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George Orwell – « The Freedom of the Street » de Jack Common (1938)

« The Freedom of the Street » de Jack Common

Jack Common est un auteur qui n’a pas encore la notoriété qu’il mériterait. C’est pourtant, virtuellement, une sorte de Chesterton de la gauche, qui traite aujourd’hui du socialisme sous un angle intéressant et inusité.
D’origine prolétarienne, il a su, bien mieux que la plupart des auteurs dans ce cas, préserver en lui le point de vue prolétarien. Ce faisant, il met le doigt sur l’une des principales difficultés auxquelles se heurte le mouvement socialiste — à savoir que le mot « socialisme » a pour un travailleur une signification toute différente de celle qu’il revêt aux yeux d’un marxiste originaire de la classe moyenne. Pour ceux qui tiennent effectivement entre leurs mains les destinées du mouvement socialiste, la quasi-totalité de ce qu’un travailleur manuel entend par « socialisme » est soit absurde, soit hérétique. Comme le montre M. Common dans une série d’essais distincts mais que relie un fil directeur, les travailleurs manuels acquièrent dans une civilisation machiniste, de par les conditions mêmes dans lesquelles ils vivent, un certain nombre de traits de caractère : droiture, imprévoyance, générosité, haine des privilèges. C’est à partir de ces dispositions précises qu’ils forgent leur conception de la société future, au point que l’idée d’égalité fonde la mystique du socialisme prolétarien. C’est là une conception très différente de celle du socialiste de la classe moyenne, qui vénère en Marx un prophète — un prophète extra-lucide, un donneur de tuyaux qui non seulement vous indique sur quel cheval il faut miser, mais qui vous explique aussi pourquoi ce cheval n’a pas gagné.
L’esprit dans lequel écrit M. Common combine l’espoir messianique avec un joyeux pessimisme, en un mélange qu’il est parfois donné d’apprécier au fond d’un bar de quartier le samedi soir. M. Common pense que nous allons tous être réduits en bouillie par les bombardements, mais que la dictature du prolétariat est destinée à voir le jour.
« Voici venir un temps où même les gens relativement bien installés dans la vie auront à souffrir de gouvernements sans foi ni loi, qu’ils auront eux-mêmes mis en place ou qu’ils auront laissé s’installer. Les bombardés-en-puissance n’ont pas à redouter le communisme. Ils seront eux-mêmes communistes quand les bombardements auront cessé, s’ils sont encore vivants… Car il suffit d’un tour d’écrou supplémentaire, d’une tension encore accrue, pour que volent en éclats les particularismes fragiles et bien souvent imaginaires qui font que les masses du monde entier chérissent leurs divisions. »
Oui, mais s’il existait une certitude quelconque que les choses se passeront bien ainsi, tout socialiste n’aurait-il pas le devoir de souhaiter la guerre et d’œuvrer à sa venue ? Et y a-t-il un individu conscient qui ose le faire aujourd’hui ?
Il doit y avoir beaucoup de gens pour qui l’expression tant galvaudée « dictature du prolétariat » a été tour à tour un cauchemar, une espérance et une chimère. On commence d’abord — car enfin c’est bien par là que commencent la plupart des représentants de la classe moyenne — par se dire : « Que Dieu nous vienne en aide quand cela arrivera ! » et l’on finit par se dire : « Quel dommage que cela ne puisse jamais arriver ! » Tout au long de son livre, M. Common a l’air de penser que la dictature du prolétariat est pour demain matin — vœu pieux, que les faits ne semblent guère devoir exaucer. Il semblerait que ce à quoi on assiste chaque fois, ce soit à un soulèvement prolétarien très vite canalisé et trahi par les malins qui se trouvent au sommet, et donc à la naissance d’une nouvelle classe dirigeante. Ce qui ne se réalise jamais, c’est l’égalité. La grande masse des gens n’a jamais la moindre occasion de mettre son honnêteté foncière au service de la gestion des affaires, de sorte qu’on en arrive presque à conclure cyniquement que les hommes ne sont honnêtes que lorsqu’ils n’exercent aucun pouvoir.
Il n’en reste pas moins qu’il s’agit d’un livre intéressant, qui vous apprend beaucoup moins de choses sur le socialisme en tant que théorie économique que le banal manuel de propagande, mais infiniment plus sur le socialisme en tant qu’article de foi et, pourrait-on presque dire, comme mode de vie. Je recommande tout particulièrement les deux essais ayant pour titre « Le jugement du vulgaire » et « Le fascisme chez les hommes de bonne volonté ». Grâce au fait qu’elle a trouvé une expression littéraire (ce qui est en soi quelque peu anormal), on entend ici la voix authentique de l’homme ordinaire, de cet homme qui introduirait une nouvelle honnêteté dans la gestion des affaires, si seulement il y accédait, au lieu de ne jamais sortir des tranchées, de l’esclavage salarié et de la prison.

