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Jacques Camatte (notice biographique)

Né en 1935 à Cannes (Alpes-Maritimes) ; professeur de Sciences de la Vie et de la Terre (SVT) à Toulon, Brignoles, puis Rodez ; théoricien « bordiguiste » de 1957 à 1967. Engagé dans la FEN jusqu’en 1967. Créateur de la revue Invariance (1967-1997), revue d’une certaine radicalité critique post-68.

Jacques Camatte est entré, sans aucune expérience politique antérieure, directement dans le groupe de Marseille de la FFGCI en 1953 où militaient déjà Lucien Laugier*, Otello Ricceri (« Piccino ») et Christian Audoubert et dont Lucien Laugier était le secrétaire du groupe.

C’est Christian Audoubert, son condisciple à un cours de philosophie au lycée Saint-Charles à Marseille, qui lui fit découvrir les « thèses de Bordiga ». Il fut alors marqué par la certitude de Bordiga, formulée à cette période, que « la révolution viendrait autour de 1975 ».

Jacques Camatte a rencontré Roger Dangeville en Italie à la réunion internationale de Cosenza en 1956, Dangeville étant entré dans le groupe de Paris la même année, et Jacques Angot peu après. Il publia très jeune ses premiers textes théoriques (accumulation capitaliste, critique de l’existentialisme) dans le bulletin ronéotypé Travail de groupe dès 1957.

Il fut très marqué par la personnalité de Suzanne Voute. En effet, en 1957 le groupe de Marseille sortit la revue Programme communiste, et c’est Suzanne Voute qui descendit de Paris pour s’installer dans le Sud et en prendre la direction idéologique de fait.

À la différence de Suzanne Voute, il semble ne pas avoir partagé les positions de Bilan sur la question nationale et coloniale, celles d’un non-soutien aux « révolutions bourgeoises » dans les colonies ou semi-colonies. Il publia dans Programme communiste, de 1959 à 1961, divers articles sur les « révolutions anticoloniales », et en particulier sur l’Algérie, l’un d’eux portant le titre significatif de « Bien creusé vieille taupe ! » (n° 14, 1961).

En 1963, Camatte fonda le groupe de Toulon, mais un an plus tard il déménagea (et quitta donc le groupe de Marseille) pour Paris et s’intégra au groupe local. Il s’opposa à ce qui lui apparaissait comme de l’« activisme trotskyste » : impression de « cartes du parti », formalisme des réunions présidées par un « responsable du parti », comme au temps du Komintern, activité d’agitation autour du journal Le Prolétaire, agitation pour un syndicat « rouge » de classe. Enseignant, il dut adhérer à la FEN, qu’il quitta avec éclat en 1967.

Politiquement, c’est dès 1961 que Camatte joua un rôle grandissant dans le Parti communiste international, ouvrant un véritable échange intellectuel avec Bordiga lui-même. Son texte « Origine et fonction de la forme parti » publié en 1962 montrait une convergence certaine avec Bordiga. Pour ce dernier, il était important d’opérer une différence entre « parti formel » (parti réel organisé) et « parti historique » (le groupe porteur d’un programme historique communiste). Le jeune Camatte en s’appuyant sur Bordiga, visait l’activisme à l’intérieur du Parti Communiste International (« Programme communiste »). Malgré son « léninisme » officiel, Bordiga fuyant tout activisme, proclamait que la théorie de Marx était d’abord la théorie du prolétariat. Pour Camatte, le parti historique était un organe matérialisé dans une organisation formelle du prolétariat, quelle qu’en soit la taille. En conséquence, Camatte estimait qu’en période contre-révolutionnaire, comme avant Mai 1968, les « internationalistes » ne devaient pas tomber dans le piège de l’activisme, mais surtout développer le programme communiste, en se concentrant en premier lieu sur la critique de l’économie politique de Marx.

C’est à ce travail que s’exerça Camatte en publiant dans les années 1960 plusieurs articles consacrés au « VIe chapitre inédit du capital et l’œuvre économique de Marx », où était développée l’idée du passage de « la domination formelle à la domination réelle du capital », celui de la soumission totale et universelle du Travail au Capital. Camatte s’intéressa très tôt à la question de la transition du règne du capital à la Gemeinwesen, communauté humaine unifiée dans la société communiste.

