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Anton Pannekoek – Die Arbeiter, das Parlament und der Kommunismus (1933)

Die Arbeiter, das Parlament und der Kommunismus – Anton Pannekoek

Krise und Armut [1]

Die Gesellschaft gerät in eine Krise. Handel und Industrie schrumpfen beständig, große Betriebe sind still gelegt. Es herrscht Arbeitslosigkeit in bislang unvorstellbarem Maße. Millionen Arbeiter weltweit haben keine Stelle, und das schon seit Jahren, und müssen sich mit einer allzu knappen Arbeitslosenunterstützung mit knapper Not über Wasser halten. Die heranwachsende neue Generation hat keine Chance. Die Staaten Schotten sich durch hohe Schutzzölle voneinander ab und zerschlagen den internationalen Verkehr. Die Bauern finden für ihre Produkte keine Abnehmer. Überall herrscht das Gefühl, daß irgendetwas in unserer kapitalistischen Gesellschaft verkehrt läuft. Was früher als unerträglicher Zustand galt: die große Ausbeutung, die ewige Hetze, die Ständig drohende Existenzunsicherheit, die trostlose Aussicht, immer nur Proletarier zu bleiben – das erscheint nun beinahe als Idealzustand, den man sich zurückwünscht. Aber es ist sehr unwahrscheinlich, daß dieser Zustand wiederkehrt. Selbst wenn die Krise vorüberginge und die alte Betriebsamkeit wieder zurückkehrte – was niemand Vorhersagen kann –, würde sich doch alles verändert haben. Es ist gut möglich, daß es zu einem Aufschwung in den jungen Staaten von Amerika und Asien kommt und daß in Europa die Industrie auf Dauer zurückgeht.[2] Untergang, tiefste Armut und größtes Elend scheinen die Zukunft der Arbeiter zu sein.

Und warum? Die Gesellschaft ist reicher als je zuvor, reicher durch ihre Fähigkeit Reichtum zu schaffen. Angewandte Wissenschaft und Technik ermöglichen es der Landwirtschaft und der Industrie Überfluß für alle zu produzieren. Schon vor fünfzig Jahren ist berechnet worden, daß auf der Basis der damaligen Technik eine Arbeitszeit von fünf Stunden täglich ausgereicht hätte, um jedem eine Existenz auf dem Niveau der oberen Mittelschicht zu sichern. Und vor kurzem hat ein Ingenieur-Büro unter der Leitung des Amerikaners Scott ausgerechnet, daß bei einer Arbeitszeit von zwei Stunden täglich die Menschheit in der Lage sein sollte, für jeden ein mehr als ausreichendes Einkommen zu schaffen.

Wenn das so ist, warum existiert dann der Widerspruch zwischen der faktischen und stets drohender werdenden Armut und dem Potential von Überfluß? Die Antwort: Weil es einen Konflikt zwischen der Arbeitsstruktur und der Eigentumsform gibt. Die Eigentumsformen passen nicht mehr zu den Arbeitsformen. (mehr…)

Jean Barrot – Sur l’idéologie ultra-gauche (1969)

Publié pour la première fois dans le numéro 84 d’Informations et Correspondances Ouvrières (ICO) – Août 1969

« Ce n’est pas seulement dans ses réponses, mais dans les questions elles-mêmes qu’il y avait une mystification. » Marx. Idéologie allemande