New English Weekly, 16 juin 1938.

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Matériaux

Jack Common – Selected articles (« A fascinating writer, his analysis of the emerging mass consumerism of the 1930s & 40s seems to closely anticipate the concept of the ’society of the spectacle‘ later developed by the situationists. »)

Armstrong, Keith – From the ‘freedom of the streets’: a biographical study of culture and social change in the life and work of writer Jack Common (1903-1968). Doctoral thesis, Durham University, 2007.
« The author assesses the life and work of the Newcastle upon Tyne born writer Jack Common in the light of the massive social, economic and cultural changes which have affected the North East of England and wider society through the period of Common’s life and afterwards. He seeks to point out the relevance of Common to the present day in terms of his ideas about class, community and the individual and in the light of Common’s sense of rebelliousness influenced by a process of grass-roots education and self-improvement. In addition, he draws upon his own extensive experience in community arts and education, looking, in particular, at the work he and others have carried out on Common over the last thirty years and assessing its value in the light of recent political changes. The author draws together the range of biographical and literary criticism carried out by a range of individuals over this period of time and brings into print hitherto unpublished material about Common’s life and work by interviewing family members and associates, exploring the Common Archive at Newcastle University and other largely ignored sources, and studying Common’s significant association with George Orwell in great detail. Through all of this, he seeks to argue that Common’s life and ideas remain worthy of close attention in the present day. »


John Mapplebeck’s film COMMON‘S LUCK (27 minutes, 1974)

« La gauche, les gens ordinaires et la religion du progrès » (Jean-Claude Michéa)


France Culture, 6 octobre 2011.

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Conférence de Jean-Claude Michéa, prononcée à Montpellier, le 9 décembre 2001.

Michéa : « Jamais les nuisances du système capitaliste n’ont été aussi claires. » Et pourtant le philosophe montpelliérain s’étonne, comme Georges Orwell en 1937, que le socialisme perde « du terrain là où précisément il devrait en gagner ». Pour comprendre comment on en est arrivé là, il est revenu, lors d’une conférence qui a fait salle comble le 9 décembre dernier à Montpellier, aux trois critiques formulées par le socialisme dans la première moitié du XIXe siècle. Et dans son dernier livre, Le complexe d’Orphée il explique comment la gauche a « abandonné l’ambition d’une société décente qui était celle des premiers socialistes ».

Voir la transcription partielle en trois articles sur montpellier-journal.fr :

Michéa : « Jamais les nuisances du système capitaliste n’ont été aussi claires » (1/3)

L’endettement de la France en 1848 vu par Karl Marx (2/3)

Michéa : « Arriver à reconstruire un front commun entre les gens ordinaires » (3/3)

1ère partie

2ème partie

3ème partie

(via)

Jérôme Anciberro – Idéologie : la gauche sur la sellette (Michéa/Le Goff)

Idéologie : la gauche sur la sellette

La campagne des primaires socialistes a redonné des espoirs à une gauche qui se sent revivre. Mais celle-ci continue d’essuyer des critiques de fond, en particulier de la part d’intellectuels engagés qui remettent en cause certains de ses présupposés historiques. C’est le cas du philosophe Jean-Claude Michéa ou du sociologue Jean-Pierre Le Goff.