En 1966, il cosigna un texte intitulé « Bilan » (texte d’abord rédigé par Roger Dangeville), dont la deuxième version, intégrait les remarques de Camatte. La scission devenait inévitable dans le petit « parti » comptant environ 80 membres. Avec Roger Dangeville, Jacques Angot et lui-même sortirent 7 militants à Florence, 1 à Turin, ainsi que « deux camarades portugais » il fit sécession.

Cette scission fut douloureuse, car comme il le rappelle dans une interview donnée à Benjamin Lalbat, « celui qui quitte le Parti est considéré comme mort par les membres du Parti », et certains couples de militants se brisèrent. Et elle ne se fit pas en « douceur » : Camatte, dépositaire des périodiques en France du PC International, dut se barricader chez lui pour les conserver. Mais il décida, selon lui « pour montrer qu’il n’était pas un académicien », de détruire tous les numéros ne comportant pas des articles de Bordiga, même s’il s’agissait des siens propres. Bordiga, selon plusieurs témoignages, qualifia cette pratique « d’acte de gangstérisme ».

En 1967, éclata l’incompatibilité de positions (et d’humeur) entre Camatte et Dangeville. Camatte fonda la revue Invariance sur des positions de plus en plus critiques vis-à-vis du ‘bordiguisme’ puis du marxisme classique, jusqu’à une rupture totale qui se confirma de série en série. Il y eut en tout quatre séries d’Invariance, tantôt ronéotées, tantôt imprimées : série I (1967-69), série II (1971-75), série III (1975-1983) et série IV (1986-1996)

Cette revue de la « radicalité intellectuelle » post-68 attira de nombreux collaborateurs : Philippe Leclerc (futur initiateur du « groupe communiste mondial », bordiguiste), Gianni Collu, Nicola La Porta à Florence, Giorgio Cesarano (1928-1975), Henri et Claudie Bastelica, Jean-Louis Darlet, Saïa et Danièle Voldman (articles « À propos du Vietnam » et « Juifs, sionisme, Israël »), enfin dans la dernière série (1986-1996) François Bochet. Ce dernier, au terme de désaccords avec Camatte, publie depuis 1998 la revue (Dis)continuité, dont l’orientation est très loin de la « gauche communiste italienne ».

Invariance rencontra un certain succès : la première série fut tirée pour chaque numéro à 500 exemplaires, mais la série II tira à 4.000 exemplaires. Invariance attira l’attention de tout un milieu à gauche du trotskysme, tant en France qu’en Italie. Toni Negri, en prison, lisait Invariance. Certains groupes marginaux italiens (Ludd, Comontismo) prétendirent même s’en inspirer dans des actions de « récupération ».

Invariance était bien fille du mouvement de 68 en lequel, Camatte voyait « la fin de la phase de contre-révolution… Mai 68, ce n’est pas la révolution, c’est son émergence ». Une émergence qui, selon lui, avait été préparée par « la guerre du Vietnam, la crise monétaire internationale…, la lutte des guérilleros en Amérique latine, et surtout celle du mouvement ouvrier noir, provoquée par les conséquences de l’automation ».

De façon significative, Camatte et Invariance rejetèrent très tôt le concept classiste de prolétariat. Le futur « parti » de demain était « une force impersonnelle au-dessus des générations » et des classes, car « il représente l’espèce humaine, l’être humain qui a été enfin trouvé. C’est la conscience de l’espèce ». Et toute tentative de constituer des organisations artificielles, comme le faisait le PCI et d’autres groupes « ultragauches », était assimilable à une « bande » ou « rackett » (« Lettre sur les racketts », sept. 1969).

Vers 1973-1975, au terme d’une rapide évolution, Camatte définissait la lutte contre le mode de production capitaliste (MPC) comme une lutte souterraine des « hommes » contre un système d’exploitation plurimillénaire visant à instaurer une Gemeinwesen (collectivité humaine). Cette collectivité surgira lorsque le MPC tombera de lui-même comme un fruit mûr :

« …le MPC (Mode de Production Capitaliste) ne disparaîtra pas à la suite d’une lutte frontale des hommes contre leur oppresseur actuel, mais par un immense abandon qui implique le rejet d’une voie empruntée désormais depuis des millénaires. Le MPC ne connaîtra pas de décadence, mais un écroulement. » (« Ce monde qu’il faut quitter », Invariance, série 2, n° 5, août 1974).

