre époque et qui fut pourtant celui de Marx, mais que le marxisme post-marxien a de plus en plus négligé et délaissé, probablement parce que Marx n’en parle d’une façon explicite qu’incidemment. Dickmann ramène le développement de la société humaine, et partant des classes, à la lutte du genre humain contre la nature. Ce point de départ, celui de Marx (cf. le chap. 48 du IIIe livre du Capital), lui permettra de critiquer le marxisme tout autrement que ne le font les marxophobes professionnels.
D’après Marx, toute transformation sociale procède de la rébellion des forces productives accrues contre la carapace sociale, juridique, etc., correspondant à un niveau antérieur, inférieur, de ces forces. Dickmann oppose à cette conception une série d’arguments troublants, puisés aux sources mêmes de l’histoire : les transformations successives des sociétés primitives, la grandeur et la décadence des empires de Mésopotamie, le développement social en Grèce, l’expansion et la perte de l’ancienne Rome, la transition de l’antiquité au moyen âge, et enfin la dissociation de la société médiévale, cédant la place au capitalisme naissant. Et loin de trouver à l’origine de toutes ces transformations sociales un accroissement des forces productives qui finit par briser les institutions politiques, sociales, juridiques (propriété !), il constate, à la lumière de tous les exemples historiques, que la cause première de ces bouleversements sociaux est l’épuisement des ressources naturelles, nécessitant à la fois la transformation des institutions existantes en organes protecteurs des ressources limitées et l’apparition d’un nouveau mode de production. Ce n’est que lorsque ce dernier, en se développant, multiplie des forces productives nouvelles, que les anciennes institutions, dont la fonction limitative devient de plus en plus superflue, sont refoulées, mais non brisées.
En insistant sur le conflit entre le développement des forces productives et l’obstacle constitué par des institutions sociales figées, Marx aurait donc abusivement généralisé un phénomène partiel de l’époque du capitalisme naissant : la révolte de la bourgeoisie contre les survivances politiques et juridiques de l’ordre féodal.
En ce qui concerne le passé, le raisonnement de Dickmann paraît convaincant. Reste à savoir si l’on peut accepter les conclusions qu’il en tire pour l’avenir.
Si la « loi fondamentale du développement social », telle que l’énonce l’auteur, est exacte, peut-on, comme Marx, prévoir que le capitalisme succombera parce que ses institutions juridiques, la propriété privée, le mode d’appropriation, ne peuvent plus contenir les forces productives en rébellion contre la carapace sociale trop étroite ? Conséquent jusqu’au bout, Dickmann affirme que le socialisme sera le résultat, non point du développement ultérieur des forces productives, mais du rétrécissement du réservoir de ressources naturelles : le capitalisme les gaspille, et la transformation sociale résultera, comme dans le passé, de la nécessité de les exploiter avec parcimonie.
Cette conclusion nous semble pour le moins précipitée et prématurée. On peut accepter sa « loi fondamentale » en général, tout en ne lui attribuant qu’une efficacité relative pour la société capitaliste. S’il n’est pas douteux que le capitalisme (et même le socialisme) peut se heurter un jour à l’insuffisance des ressources naturelles et s’engager de ce fait dans une période de profondes transformations, il ne faut pas oublier qu’à la loi générale énoncée par Dickmann, se superposent, dans la société actuelle, une série de lois spécifiquement capitalistes, dont la loi de l’accumulation. Dès que l’on admet cette loi — et la crise présente l’illustre mieux que les pages les plus poignantes du Capital — on est obligé de constater, du moins pour la société capitaliste, un conflit effectif entre le développement des forces productives et l’institution de la propriété privée. Cela ne contredit pas la loi fondamentale de Dickmann. Cela signifie simplement que ses lois spécifiques condamnent le capitalisme avant qu’il arrive jusqu’à la limite fondamentale et générale de l’épuisement des ressources naturelles.
On pourrait d’ailleurs supposer que la conception de Marx critiquée par l’auteur procède bien moins d’une généralisation de certains phénomènes historiques accompagnant la naissance du capitalisme, que de la généralisation des lois spécifiques de l’économie capitaliste, découvertes par Marx.
A moins que Dickmann ne puisse, un jour, apporter contre ces lois des arguments tangibles. Dans le dernier chapitre de son étude, l’auteur pose un autre problème et d’une importance essentielle. En citant les fameux passages du Capital où Marx parle de la conversion de la propriété individuelle en propriété capitaliste, des lois de propriété de la production marchande simple en lois d’appropriation capitaliste, Dickmann se demande comment et pourquoi Marx a pu envisager des interventions juridiques (l’expropriation) comme conditions du passage du capitalisme au socialisme, alors que la naissance de la propriété capitaliste, de l’aveu de Marx lui-même, s’est accomplie sans aucune modification juridique préalable, en vertu d’une conversion dialectique de la fonction de la propriété. Cette idée n’est pas nouvelle : ce n’est pas la première fois qu’on reproche à Marx d’avoir, contrairement à sa doctrine, selon laquelle l’ordre juridique est le reflet et la conséquence des changements économiques, envisagé des mesures juridiques précédant et inaugurant la transformation de l’économie. Ces reproches n’étaient point fondés. Mais on ne saurait en dire autant de ceux de Dickmann, qui apporte des arguments à lui tout autrement sérieux (cf. le chapitre en question, que nous reproduirons intégralement).
L’affirmation de Dickmann que le passage du capitalisme au socialisme s’accomplira également par une conversion de la fonction de la propriété, et non par un acte juridique initial, nous semble justifiée. Pourtant, cette formule peut autoriser différentes interprétations. A notre avis, la conversion de la fonction de la propriété est en train de s’accomplir, et s’accomplit depuis longtemps déjà, au sein de l’économie capitaliste ; Marx lui-même en a tracé une ébauche au chapitre 27 du livre III-l du Capital. Mais s’il en est ainsi, l’intervention juridique dans l’ordre de propriété ne serait plus, à l’heure actuelle, que la consécration d’une conversion de fonction déjà accomplie. Cependant, notre interprétation n’est peut-être pas celle de Julius Dickmann.

Lucien Laurat

La Critique sociale, n°6, 1932, pp. 256-257.

Julius Dickmann – La loi fondamentale de l’évolution des sociétés (1933)

Notre collaborateur Julius Dickmann, de Vienne, a publié récemment une étude critique de la conception marxiste des forces motrices du développement social. On en lira ci-dessous des extraits, en attendant une traduction intégrale. Nous donnerons, dans la partie bibliographique, un compte-rendu de cette « Contribution à une auto-critique du marxisme ».

Comme on le sait, c’est une des thèses directrices de la conception matérialiste de l’histoire que la transformation de la structure des sociétés trouve sa cause dernière et décisive dans le fait même que de nouvelles forces productives sont employées déjà au sein de la société ancienne où elles s’étaient constituées et que, par leur épanouissement, elles entrent en contradiction avec les rapports sociaux y établis, jusqu’à ce que, en fin de compte, l’antagonisme, s’amplifiant, soit résolu au cours d’un processus révolutionnaire qui brise les formes périmées de la propriété et donne naissance à d’autres formes correspondant aux nouvelles forces productives.

Marx et Engels aboutirent à cette conception par leur étude de la révolution bourgeoise en Europe occidentale. Dans cette étude, ils subirent toutefois, pour une certaine part, une illusion d’optique. Certes, il est vrai que la forme moderne de production l’emporta, dans ces révolutions, sur les obstacles du vieil ordre social de la féodalité; mais la constitution de nouvelles forces productives ne donna point le branle au mode de production capitaliste ; elle fut bien davantage, le résultat d’une évolution capitaliste antérieure qui s’accomplit sans doute dès le début à rencontre de l’économie corporative et féodale, mais qui, à l’origine, n’en différait point dans la technique. Ce fut précisément Marx qui mit une grande insistance à signaler – mais seulement dans un ouvrage de pleine maturité, longtemps après la première formulation de la conception matérialiste de l’histoire – que les origines du capitalisme remontent jusqu’au système des jurandes, de l’industrie à domicile. Cette forme de production, déjà fort répandue au XIIIe siècle en Italie, qui s’installa, à peu de temps de là en Allemagne et en Europe occidentale, le plus souvent en dehors des corporations et sans cesse en lutte contre celles-ci, était, à dire vrai, l’étape originelle du capitalisme. Elle reposait déjà sur la production de plus-value, car à l’époque où l’artisanat corporatif jouissait encore de la prépondérance, la valeur des produits de l’industrie à domicile était déterminée naturellement par le temps de travail socialement nécessaire dans l’artisanat ; l’intermédiaire ne pouvait pas vendre plus cher les produits de l’industrie à domicile que l’artisan indépendant les siens ; il ne pouvait, dès lors, réaliser un bénéfice que par cela qu’il ne donnait pas au producteur la pleine valeur de ses produits. Comment cela était-il possible en un temps où le producteur restait encore en possession de ses moyens de production, c’est une question particulière. Une autre question, plus importante nous intéresse ici : cette forme de production avait encore la même assise technique que l’artisanat individuel des corporations. Quelle était alors la cause de sa naissance ? Il ne peut pas encore être question pourtant d’une transformation des forces productives. Celles-ci ne sont mises en application que graduellement, après que le système capitaliste des intermédiaires, sur la base de l’ancienne technique, s’est pour ainsi dire imposé par plusieurs siècles de luttes contre les corporations, dans une grande partie de l’Europe. Dès lors, la formation de nouvelles forces productives ne peut nous expliquer que l’évolution du capitalisme au delà de cette étape originelle, non son origine proprement dite. La grande percée du capitalisme ne se produisit certes que sous l’impulsion de la grande révolution technique des XVIIIe et XIXe siècles, mais la première étape de son développement n’a même rien à voir avec cette révolution technique. C’est comme si l’on voulait dater la conception d’un être humain du jour où il est mis au monde ; en fait, sa naissance remonte pourtant bien plus avant ; et le chapitre le plus intéressant et décisif de tout ce processus d’évolution est justement cette « préhistoire. »

Si l’on serre la question de plus près, l’attention se pose encore sur une particularité digne de remarque. On voit communément la cause de la régression du vieil artisanat dans la supériorité technique de l’industrie capitaliste, ce qui reste vrai dans la mesure où le déclassement complet et général de l’atelier de l’artisan s’est opéré grâce à la force de la vapeur, au rendement des acquisitions techniques de la grande industrie. Mais la décadence de la production artisanale ne date pas du moment où a surgi la concurrence de cette technique supérieure. La preuve est même facile à établir à l’aide de faits pris dans l’histoire de l’économie, que le recul de l’artisanat moyennageux se manifeste dès les XIVe et XVe siècles, par l’exclusivisme croissant des corporations, quand l’évolution du capitalisme n’était qu’à peine à ses débuts et qu’il ne lui était dès lors pas encore possible d’exercer une influence notable. Alors qu’on tend généralement à imputer la décadence des formes de production du moyen âge à des raisons extérieures, notamment à l’épanouissement du capitalisme, une analyse plus pénétrante de la situation des choses va démontrer le contraire : le capitalisme n’est apparu que parce que la production féodale et corporative tombait en décadence pour des raisons internes. Il fut la conséquence et non la cause de cette décadence inévitable.

Toutefois, avant de nous livrer à cette investigation, il faut en élargir le domaine car il appert bientôt, pour peu qu’on le considère, que le problème dont il s’agit n’est pas seulement valable pour le passage au capitalisme, mais pour toutes les transformations sociales du mode de production. Car, comment les choses se présentèrent-elles lors du passage du système de l’économie antique au système de l’économie féodale ? Il ne peut pas y être question de la constitution de nouvelles forces productives jouant le rôle de l’élément moteur dans le bouleversement intervenu. Pour la technique, la société féodale présente sous maint rapport une régression, vis-à-vis de la société antique. Et néanmoins, personne ne contestera qu’elle représentait un progrès pour la société et pour l’économie. Mais ce progrès à quoi était-il dû ? Cette transformation sociale, qui n’était fondée sur aucun changement ni dans la production ni dans la technique, était-elle déterminée objectivement par d’autres facteurs ? Quelle était la nature de ces facteurs ?