Un vrai succès. Les commentaires sont quasi unanimes : les débats qui ont ponctué la primaire socialiste ont intéressé les Français. Des arguments et des idées ont été échangés ; les différents candidats ont su marquer, parfois fermement, leurs différences sans pour autant se déchirer. Viril, mais correct, dirait-on au rugby. Une dynamique a été lancée.

En route, donc, vers de nouvelles aventures. En attendant, quelques mauvais coucheurs continuent de maugréer ou de rigoler doucement et cassent un peu l’ambiance. Parmi eux, des intellectuels comme le philosophe Jean-Claude Michéa, qui vient de publier Le Complexe d’Orphée (Climats), ou le sociologue Jean-Pierre Le Goff, avec La Gauche à l’épreuve, 1968-2011 (Tempus).

PARALYSIE

Membre du PCF dans les années 1970, Jean-Claude Michéa se revendique volontiers du socialisme, mais au sens qu’avait ce mot au XIXe siècle sous la plume d’un Proudhon ou d’un Pierre Leroux. Jean-Pierre Le Goff, qui est passé par la militance gauchiste, s’inscrit quant à lui dans une tradition républicaine plus classique.

En dépit de cet ancrage politique et philosophique, une bonne partie, voire l’essentiel, de l’argumentaire critique proposé par ces auteurs semble aujourd’hui remettre en cause des notions généralement considérées comme structurant l’identité de la gauche, tels que le progrès, la modernité, voire l’émancipation individuelle…

Cela peut agacer, voire inquiéter. La tentation est grande de les classer définitivement dans la catégorie des « réacs ». C’est d’ailleurs ce que font sans état d’âme certains de leurs lecteurs de gauche.

Le dernier livre de Jean-Claude Michéa a ainsi eu droit récemment à une exécution en règle dans les colonnes du Monde [1] par le sociologue Luc Boltanski, lequel n’a pas hésité à évoquer le pétainisme pour mieux dénoncer les risques d’une pensée qu’il juge par ailleurs simpliste.

Chacun à sa manière – Michéa manie avec brio l’ironie et le sarcasme, Le Goff a le ton bien plus grave – ces deux auteurs revendiquent le droit de « penser là où ça fait mal ». Contemplant le champ de ruines idéologique dans lequel se meut la gauche et son incapacité à proposer une alternative crédible à la violence libérale dominante, ils s’attachent à analyser les mécanismes qui ont conduit à cette paralysie théorique et politique.

COMMON DECENCY

Pour Jean-Claude Michéa, qui s’inspire entre autres des analyses de l’écrivain George Orwell (1903-1950), une des causes de cette dé­composition tiendrait à ce qu’il appelle la « religion du progrès » :

« Le tabou fondateur de toute pensée de gauche (très différente de l’ancien socialisme ouvrier et populaire, dont les rapports au monde pré­capitaliste – ou même à l’univers familial – étaient autrement plus dialectiques) est donc bien cette interdiction religieuse de regarder en ar­rière ou, a fortiori, d’accorder le moindre intérêt à la recherche du temps perdu et à l’expérience historique des civilisations antérieures. Interdiction qui suffit amplement à expliquer, au passage, que la pente idéologique naturelle des mouvements de gauche et d’extrême gauche […] ne puisse être, partout et toujours, que la surenchère mimétique et la fuite en avant. »

La gauche souffrirait du « complexe d’Orphée ». On connaît l’histoire de ce personnage de la mythologie grecque : ayant perdu sa femme Eurydice, mordue par un serpent, il descend chez les morts pour aller la rechercher, et amadoue grâce à son talent musical Hadès, le dieu des enfers. Celui-ci l’autorise à repartir avec sa femme, mais à une condition : ne pas se retourner vers l’objet de son amour avant de se retrouver sous la lumière du soleil.