§ 1 – Ce texte a été rédigé pour les réunions nationale et internationale organisées en juin-juillet 1969 à l’initiative d’ICO. Il ne fait aucun doute que l’un des buts essentiels de ces réunions sera de « coordonner « l’activité de divers groupes ultra-gauches existant en France et dans le monde. Mais d’emblée une question se pose : quelle activité? On ne peut coordonner que les travaux allant dans le même sens, tournant autour des mêmes préoccupations, ce qui n’implique pas bien entendu un accord théorique totale, mai suppose en tout cas une discussion ; et cette discussion ne peut porter que sur le fond. C’est pourquoi, nous proposons en préparation de ces réunions une contribution théorique portant sur deux points essentiels et étroitement liés (et qui n’en font en réalité qu’un seul) : le problème dit de « l’organisation « et le problème du contenu du socialisme. En somme le moyen et le but du mouvement révolutionnaire. Le courant ultra-gauche (nous indiquerons dans quelques lignes ce que nous entendons par là) s’est prononcé et défini sur ces deux points. Nous voudrions ici réfléchir sur les solutions qu’il propose. Bien loin de nous éloigner du travail concret, notre démarche est, selon nous, la seule façon de permettre une « coordination « réelle du travail des différents groupes ultra-gauches présents aux réunions nationale et internationale. Tous les ultra-gauches pour lesquels l’activité révolutionnaire est réellement un problème pratique ne peuvent que se poser le problème théorique de l’orientation générale de leur travail.

§ 2 – Il est clair que notre critique devra être, entre autres, historique : nous ne voulons pas avant tout opposer des idées à d’autres idées, mais situer historiquement les conceptions que nous examinons. Cela est d’autant plus justifié que les conceptions en question se définissent par une référence constante à un passé bien précis et à des théories issues d’une certaine période de l’histoire du mouvement ouvrier.

§ 3 – Qu’est-ce en fait que le courant ultra-gauche ? Le produit et l’un des aspects du mouvement révolutionnaire qui suivit la première guerre mondiale et ébranla l’Europe capitaliste sans la détruire de 1917 à 1921-23. Les idées ultra-gauches ont leurs racines dans ce courant des années 20 qui exprimait lui-même la lute de dizaines d’ouvriers révolutionnaires en Europe. Il s’agit avant tout d’un mouvement minoritaire qui s’opposait à l’orientation générale du mouvement révolutionnaire mondial. Le terme lui-même est significatif : il y a la droite (les sociaux – patriotes Ebert, Longuet…), le centre (Kautsky, la majorité du PCF), la gauche (Lénine et l’I.C.) et les ultra-gauches. Le courant ultra-gauche se définit donc de prime abord comme oppositionnel : opposition au sein du K.P.D., de l’I.C. Ce mouvement minoritaire s’affirme en s’opposant à la majorité de l’I.C., aux thèses qui triomphent dans le mouvement communiste international : c’est à dire au léninisme. Le courant ultra-gauche tire avant tout sa force du mouvement révolutionnaire en Allemagne, au Pays-Bas ; les appuis qu’il possède en France, en Grande-Bretagne sont de peu de poids. (Nous mettons délibérément de côté pour l’instant la gauche italienne, le « bordiguisme «, que nous n’incluons pas dans l’ultra-gauche pour plus de commodité et examinerons un peu plus loin. Nous prenons en quelque sorte comme « critère « de l’ultra-gauche l’opposition de gauche au léninisme dans son ensemble, en tant que théorie et pratique).

§ 4 – Une étude du mouvement ultra-gauche montre qu’il est loin d’être monolithique (voir la brochure d’I.C.O. sur le mouvement des conseils en Allemagne). Par ailleurs, ses différentes tendances évoluèrent selon les années et les circonstances : par exemple, la réponse à Lénine de Gorter (republiée récemment) développe une conception du parti que l’essentiel du courant du « socialisme de conseils « n’adopte pas. Sur les deux points fondamentaux (« l’organisation « et le contenu du socialisme) nous n’étudions donc que les idées retenues pour le développement ultérieur de ce courant et donc pas les groupes ultra-gauches actuels, dont I.C.O. offre sans doute l’un des meilleurs exemples.