Comme on le sait, l’époque des migrations des peuples marque la césure extérieure entre la société antique et la société féodale. Cette circonstance tend à induire facilement à l’erreur de dire que les barbares en s’installant sur les décombres de l’empire romain, tirèrent les institutions féodales de leur propre fonds ou qu’ils les apportèrent avec eux, déjà toutes prêtes, en quelque sorte. Mais en fait, le germe de l’ordre féodal s’était développé déjà au sein de la société antique tout comme le système du travail à domicile pour les intermédiaires était apparu au dedans de la société du moyen âge comme embryon du capitalisme. Ce fut le colonat (1) romain qui, bien avant les invasions des barbares, se répandit dans la plupart des provinces de l’empire en décadence, comme forme prépondérante de production et qui révéla déjà les traits constitutifs de l’administration féodale. Pourquoi l’économie fondée sur l’esclavage fut-elle refoulée par le colonat dans les dernières périodes d’évolution du monde antique ? Sous quelle impulsion cette transformation s’opéra-t-elle ?

Dans tous, les cas, elle ne vint point du progrès technique ni d’une modification dans le système des forces productives. L’épanouissement de celles-ci joue bien le rôle essentiel au cours de l’histoire de l’humanité, mais son rapport avec la forme de production n’est pas si simple, son action économique n’est pas toujours si positive que Marx et Engels ne l’ont supposé. Il y a là une imprécision théorique qui porte préjudice à la valeur intrinsèque de la méthode marxiste. Nous allons essayer de remédier à cette imprécision.

* * *

Pour considérer, si possible, le contenu des choses à l’état pur, sans trop d’accessoires historiques et pour atteindre à une formulation générale de nos conclusions, force nous est d’aborder l’investigation aux premiers stades de l’humanité. Figurons-nous une peuplade de chasseurs dont le domaine de migration est limité, soit par des obstacles d’ordre naturel, soit par le voisinage d’autres peuplades. Sa vénerie est tout à fait rudimentaire : elle ne consiste principalement que dans la chasse à l’affût où l’on abat les bêtes à coups de javelots, à proche distance, encore dans des battues où on leur tend des pièges. Mais justement, ce genre de chasse, d’une technique si arriérée, exige une connaissance particulière et précise des habitudes de vivre de chaque espèce animale, et une grande expérience de la tactique qui lui est appropriée. Dès lors, dès ce moment, il a fallu que l’on se spécialisât dans la poursuite de bêtes déterminées. De sorte, qu’à des groupes spéciaux de chasseurs fût dévolue la tâche de ne capturer que certaines espèces animales. Tout le produit de la chasse d’une horde fut partagé de cette manière entre une série de compagnonnages de chasse, dits les totems.

Comme l’étendue de l’inventaire en animaux dépend en fin de compte de l’abondance — quasi invariable — des plantes, elle ne subit pas de grandes fluctuations ; et si la technique reste la même quant à la chasse, ce que celle-ci rapporte peut être tenu, par an et en moyenne, pour une quantité stable et assurant à un nombre déterminé de chasseurs et à leurs ménages la subsistance nécessaire.

Mais à présent survient un bouleversement dans la technique. On trouve un projectile plus efficace, qui tue les bêtes à une plus grande distance, et bien plus vite, sans qu’il faille perdre un temps précieux à les épier ; la conséquence en est que le butin quotidien dont la conquête ne requiert plus la moindre spécialisation, augmente dans des proportions considérables. Malgré cela, l’ancienne forme de la division du travail subsiste par habitude ; elle n’est que moins rigide. Il est possible, dès à présent à n’importe qui de chasser une bête à son goût ; mais les totems conservent sous forme de rites, une sorte de droit suprême d’inspection sur le butin, qui ne peut plus être partagé ni consommé à leur insu. L’augmentation rapide du produit de la chasse rend un accroissement de la population possible ; le chiffre de la mortalité baisse ; on ne tue plus de nouveaux-nés ; un certain nombre de ci-devant chasseurs peuvent, grâce à l’excédent des provisions de viande, se consacrer en permanence à d’autres occupations, se spécialiser dans la fabrication d’armes, de poteries, etc., et, de la sorte, le premier effet de ce progrès technique réside dans une extension des possibilités d’existence de notre peuplade chasseresse. La société des chasseurs est à l’âge d’or. Mais par l’application de la nouvelle méthode de chasse, l’équilibre antérieur, (même s’il n’avait qu’une certaine tendance à s’établir), était rompu entre le monde des animaux et la société humaine. Le nombre des bêtes qui entrent en ligne de compte dans le butin ne peut s’accroître ; la progéniture annuelle en est à peu près stable ; et si, à présent, une multitude de bêtes à peine adultes est éliminée toutes les années de ce total, à l’aide des nouvelles armes, il ne peut plus pleinement se reproduire à la longue. Le nombre en va diminuer graduellement, ce qui sera d’abord un stimulant nouveau pour le chasseur en vue d’améliorer encore la vénerie, d’en tirer tout le profit possible, de maintenir, malgré le nombre restreint des bêtes, le produit de la chasse au même niveau. Il aboutit en fin de compte à décimer les animaux dans une proportion telle que le butin est forcément de plus en plus réduit, en dépit de tout ce qu’il s’ingénie à entreprendre pour l’éviter. Si la nouvelle force productive a apporté, dans les débuts de son application, un surcroît de subsistances à cette société primitive, et si elle en a élevé le niveau d’existence, la conséquence dernière de son application inconsidérée est un inévitable rabaissement du train de vie conquis.

Pour préserver ce qui en subsistait encore, pour ralentir tout au moins la décroissance du nombre — si éclairci — des animaux, cette peuplade de chasseurs sera contrainte de limiter, en fait, l’emploi de cette nouvelle force productive, d’élaborer un règlement tel que la chasse ne dégénère pas en pillage. Dans de telles circonstances, la fonction du totémisme est modifiée. C’est une sorte de police de chasse qui lui incombe ; pour prévenir l’extermination de l’animal totémistique, il appartient à chaque totem, de faire en sorte qu’il soit, si possible, épargné et respecté, qu’on ne le chasse que si c’est absolument indispensable. Et pour que les gens du totem n’aient eux-mêmes pas intérêt à en consommer la viande, cet animal est décrété tabou (2).

Ainsi, la société chasseresse se mit de son plein gré dans l’obligation de poser des bornes à l’application inconsidérée de ses nouvelles forces productives. Mais à quoi bon cette restriction volontaire quand ces mêmes animaux, que les chasseurs ménagent dorénavant, restent exposés sans cesse aux bêtes de proie qui se soucient comme d’une chiquenaude de leur préservation et qui ne montrent aucune intelligence des motifs du totémisme ? Si, malgré cela, l’existence des animaux utiles devait être assurée, il fallait que l’on veillât, en outre, à la protection de ces espèces contre les bêtes de proie, ce qui ne fut possible qu’en les isolant, en les internant dans des enclos sous une surveillance permanente. Telle est la conséquence dernière du totémisme (3).

Quoique travesti dans les formes culturelles, le contrôle du nombre de têtes fut le prélude à la réglementation graduelle et systématique de la reproduction des animaux. La privation de subsistances, occasionnée par l’application illimitée d’une force productive fraya le passage à une nouvelle forme d’économie. Et ce ne fut que lorsque le germe de ce mode de production eut pris racine que se développèrent des procédés particuliers pour augmenter le rendement de celui-ci ; ses progrès eurent pour avantage de rendre possible l’abolition des entraves que les totems posaient à la consommation, de sorte que le contenu économique de cette institution se dissipa et que son enveloppe religieuse lui survécut comme le souvenir historique d’une forme d’organisation, auparavant vitale, de l’humanité.

De ce modèle sommaire du mécanisme évolutif des sociétés inférieures et primitives découlent les conclusions suivantes : ce n’est pas l’épanouissement des forces productives qui détermine un changement dans le mode de production et par cela dans l’ordre social, c’est, au contraire, et davantage, le rétrécissement des bases que la nature présente à l’épanouissement des forces productives. L’exploitation sans frein des procédés techniques dont elle dispose conduit d’abord l’humanité à élever grandement le niveau de son existence ; mais elle attaque finalement la base qui lui est propre ; elle scie la branche où elle s’appuie. Dès lors, la société se trouve contrainte, par une réaction consciente ou automatique, de mettre certaines limites à ses moyens de production ; de là, en fin de compte, un déplacement partiel dans les rapports sociaux ; une nouvelle forme de production surgit pour l’utilisation appropriée et économe du matériel de production donné. Et c’est seulement quand cette forme s’est constituée et consolidée que sa pratique éveille le besoin de nouveaux moyens techniques, lui convenant en particulier et dont l’application et le perfectionnement croissants entrent en contradiction avec tes restrictions auparavant fixées, mais, en même temps, la société est en état de renoncer à ces dernières.

Après une longue analyse, approfondie et détaillée de révolution de la société médiévale, l’auteur arrive aux conclusions que voici :

Nous avons pu nous rendre compte, par des exemples pris dans les faits, qu’un conflit entre les forces productives et les rapports de production (comme les rapports de propriété) n’a jamais eu lieu lors, du passage d’un mode donné au mode supérieur de production. La contradiction réelle, engendrant chaque bouleversement économique, ne surgissait chaque fois qu’entre le développement sans frein des forces productives et la limite posée par la nature à l’extension de leur emploi. « La nécessité de mettre la société en état de contrôler une force naturelle, d’en éviter le gaspillage » (4), eut pour effet que de nouveaux rapports de production furent établis qui, à leur tour, entrèrent en contradiction avec l’ancien ordre social, c’est-à-dire avec les institutions bâties sur les rapports de production d’antan, en particulier avec celles du droit. Dans la mesure où les nouveaux rapports de production, en développant les forces productives qui leur correspondent, gagnaient en importance sociale, ils pouvaient, non pas « briser » les vieilles institutions — il n’y avait d’ailleurs pas de raisons à cela —-mais bien les refouler, parce que l’abondance des nouvelles possibilités d’existence en rendait superflu le fonctionnement restrictif, destiné à éviter le gaspillage. Le refoulement des vieilles institutions se consomma évidemment de manière dramatique car leurs redoutes extérieures ne purent en général, dans le domaine de la politique, être enlevées et démolies que par la force ; mais cela ne peut pas induire à des conclusions fausses quant au processus interne de la transformation réalisée.

La principale question dans tout cela est de savoir comment l’institution du droit de propriété se lie à la transformation dans les rapports de production. Puisque Marx, dans la préface de sa Critique de l’Economie politique désigne, sans plus, les rapports de propriété comme « l’expression juridique des rapports de production », puisque, outre cela, il considère à maintes reprises la propriété capitaliste comme un obstacle au développement ultérieur des forces productives et tient l’élimination de cette forme de propriété pour la première condition requise lors du passage au socialisme, il en résulte une contradiction avec sa conception de l’histoire. Car, d’après celle-ci, toute forme juridique, donc aussi l’ordre de propriété, ne constitue que la superstructure idéologique du mode de production, auquel elle s’adapte et dont elle dépend. Cette conception est renversée quand on subordonne le passage du mode socialiste de production à un changement dans les rapports de propriété, donc quand on considère la forme du droit comme le fondement sur lequel doit s’ériger la forme de production de l’avenir ainsi que les rapports de production qui lui seront propres. Marx parvint à cette fausse conclusion par la constatation que les conditions purement techniques pour le passage au socialisme se réalisent déjà au sein de la société capitaliste. Mais la superstructure idéologique, l’ordre juridique en particulier, ne se trouve pas en un état de dépendance directe vis à vis des forces productives, mais seulement du mode de production et des rapports de production. Ce n’est que lorsque ceux-ci ont pris un caractère socialiste que les institutions du droit se trouvent en mesure de s’y conformer c’est-à-dire, qu’elles peuvent devenir leur expression juridique. La transformation du droit de propriété, même si elle était effectivement indispensable pour le passage du socialisme, ne surviendrait dès lors qu’au terme de la révolution économique, non à son début. En général, elle n’est même pas indispensable. Et c’est Marx même qui nous l’enseigne, lui à qui nous devons l’exagération ci-dessus critiquée du rôle de la propriété dans la transformation socialiste. Il est vrai, il n’en a pas apporté la preuve en toute conscience, mais il a certes fourni les éléments qu’il faut à une démonstration pareille.