Malheureusement, Orphée se retourne trop tôt et Eurydice retourne au pays des ombres. Ne pas se retourner, aller de l’avant de peur de perdre l’essentiel : telle serait donc l’attitude fondamentale de la gauche moderne. Quitte à ne plus trop savoir ce qu’est cet « essentiel » qu’on prétend préserver et à se couper d’un certain sens commun populaire, ce que George Orwell appelait la common decency, c’est-à-dire cette capacité à sentir « ce qui se fait et ce qui ne se fait pas ».

C’est ainsi que l’on peut désormais, comme Dominique Strauss-Kahn ou Pascal Lamy, adhérer au parti socialiste tout en prêchant les vertus de la mondialisation libérale. Celle-ci pose encore quelques problèmes ? Soit. Mais le mieux est forcément à venir. Autant, donc, accélérer sa venue en s’inscrivant dans le mouvement, en « rattrapant notre retard », quitte à aménager un peu les choses en les régulant.

CAMP DU BIEN

Petit à petit, l’idée de modernisation se substitue à celle, jugée ringarde ou dangereuse, d’émancipation sociale. Y compris, d’ail­leurs, pour une bonne partie de la gauche dite radicale, prompte à dénoncer les ravages du capitalisme financier, mais en première ligne dans la promotion d’une modernité culturelle dégagée de tout archaïsme moral.

Car libéralisme économique et libéralisme culturel sont pour Michéa les deux faces d’une même médaille : en prônant l’innovation permanente et la libération des anciens « carcans » et « préjugés » familiaux, locaux, culturels ou religieux, la gauche culturelle prépare le terrain aux marchands, qui se retrouvent enfin face à une masse d’individus livrés à des désirs qu’ils ne savent plus maîtriser mais que la grande machine libérale sait parfaitement renouveler et manipuler.

Autre cause de la paralysie théorique et pratique de la gauche, cette fois mise en avant par Jean-Pierre Le Goff : son moralisme paradoxal et la conviction d’incarner le camp du Bien, ce qui ne va pourtant pas de soi, même si la droite sarkozyenne a tout fait ces dernières années pour réussir à incarner le Mal aux yeux du « peuple de gauche ». Or, affirme Jean-Pierre Le Goff, « pas plus que le peuple, la morale n’est la propriété d’un camp. » En témoigne l’affaire DSK et ses suites.

« L’invocation du populisme, le rejet de l’égalitarisme et de la démagogie ne peuvent servir à masquer le fossé existant : pour l’immense majorité des citoyens ordinaires, les sommes étalées et le mode de vie d’une partie des élites concernées sont tout simplement inimaginables. […] « Ils se croient tout permis ». Cette réflexion partagée par de nombreux citoyens témoigne d’un sens commun que le spectacle médiatique avait tendance à faire oublier. »

CONFUSION

Petit à petit, en dépits des slogans et des formules électorales, le clivage droite/gauche a fini par s’estomper. « Dans le même temps où elle opérait un tournant économique libéral non assumé dans les années 1980, le foyer de la critique se déplaçait de la question sociale vers celle des mœurs, de l’éducation, de la culture « bourgeoise » et de leurs oripeaux.

La gauche s’est ainsi propulsée à l’avant-garde d’une révolution sur les plans de la culture et des mœurs avant d’être rejointe plus tardivement par une droite qui s’est voulue à son tour moderne dans tous les domaines. Il en est résulté une fracture sociale et culturelle et un débat public marqué par la confusion, tandis que le chômage de masse continuait de produire ses effets de déstructuration anthropologique et sociale. »

On le voit : s’ils ne partagent pas exactement les mêmes idées ni les mêmes passions, Jean-Claude Michéa et Jean-Pierre Le Goff posent des questions de fond auxquelles la gauche devra forcément finir par répondre un jour ou l’autre. Même si cela ne se fera pas forcément en période électorale et encore moins lors de « débats citoyens » télévisés.

Jérôme Anciberro.