Il s’agissait donc de quitter le monde de la production, un « monde où domine le capital devenu spectacle », et trouver d’autres modes de vie hors du Capital : « Les gens qui abandonnent tout et s’en vont sur les routes expriment leur volonté de sortir du cercle vicieux des luttes actuelles » (« Contre la domestication », Invariance n° 3, Savone, 1973), dans l’espoir que « dans cinq ans commencera la révolution effective ».

Même si Camatte faisait des adieux publics au marxisme et au « parti de classe », ses tentatives de publier des textes de Bordiga avec ses propres introductions se fit dans l’indifférence apparente du « Parti ». Un pot-pourri de Bordiga, sous sa direction, parut en 1974 (sous le titre Bordiga ou la passion du communisme, Spartacus). Dans la foulée, parut aux Éditions de l’oubli en 1975 la Structure économique et sociale de la Russie d’aujourd’hui. Développement des rapports de production après la révolution bolchevique, une traduction et édition de l’italien assurée par Camatte, Denis Authier (traducteur professionnel et ami de Gilles Dauvé) et Jacques Colom.

Lorsque Camatte voulut publier un autre recueil de textes sur la Russie et la contre-révolution, avec un contrat d’édition chez Bourgois (coll. 10/18), un éditeur ayant pignon sur rue, il se heurta à une contre-offensive « musclée » exercée par la direction italienne du PC International, basée à Milan. Bruno Maffi, le directeur de Programma comunista envoya une missive intimant de supprimer la préface de Camatte et d’avoir un total « droit de regard » sur toute édition des œuvres de Bordiga. Sans le « non obstat » du Centre milanais, toute édition ne pourrait être qu’une édition pirate de Bordiga : « Nous vous informons que nous sommes les uniques dépositaires du droit de reproduction de tout article ou série d’articles parus dans notre organe, et que votre projet d’édition a été entièrement mené à notre insu… » Afin de « mettre un coup d’arrêt aux éditions ‘pirates’ », la direction d’Il programma comunista menaça Bourgois d’un procès, que ce dernier aurait certainement perdu. Bourgois laissa tomber, alors que l’ouvrage commençait à sortir des presses. René Lefeuvre, à la tête des éditions Spartacus, racheta alors le travail qui fut finalement publié en 1978.

Peu après éclatait un autre scandale, cette fois infiniment plus grave, celui du « négationnisme ». La « Vieille taupe » et Pierre Guillaume avaient en leur temps publié de façon anonyme l’article « Auschwitz ou le grand alibi », attribué à Bordiga, en fait écrit par Martin Axelrad, d’origine juive. Lorsqu’il s’avéra que Guillaume et Serge Thion apparaissaient sur la place publique sous forme d’un groupe « négationniste », proche de l’extrême droite antisémite, Camatte dénonça vigoureusement les positions négationnistes :

« Leur position est grosse d’un immense danger : sous-estimer ou ignorer l’apport énorme de la communauté juive au procès de formation de l’Occident, à celui de la connaissance, à la lutte contre la domestication. Danger encore plus grave que celui d’un antisémitisme immédiatiste vers lequel ils peuvent plus ou moins facilement glisser. » (« Dialogue avec Bordiga », Invariance, juillet 1980).

Poursuivant une évolution zigzagante au terme de plusieurs séries d’Invariance, Camatte arrivait à la conclusion que le capitalisme avait bien réussi à modeler l’humanité à son profit et que donc toute possibilité de « révolution » devenait impossible ; que la classe ouvrière n’était rien de plus qu’une expression du Capital (comme capital variable), incapable de modifier sa situation. Aussi tout mouvement révolutionnaire futur ne serait rien d’autre que la lutte entre l’humanité globale et le capital global lui-même, plutôt qu’un affrontement de classes sociales. Le Capital, en devenant totalitaire dans sa structure, ne laissait nulle part et personne à l’extérieur du cercle d’une entreprise parachevée de domestication. Ce total pessimisme à propos de la perspective révolutionnaire s’accompagnait de l’idée que nous pouvons ‘quitter le monde’ (capitaliste) et vivre au plus près de la nature (symbolisée par l’Arbre), et préparer seulement le destin des générations futures « en arrêtant de nuire aux enfants » et de « déformer leur esprit naturellement raisonnable ».