On connaît les célèbres passages du Capital où Marx définit la propriété capitaliste comme « la première négation de la propriété individuelle fondée sur le travail personnel », d’où surgira « la négation de la négation », l’établissement de la forme socialiste de la propriété. Pour nous représenter par anticipation cette forme, il faut que nous ayons notion de la manière dont cette « première négation » s’est accomplie.

Sous le titre significatif : « Conversion des lois de propriété de la production des marchandises en lois de l’appropriation capitaliste », Marx écrit :
« … Par sa dialectique inéluctable et intrinsèque la loi de l’appropriation ou loi de la propriété privée, basée sur la production et la circulation des marchandises se transforme en son juste contraire… A l’origine (c’est-à-dire lors de la production simple de marchandises par l’artisan) le droit de propriété nous apparaissait comme fondé sur le travail personnel. Du moins, il nous fallait admettre cette hypothèse. En effet, les propriétaires qui se faisaient face avaient tous les mêmes droits : l’un ne pouvait acquérir les marchandises de l’autre qu’en cédant les siennes, et celles-ci ne pouvaient provenir que du travail. Actuellement, la propriété nous apparaît chez le capitaliste comme le droit de s’approprier sans payement le travail d’autrui ou le produit de ce travail, chez l’ouvrier comme l’impossibilité de s’approprier son propre produit. La séparation entre la propriété et le travail devient la conséquence nécessaire d’une loi qui semblait partir de leur identité… A mesure que la production de marchandises, en vertu de ses propres lois se transforme en production capitaliste, les lois de propriété qui régissent la production de marchandises se convertissent en lois de l’appropriation capitaliste » (5).

Que disent ces phrases ? Que point n’est besoin d’un changement de forme dans le droit de propriété pour apporter des changements dans la manière de disposer du produit social du travail. Si les rapports de production se modifient, les lois d’appropriation sous le même droit de propriété qu’auparavant, se changent en leur contraire. En fait, il n’a pas fallu à la naissance du capitalisme, un nouveau principe juridique dans l’ordre de la propriété pour assurer aux capitalistes leur droit à la plus-value. Le même droit de propriété qui garantissait auparavant à l’artisan, dans la production marchande simple, tout le produit de son travail, donne aujourd’hui sous des rapports de production modifiés, la latitude au patronat de s’approprier une part dans le produit du travail d’autrui. Si donc, lors de l’établissement du capitalisme, une révolution juridique dans les rapports de propriété fut superflue, pourquoi serait-elle obligatoire pour le passage au socialisme ? Le droit de propriété du temps de la production marchande simple s’adapta à la production marchande capitaliste non par la modification de ses principes juridiques, mais par la conversion de sa fonction. Et puisque cette « première négation » ne s’est consommée que dans la forme d’une conversion interne, sans que l’enveloppe extérieure du droit de propriété fût altérée, comment peut-on dès lors s’attendre à ce que la « seconde négation » s’effectue d’une autre manière ?

Lors du passage de la production marchande simple à la production capitaliste, le vieil ordre de la propriété n’a aucunement fait obstacle à l’épanouissement gigantesque des forces productives ; Marx même nous explique que les lois de la propriété du temps de la production simple de marchandises s’adaptèrent au capitalisme, qu’il s’opéra une inversion dans leur fonction originelle. Mais à présent, elles sont devenues tout d’un coup un obstacle au développement ultérieur des forces productives, quoique la différence ne soit plus comme alors, d’un stade à l’autre, aussi considérable ; à présent, elles ne peuvent plus s’adapter aux changements intervenus dans la production ni opérer une inversion de fonction ; mais elles doivent être « abolies » contrairement à toute dialectique. Cette conception des choses est-elle logique et conséquente ?

La « première négation » a pris à l’ouvrier le droit de disposer du plein produit de son travail, elle lui a enlevé le droit à une grande part de son produit, et cette intervention, si grosse de conséquences, dans les rapports économiques préétablis a réussi sans qu’aucune mesure quelconque ne fût prise quant à l’ordre juridique de la propriété. Quant à la « seconde négation », qui liquidera la propriété capitaliste, il s’agira, du point de vue juridique, d’une intervention de moindre portée que dans le premier cas, car le socialisme n’a pas pour but de restituer à l’ouvrier le droit au plein produit de son travail, ni de lui rendre le droit à la plus-value, mais seulement de régler à nouveau l’affectation de celle-ci à des fins sociales, de la placer sous le contrôle de la société. Il y importe moins encore que dans la première négation, de créer un nouveau droit de propriété; il ne peut tout au plus s’agir que d’opérer, par une modification des rapports de production, la conversion en son contraire de la fonction économique effective de la propriété existante, de soumettre le capital à des conditions telles qu’il ne puisse plus disposer à volonté du surproduit. Est-il possible de résoudre ce problème économique par des mesures juridiques ?

Certes, il se peut que l’on objecte que l’ordre de la propriété n’en fut pas moins atteint lors de l’établissement des bases de la production capitaliste. Le droit féodal de la propriété du sol fut aboli ; un droit bourgeois de la propriété fut mis à sa place. C’est la vérité même, mais observons le processus de cette transformation d’un peu plus près :
En Angleterre, la révolution bourgeoise n’avait pas enlevé la propriété du sol à la noblesse ; mais elle lui mit la charge d’une grande partie des impositions gouvernementales sur les épaules ; en outre, elle la laissa veiller à l’administration locale de ses comtés, tâche dont elle s’acquitta jusque dans le XIXe siècle, mieux et en tout cas à meilleur compte que la dispendieuse bureaucratie centralisée de France. Seule, la disjonction, par l’affermage, de la direction des entreprises et de la propriété du sol rendit possible une économie agraire rationnelle ; car la rente foncière dépend du prix du blé, et non le prix du blé de la rente foncière ; l’endettement éventuel du propriétaire ne retombait pas sur le fermier ; il était possible à celui-ci de faire ses comptes comme un industriel, à la manière capitaliste ; et le résultat de tout ce système fut que l’économie rurale anglaise du XVIIIe siècle parvint à une grande efflorescence. Elle fut prise en exemple par toute l’Europe ; Quesnay représenta le « fermier » anglais comme un idéal ; il voulait substituer l’économie de celui-ci à l’affermage hybride, sans rendement de l’ancien régime.

Les choses ont pourtant pris une autre tournure. Pour attacher les paysans à la révolution menacée, l’on décida, en France, de leur livrer la terre à titre irrévocable, par l’expropriation de la noblesse. En conséquence toute l’administration de l’État dut être bureaucratisée, et c’est à charge des paysans que la plus grande part des impôts dut être levée. Ils n’avaient certes plus à fournir une rente, comme à l’époque de leur sujétion féodale ; mais, puisqu’il leur fallait, à l’ouverture d’une succession, indemniser ceux des collatéraux qui n’avaient point de part à l’héritage, la dette qu’ils contractèrent se gonfla tant et si bien que les intérêts du capital bancaire vinrent prendre la place de la rente foncière. Or, le taux de l’intérêt ne dépend pas, comme la rente, du prix du blé ; une fois fixé, il représente un facteur stable et absolu du coût de la production, sans égard à l’élévation des prix. Sous la double charge des intérêts et des impôts, une économie rationnelle ne pouvait pas se développer en France, dans les campagnes ; grâce au splendide tonneau des Danaïdes dont la révolution lui fit cadeau, la paysannerie tomba de plus en plus dans la misère. Ce ne furent que les droits croissants de douane sur les produits agricoles qui, augmentant sans cesse, lui permirent de s’élever, aux frais des citadins, à un niveau où les soucis sont supportables.

Mais les effets de ce système pèseront plus encore dans la balance à l’avenir. Alors qu’en Angleterre une réforme agraire s’accomplirait dans le sens du socialisme sans que la masse des paysans y oppose une résistance, ou que la minorité de la noblesse soit en mesure de l’empêcher, le fanatisme de la propriété dont sont imbus les paysans en France, y constitue le plus puissant appui au capitalisme et un obstacle quasi insurmontable sur le chemin du socialisme. Que la France soit à présent le pays le plus conservateur d’Europe, et, de tous les États industriels du monde, le plus éloigné du socialisme, nous le devons à cette forme « radicale » et insensée que prit, au temps de la révolution, la solution de la question agraire. L’expropriation de la noblesse a pu répondre aux intérêts momentanés de la révolution ; du point de vue économique et politique, elle fut l’entreprise la plus réactionnaire dans l’histoire des temps modernes.

Tous les révolutionnaires socialistes se doivent de ne pas prendre un pareil fait à la légère quand ils pensent au chemin à parcourir pour que le socialisme se réalise. Si l’U.R.S.S. a jugé bon de jeter, par des mesures juridiques d’expropriation, les fondements du socialisme (au lieu de suivre la voie envisagée à l’origine par Lénine dans son article : La catastrophe imminente), les intérêts momentanés de la révolution ont pu y trouver leur compte ; mais cette méthode ne donnera pour résultat final qu’un socialisme estropié, incapable de développement, tout comme le radicalisme de 1789 n’a fondé qu’un capitalisme rabougri et arriéré en France. Car une nouvelle économie ne prend pas corps par cela seul que le droit de propriété se modifie ; elle ne peut se fonder que sur un bouleversement dans les rapports fondamentaux de production qui, à son tour, entraîne ipso facto un renversement dans la fonction du droit de propriété. Mais le socialisme ne proviendra pas d’un épanouissement ultérieur des forces productives qu’entrave prétendument la propriété capitaliste ; il résultera nécessairement du rétrécissement des bases actuelles de la production ; et c’est à quoi la société capitaliste est d’autant plus vite acculée qu’elle met à dissiper les ressources de sa production comme de la frénésie (6).

Julius Dickmann (Traduit de l’allemand par Raymond Renaud.)

Notes :

(1) La forme semblable au servage organisée par les codes théodosien et justinien.

(2) La connexion entre le totémisme et la diminution du rendement de la chasse a été indiquée déjà par Karl Kautsky dans un compte-rendu du livre de Szomlo Circulation des biens dans la société primitive (Neue Zeit XXV) sans cependant que Kautsky en eût tiré des conclusions ni reconnu la portée générale de cette idée. Ce fut chez lui une énonciation accidentelle ; sa théorie du progrès social est diamétralement opposée au principe de développement que j’expose ici.

(3) Le culte d’Apis, en Egypte, constitue un témoignage de l’origine totémistique de l’élevage. La répulsion des Hindous pour l’abattage des bêtes à cornes est, elle aussi, de cette provenance.

(4) Marx, Le Capital, tome III, p. 203 (édition Costes) (La traduction du membre de phrase est corrigée). C’est le seul passage où Marx donne à conclure qu’il reconnaissait la privation comme un facteur de développement au moins dans les sociétés primitives. Mais la privation en soi, comme elle y est indiquée par Marx, n’aurait jamais exercé une activité sociale. Ce n’est que lorsqu’elle s’installait après une période d’abondance relative qu’elle éveilla par le contraste, la volonté d’être économe pour sauvegarder le train de rie mis en péril et qu’elle put entraîner ainsi une modification dans les rapports sociaux.

(5) Marx, Le Capital, édition Costes, t. IV, pp. 35-36 Une fois de plus, force est de n’accueillir la traduction du Capital par M. Molitor, que sous réserve. On est tenu de consulter pour ainsi dire chaque fois le texte original pour s’assurer si le texte de la traduction vaut d’être copié sans retouche. On ne recourt que rarement en vain à la comparaison, dès qu’on soupçonne soit une obscurité, soit une incohérence ; cet accident arrive sans faute, au moins une fois par chapitre. Les militants qui ne peuvent lire le Capital que dans cette traduction défectueuse subissent un handicap d’importance. A l’endroit de la dernière phrase de la présente citation, M. Molitor a négligé de traduire quatre pages. Pas moins. Rien d’étonnant que le lecteur non averti, s’il lui faut néanmoins subir tous ces vices de traduction, ne retire dés lors du Capital qu’une déception inoubliable (R. R.).

(6) De quelle manière le rétrécissement des bases de l’actuelle production, basée sur la technique de la sidérurgie, doit apparaître à l’évidence lors du passage du capitalisme au socialisme, j’ai essayé de l’exposer dans un article sur « l’ère du capitalisme finissant » (« Die Wende », Le Tournant, 1927). Je concède en tous cas, que ma démonstration d’alors était insuffisante, mais j’ai l’espoir d’en motiver bientôt la principale thèse par des arguments plus décisifs.