La gauche à l’épreuve (1968-2011), Jean-Pierre Le Goff, Tempus, 288 p., 8,50 €

Le complexe d’Orphée – La gauche, les gens ordinaires et la religion du progrès, Jean-Claude Michéa, Climats, 368 p., 20 €

Chronique parue dans Témoignage Chrétien du 30 octobre 2011

Notes :

[1] « Michéa, c’est tout bête », Le Monde, 6 octobre 2011

Two Minutes’ Hate

“As usual, the face of Emmanuel Goldstein, the Enemy of the People, had flashed on to the screen. (…) The programmes of the Two Minutes Hate varied from day to day, but there was none in which Goldstein was not the principal figure. He was the primal traitor (…). Somewhere or other he was still alive and hatching his conspiracies: perhaps somewhere beyond the sea, under the protection of his foreign paymasters, perhaps even – so it was occasionally rumoured – in some hiding-place in Oceania itself.” — George Orwell, 1984.

Brave New World – Film catastrophe/Ein Katastrophenfilm (2001)


Frz. mit engl. Untertiteln/Français, sous-titres anglais

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BRAVE NEW WORLD

(Version française )

TO THE STATES
To the States, or any one of them, or any city of the States, Resist much, obey little,
Once unquestioning obedience, once fully enslaved,
Once fully enslaved, no nation, state, city, of this earth, ever afterwards resumes its liberty.
1860
Walt Whitman

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AN DIE AMERIKANER
An die Amerikaner, oder an jedweden unter ihnen,
oder an jeden Einwohner amerikanischer Städte:
Widersteht weitmöglichst, und gehorchet wenig.
Solltet Ihr aufhören, gegen Unterwerfung aufzubegehren, so seid Ihr nur noch Sklaven,
Und wer bereits ganz Sklave, egal in welcher Nation,
in welchem Staat, in welcher Stadt, auf dieser Erde,
der findet nie wieder zur Freiheit.

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Da alles was die Hand erfasst im Winde zerfließt,
Da es nichts anderes gibt als Untergang und Verzweiflung,
Denke: was ist, ist nicht
Und das von dem man spricht, es sei nicht, das ist.
Omar Khayyam

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1. Eine Kriegspropaganda

Am 11. September 2001 wurden die Medien der ganzen Welt augenblicklich zu einer der größten Propaganda-Aktionen der Weltgeschichte mobilisiert, und in der Ankündigung einer terroristischen Apokalypse überboten sie sich gegenseitig im Amateurismus, in der Leichtgläubigkeit, und im Fanatismus.

Wenige Stunden reichten aus um allenorts die Anweisung durchzugeben, den Namen des „Verdächtigten Nummer Eins“ zu verbreiten, aufgrund jener unglaubwürdigen Dokumente,“ die ein Kamikaze auf einem Flughafen-Parkplatz verloren“ haben soll. Osama Bin Laden und sein fundamentalistisch islamisches Netzwerk wurden als das absolute Übel vorgestellt, als der dämonische Gegner gegen dessen Wahnsinn die gewalttätigste Reaktion immer noch gerechtfertigt erscheint.

„Wie gewöhnlich erschien plötzlich das Gesicht des Volksfeindes, Immanuel Goldstein, auf dem Bildschirm. […] Das Programm der Zwei Haßminuten veränderte sich zwar von einem Tag auf den anderen, aber niemals lief es ab ohne daßGoldstein als Hauptfigur darin fungierte. Er war eben der grundlegende Verräter. […] Irgendwo, nur wusste keiner wo, lebte er fort und ersann weiter seine Komplotte. Vielleicht jenseits der Meere, unter der Obhut fremder Machthaber, die ihn dafür besoldeten. Vielleicht auch, wie man zuweilen munkelte, innerhalb Ozeaniens selbst, in einem geheimenSchlupfwinckel.“

George Orwell, 1984

Das Bild von Bin Laden – Goldstein verschmelzt sich hier mit dem eines anderen Unwesens, das sich im Schoss der Erde aufhält, mit dem des Antichristen, des alten Drachens, des Satans. Mittels dieser unbegrenzten ideologischen und polizeilichen Hetzkampagne, die sich durchaus modern erweist, behauptet sich nichtdestotrotz der archaische, apokalyptische Manichäismus der sowohl am Ursprung des Islams wie auch an dem des Christentums stand, und der sich erneut als Religion einer dekadenten Zeit, einer Ära des Elends, des Unwissens und der Sklaverei, diesmal im weltweiten Maßstab durchsetzt. In einer solchen Zeit häufen sich wie jetzt Exemplare des falschen Propheten und des Pseudo-Messias, die sich gegenseitig als Agenten des Satans anklagen und ihre Ausrottung verlangen, und erdreisten sich mißratene Führer zur Behauptung, daß sie das Wohl derer sichern, die sie in Wahrheit unterdrücken.