Malgré cela, pour Camatte, la perspective « communiste » restait une potentialité reportée à un temps indéfini : « La société humaine ne peut survivre que si elle se transforme en Gemeinwesen (communauté) humaine. Le prolétariat n’a plus à accomplir de tâche romantique mais son œuvre humaine ».

Au terme de ce parcours sinueux, fortement déterminé dès son engagement militant par l’attente messianique de la crise révolutionnaire finale, Camatte, inspiré peu ou prou par la pensée utopique, jette les dés d’un pari pascalien sur l’apparition d’une autre espèce humaine : « l’émergence d’Homo Gemeinwesen, l’espèce qui succèdera à Homo sapiens. Elle sera en continuité avec la nature, avec le cosmos ».

ŒUVRE : revue Invariance séries I à V, 1967-1997. – Bordiga et la passion du communisme : textes essentiels de Bordiga et repères biographiques, 1974. – Capital et Gemeinwesen : le 6e chapitre inédit du capital et l’œuvre économique de Marx, 1978 ; Forme et histoire, Colibrì, Milan, 2002. – The Selected Works of Jacques Camatte, CreateSpace Independent Publishing Platform, octobre 2011. – Édition électronique de textes de Jacques Camatte sur le site « Revue Invariance » : http://revueinvariance.pagesperso-orange.fr/serieV.html

SOURCES : J. Camatte, « Vers la communauté humaine », Invariance, série III, n° 3, Milan, mai 1976. – Dialogando con la vita, Colibrì, 2000 (avec une interview de J. Camatte par Piero Coppo). – Rédaction Temps critiques, « Quarante ans plus tard : Retour sur la revue Invariance », sept.-déc. 2012. – Benjamin Lalbat, Les bordiguistes sans Bordiga. Contribution à une histoire des héritiers de la Gauche communiste italienne en France. Des racines de Mai 68 à l’explosion du PCI (1967-1982), Université d’Aix-Marseille, master 2 (dir. : Isabelle Renaudet), sept. 2014, 320 p.

Texte repris du site Internet du Maitron : https://maitron.fr/spip.php?article168469, notice CAMATTE Jacques, dit OSCAR par Philippe Bourrinet, Benjamin Lalbat, version mise en ligne le 15 décembre 2014, dernière modification le 15 décembre 2014.
Photos : Cercle Marx, 2019.

Entretien avec Jacques Camatte (2019)

This World We Must Leave

“We were not able to chose the mess we have to live in – this collapse of a whole society – but we can choose our way out.” – C. L. R. James

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Lettres inédites de Bordiga et des autres

A lire sur le blog de Jean-Louis Roche, Le Prolétariat Universel : des lettres inédites de Amadeo Bordiga, Suzanne Voute, Lucien Laugier, Gaston Davoust (1949-1956)

Les forces de la Révolution semblent se terrer, et le grand Capital fait bombance au soleil. Mais nous qui ne sommes pas intoxiqués par l’alcool de l’idéologie bourgeoise, avec le radar historique de la doctrine marxiste — un radar sur l’écran duquel on ne lit pas de mensonges — nous avons retrouvé dans la brume des fonds marins de Nantucket, dans le limon amer des marais du désert arabique, nous avons retrouvé, accomplissant son oeuvre inépuisée, la Vieille Taupe, qui creuse la malédiction d’infâmes formes sociales et prépare leur lointaine, mais sûre, explosion.

(Amadeo Bordiga, Le sinistre roman noir de la décadence sociale moderne, Il Programma Comunista, 24 août 1956)

Temps Critiques – Quarante plus tard : retour sur la revue Invariance

La revue Invariance est issue de la frac­tion de gauche du parti com­mu­niste ita­lien (PCI) qui s’est affirmée au début des années 1920. Elle est regroupée autour d’Amadeo Bordiga pre­mier diri­geant du PCI avant que Gramsci ne le rem­place avec l’appui de Moscou. Le PCI, à l’ori­gine, se dis­tin­gue des 21 condi­tions d’adhésion à la IIIe Internationale par son refus du par­le­men­ta­risme et par son rejet d’une ligne anti­fas­ciste. La Fraction devient, de fait, la « Gauche ita­lienne ». Lénine englobe la gauche ita­lienne et la gauche ger­mano-hol­lan­daise dans sa cri­ti­que du gau­chisme comme « mala­die infan­tile du com­mu­nisme ».