La Critique sociale, n°7, janvier 1933, pp. 16-21.

Julius Dickmann – Die Formwandlung des Klassenkampfes (1918, Auszüge)

Das Elend der Theorie
Die Theoretiker haben bis jetzt die Masse verschieden interpretiert, es kommt aber darauf an, dass diese sich selbst begreifen lernt. Mit dieser Abwandlung des bekannten Marxschen Satzes über Feuerbach sei meine bescheidene Arbeit gerechtfertigt. Vom theoretischen. Streit verwirrt, stelle ich mir hier die Aufgabe, mit dem bisschen Wissen ausgerüstet, welches ein Proletarier in seinen kargen Mussestunden erwerben kann, zur Selbstverständigung über die Kämpfe und Wünsche der Zeit zu gelangen. Dabei muss ich leider befürchten, von allen heute vorherrschenden theoretischen Richtungen missverstanden zu werden. Denn die Masse der um des Lebens Notdurft kämpfenden Proletarier kann keine von diesen Richtungen als alleinigen Dolmetsch ihres Wollens anerkennen, vielmehr betrachtet sie dieselben nur als Reflexe der verschiedenen Seiten ihrer eigenen Bewegung, die sich in krisenhaften Zeiten verselbständigt haben und dadurch notwendig in einen Gegensatz zueinander geraten mussten. Daher muss die Masse unter Anerkennung der relativen Berechtigung jeder dieser „Sekten“ sie zugleich alle zusammen ins Unrecht stellen, und dieselben Widersprüche, welche die Theoretiker vergeblich bemüht sind, denkend zu vereinbaren, muss die Masse trachten, kämpfend zu überwinden. […]

Vom Manchester bis Essen
Die tiefe Ursache der Parteikrise, insbesondere in Deutschland, ist, wie Karl Renner in seiner neuesten Schrift [=„Marxismus, Krieg und Internationale“] beweist, in der Wandlung zu suchen, welche sowohl die kapitalistische Wirtschaft, als auch der bürgerliche Klassenstaat seit mehr als zwei Jahrzehnten mitmachen. Dadurch wird der ganze Bau der frühkapitalistische Gesellschaft umgewälzt, der Charakter der einzelnen Klassen verändert und die neue Zeit ringt sich langsam durch, sucht nach einem Ausdruck und findet ihn vorläufig in den verzerrten Formen, die der Kriegszustand herauszubilden gestattet.
Worin besteht nun diese Wandlung des Kapitalismus?

Ich begnüge mich hier damit, die beiden Phasen der kapitalistischen Entwicklung, die liberale und die imperialistische zu kennzeichnen: Die erste hat zur Grundlage, die freie Konkurrenz, ihr massgebender Produktionszweig ist die Textindustrie, also eine verarbeitende Industrie, welche einerseits auf die freie Zufuhr der Rohstoffe angewiesen ist, anderseits sich nur ausdehnen kann, indem ihr die billigen Preise als Kanonenkugeln gegen die Feste der überlieferten Wirtschaftsform dienen. Das Glaubensbekenntnis des Liberalismus ist: Keine Staatseinmischung, freies Spiel der wirtschaftlichen Kräfte, keine Kolonialpolitik, friedliche Erschliessung der auswärtigen Märkte, allmähliche Abrüstung und Friede, damit man dem goldenen Geschäfte nachgehen kann.

Der spezifische Klassengegensatz dieser Epoche kann durch ein Dreieck dargestellt werden, auf dessen Endpunkten der Kapitalist, der Proletarier und der Kleinmeister stehen. Der feudale Grundherr und Bauer stehen wohl nicht abseits, auch sie greifen in die Klassenkämpfe der ersteren ein, aber vor allem sind es die Gegensätze der erstgenannten Klassen, weiche die Entwicklung vorwärtstreiben. Die Fortschritte der Technik verdankt die Gesellschaft dem Profitstreben des Kapitalisten. Der Arbeiter, der sich zum Sozialismus durchgerungen hat, erkennt auch in der Maschine einen revolutionären Faktor, bekämpft sie nicht, sucht ihr aber den kapitalistischen Stachel zu nehmen, während der Kleinbürger sich vergeblich gegen die Entwicklung stemmt, die Zünfte wiederherzustellen sucht und trotzdem unvermeidlich ins Proletariat hinabsinken muss.

Die Klassenlage des Proletariats ist einheitlich in dem Sinne, dass alle seine Schichten nur innerhalb der Produktionssphäre ausgebeutet werden, indem sie für die Kapitalisten Mehrwert produzieren. Dadurch gerät das einheitliche Proletariat in einen allseitigen Gegensatz zur bürgerlichen Gesellschaft, deren Einkommen in immer grösserem Masse aus diesem Mehrwert besteht.

Als Sachwalter des Kapitalisten erscheint der politische Oekonom. Er weist nach, dass die kapitalistische Wirtschaft ein selbsttätiger Mechanismus ist, der von objektiven Kräften bewegt wird. Das Wohlergehen der Gesellschaft ist von der möglichst ungestörten Bewegung dieses Organismus abhängig. Seine Einzelbestandteile gehören untrennbar zueinander. Daher, nur keine Kurpfuschereien, keine Einmischung des Staates, kein Eingriff von aussenher in diese natürliche Ordnung. Der Oekonom durchschaut nicht den Fetischcharakter des Kapitals.
Natürliche Ordnung? ruft der Anwalt des Proletariats, der utopische Sozialist, entgegen, das ist schon richtig, diese Ordnung ist so sehr „natürlich“, dass sie uns Menschen vertiert! Wir sind aber verstandesbegabte Wesen. Wir überlassen den Tieren das Reich der Natur. Für uns wollen wir bauen ein Reich der Vernunft, wo der Mensch herrscht und nicht von blinden Naturkräften beherrscht wird. In vorläufiger Ermangelung einer Kraft aber, welche dieses Reich der Vernunft verwirklichen sollte, appelliert der Utopist an den guten Willen der Herrschenden und sucht sie zur grossen Tat zu überreden und zu begeistern.

Zwischen dienen beiden Extremen, dem utopischen Sozialisten und dem fatalistischen Oekonomen, sucht der kleinbürgerliche Sozialist Proudhon zu vermitteln. Er erkennt richtig die Einseitigkeiten beider, kritisiert sie aber von einem überwundenen, kleinbürgerlichen Standpunkt aus und daher erschöpft sich, seine Vermittlung darin, dass er zwischen beiden Seiten herumpendelt und nur Verwirrung stiftet, anstatt sie zusammenzufassen und miteinander zu verständigen. […]


***

[…] Die wesentlichen Züge der jetzigen Phase des Kapitalismus, wie sie sich seit den neunziger Jahren des vorigen Jahrhunderte herausgebildet haben, sind: Organisation des Kapitals, Ausschaltung der freien Konkurrenz, Staatshilfe für das Kapital durch das Mittel der Hochschutzzölle und damit direkte Beeinflussung vorläufig nur des gesellschaftlichen Zirkulationsprozess durch den Staat, Kolonialpolitik zur Erschließung von Kapitalmärkten, wachsende Rüstungen und steigende Besteuerung des arbeitenden Volkes. Die ausschlaggebenden Industrien sind jetzt die rohstoffhervorbringenden, nicht mehr die verarbeitenden Industrien, die Eisenproduktion, der Bergbau, überhaupt die sogenannten Schwerindustrien. Diese sind nicht von der freien Zufuhr ihres Materials abhängig, sie haben es zumeist an der Stelle. Ihr Ausdehnungsmittel sind auch nicht, mehr billige Preise, wie früher. Nicht mit Kanonenkugeln stürzen sie die Mauern der frühkapitalistichen Ordnung. In einer permanenten Belagerung bei abgeschnittenen Zufuhren, zwingen .sie dieser immer höhere Preise auf. .Damit gerät die Schwerindustrie in einen .steigenden Gegensatz zu den rohstoffverarbeitenden Industrien. Wie sich infolgedessen das Verhältnis der beiden Kapitalistengruppen entwickelt, ist bisher leider nicht genügend untersucht worden. Uns interessiert hier aber in diesem Zusammenhang eine ganz andere, ganz neue Frage: Wie gestaltet sich das Verhältnis zwischen den Arbeitern, welche an die beiden Industriegruppen gebunden sind?

Es ist das Verdienst Karl Renners, als erster meines Wissens, auf den durchgreifenden Wandel in der Lage der Arbeiterklasse beim Uebergang vom Manchestertum zum Hockkapitalismus hingewiesen zu haben. Aber als „Rechtser“ bleibt er einseitig und stellt, uns nur die Lage des qualifizierten Arbeiters dar. Er entwickelt, anschaulich, wie sich dessen Schicksale, mit den Schicksalen seiner Industrie unlöslich verknüpfen und seine Psychologie von Grund aus verändern. Aber Renner sieht nicht, dass dieselbe kapitalistische Entwicklung, welche beim qualifizierten Arbeiter der riesigen Eisenwerke diese Veränderungen hervorruft, auch seinen Antipoden, den ungelernten Arbeiter, produziert, massensweise zusammendrängt, seine Lage immer unsicherer, immer schwieriger gestaltet, ihn in den Riesenbetrieben der Willkür des Unternehmers oder vielmehr dessen Agenten preisgibt, des Koalitionsrechtes de facto beraubt und seine Psychologie notwendig in ganz anderer Weise beeinflusst. als dies beim qualifizierten Arbeiter der Fall ist.

Unsere Altmarxisten, die sich damit begnügen, das Marxsche „Kapital“, aber nicht das wirkliche, lebendige Kapital zu studieren, werden nun einwenden, dass darin ja nicht Neues sei. Das hätte ja Marx längst in seinem ökonomischen Hauptwerk entwickelt. Dies scheint mir aber aus folgenden Gründen unrichtig zu sein: Das Verhältnis des gelernten und ungelernten Arbeiters in der Frühperiode des Kapitalismus lässt sich mit dem einen Worte Gleichgültigkeit kennzeichnen. Insbesondere gilt das für England, wo sich die ersteren ganz abgesondert und unabhängig organisiert haben.

Wo nun die Arbeiter zur Erkenntnis gereift sind, dass der blosse Kampf um eine privilegierte Stellung innerhalb der Arbeiterklasse nur illusorische Erfolge bringt, dass die Einzelschicht um so besser gedeiht, je mächtiger das gesamte Proletariat ist, dort gingen sie dazu über, auch die Ungelernten in den Gewerkschaften zu organisieren. Diese materielle Zweckmässigkeit wurde dann von unseren älteren Organisatoren in das schöne Prinzip umgeprägt, das Proletariat müsse, über seine Augenblicksinteressen hinaus, seine Zukunftsziele über die Wünsche der Einzelschichten hinweg, seine allgemeinen Bedürfnisse wahrnehmen. Solange dieses Prinzip seiner materiellen Grundlage entsprach, solange die Interessen der Einzelschichten bloss verschieden, aber nicht gegensätzlich blieben, das Augenblicksinteresse als Tragbalken der Zukunftsziele diente, so lange war dieses Prinzip ein kategorischer Imperativ für jeden Sozialisten.

Was aber, wenn diese Interessen in Gegensatz zueinander geraten sind? Man komme nicht mit dem Einwand, dass es sich um vorübergehende Gegensätze handelt, über die uns das gemeinsame Endziel hinwegtäuschen, will sagen, erheben sollte. Das ganze Leben besteht aus lauter vorübergehenden Gegensätzen. Es gilt, auszusprechen, was ist: Die einzelnen Schichten des Proletariats sind infolge der ökonomischen Entwicklung in einen materiellen Gegensatz zueinander geraten und stehen untereinander in einem sehr ähnlichen Verhältnis, wie früher die Kapitalisten, die Proletarier und die Kleinbürger.

Würden unsere Altmarxisten die neuere Entwicklung schärferer beobachten, die eine merkwürdige Erscheinung hätte ihnen viel zu denken gegeben: Während die Partei in Deutschland bis auf ihre Wurzeln tief erschüttert ist, merkt man dort in den Gewerkschaften sehr wenig von einer Krise. Höchsten, dass persönlicher Krakeel von der politischen in die gewerkschaftliche Organisation übergreift. Und doch handelt es sich im Parteistreit um eminent praktische Fragen. Wie ist das zu erklären?