„Unsere Nation wurde von Gott auserwählt um ein Vorbild zu sein“ (George W. Bush, 28. August 2000)

„Das schreckliche Drama der Jüngsten Tage glich keineswegs einem ungenauen oder entfernten Hirngespinst: es handelte sich vielmehr um eine unfehlbare Voraussagung, von der man fast bei jedem Atemzug spürte, daß sie im Begriff war, sich zu verwirklichen“.

Norman Cohn, Die Sehnsucht nach dem Millennium

2. Ein integrierter Terrorismus

Wie die Dämonen der mittelalterlichen Einbildung waren die Kamikaze-Terroristen was man „Integrationsmodelle“ nennt. Ihr Auftrag erforderte daß sie sich in der amerikanischen Bevölkerung auflösten, dass sie deren Alltagsleben teilten, deren Arbeit, deren Freizeitbeschäftigungen, deren Lebensweise, kurz: dass aus ihnen gute, arbeitsame und vaterlandsliebende Amerikaner wurden. Was allerdings nicht verhinderte, daß die spezialen Dienste des amerikanischen Staats sie sorgfältig und auftragsgemäss beaufsichtigten, da sie seit langem von verbündeten Geheimdiensten darüber informiert worden waren, welche Absichten die Terroristen in Wahrheit hegten. Im übrigen ist ein geheimes Netz von fanatischen Komplotteuren die fähig wären, die Kompetenz der staatlichen Stellen zu übertreffen, denen sie von Anfang an die Existenz schulden, sowohl eine logische Absurdität wie eine praktische Unmöglichkeit, in einer Welt die vonEchelon und dessen zahlreichen Ablegern kontrolliert wird, und die sich hierzu ein halbes Jahrhundert lang vorbereitete durch einen geheimen Krieg gegen die sogenannte kommunistische Gefahr. Deshalb kann es sich nur um einen Akt des Glaubens handeln wenn man dem bedürftigen Szenario, das zynische Lügner einem stumpfsinnigen und unterwürfigemPublikum auftischen, irgendeine Glaubwürdigkeit beimisst.

So kommt es, daß Schwachköpfe nicht verstehen (und Scheinheilige vorgeben, nicht zu verstehen), daß ein Komplott gegen den Staat ein zu wichtiges Unterfangen ist, um den Feinden des Staates überlassen zu werden ¾ zumal wenn dieses Komplott die Ausmaße annimmt, die man am 11. September zu sehen bekam.

„Diese Tiger haben Schafsseelen; Windbeutel anstatt Köpfe: es genügt, ihre Sprache zu sprechen um in ihren Reihen aufgenommen zu werden.“

Maurice Joly, Dialog in der Hölle zwischen Machiavelli und Montesquieu.

Um wirksam kontrolliert zu werden müssen Islamisten eines Netzes wie Al Qaida Anführern blind gehorchen, die selbst von irgendwelchen staatlichen Geheimdiensten ausgebildet und finanziert werden, und die durch eine sonderbare Schizophrenie davon überzeugt sind, daß sie dadurch ihrer eigenen perversen Sache dienen. So kommt es dass treue, arbeitsame und das Vaterland liebende Saudis sich in Kamikaze-Terroristen verwandeln.