§ 5 — Les conceptions ultra-gauches en matière d’organisation sont le produit à la fois d’une expérience pratique (les luttes ouvrières en Allemagne surtout) et d’une critique théorique (la critique du léninisme). On sait que pour Lénine le mouvement ouvrier ne peut être révolutionnaire par lui-même : il faut un parti qui lui apporte la « conscience de classe «, la conscience socialiste «. Le problème révolutionnaire central consiste à forger une « direction « capable de mener mes ouvriers à la victoire. En s’efforçant de théoriser l’expérience des organisations d’usine en Allemagne, les ultra-gauches opposèrent à la théorie léniniste la conception selon laquelle la classe ouvrière n’a nul besoin d’être dirigée par un parti pour être révolutionnaire. La révolution serait l’œuvre des masses organisées en conseils ouvriers et non d’un prolétariat guidé et contrôlé par des révolutionnaires professionnels. Le K.A.P.D., dont Görter théorise l’activité dans sa Réponse à Lénine , concevait encore son rôle comme celui d’une avant-garde organisée en dehors des masses (de les éclairer et non de les diriger comme dans la théorie léniniste). Mais cette conception était elle-même dépassée par certains ultra-gauches opposés à la dualité parti/organisation d’usine : les révolutionnaires ne devaient pas chercher à se regrouper en organisations spéciales distinctes des masses. Cette thèse conduit à la création en 1920 de l’A.A.U.D–E. qui reprochait à l’A.A.U.D. d’être « l’organisation de masse « du K.A.P.D. Le communisme des conseils et, en premier lieu, son théoricien le plus brillant, Anton Pannekoek, devait retenir les idées de l’A.A.U.D-E ; c’est également sur cette conception que se fonde le travail d’I.C.O : tout regroupement de révolutionnaires en dehors des organes crées par les ouvriers eux-mêmes, et qui tente de se donner une ligne et de formuler une théorie cohérente et globale, ne peut finalement que se poser en direction des ouvriers. Les révolutionnaires font donc seulement circuler des informations, établissent des contacts , mais n’essaient jamais en tant que groupe d’élaborer une théorie et une orientation d’ensemble.

§ 6 – Le contenu du socialisme a été conçu lui aussi à partir de l’expérience prolétarienne et l’époque et de la critique du léninisme. Les ultra-gauches voyaient en Allemagne et en Russie le développement prodigieux des conseils d’usine, des conseils ouvriers. En Allemagne, les conseils restèrent sous la domination politique des réformistes. En Russie, les tâches qu’ils purent remplir furent limitées au contrôle ouvrier (1917 et début 1918) et le mouvement fut ensuite liquidé. Les bolcheviks, disait Lénine, doivent administrer la Russie. Un appareil bureaucratique se forma peu à peu pour gérer l’économie russe. Les ultra-gauches dénoncèrent cette caricature du socialisme et posèrent ce qui devait rester leur thèse fondamentale en la matière : le socialisme n’est pas la gestion de la société par une minorité d’ « administrateurs «, mais par les masses ouvrières organisées en conseils. Le socialisme, c’est la gestion ouvrière. Cette conception est restée au centre des idées ultra-gauches. Ainsi, la critique du Parti se relie-t-elle à la critique du socialisme russe. Au parti, instrument de prise du pouvoir et de gestion de la société socialiste, les ultra-gauches substituèrent les conseils ouvriers.

§ 7 – Sur ces deux points, le courant ultra-gauche s’est fondé dans les années 20 à partir d’une critique du léninisme. On peut se demander si cette critique n’a pas été, tout comme ce qu’elle critiquait, le produit d’une époque; et si elle ne porta pas la marque des limites de cette époque. Le courant ultra-gauche a-t-il analysé la léninisme en profondeur ? ou bien n’en a-t-il pris que le contre-pied sans vraiment en atteindre les racines ?