Mir scheint es nur dadurch erklärlich, dass während die Lage der Arbeiter im Produktionsprozess einheitlich blieb, wie sie es in der liberalen Periode war, also im gewerkschaftlichen Kampfe kein Interessengegensatz entstehen konnte, das Verhältnis des Proletariats zum gesellschaftlichen Distributionsprozess sich je nach der Lage der einzelnen Schichten differenziert hat. Da aber der Staat, besonders heute, aber auch schon vor dem Kriege, durch das Zollsystem und die indirekten Steuern einen dominierenden Einfluss auf den Distributionsprozess erhielt, mussten diese inneren Widersprüche im Proletariat oben in der Partei und nicht in den Gewerkschaften zum Ausdruck kommen.

Der Kampf um den Geldlohn und den Arbeitstag, welcher der Manchesterperiode eigentümlich war und in der hochkapitalistischen Periode im Wesen unverändert blieb, vereinigt daher auch heute noch alle Proletarier zur gemeinsamen Aktion. Der Kampf um den Reallohn, erst in der jetzigen Epoche von ausschlaggebender Bedeutung geworden, die Stellungnahme zu den Schutzzöllen, der Kolonialpolitik und den Steuern, spaltet dagegen die Arbeiterklasse und differenziert ihre Aktion.

Solange die Interessen der einzelnen Schichten nur verschieden waren, da handelte es sich bloss darum, die Massen zum Bewusstsein ihrer Zusammengehörigkeit zu erziehen. Das war ein Problem sozialistischer Propaganda. Im Augenblick aber, wo diese Interessen in einen realen Gegensatz zueinander geraten sind, heilst es. sich über die Ursachen diesem Gegensatzes klarzuwerden und gegen sie anzukämpfen, nicht aber mit Sitten Sprüchlein und altmarxistischen Formeln die Massen zu überreden, dass sie ja „eigentlich“ gleiche Interessen haben.

Worin mir dieser Gegensatz zu bestehen scheint, kann ich nur in einigen Zügen andeuten. Die Lebensbedingung der in hochkapitalisitscher Periode entscheidenden Industrien besteht in einem geschlossenen Wirtschaftsgebiet, der Erschliessung des Weltmarktes auf kolonialpolitischem Wege, und Mittel dazu sind Kartellschutzzölle und wachsende indirekte Steuern. Dies bedeutet eine allgemeine Herabsetzung des Reallohnes der Arbeiterklasse, aber der qualifizierte Arbeiter der Schwerindustrien hat, doch die Möglichkeit, dieser Herabsetzung des Reallohnes durch eine Erhöhung des Geldlohnes zum Teil wenigstens zu begegnen. Er wird daher die Schutzzolle, Kolonialpolitik und indirekte Steuern nicht rundweg ablehnen, wohl aber sich im gewerkschaftlichen Kampf dafür durch Erhöhung des Geldlohnes zu entschädigen suchen. Sein proletarisches Hechtsgefühl verwirft die Kolonialpolitik aber wenn er auch zugeben muss, dass vom allgemeinen gesellschaftlichen Standpunkte ihre Methoden verwerflich seien, sieht er in ihr wie früher in der Maschine, auch einen Entwicklungsfaktor. Daher glaubt er, sein Gewissen gegenüber .den leidenden Eingeborenen eher salvieren zu können, wenn er die Kolonialpolitik positiv beeinflusst und ihre barbarischen Auswüchse, zum Teil wenigstens. beseitigt, als wenn er diese Methode einfach negiert und seine Hände in Unschuld wäscht.

Anders denkt, darüber der ungelernte Arbeiter der Schwerindustrien. Dieser kann ja die Kürzung seines Reallohnes nicht so leicht von sich abwälzen. Während der qualifizierte Arbeiter eine gesuchte Ware ist und daher selbst im Reiche Krupps, wo die Vereinigung der Arbeiter unmöglich, als einzelner eine starke Position einnimmt, liegen die Dinge bei den Ungelernten genau umgekehrt. Selbst wo sie gewerkschaftlich organisiert sind, ist das Angebot der einfachen „Hände“ gewöhnlich so gross, dass die Organisation nur wenig ausrichten kann. Um wieviel schlimmer ist ihre Lage erst dort, wo die Uebermacht der Kartelle jede Möglichkeit, einer Koalition unterbindet?

Und dennoch sieht auch dieser ungelernte Arbeiter der Schwerindustrie die fortschrittliche, die revolutionäre Seite des Hochkapitalismus gegenüber dem Manschestertum, und wie früher der Arbeiter, obwohl er unter der Einführung der Maschinerie ungemein litt, trotzdem ihre umwälzende Bedeutung wohl erkannte, so weiss auch er sehr gut zu unterscheiden die revolutionierende Tendenz der kapitalistischen Monopole und ihrer Politik von ihrer ihn heute niederdrückenden Tendenz.

Aber er argumentiert anders als der gelernte Arbeiter. Er kann nicht so geduldig und ruhig abwarten, bis der Imperialismus an seinen eigenen Folgen zugrunde geht. Ihn bedrückt es zu hart! Und seine Klasse ist ja schon so stark geworden! Und der Kapitalismus erscheint ihm, dem Erlösungsbedürftigen, doch schon so „reif“! Für diejenigen, die den Imperialismus „entwurzeln“ wollen, hat er nur, ein überlegenes Lächeln übrig. Er weiss, dass er diese Entwurzelung auf kapitalistischer Grundlage, mit seiner Existenz, so elend diese ist, erkaufen müsste. Wie aber, wenn man den Kampf um Sein oder Nichtsein des Kapitalismus schlechthin aufnehmen?

Darum kein ruhiges Abwarten, kein Paktieren mit den Herrschenden, wo seinen Körper schon die revolutionäre Glut durchbebt: und sieht er trotzdem, wie phlegmatisch sein gelernter Klassengenosse an einem Tisch mit seinen Klassengegnern verhandelt, dann erscheint ihm der erstere viel schlimmer als sein Feind, dann erscheint er ihm als Verräter!

Wir sehen: Waren früher in der Manschesterperiode die Interessen der gelernten und ungelernten Arbeiter bloss verschieden und darum vereinbar, ja aufeinander angewiesen, und kam diese Abhängigkeit voneinander im gemeinsamen gewerkschaftlichen Kampfe zum Ausdruck, so sind heute diese Interessen gegensätzlich; und obwohl alle Arbeiter weiter Arm in Arm den gewerkschaftlichen Kampf führen können, politisch stehen sie einander in gewissen wichtigen Fragen gegenüber.

Aber wie der Kapitalist und Arbeiter in der ersten Phase, obwohl Antipoden untereinander, gegenüber dem Kleinbürger ihr gemeinsames fortschrittliches Interesse vertraten, so stehen mich heute der gelernte und der ungelernte Arbeiter der Rohstoffindustrien in einem gemeinsamen Gegensatz zu dem liberalisierenden Arbeiter der verarbeitenden Produktionszweige.

Dieser leidet, ob gelernt oder ungelernt, in doppelter Weise. Denn die hohen Kartellpreise drosseln die Entwicklung der Fabrikatindustriell, verringern dort die Arbeitsgelegenheit und senken damit den Geldlohn, während der Reallohn gleichzeitig durch Schutzzölle und Steuern gerade, zugunsten der Urheber dieser Senkung ebenfalls reduziert wird. Unfähig die neue Entwicklung als unvermeidliches Produkt der kapitalistischen Ordnung zu begreifen, betrachtet er sie vielmehr als eine Krankheitserscheinung dieser Ordnung, die man heilen muss und noch auf Grundlage der kapitalistischen Ordnung beseitigen kann, und ruft daher: Zurück zum Freihandel!

Mit demselben Recht betrachtete früher der Kleinbürger das Kapital im allgemeiner als ein schädliches Krankheitsprodukt der kleinbürgerlichen Eigentumsordnung, das man mit allerlei Quacksalbereien und unter Aufrechterhaltung des Privateigentums beseitigen könne, und rief daher: Weg mit der Maschine! Zurück zur Zunft!


***

Es ist nun interessant zu verfolgen, wie jede der drei hier gekennzeichneten Hauptschichten des Proletariats einen ideologischen Anwalt unter den Parteitheoretikern findet, der ihre grobmateriellen Wünsche und Bestrebungen in sublime Formeln, eines einzig wahren Marxismus kleidet und den Advokaten anderer Schichten gegenüber unter einem riesigen Geschimpfe vertritt. Auf höherer Stufenleiter wird hier zwischen einzelnen Marxistengruppen im Grunde derselbe Meinungsgegensatz reproduziert, wie wir ihn schon zwischen dem Oekonomen, dem Utopisten und kleinbürgerlichem Sozialisten beobachtet haben.

Und wie diese letzteren vorgaben, das Interesse der ganzen Gesellschaft zu vertreten, in Wirklichkeit über die materiellen Bestrebungen bestimmter Klassen ausdrückten, so bildet sich jede Marxistengruppe ein, die Interessen des Gesamtproletariats zu wahren, während jede von ihnen in Wirklichkeit eine Schicht vortritt und nur eine vertreten kann.

Da ist Heinrich Cunow, der Ideologe der qualifizierten Arbeiter in der Schwerindustrie. Er wird sich sicher darüber entrüsten, wenn man in ihm den Nachfolger der bürgerlichen fatalistischen Oekonomen sehen will. Aber ist es nicht dieselbe Denkweise, wenn er von einer notwendigen Phase des Kapitalismus statt von dessen natürlichen Ordnung spricht und diese notwendige Phase gleich dem Oekonomen als ein Blümchen Rührmichnichtan hinstellt? Wenn er aus dem blossen Zusammenhang der einzelnen Bestandteile des Imperialismus gleich folgert, dass sie als einzelne nicht herausgegriffen und bekämpft werden dürfen, es sei denn, dass die gesellschaftliche Entwicklung dadurch leiden müsste? So wenig der bürgerliche Oekonom den Fetischcharakter des Kapitals im allgemeinen durchschaute, so wenig erkennt Cunow den besonderen Fetischcharakter des Finanzkapitals?

Noch mehr dürften sich die „Linksradikalen“, die Gegenfüssler Cunows, die Vertreter der ungelernten Arbeiter aus den Riesendocks Hamburgs und Bremens, darüber entrüsten, wenn sie gar mit den grossbürgerliehcn utopischen Sozialisten verglichen werden. Charles Fourier und Rosa Luxemburg! Robert Owen und Karl Radek! Ist dieser Vergleich nicht grotesk?

Mit nichten! In dem Punkte, worauf es hier allein ankommt, sind sie durchaus einig. Dass sie nämlich von den harten unbarmherzigen Realitäten des Lebens an den verneinenden, umwälzenden Willen appellieren – gleichgültig, ob es der gute Wille der Herrschenden oder der revolutionäre Wille der Beherrschten ist – ohne sich erst darüber zu fragen, welche objektiven Voraussetzungen für die Auslösung dieses subjektiven Willens vorhanden sind.

So kritisieren sie Cunow, von seiner eigenen Voraussetzung ausgehend, indem sie die Notwendigkeit des Imperialismus anerkennen, aber bloss für die Kapitalisten, und ihm Kapitalismus schlechthin aufheben wollen, um den Folgen des Imperialismus zu entgehen. Wir erinnern uns, dass auch der utopische Sozialist den Oekonomen von dessen eigener Voraussetzung aus, der „natürlichen“ Wirtschaftsordnung, kritisierte und diese Ordnung aufheben wollte, um ein Reich der Vernunft aus freien Stücken an ihrer Stelle au bauen.

Mit Hecht könnte Kautsky hier darauf hinweisen, dass er es gewesen ist, der zuerst versuchte, die Abhängigkeit des revolutionären Willens von der ökonomischen Entwicklung und die Voraussetzungen für den Umschlag der objektiven Kampfbedingungen der Klassen in den subjektiven Ausdruck ihres politischen Machtwillens zu studieren („Weg zur Macht“). Aber seine Untersuchung blieb ein Embryo, weil seine Augen für das Neue in der jetzigen Epoche des Kapitalismus verschlossen sind.

