Archiv der Kategorie 'Jacques Mesnil'

Jacques Mesnil – Le Mouvement anarchiste (1897)

Jacques Mesnil – Le Mouvement anarchiste (1897)

Jacques Mesnil, Le mouvement anarchiste, Bruxelles, Bibliothèque des Temps Nouveaux Nr. 9, 1897, 87 p. : « … eine der klarsten damaligen Beschreibungen der anarchistischen Ideen mit Diskussion und Widerlegung der von allen Seiten erhobenen Einwände… Die Abschnitte ‘L’Evolution’ und ‘La Conscience’ erscheinen mir besonders bemerkenswert… Ein diese Schriften sammelnder Band würde dauerndes Interesse besitzen ». (Max Nettlau, Geschichte der Anarchie, Bd. V, p. 337)

Jacques Mesnil – Le front unique en Italie (1922)

Le front unique en Italie

L’idée du « front unique » n’est pas en Italie une idée nouvelle, importée récemment de Russie. Dès à l’époque, où la tension révolutionnaire grandissant sans cesse faisait attendre de semaine en semaine une action décisive, aboutissant au renversement du régime établi, on avait ressenti là-bas la nécessité d’un accord, en vue de cette action.

Le Front unique en 1920

Vu le moment, la conception était tant soit peu différente de celle que le Parti communiste préconise aujourd’hui : il s’agissait alors d’un front révolutionnaire unique. La Fédération des cheminots, qui est en Italie une fédération indépendante, avait pris l’initiative de provoquer une réunion de toutes les -organisations se plaçant sur le terrain de la lutte des classes : Parti socialiste (non encore divisé à cette époque), Union communiste, anarchiste, C. G. T., Union syndicale italienne, Fédération des travailleurs de la mer, Ligue prolétarienne des mutilés, Union des jeunes, des révolutionnaires.
Cet essai d’union de tous les éléments vraiment révolutionnaires en vue de l’action n’aboutit point à des résultats précis, à cause de la tiédeur d’une partie des socialistes et du mauvais vouloir des dirigeants de la C. G. T. Il est pourtant resté quelques souvenirs de cette tentative de « front unique » faite sur le terrain politique, à un moment où l’on se croyait à la veille d’une Révolution, et qui ne pouvait être par suite réalisée qu’avec des éléments d’extrême gauche. (Voir l’Humanité des 24 juillet et 6 septembre 1920)

Front unique syndical

L’échec du mouvement d’occupation des usinés, dû à la trahison des chefs de la C. G. T. et d’une partie des dirigeants socialistes et à l’indécision des autres, ramena le prolétariat sur la défensive. Et c’est dans ces conditions nouvelles que le P. C. cherche à réaliser le front unique, cette fois sur le terrain syndical.
La pensée des communistes italiens est tout à fait nette à cet égard ; elle a été exposée dans leurs journaux par Bordiga, dans une série de longs et remarquables articles, sur la Tactique de L’Internationale communiste, où il motive et développe les thèses qui seront défendues à Moscou par les représentants du parti.
il résume en une formule claire et précise le point de vue du P. C. italien :
« Front unique syndical du prolétariat, opposition politique incessante vis-à-vis du gouvernement bourgeois et de tous les partis légalitaires. »
L’offensive capitaliste même, impose aujourd’hui le front unique, c’est-à-dire « l’action commune de toutes les catégories, de tous les groupes locaux et régionaux de travailleurs, de tous les organismes syndicaux nationaux du prolétariat », et il faut en même temps conquérir les masses au communisme. Tout en prenant comme plateforme d’agitation des revendications économiques contingentes, il faut viser à un mouvement d’ensemble du prolétariat, guidé sur le terrain de l’action directe, par ses organismes de classe, les syndicats.
Mais ce serait une erreur, selon Bordiga, d’employer, comme le propose le P. C. allemand et comme l’envisage Radek dans ses articles, pour l’action du prolétariat, le mécanisme politique de l’Etat démocratique.

Pas d’alliance avec les partis légataires

Les communistes savent qu’il n’y a d’autre issue que la destruction violente du pouvoir de la bourgeoisie, mais les masses, par suite du développement limité de leur conscience politique et de l’influence que les chefs social-démocrates exercent encore sur elle, ne le voient pas et ne se lanceront pas immédiatement dans la. voie révolutionnaire, même si le P. C. leur en donne l’exemple.
Faut-il, se demande Bordiga, épouser cette disposition des masses, s’unir aux forces qui veulent obtenir par voie parlementaire des lois pour les huit heures de travail, contre le chômage, pour le contrôle ouvrier, etc. ? Faut-il pousser le prolétariat à faire cette expérience pour profiter de son immanquable échec et l’amener par ce détour sur la voie révolutionnaire ?
Ce serait, selon lui, une faute grave de tactique. « Le parti, en tant qu’organisme, et l’importance de son influence politique ne sont pas des résultats intangibles, mais ils subissent toutes les influences qui viennent du développement des événements. »
« Si le P. C. prenait des attitudes telles, qu’il détruisît ou altérât son caractère intangible de Parti d’opposition vis-à-vis de l’Etat et des autres partis politiques », le prolétariat, désillusionné de l’expérience social-démocratique et prêt à prendre la voie révolutionnaire, ne trouverait plus pour le guider une minorité qui possédât la vision claire des tâches à accomplir et, avec elle, l’expérience et les armes nécessaires à la victoire de la masse.
Il ne faut pas juger les partis politiques, dit Bordiga, selon le critérium qui convient aux organismes économiques syndicaux, c’est-à-dire d’après le terrain de recrutement de leurs effectifs et la classe où se fait ce recrutement, mais bien d’après leur altitude vis-à-vis de l’Etat et de son mécanisme représentatif. Pas d’alliance avec les partis qui s’enferment dans les limites de la légalité !
Mais même limité au terrain syndical où le veut maintenir Bordiga, le front unique, si nécessaire en ce moment en Italie, où l’offensive capitaliste bat son plein, n’est pas aisément réalisable, comme nous le constaterons en examinant la situation générale du pays et l’état des associations ouvrières.