1. LE PROBLEME DE L’ORGANISATION

§ 8 – Le point de départ méthodologique de la théorie léniniste du parti est une distinction que l’on trouve chez tous les grands théoriciens socialistes de l’époque, et même chez Engels à la fin de sa vie : selon cette distinction, le « mouvement ouvrier « et le « socialisme « (c’est à dire les idées, la doctrine, le marxisme, le socialisme scientifique, etc… on peut appeler cela de différentes manières) sont deux choses radicalement différentes et séparées. Il y a les ouvriers et leurs luttes quotidiennes ; il y a le socialisme, les révolutionnaires. Il faut, dit Lénine reprenant Kautsky, « introduire « les idées révolutionnaires en milieu ouvrier. Mouvement ouvrier et mouvement révolutionnaire sont coupés l’un de l’autres. Il faut les unir, assurer la direction des ouvriers par des révolutionnaires professionnels. Pour ce faire, les révolutionnaires se regroupent séparément et interviennent « de l’extérieur « dans le mouvement ouvrier. L’analyse de Lénine plaçant les révolutionnaires en dehors du mouvement ouvrier se fonde sur une constatation apparemment évidente : les révolutionnaires semblent être dans un tout autre monde que celui où se déroule la vie quotidienne des ouvriers. Or, Lénine ne fait que s’appuyer sur cette apparence sans aller au fond des choses : le mouvement révolutionnaire, la dynamique qui mène vers le communisme, est produit par la société capitaliste. C’est à partir de là que Marx avait élaboré sa conception du parti. Le terme parti revient souvent sous la plume de Marx : il faut distinguer entre les principes qu’il pose et les analyses de conjoncture sur l’évolution du mouvement ouvrier de son époque. Il ne fait aucun doute que certaines de ces analyses étaient fausses (par exemple sur les syndicats). D’autre part, il n’y a pas un texte où Marx affirmerait : voici ce que je pense sur le parti, mais un grand nombre de remarques dispersées dans toute son œuvre. Les exégètes peuvent donc s’en donner à cœur joie. Il nous semble cependant qu’un point de vue global se dégage clairement de tous ces textes. La société capitaliste produit d’elle même un parti communiste qui n’est que l’organisation du mouvement objectif (c’est à dire indépendamment de la conscience au sens de Kautsky et de Lénine) qui pousse cette société vers le communisme (nous verrons plus loin ce qu’est, et en tout cas ce qui n’est pas, le communisme).

§ 8 bis – En période de paix sociale, l’équilibre de la société reste stable, les éléments du système se soutiennent et aucune rupture n’est possible. Dans ces conditions, le mouvement révolutionnaire est réduit à quelques aspects limités et même à première vue dérisoires : quelques luttes ouvrières qui vont assez loin pour remettre en causes certains fondements de l’ordre établi (par exemple de nos jours la remise en cause des syndicats) ; également des révoltes brutales qui souvent ne proviennent pas des ouvriers mais de certaines couches de la paysannerie par exemple, ou même aujourd’hui des étudiants, bien que ces révoltes ne jouent que le rôle que la situation générale de la société leur donne à ce moment-là ; enfin, de petits groupes, et même des individus isolés, ce qu’on appelle les « révolutionnaires « . Nous sommes en ce moment dans une telle situation. Mais il n’y a pas d’un côté « les ouvriers «, de l’autres « les révolutionnaires « ; ou plutôt, si les « révolutionnaires « semblent coupés du prolétariat, c’est que ,précisément, le « prolétariat « n’existe pas dans une telle période. La définition de Marx est capitale ; LE PROLETARIAT N’EXISTE QUE S’IL EST REVOLUTIONNAIRE. En « période calme «, lorsque le capital fait fonctionner la société et y règne en maître, il n’y a qu’un ensemble gens contraints de vendre leur propre force de travail, mais pas de prolétariat. Le prolétariat, produit par le développement de la forme de production marchande, ne peut se manifester en tant que tel, c’est–à–dire entant que classe, que dans une situation où il y a rupture de l’équilibre social.