Daher sieht er wohl die Einseitigkeit seiner ehemaligen Mitstreiter von links und rechts, verkennt aber ihren unleugbaren Fortschritt. Er kritisiert sie, aber von einem, überwundenen Standpunkte aus und so will er denn die Synthese beider sein, ist aber doch nur der zusammengesetzte Irrtum. (Marx: „Elend der Philosophie“. S. 110.)

So sehen wir, wie der materielle Zwiespalt im Proletariat die Marxsche Schule sprengte, Licht und Schatten auf alle ihre Gruppen gleichmässig verteilte, und daher kann die Geschichte jeder von ihnen ebensowenig absolut recht geben wie ihren Vorgängern in der einseitigen Methode. Der starre Gegensatz des Dreiecks kann wieder nur in der Bewegung des Kreises überwunden werden. Wer unternimmt es seinen Mittelpunkt zu entdecken?…

Darin besteht also der tragische Irrtum von Kautsky aus dessen Geist auch die Resolution Adler geboren ist, darin die Unfruchtbarkeit aller bisherigen Vermittlungsversuche, dass er noch immer glaubt, es handle sich noch um ein Problem der Massenerziehung im Sinne einer einheitlichen Doktrin, während es in Wirklichkeit darauf ankommt, dass die Masse den notwendigen Widerspruch der verschiedenen Doktrinen auf den unverwischbaren Zwiespalt in ihrer eigenen Lebenslage zurückzuführen lernt.


***

Am klarsten tritt die ganze Wandlung der bürgerlichen Gesellschaft naturgemäss in ihrem Zentralorgan, dem Staate, zutage. Wir haben bereits entwickelt, dass der Manchesterstaat sich mit der negativen Doppelrolle des Polizisten und Gesetzgebers begnügt. Aber schon in der Uebergangsperiode des Finanzkapitalismus greift der Staat höchst positiv ins wirtschaftliche Getriebe ein. Durch das Hochschutzzollsystem beeinflusst er sehr wirksam den gesellschaftlichen Distributionsprozess, durch seine Kolonialpolitik erschliesst er dem Kapital neue Märkte, durch Flottendemonstrationen erzwingt, er die Rückzahlung der Anleihen fremder Staaten an die eigene Bourgeoisie.

Im Kriege, vollendet sich diese Entwicklung.

Der Machtstaat, früher durch den bescheidenen Konstabler vertreten, entwickelt sich zu einer riesigen Organisation, die über die persönliche Freiheit des Individuums nicht nur als Soldaten, sondern auch als Produzenten (nationaler Hilfsdienst) schrankenlos waltet, und statt sich wie früher damit zu begnügen, Störungen der Plusmacherei zu unterdrücken, hat der Staat mit der ungeheuer angeschwollenen Kriegsschuld offiziell die Rolle des Inkassanten und Exekutors kapitalistischer Profite übernommen.

Aber darin liegt eben der dialektische Widerspruch dieser Entwicklung, dass derselbe Staat, der seine Macht im Kriege so ausserordentlich verstärkt, die Arbeiterklasse infolgedessen in einen unüberbrückbaren Gegensatz zu sich gestellt hat und ihr den prinzipiellen Kampf gegen sich selbst in noch höherem Grade als früher aufzwingt, dass derselbe Staat durch die Wandlung seiner zweiten Funktion des Gesetzgebers in die des Verwalters, das nackte Dasein des Proletariats mit seinem eigenen Dasein unlösbar verknüpft. Als Verwaltungsstaat beschränkt er sich nicht mehr auf die blosse Statuierung von äusseren Normen für die gesellschaftlichen Beziehungen. Er begnügt sich nicht mehr mit einer indirekten Einwirkung auf das gesellschaftliche Leben. Er schreibt jetzt nicht vor, was nicht sein darf, er ordnet an, was geschehen soll und muss, und übernimmt gerade die ausschlaggebenden Industrien in seine unmittelbare Verwaltung oder wenigstens unter seine Aufsicht. Dadurch gewinnt er auch direkten Einfluss auf die Klassenlage des Proletariats und dieselben Arbeiter, welche alle ihre Kräfte zu einer Massenaktion gegen diesen Staat aufraffen sollen und müssen dieselben Arbeiter sehen sich gezwungen, Tag für Tag und Woche für Woche auf diesen ungeheuren Verwaltungsapparat in vielfach intensiverer Weise einzuwirken, als dies bis jetzt der Fall gewesen ist. […]

Der Kampf (Wien), Februar 1918, S. 94-116.

Julius Dickmann – Der Marxismus am Scheideweg (1917)

I

Die Trennung zwischen der »Mehrheit« und der Opposition in der deutschen Sozialdemokratie ist bereits vollzogen, und diese letztere wird jetzt nolens volens ihren eigenen Weg suchen müssen. Ehe sie jedoch daran geht, ihr neues Haus zu bestellen, muß sie über sich selbst endgültig klar werden.

Denn bekanntlich ist die Minderheit durchaus nicht eine einheitliche Gruppe, und sogar im Kampfe gegen den Parteivorstand haben ihre Fraktionen zwar vereint geschlagen, sind aber getrennt marschiert. So tritt jetzt, nachdem der Kampf gegen die Mehrheit ausgefochten ist, die Notwendigkeit auf, die Meinungsverschiedenheiten innerhalb der Opposition selbst zu untersuchen, und es scheint mir, daß von ihrer Austragung nicht nur die Zukunft der deutschen Opposition abhängt, sondern überhaupt die Zukunft der deutschen Arbeiterbewegung.

Denn wenn der Kampf gegen die »Mehrheit« ein Kampf des Prinzips gegen die Romantik treffend genannt wurde, so handelt es sich in den Meinungsverschiedenheiten innerhalb der Opposition um die Entwicklung des Marxschen Prinzips selbst, durch wissenschaftliche Erfassung der neuesten Erscheinungen des gesellschaftlichen Lebens.

So ist es nur zu begrüßen, daß Kautsky einen Artikel über den »imperialistischen Krieg« veröffentlicht (Nr. 19 und 20 des vorigen Bandes), worin er den Versuch unternimmt, seinen Standpunkt auch nach links hin zu präzisieren. Und es ist nur zu wünschen, daß die Fragen, welche er dort behandelt, durch eine gründliche Diskussion nach allen Seiten hin endlich klargestellt werden. Ich selbst fühle mich nicht fähig, neue Gesichtspunkte in diesen Fragen zu eröffnen. Aber ich betrachte es auch als überflüssig. Denn der Standpunkt, den Kautsky jetzt vertritt, bedeutet einen Rückfall in längst überwundene — von ihm selbst überwundene Auffassungen, und es ist erstaunlich, wie er in seiner Untersuchung die ganze theoretische Entwicklung des letzten Jahrzehnts, welche er selbst aktiv mitmachte, vollständig ignoriert.
Ich will es daher versuchen, ihn daran zu erinnern, selbst auf die Gefahr hin, daß die Form meiner Ausführungen, welche einfach eine Rekapitulation der zahlreichen Arbeiten von Hilferding, Renner, Bauer und Kautsky selbst aus früheren Jahren bilden, dem Leser unbeholfen erscheinen wird. Besser schlecht, als gar nicht.

Kautsky beginnt mit einem treffenden Vergleich, der das Problem mit einem Griff ins richtige Licht stellt. Der Gegensatz zwischen dem sogenannten »marxistischen Zentrum« und dem »Linksradikalismus« datiert eben nicht erst seit dem Kriegsausbruch, wie etwa der Gegensatz zu den Umlernern (Cunow Gruppe), vielmehr wurzelt er in der Meinungsverschiedenheit über die Aktion des Proletariats schon vor dem Kriege und wird durch den Krieg nur verschärft. In der Tat ist die Theorie vom »imperialistischen Krieg« nur eine Übersetzung des Schlagworts von der »reaktionären Masse« in die Sprache der auswärtigen Politik, und nur die Analyse dieses Schlagworts kann uns den Schlüssel zur Betrachtung des »imperialistischen Krieges« liefern.

Nun ist es ja hinlänglich bekannt, welche entschieden ablehnende Stellung Marx und Engels zur Theorie von der »einen reaktionären Masse«, die in der Lassalleschen Agitation eine wichtige Rolle spielte, eingenommen haben. Kautsky identifiziert sich auch jetzt noch mit ihrem Standpunkt, und er ist in der Lage, einen interessanten Brief von Engels zu veröffentlichen, der uns zeigt, wie dieser noch im Jahre 1891 über die Frage urteilte. Doch haben uns gerade Kautsky und seine Schüler so oft gelehrt, die Resultate Marxscher Forschung nicht kritiklos hinzunehmen, vielmehr die Voraussetzungen zu prüfen, von denen die beiden Altmeister ausgingen, und wenn diese letzteren nicht mehr zutreffen, auch die Schlußfolgerungen entsprechend zu revidieren. Und diesen Weg haben auch die Marxschen Schüler beschritten, und zahlreiche größere Abhandlungen wie kleinere zerstreute Aufsätze legten Zeugnis ab von der Fruchtbarkeit der Marxschen Methode, die die kompliziertesten Erscheinungen der kapitalistischen Welt zu erklären vermochte und gerade durch Preisgabe der einzelnen Resultate, zu denen Marx gekommen ist, sein großes Erbe unversehrt erhielt. Es genügt, bloß Hilferdings »Finanzkapital« zu erwähnen. Wie soll man sich demnach erklären, daß für Kautsky heute diese Literatur gar nicht existiert, daß für ihn heute noch

»jede dieser Klassen und Schichten (der bürgerlichen Gesellschaft) ihre besonderen Interessen, ihre besonderen Überlieferungen, ihre besonderen Machtmittel (hat)… Ihre ökonomischen und politischen Konflikte und die Kombinationen, in denen sie sich zu deren Auskämpfung gruppieren, bilden den Inhalt der Geschichte. Der Klassenkampf des Proletariats tritt dabei immer mehr in den Vordergrund, aber er ist weder der einzige Kampf, der sich in der Gesellschaft abspielt, noch gilt er immer dem gleichen Gegner… Dem Proletariat kann es nicht gleichgültig sein, mit welchen Gegnern es zu tun hat oder wie die Kämpfe ausgehen, die die anderen Klassen untereinander ausfechten. Es muß ihre Gegensätze studieren und bewusst und wohlüberlegt in sie eingreifen…. Das ist so naheliegend und selbstverständlich, daß es kaum von irgend jemanden geleugnet würde usw. « (Nr. 19, S.453.)

Sehen wir uns nun die Sache näher an.

II

Marx und Engels kennen noch nicht den kapitalistischen Imperialismus. Sie beobachten die kapitalistische Produktionsweise in England in ihrer klassischen Form. Sie sehen den Sieg der maschinellen Großindustrie über den Kleinbetrieb des Handwerkers. Das verelendete Kleinbürgertum vertritt zwar die wirtschaftliche Reaktion, politisch ist es aber, zumal in Frankreich, Träger der Revolution und steht auch in England Schulter an Schulter mit dem Proletariat gegen das industrielle Kapital. Gleichzeitig findet das Proletariat einen wohlwollenden Beschützer und Mitkämpfer in den Vertretern der Grundrente, der Aristokratie, welche mit dem Kapital um den Anteil am Mehrwert streitet. Aber auch innerhalb der Kapitalistenklasse selbst bestehen tiefwurzelnde Interessengegensätze. Abgesehen vom allgemeinen Konkurrenzkampf, wo ein Kapitalist viele totschlägt, hat jeder Industriezweig seine besonderen Interessen, deren Gegensatz oft sogar in der auswärtigen Politik Ausdruck findet, wie zum Beispiel der von Kautsky erwähnte Gegensatz zwischen der Textilindustrie und der Eisenindustrie.