3. Wem profitiert das Verbrechen?

Dieses Phänomen der Fusion ist nur oberflächlich widersprüchlich; zunächst ist es das Ergebnis einer tatsächlichen Interessengemeinschaft ökonomischer Art, die sich vorrangig auf das Öl gründet. So verfolgten die „Repressalien“ gegen Afghanistan, die bereits mehrere Monate vor dem casus belli des 11. September geplant waren, den Zweck, die Fassade der zentralen Macht in Afghanistan neu zu übertünschen, um mit ihr kostensparend den Bau und die Beschützung des saudi-amerikanischen Pipelines zu verhandeln, um das uzbekische und turkmenische schwarze Gold nach Pakistan zu befördern ¾ kostensparend insofern daß man das unglückliche Experiment der Frauenkäfige verbreitenden Taliban abbrach, und sich ebenfalls des störenden Masud entledigte. Die Profite, die sich einige von der Ausbeutung der letzten großen Ölreserven erhoffen, sind unvergleichbar mit den spekulativen Nebenprofiten die von den gleichen, oder von anderen, am 11. September einbezogen wurden aufgrund eines banalen Insider-Deliktes .

Die wichtigste politische Konsequenz ist nicht minder offensichtlich: der amerikanische Verwaltungsapparat, der durch die erste Nicht-Wahl der Geschichte dieses Landes an die Macht gekommen war, fand sich national und international legitimiert durch die Inszenierung des tragischen Schwanks eines Zirkusaffen, der sich als Kriegsherr verkleidete um die Führung eines weltumfassenden Kreuzzuges zu übernehmen. Derart gestärkt konnte dieser Apparat dazu übergehen, sein Programm in die Tat umzusetzen, welches in ökonomisches Dingen ultra-liberal und in Sachen der öffentlichen Freiheit ultra-repressiv ist, das alles in kürzester Zeit, mittels einer zeitweiligen Knebelung des Kongresses als letzter demokratischer Seifenblase der Vereinigten Staaten, durch die organisierte „Milzbrand-Psychose“.

Unter dem Anstoß dieser Ereignisse aufgefordert, um ihre amerikanische Kollegen herum eine Solidaritätskette zu bilden, unternahmen alle Oberhäupter der übrigen Welt,, auf ihrer lokalen Ebene die Gelegenheit zu nutzen um das gleiche Programm weitgehendst durchzudrücken, ohne vor einem Import der fertig ins Haus gelieferten „Milzbrand-Psychose“ zurückzuscheuen, wie in Frankreich und in Deutschland, oder vor einer nationalen Varianten, wie dem Geister-Lastwagen der in ganz Italien nach den Mitteln suchte, einen Selbstmord zu verüben. Alle Machthaber suchen nach der Möglichkeit, mit der Ablehnungsbewegung endlich Schluss zu machen, die sie so sehr beängstigt, und die von Seattle bis Teheran, von Pretoria bis Tizi-Ouzou nach ihren Mitteln und nach ihren Zwecken sucht; und alle beeilen sich, ihren kurzlebigen Triumph zu feiern.

Dieser Chor zynischer Jubelschreie, in dem sich die internationale Solidarität einer völlig des Ausmaßes ihrer Macht bewussten Klasse ausdrückt, ist das zentrale Skandalobjekt, das überall totgeschwiegen und versteckt werden soll.

„Das Geheimnis regiert die Welt, und zunächst als Geheimnis der Herrschaft.“

Guy Debord, Kommentare über die Gesellschaft des Spektakels

4. Von den „Konspirationstheorien“

Die Ereignisse haben die Existenz einer riesigen Konspiration von selbst enthüllt. Um die Passivität der Bevölkerung zu sichern genügt es, deren Fähigkeit zu erkennen, wer tatsächlich gegen wen komplottiert, zu verwirren. Verschiedene Szenarios lassen sich dann spontan entwickeln, um die offizielle Lesart (die „Theorie“ der islamistischen Konspiration) den verschiedensten Teilen des Publikums anzupassen, die zuvor auf diese oder jene Version getrimmt worden waren. So können die Islamisten es glauben, daß Christen gegen die islamische Welt komplottieren, oder eher noch die althergebrachte „Theorie“ des jüdischen Komplotts verewigen. Die radikale Linke kann eine „Theorie“ der faschistischen Konspiration entwerfen, oder eines Komplotts der CIA ¾ wo doch ihr Standpunkt erfordern würde, Ereignisse in ihrer Globalität und in ihrer Bewegung zu erfassen.