Jacques Mesnil

(Humanité, 10 février 1922)

Jacques Mesnil – Les thèses originales du P.C. Italien (1922)

Les thèses originales du P.C. Italien

J’ai déjà parlé plus d’une fois du remarquable ensemble de thèses préparé par le P. C. italien en vue de son prochain Congrès national, qui doit s’ouvrir à Rome le 20. Le Bulletin Communiste en traduira une partie et résumera le reste, mais je veux ici attirer l’attention sur quelques points particulièrement importants, qui dénotent chez les communistes italiens des concertions originales et une élaboration nouvelle des idées, constituant un effort remarquable et très rare aujourd’hui, pour sortir des formules consacrées et les soumettre à une critique précise.

Le caractère du Parti communiste

Le paragraphe 25 des thèses sur la tactique est ainsi rédigé :

« Le P.C. arrive à posséder son caractère d’unité et sa tendance à réaliser tout un processus fixé par un programme en tant qu’il groupe dans ses rangs la portion du prolétariat qui a dépassé dans son organisation la tendance de ne se mouvoir que suivant les impulsions immédiates de situations économiques limitées. L’influence de la situation sur les mouvements d’ensemble du parti cesse d’être immédiate et déterminante, pour devenir une dépendance rationnelle et volontaire, en tant que la conscience critique et l’initiative de la volonté, qui ont une valeur très limitée pour les individus, sont réalisées dans la collectivité organique du parti, d’autant plus que le P.C. se présente comme précurseur de ces formes d’association humaine qui auront acquis, pour avoir surpassé l’informe, organisation économique actuelle, la faculté de diriger rationnellement, au lieu de le subir passivement, le jeu des phénomènes économiques et de leurs lois. »

Ce passage mérite d’être médité : il élargit singulièrement les formules admises, et .souvent mécaniquement répétées, dans les milieux dominés par les théories marxistes, qui ne sont pour la plupart qu’une cristallisation arbitraire des idées de Marx. Les communistes italiens rompent ici avec le déterminisme matérialiste entendu d’une façon étroite. Ils reconnaissent l’importance de la conscience critique et de la volonté, qui deviendrait d’autant plus grande que cette conscience et cette volonté renforceraient considérablement leur pouvoir par l’action collective d’un parti comprenant l’élite de la classe ouvrière, c’est-à-dire l’ensemble des individus qui n’obéissent pas uniquement à leurs intérêts économiques immédiats.

La dernière phrase du paragraphe montre aussi que les communistes italiens croient à la possibilité de diriger suivant un plan rationnel les phénomènes économiques au lieu de les subir comme une nécessite fatale, la passivité actuelle vis-à-vis du jeu de ces phénomènes dérivant du manque d’organisation de la société.
Donc la conscience et la volonté humaines ont une valeur effective et une action sur les phénomènes ; ceux-ci peuvent être régis par la raison nous voilà loin du fatalisme économique, du déterminisme matérialistique étroit ! L’éducation philosophique des jeunes communistes italiens porte ses fruits et l’on sent ici l’influence des conceptions de Benedetto Croce et de sa philosophie de l’esprit, qui a joué un si grand rôle dans la formation de la jeunesse intellectuelle en Italie depuis vingt ans.

Effets divers des mêmes phénomènes

Le paragraphe 27 traite de l’influence de la situation économique sur la combativité de classe du prolétariat, selon que l’on se trouve en période de prospérité ou en période de crise :

« L’effet de ces phases sur la vie d’organisation et sur l’activité des organismes prolétariens est complexe et ne peut être considéré en partant du seul examen de la situation économique d’un moment donné pour en déduire le degré de combativité du prolétariat, car on doit tenir compte de tout le cours des situations précédentes dans leurs oscillations et leurs variations.
Les courbes de la situation économique et de la combativité de classe sont déterminées par des lois complexes, la seconde dérivant de la première, mais elles ne se ressemblent pas par leurs formes. A la montée (ou à la descente) de la première peut, en certains cas, correspondre indifféremment la montée ou la descente de la seconde. »

Il est excellent de rappeler de temps à autre aux esprits simplistes et aux rédacteurs et lecteurs d’abrégés, la complexité des phénomènes économiques et le caractère sommaire et approximatif de ce que l’on a, l’habitude d’appeler des lois en sociologie.

C’est avec raison que les communistes italiens insistent encore en ces termes sur lé caractère que devrait avoir le programme du Parti (§ 29) :

« Le programme du parti n’ayant pas le caractère d’un simple but à atteindre par n’importe quelle voie, mais celui d’une perspective historique de voies et de points d’arrivée liés entre eux, la tactique, dans les situations successives, doit être en rapport avec le programme. »

Jacques MESNIL.

(Humanité, 14 mars 1922)

Jacques Mesnil – Le phénomène Lombroso (1900)

Jacques Mesnil, « Le phénomène Lambroso », Mercure de France, juin 1900, pp. 627-650.

Jacques Mesnil – Un nouveau livre sur l’Anarchie (1895)

Jacques Mesnil, « Un nouveau livre sur l’Anarchie (L’Anarchia e gli anarchici, par E. Sernicoli) », Société Nouvelle, mars-avril 1895, respect. pp. 336-354 et 486-500.