So entsteht für das Proletariat die Aufgabe, »diese Gegensätze zu studieren und bewußt und wohlüberlegt in sie einzugreifen«, um sie für seinen Fortschritt auszunutzen. Es unterstützt das Bürgertum gegen den Adel im Kampf um die Wahlrechtserweiterung und Abschaffung der Zölle, was ihm so auch teilweise zugute kommt. Es erringt andererseits für die dem Adel gewährte Wahlhilfe mit dessen Unterstützung Arbeiterschutzgesetze usw. Auch auf dem Kontinent läßt sich diese Entwicklung verfolgen. Wie wenig Lassalle seine Politik nach dem Gesichtspunkt der »reaktionären Masse« festlegte, beweist sein Versuch, durch Ausnutzung des Kampfes zwischen Bismarck und der Bourgeoisie das allgemeine Wahlrecht zu erlangen. Und noch zur Zeit, da Engels den Brief an Kautsky schrieb, waren die Konflikte unter den besitzenden Klassen von ausschlaggebender geschichtlicher Bedeutung.

Die Furcht vor der Sozialdemokratie hat sie zwar zum größten Teil beim Erlaß des Sozialistengesetzes zu einer »reaktionären Masse« vereinigt, aber die Furcht allein genügt nicht, um wirklich bestehende ökonomische Gegensätze zu überbrücken. Wie tief aber diese noch wurzelten, das bewies die Uneinigkeit selbst innerhalb einzelner Parteien, so der Nationalliberalen und sogar der Konservativen, welche bekanntlich Bismarcks Sturz herbeiführte, das bewies noch schlagender die Ära Caprivi, als die Erneuerung der Handelsverträge die heftigsten Konflikte einzelner Schichten der besitzenden Klassen heraufbeschwor. In einer solchen Zeit das Proletariat von einem Eingreifen abzuhalten, es durch ein Phantom der »reaktionären Masse« irrezuleiten, wäre ein politischer Fehler gewesen, der die Arbeiterklasse schwer geschädigt hätte.

Doch die kapitalistische Entwicklung steht nicht still, und in den zweieinhalb Jahrzehnten seit dem zitierten Engelsschen Briefe hat die Struktur der Gesellschaft eine durchgreifende Änderung erfahren. Hätte Engels seinen Brief nur fünfzehn Jahre später geschrieben, er wäre sicher zu ganz anderen Schlüssen gelangt. Zunächst hat das Aktienwesen den Einzelunternehmer gerade in den wichtigsten Industrien ausgeschaltet. Seine Tätigkeit besteht heute lediglich im Ausschneiden der Aktienkupons, und in seinem Geldschrank ruhen in rührender Eintracht Aktien der verschiedensten Unternehmungen nebeneinander, sowohl von Betrieben derselben Branche, deren frühere Besitzer einander als Einzelunternehmer aufs heftigste bekämpften, als auch von Betrieben verschiedener Industriezweige, deren Interessen einander widersprechen. Doch während früher diese Interessengegensätze in der Öffentlichkeit, in den Parlamenten wie auf der Börse leidenschaftliche Kämpfe entfachten, werden sie jetzt im stillen Kontor auf dem Papier ausgetragen. Es genügt, die einzelnen Papierwerte einander gegenüberzustellen und abzuschätzen, und die Freihändlerpartei hat über die Schutzzöllner gesiegt, wenn nicht umgekehrt. Und wenn der Leser vielleicht finden wird, dass ich die Sache zu einfach nehme, so ist es jedenfalls klar, daß das Aktienwesen eine weitgehende Verflechtung der Beziehungen zwischen den einzelnen Kapitalistengruppen mit sich bringt und ihre Interessen auf kommensurable Größen reduziert. Diese Interessen sind jetzt nicht mehr Fragen der Macht, sondern der Kalkulation, ihre Austragung bildet nicht mehr den Inhalt der Geschichte, sondern die Tagesordnung von Verwaltungsratssitzungen der Banken, sie müssen sich nicht erst im Kampfe miteinander messen, um eine richtunggebende Resultante für die innere und äußere Politik zu erhalten, sondern die Richtung der Resultante läßt sich im voraus als Ergebnis eines Kompromisses abschätzen, wie etwa der Physiker im voraus berechnen kann, welche Richtung die Resultante zweier Kräfte eines Parallelogramms haben wird, ohne diese Kräfte erst aufeinander wirken zu lassen.

Doch die ökonomische Entwicklung hat es zustande gebracht, noch schärfere Gegensätze zu überbrücken. Sie hat auch eine Annäherung zwischen dem »mobilen« Kapital und den Vertretern der Grundrente herbeigeführt.

Der Großgrundbesitzer ist zur Zeit, da Marx in England lebt, ein Grandseigneur, der seine Güter verpachtet und den Pachtschilling, den er als ewige wohlverdiente Rente bezieht, in Luxus verpraßt. Der kapitalistische Pächter steht in einem erbitterten Kampfe gegen ihn, da er ihm doch von dem durch Ausbeutung der Arbeiter erzielten Mehrwert einen Teil — oft einen Löwenanteil — überlassen muß. Hier fand Marx ein klassisches Schema für seine Theorie der Renten- und Profitbildung. Wie anders steht es aber heute damit, zumal in Österreich und Deutschland! Der Großgrundbesitzer ist wohl Grandseigneur geblieben, aber er hat mit der Zeit gelernt. Statt das Gut zu verpachten, unterhält er lieber einen Stab von Beamten, die seine Wirtschaft führen, und jetzt braucht er sich nicht erst den Kopf zu zerbrechen, welcher Teil des Mehrwerts den Profit, welcher die Rente bildet — er steckt sie beide ein. Er vertritt jetzt also in einer Person die Rente und den Profit. Zwei Seelen wohnen in seiner Brust, und so feindlich gesinnt sie früher einander waren, sie lernen sich schließlich vertragen. Jetzt bildet aber die Landwirtschaft nicht mehr einen besonderen Produktionszweig außerhalb der Industrie, sondern bloß einen unter den verschiedenen Industriezweigen. Der Großgrundbesitzer hat im Produktionsprozeß der Gesellschaft dieselbe Stellung wie der Fabrikant.

Noch mehr! Heute sehen wir zum Beispiel hier in Österreich in den Verwaltungsräten der großen Industriegesellschaften die Sprößlinge der böhmischen Granden sitzen. Hier tritt schon augenfällig der Bund des »mobilen« Kapitals mit der Rente zutage, und er wird schließlich besiegelt durch die gemeinsame Hochschutzzollpolitik. Es genügt, die Kämpfe in der Ära Caprivi mit den Scharmützeln des Jahres 1911 wegen der Handelsverträge zu vergleichen, um die Bedeutung dieser großen Wandlung zu ermessen, und wir in Österreich erleben eben jetzt eine lehrreiche Illustration dazu.
Die österreichische Regierung ist eben daran, mit der ungarischen einen wirtschaftlichen Ausgleichsvertrag zu schließen, der bekanntlich die Grundlage zu Handelsverträgen mit dem Ausland bilden soll. Die Wiener »Arbeiterzeitung« ringt natürlich die Hände darüber, daß die Ausgleichsvorlagen nicht vor das Parlament gelangten. Aber ich frage: Wozu noch diese Parade? Der Ministerpräsident Graf Clam-Martinitz war ja früher — wenn ich mich recht erinnere — Verwaltungsrat der Prager Eisen-I.-G. und betreibt heute noch auf seinen Gütern in Böhmen eine musterhafte Wirtschaft.
Stellen wir uns vor — was ja sehr möglich ist —, daß er noch Aktien von Textil- und anderen Industriewerken besitzt, dann verkörpert er allein in seiner Person die Interessen der wichtigsten Industrie- und Produktionszweige und kennt sie auch viel besser, als wenn er sie aus der längsten tschechischen Obstruktionsrede kennenlernen würde. Und darum regen sich auch die bürgerlichen Blätter gar nicht darüber auf. Sie wissen, daß Graf Clam seine Unterschrift nicht unter einen Vertrag setzen wird, der den Interessen der wichtigsten »Produzenten«-gruppen widerspricht. (1)

Und im Hochschutzzollager haben auch die zwei anderen Klassen der alten Gesellschaft endlich heimgefunden: die Bauern und die Kleingewerbetreibenden. Denn sie unterscheiden sich jetzt nur quantitativ, nicht qualitativ von den Großindustriellen und den Großgrundbesitzern. Sie bilden bloß den Anhang der letzteren und haben dieselben Interessen wie jene — sowohl auf dem Waren- als auch auf dem Arbeitsmarkt.

So sehen wir die Gegensätze, welche der junge Kapitalismus in der bürgerlichen Gesellschaft entfacht, durch den Strom der ökonomischen Entwicklung abgeschwemmt, abgetragen, verwischt. Sie hören auf, »den Inhalt der Geschichte« zu bilden, wie Kautsky behauptet. Und nur ein Gegensatz bleibt noch bestehen, der aber auch nur mit der bürgerlichen Gesellschaft verschwinden kann.

Wenn es daher einen politischen Fehler bedeutete, das Proletariat im ersten Stadium des Kapitalismus durch das Schlagwort von der reaktionären Masse zu verwirren und es im politischen Kampfe künstlich zu isolieren dort, wo noch die Möglichkeit positiver Erfolge bestand, so ist es eine verhängnisvolle Selbsttäuschung, da, wo die reaktionäre Masse aus einer geschichtlichen Tendenz — wie Engels sagt — zur vollendeten Tatsache wurde, von Situationen zu sprechen, in denen das Proletariat noch durch Eingreifen in die Kämpfe unter den besitzenden Klassen vorwärts kommen könnte.

Denn das Wachstum der sozialdemokratischen Wählerschaft hatte natürlich einen engen Zusammenschluß aller bürgerlichen Parteien im Parlament zur Folge. Dieser Zusammenschluß war für sie jetzt nicht nur nötig, sondern mit dem Verwischen der ökonomischen Antagonismen auch möglich. Hier blieb die Sozialdemokratie tatsächlich isoliert, und gerade je größer ihre äußere Macht, desto geringer die Resultate ihrer Politik. Wenn man sich heute jene Situation — schon gewissermaßen in geschichtlicher Perspektive — vergegenwärtigt, so liegt es an der Hand, daß es damals nur eine Alternative für das Proletariat gab: entweder seine Politik auf die Tagesordnung zu stellen — oder keine Politik mehr zu betreiben. In Jena 1913 fiel die Entscheidung. Sie ist bekannt ebenso wie ihre Folgen. Das Proletariat versank in eine politische Lethargie, indessen setzte aber die Bourgeoisie ihre Politik fleißig fort, und als die Sozialdemokratie am 4. August 1914 aus ihrem Schlaf erwachte, da war der Krieg »nun einmal da«. Vom politischen Nihilismus zur politischen Romantik genügte aber ein einziger Schritt.

III

Damit haben wir nun die Grundlage gewonnen, um die Differenzen innerhalb der deutschen Opposition zu beurteilen. Kautsky sieht bekanntlich im Imperialismus keine ökonomische Notwendigkeit der kapitalistischen Produktionsweise, sondern nur Machtbestrebungen einzelner Kapitalistengruppen, welche der Jagd nach Extraprofiten entspringen. Für ihn erscheint es daher zufällig, daß es dem Imperialismus gelungen ist, alle besitzenden Klassen vor seinen Wagen zu spannen, dagegen sehr wohl denkbar, daß das Proletariat in seinem Kampfe um Frieden in irgendeiner der besitzenden Klassen einen Bundesgenossen findet.

Dann nämlich, wenn sich eine besitzende Schichte dessen bewusst wird, dass ihr Heil nicht der Imperialismus ist und ihre Siegesbeute kleiner sein wird als die von ihr erbrachten Kriegsopfer. Allein selbst wenn Kautskys Theorie des Imperialismus ökonomisch richtig wäre, die politischen Schlußfolgerungen, die er daraus zieht, bleiben falsch. Denn wer gesehen hat, wie alle besitzenden Klassen schon im Frieden ökonomisch und politisch aufeinander angewiesen sind, wer sie als die »eine reaktionäre Masse« zu betrachten gelernt hat, deren Teile auf Gedeih und Verderb miteinander verwachsen sind, der kann sich darüber nicht täuschen, daß alle besitzenden Klassen am Imperialismus das gleiche Interesse haben, denn ihnen allen wird der Extraprofit, der dem Imperialismus zuwinkt, direkt oder indirekt zugute kommen.

Und wie sehr sie diese Gemeinsamkeit ihrer Interessen wahrgenommen haben, wie sehr sie sich als eine reaktionäre Masse selbst fühlten, das hat uns allen schlagend bewiesen der Burgfriede.