All diese gebrechlichen Gerüste gründen sich auf die zuweilen subtile Verwendung von Teilwahrheiten. Gewiss waren es Fraktionen diverser amerikanischer, saudi-arabischer oder pakistanischer Geheimdienste, und möglicherweise Spezialeinheiten einiger Ölfirmen, die aller Wahrscheinlichkeit nach Masud erledigten und die Attentate am 11. September vollbrachten; aber manipulierte Islamisten haben nicht destoweniger eine maßgebliche Rolle gespielt. Ebenso ist es sehr wahrscheinlich, daß faschistische Gruppen in den USA an den Milzbrand-Anschlägen teilgenommen haben. Aber eine Verbindung grundlegender Komplizität ist es, die viel eher aus dem ungesunden Nebel dieser Ereignisse klar emporsteigt, und alle die aneinander festschmiedet, die an diesem neuen Massaker profitiert haben.

Die diversen „Konspirationstheorien“ dienen nur dazu, die Wahrheit zu zerbröckeln, um dann jedes Bröckel wieder in den Rahmen einer Pseudo-Totalität einzufügen, welche aus unbeholfenen Irrtümern und paranoïden Lügen zusammengeschustert ist, und die, sobald man sie mit der Wirklichkeit konfrontiert, in sich zusammenfällt. In der Folge werden sie in verschiedenen Milieus benutzt um augenblicklich, durch blosse Erwähnung ihres Namens, jede authentische Kritik zu widerlegen, die es nicht geschafft hätte, die diversen Agenturen zur Organisation des Schweigens abzuschaffen. Zum Beispiel könnte man eines Tages behaupten, sollte dies nötig werden, dass der vorliegende Film eine Konspirationstheorie entwickelt; oder, was aufs Gleiche herauskommt, dass er eine lächerliche Paranoia ausdrückt.

5. Eine neue Zeit

Die Attentate des 11. Septembers können nur verstanden werden wenn man begreift, daß sie sich am Ende eines komplexen Übergangsprozesses befinden, der vor etwa zehn Jahren anhebte. Das Jahr 1991 wurde in der Tat öffentlich gebrandmarkt durch den Golfkrieg und durch die Auflösung der UdSSR, woraus eine langfristige, sowohl militärische wie ökonomische Hegemonie der Vereinigten Staaten entstand, und es wurde ebenfalls gekennzeichnet, aber unter geringerem Aufsehen, durch den Anfang des „schmutzigen Krieges“ in Algerien ¾ in jenem Labor wurde zwecks späterer Systematisierung die islamische Variante des modernen Staatsterrorismus experimentiert, einer Herrschaftstechnik, die zum ersten Mal nach 1968 in Italien praktiziert worden war, und die sich seitdem weltweit bewährt hat.

Mit einigen Generationsunterschieden handelt es sich um die gleichen Leute, die heute in den USA oder in Algerien, in Italien oder sonst wo regieren. Aber sie haben die Lektion Ihrer Machtausübung während der letzten zehn Jahre gelernt: sie haben verstanden dass die Erhöhung ihres Profits künftig die weltweite Herrschaft des Terrors und des Obskurantismus erfordert; nun wissen sie besser, was sie bereichert, was sie bestärkt, in welcher Weise sie die Mittel anwenden können, die sich gegeben haben, und was eine unter Hypnose gehaltenen Bevölkerung zu glauben und zu ertragen imstande ist.

Die Provokation des 11. Septembers hat den Start zu einem 21. Jahrhundert gegeben, das sich bereits anschickt, ihr aufs genaueste zu ähneln: als ein von Idioten inszenierter Katastrophenfilm voller massenverdummendem Getöse und terroristischer Raserei, und dem jede Bedeutung abgeht.

NOSOTROS

November 2001

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