Au congrès du PCI à Lyon, en 1926, la frac­tion de gauche présente ses thèses, mais elle est mise en mino­rité et quitte le parti. Bordiga qui y avait présenté ses posi­tions prin­ci­pa­les, élabore, en les dévelop­pant, une théorie de l’inva­riance. Pour lui, ce qui définit le Parti ce sont le Programme et la Théorie qui sont inva­riants. Cette inva­riance débute en 1848 avec Le Manifeste du Parti Communiste et court tout au long des œuvres de Marx publiées de son vivant, même si le VIe cha­pi­tre inédit du capi­tal sera ensuite intégré dans « l’inva­riance » à cause de l’impor­tance des notions de domi­na­tion for­melle et domi­na­tion réelle du capi­tal.

À partir de là, toute nou­velle décou­verte théorique est sus­pectée au mieux d’oppor­tu­nisme ou de moder­nisme, au pire de tra­hi­son. Et pour éviter cela le Parti doit être le garant sans faille de l’inva­riance. Il est à la fois parti-classe (en établis­sant une différence entre parti his­to­ri­que — « le parti-Marx » qui peut se réduire à deux indi­vi­dus comme après la dis­so­lu­tion de la Première Internationale — et parti formel d’avant-garde et non de masse) et parti-com­mu­nauté (cen­tra­lisme orga­ni­que et non démocra­ti­que, absence de leader, ano­ny­mat des textes). Cette posi­tion inva­riante sera faci­litée par le fait qu’elle est défendue en exil et que le parti n’a pas à se salir les mains sur le ter­rain. L’inva­riance est donc davan­tage tena­ble que pour la gauche ger­mano-hol­lan­daise qui vit révolu­tion et contre-révolu­tion sur le ter­rain en Allemagne, en prise directe avec le risque de l’immédia­tisme.

« L’inva­riance » ne sera pas ébranlée par la révolu­tion espa­gnole réduite par la revue Bilan à une guerre anti-fas­ciste, ni par la Seconde Guerre mon­diale puis­que Bordiga en tire la leçon que si les démocra­ties ont gagné au niveau mili­taire, poli­ti­que et idéolo­gi­que, le fas­cisme a gagné plus pro­fondément en tant que forme domi­nante de la contre-révolu­tion. New Deal et dévelop­pe­ment de l’État-pro­vi­dence des trente glo­rieu­ses ne sont que des varian­tes des poli­ti­ques des États fas­cis­tes. Elle n’est pas entamée non plus par des contacts avec l’autre « Gauche » qui ne com­men­cent que dans les années 1960 à la suite de l’implo­sion des grou­pes bor­di­guis­tes et du « Parti com­mu­niste International » (PCint). Lucien Laugier issu de la gauche ita­lienne et Carsten Juhl de la gauche ger­mano-hol­lan­daise pren­nent contact et « l’inva­riance » va perdre de sa cohérence. En 1966, cri­ti­quant les orien­ta­tions mili­tan­tes et les régres­sions théori­ques du PCint, Jacques Camatte et Roger Dangeville le quit­tent. Le pre­mier fonde la revue Invariance, le second la revue Le fil du temps.

Le titre de la nou­velle revue Invariance res­sem­ble un peu à une pro­vo­ca­tion, même si dans la série I il s’agit plutôt d’exhu­mer des textes anciens des deux Gauches plutôt que d’ouvrir des voies nou­vel­les, ce qui sera seu­le­ment effec­tif à partir du no 8 (fin 1969) de la série I dont l’inti­tulé « Transition » indi­que bien de quoi il s’agit. La revue passe de la res­tau­ra­tion du pro­gramme prolétarien dans les numéros précédents à l’énoncé de sa cadu­cité ainsi que celle de tout parti formel bientôt assi­milé à « la forme racket ». Avec la série II puis la série III, s’amorce une remise en cause pro­gres­sive de concepts marxis­tes deve­nus inadéquats pour décrire les trans­for­ma­tions du capi­tal. C’est à partir de là qu’inter­vient publi­que­ment, dans la revue, J.-L. Darlet. Nous allons exa­mi­ner son apport, sa différence d’appro­che par rap­port à J. Camatte et l’influence et la résonance entre ces thèses et notre propre par­cours théorique.

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