Warum gab es 1870 keinen Burgfrieden? Warum kannte selbst das revolutionäre Frankreich 1792 und später, wo es gegen eine Welt von Feinden ganz allein zu kämpfen hatte und die Sache der Revolution gegen den Feudalismus vertrat, keine Union sacrée? Die Antwort ist nicht schwer zu finden: In der Zeit der französischen Revolution stehen sich alle Klassen der Gesellschaft gleich feindlich gegenüber. Jede für sich ist aber eine Minderheit in der Nation, und selbst wenn sie ans Ruder gelangt, so kann sie trotzdem nicht die öffentliche Meinung beherrschen, sie muß den anderen Klassen doch etwas freien Spielraum überlassen, wie etwa die parlamentarische Majorität der jeweiligen Minorität.

Ganz anders 1914. Die besitzenden Klassen stehen einander sehr nahe. Ihre widerstreitenden Tendenzen kompensieren einander und schwächen sich dadurch ab. In dieser Annäherung erblicken sie aber die Tatsache, daß sie zusammen doch vermöge ihrer Qualität, wenn nicht der Quantität die Nation repräsentieren. Das Proletariat ist isoliert, und da es in sich nicht die Macht fühlt, aus dem Hintersassen der Nation zu ihrem Repräsentanten zu werden, hat es gar kein Recht auf eine selbständige Meinung. So war der Burgfriede, der uns allen so unbegreiflich erschien, nur der Ausdruck der tatsächlich bestehenden Verhältnisse.

Und doch, schien es nicht erst vor kurzem, daß dieser Burgfriede auf tönernen Füßen steht? Es ist ja noch nicht lange her seit dem Streit zwischen Bethmann und Tirpitz. Ich kenne nicht die Haltung Kautskys während dieser Zeit. Aber die Wiener »Arbeiterzeitung« konnte nur von seinem Standpunkt aus darüber jammern, daß die Opposition einen Bruderkampf gegen die »Mehrheit« führte, statt gemeinsam mit ihr in den Streit um das »unbeschränkte Torpedo« »wohlüberlegt einzugreifen«.

War denn dieser Streit nicht ein Beweis, daß die »reaktionäre Masse« noch heute ein bloßes Schlagwort ist? Doch kurz dauerte die Illusion. So kurz, daß das Proletariat nicht einmal dazu kam, diese Gegensätze nach Kautskys Rat gründlich »zu studieren«. Es genügte eine geänderte Einschätzung der militärischen Lage, und die streitenden Brüder haben sich gefunden. Und es war recht ergötzlich, zuzusehen, was für ein langes Gesicht die »Arbeiterzeitung« schnitt, nachdem sie so unerwartet ihren Bundesgenossen im Kampfe um den Frieden verlor. Doch sie faßte sich bald. Austerlitz erteilte Leuthner das Wort zu einem »fachmännischen« Artikel über den verschärften U-Bootkrieg, und das »wohlüberlegte Eingreifen« der Arbeiterschaft ist heute ganz vergessen.

So sehen wir, daß die Arbeiterklasse in ihrem Kampfe gegen den Imperialismus und für den Frieden ganz auf sich selbst angewiesen ist, und da sie ihren Willen nur gegen alle besitzenden Klassen zusammen durchsetzen könnte, so kann es auf dem Boden der kapitalistischen Gesellschaftsordnung keinen dauernden Frieden mehr geben. Denn am Tage, da das Proletariat sich stark genug fühlen würde, gegen den gemeinsamen Willen aller Besitzenden dem Krieg ein Ziel zu setzen, müßte es auch schon in sich die Kraft finden, den Sozialismus zu verwirklichen.

IV

Und jetzt können wir uns leicht erklären, warum Kautsky die von ihm selbst, Hilferding und anderen vollzogene Revision der Marxschen Ansicht über die »reaktionäre Masse« ganz unbeachtet läßt.

Er kommt schon 1897 in dem Artikel über »Ältere und neuere Kolonialpolitik« (Neue Zeit, XVI, 1) zu seiner Theorie des Imperialismus, an der er bis heute festhält. Der Imperialismus erscheint damals auch tatsächlich nicht als ökonomische Notwendigkeit des Kapitalismus. Und da die besitzenden Klassen untereinander noch nicht einig sind, so sucht das Proletariat im Kampfe gegen ihn Bundesgenossen. Es kann sie auch unter bestimmten Voraussetzungen noch finden. So fürchtet zum Beispiel das katholische Zentrum, seinen Anhang unter den Kleinbürgern und Arbeitern zu verlieren, wenn es für die große Flottenvorlage stimmen sollte. Ähnlich die Freisinnige Volkspartei.

Aber seitdem sind wir in die Ära des Finanzkapitals getreten, und wenn auch die Zusammenbruchstheorie R. Luxemburgs unrichtig sein sollte, es steht trotzdem fest, daß alle besitzenden Klassen am Imperialismus gleich interessiert sind. Kautsky bestreitet das, und da er die reaktionäre Masse hinter dem Imperialismus nicht entdeckt, muß er auch für die innere Politik ihre Existenz bestreiten, wenn er konsequent bleiben will. Er lernt also in diesem Punkte — ohne sich dessen bewußt zu werden — um und schreibt seinen jüngsten Artikel über die »reaktionäre Masse«.

Damit ist aber klar zutage getreten, welche Kluft den Verfasser des »Weg zur Macht« vom Autor des erwähnten Artikels trennt. Und wer noch bis jetzt gleich mir zwischen Kautsky und Radek schwankte, mußte einsehen, daß Kautsky sich ganz unmerklich und unbewußt vom alten Weg entfernte und an den Marxschen Resultaten zwar festhält, aber dessen Methode aufgibt.

Dennoch ist Kautskys Persönlichkeit zu sehr vom Marxschen Geiste durchtränkt. Auch Marx konnte irren, aber er hat dann seine Fehler einbekannt. Und ich bin davon überzeugt, wenn sich Kautsky gerade bei diesem so kraß zutage getretenen Widerspruch zu seiner eigenen Vergangenheit der unmerklichen Wandlung bewußt wird, die er seit 1909 durchgemacht, dann wird auch er seinen Fehler einbekennen.

Wir aber alle, denen er die Welt des Sozialismus erschlossen, die seiner sicheren Führung bisher mit Bewunderung dankbar folgten und sie auch weiterhin nicht im Labyrinth der kapitalistischen Gesellschaft entbehren möchten, wir alle müssen hier, wo sich die Wege des Marxismus sichtbar scheiden, dem alten Denker und Kämpfer zurufen: Zurück auf den »W eg zur Macht«!

(1) Man mißverstehe mich nur nicht! Ich will damit gar nicht bestreiten, daß der Parlamentarismus sowohl in Österreich als auch in anderen Staaten höchst nützlich, ja notwendig ist. Im Zeitalter des »Kriegssozialismus« recte »Staatskapitalismus« ist er eine unentbehrliche Institution, um die Bedürfnisse aller Bevölkerungsschichten widerzuspiegeln. Man denke nur an die Ernährungsfrage! Aber seine ursprüngliche Aufgabe, die er in seiner klassischen Periode erfüllte, die Gegensätze aller Gesellschaftsklassen zu reproduzieren und sie in Werten auszudrücken, die einander vergleichbar, aneinander messbar sind, hat er zugunsten anderer Institutionen abgetreten. Ein Parlament kann sich also jetzt nur etwa in der Rolle eines großen Gemeinderats für das ganze Reich fruchtbar erweisen.

Julius Dickmann (Wien)

Die Neue Zeit, 35. Jahr., Bd. 2, 1916/1917, S. 85-93.

N.B.

Karl Kautsky, „Der imperialistische Krieg“, Neue Zeit, 35. Jahr., Bd. 1, 1916/1917, S. 449-454 u. 475-487.

K. Kautsky, „Imperialismus und reaktionäre Masse“ [Antwort an J. Dickmann], Neue Zeit, 35. Jahr., Bd. 2, 1916/1917, S. 102-115.

Brief Engels an K. Kautsky, vom 14. Oktober 1891 (zitiert in: „Der imperialistische Krieg“, S. 451-452) :

Im Abdruck Deines Entwurfs im »Vorwärts« finde ich zu meiner großen Verwunderung plötzlich die »eine reaktionäre Masse« hineingeschneit. Ich schreibe Dir gleich darüber, obwohl ich fast fürchte, ich komme zu spät. Diese agitatorische Phrase verdirbt wie ein schriller Mißton den ganzen Akkord kurz und scharf gefaßter wissenschastlicher Sätze. Denn es ist eine agitatorische Phrase und von äußerster Einseitigkeit und daher in der apodiktisch absoluten Form, worin allein sie wirksam klingt, absolut falsch.
Falsch, denn sie spricht eine an sich richtige geschichtliche Tendenz als vollendete Tatsache aus. In dem Augenblick, wo die soziale Umwälzung eintritt, erscheinen alle anderen Parteien uns gegenüber als reaktionäre Masse. Möglicherweise sind sie es auch schon, haben alle Fähigkeit verloren zu irgendwelcher progressiven Aktion, obwohl das nicht notwendig. Aber in diesem Augenblick können wir das nicht sagen, nicht mit der Gewißheit, womit wir die anderen Programmsätze aussprechen. Es können selbst in Deutschland Verhältnisse eintreten, wo die Linksparteien trotz ihrer Erbärmlichkeit gezwungen werden, einen Teil des kolossalen antibürgerlichen bureaukratischen und feudalen Drecks aufzuräumen, der noch liegt. Und dann sind sie eben keine reaktionäre Masse.
Solange wir nicht stark genug sind, selbst das Ruder zu ergreisen und unsere Grundsätze zu verwirklichen, kann genau gesprochen von einer reaktionären Masse uns gegenüber nicht die Rede sein. Sonst würde sich die ganze Nation einteilen in eine Majorität von Reaktionären und eine Minorität von Ohnmächtigen.
Die Leute, die die Kleinstaaterei in Deutschland brachen, der Bourgeoisie Ellbogenraum für ihre industrielle Umwälzung gaben, Einheit der Verkehrsbedingungen — sachlicher wie persönlicher — einführten, uns selbst damit größere Bewegungsfreiheit geben mußten, taten sie das als reaktionäre Masse?
Die französischen Bourgeoisrepublikaner, die 1871 bis 1878 die Monarchie und die Klerusherrschaft definitiv besiegten, die Presse, Vereine, Versammlungen freigaben in einem Maße, wie dies in Frankreich in nichtrevolutionären Zeiten bisher unerhört, die den Schulzwang einführten und den Unterricht in einem Maße verallgemeinerten und hoben, woran wir in Deutschland lernen könnten, handelten sie als reaktionäre Masse?
Die Engländer beider offiziellen Parteien, die das Stimmrecht enorm erweitert, die Wählerzahl verfünffacht, die Wahlbezirke egalisiert, den Schulzwang und verbesserten Unterricht herbeigeführt, die noch in jeder Session nicht nur bürgerliche Reformen, sondern auch stets neue Konzessionen an die Arbeiter votieren — sie gehen langsam und schlafmützig voran, aber kein Mensch kann sie als »eine reaktionäre Masse« schlechthin verdonnern.
Kurz, wir haben kein Recht, eine allmählich sich verwirklichende Tendenz als schon vollendete Tatsache hinzustellen, um so mehr, als zum Beispiel in England diese Tendenz nie sich absolut zur Tatsache vollenden wird. Wenn hier der Umschwung kommt, so wird die Bourgeoisie noch immer bereit sein zu allerhand Detailreformen. Nur daß dann das Bestehen auf Detailreformen eines Systems, das gestürzt wird, allen Sinn verliert. Die Lassallesche Redensart hat in der Agitation unter Umständen ihre Berechtigung, obwohl bei uns kolossal viel Mißbrauch damit getrieben worden, zum Beispiel seit dem 1.Oktober 1890 im »Vorwärts«. Aber ins Programm gehört sie nicht, da ist sie absolut falsch und irreleitend. Da nimmt sie sich aus wie die Frau des Bankiers Bethmann auf dem Balkon, den man ihm ans Haus bauen wollte: »Bauen sie mir einen Balkon, so setzt sich drauf meine Frau und verschimpft mer die ganze Fassad! «