§ 8 ter – En fait, tout mouvement révolutionnaire correspond à la société dont il est issu et à celle qu’il va instaurer : le mouvement communiste, le parti au sens de Marx, reflète en particulier la division du travail manuel-travail intellectuel. Cette division, il ne la « choisit « pas ; la base sur laquelle le capitalisme se développe la lui impose. En, période de paix sociale, il y a des ouvriers révolutionnaires isolés dans leurs usines et qui font ce qu’ils peuvent sur le plan des luttes quotidiennes, de la critique du capitalisme et des institutions qui le soutiennent en milieu ouvrier (syndicats, partis « ouvriers «, réformistes). Ils y réussissent généralement assez mal, ce qui est tout à fait normal. Et, d’autre part, il y a des révolutionnaires (ouvriers et non-ouvriers) qui lisent et écrivent, et font ce qu’ils peuvent pour diffuser leur travail théorique ; ils y réussissent généralement tout aussi mal, ce qui est tout aussi normal. Lénine voudrait que les « théoriciens « dirigent les « ouvriers « ; ICO s’y refuse énergiquement et en conclut qu’il faut éviter tout travail théorique collectif. Mais le problème est ailleurs : révolutionnaires « ouvriers « et révolutionnaires « théoriciens « ne sont que deux aspects d’un même processus. En croyant voir là une profonde coupure, Lénine ne faisait que prendre l’apparence pour la réalité. Mais ICO ne fait que renverser l’erreur de Lénine, sans voir que cette prétendue séparation n’est qu’une illusion, comme le montre d’ailleurs l’avènement d’une période quelque peu révolutionnaire . Qu’avons-nous vu en mai-juin 1968 au centre Censier à Paris ? un certain nombre de communistes « ultra-gauches «, qui avant et après les événements consacraient et consacrent l’essentiel de leur activité révolutionnaire à une critique théorique de la société capitaliste, ont travaillé avec une minorité ouvrière révolutionnaire. Ils ne sont pas venus se lier ni s’unir aux travailleurs. Ils n’étaient pas auparavant plus séparés des ouvriers que chaque ouvrier n’est lui-même séparé des autres ouvriers dans la situation d’atomisation de la classe ouvrière qui caractérise toute période non-révolutionnaire (comme on l’a souvent montré, les syndicats ne diminuent pas mais renforcent cette atomisation). Marx n’était pas plus séparé des ouvriers en écrivant le Capital qu’en agissant dans la Ligue des Communistes et dans l’Internationale: en travaillant au sein de ces groupes, il n’avait ni le besoin impérieux (comme Lénine), ni la crainte (comme ICO) de se constituer en direction de la classe ouvrière.

§ 9 – La conception marxiste du parti comme produit historique de la société capitaliste revêtant différentes formes selon les phases que traverse cette société permet de dépasser le dilemme nécessité du parti/crainte du parti.

§ 10 – Le parti pour Marx n’est que l’organisation spontanée (c’est–à–dire totalement déterminée par l’évolution sociale) du mouvement révolutionnaire issu du capitalisme. Le parti surgit spontanément du sol historique de la société moderne. La volonté et la crainte de créer le parti sont aussi illusoires l’un que l’autre. Le parti n’a ni à être créé ni à ne pas l’être : il est pur produit historique. Le révolutionnaire n’a donc besoin ni de construire le parti ni de craindre de le construire. Nous verrons dans un instant les conséquences pratiques de ce point de vue. Examinons d’abord un argument souvent employé par les ultra-gauches.

§ 11 – Il faut se garder, disent-ils, de se constituer un parti : voyez ce qui est arrivé en Russie après 17. Justement : voyons. La révolution de 1917 a été effectuée par le parti au sens de Marx ; quant au parti que Lénine avait voulu construire depuis Que Faire ?, il joua en permanence un rôle de frein entre février et octobre. Lénine, lui-même, ne fut révolutionnaire en 1917 que parce qu’il rejeta Que Faire , dans sa pratique. Ensuite, la faiblesse du prolétariat russe et l’absence de révolution en Europe contraignirent la révolution russe à remplir exclusivement les tâches de la révolution bourgeoise impossible. Le parti bolchevique (un parti selon la conception léniniste et non selon la conception marxiste) assura la direction du pays et la théorie léniniste du parti coupé des masses, « avant-garde consciente «, qui possède le savoir et …la conscience, servit de puissant paravent idéologique à la bourgeoisie d’Etat. Les ultra-gauches ont pris cette idéologie pour le fond du problème : il ne faut pas de parti, disent-ils, sans quoi on aboutit à ce qui s’est passé en Russie. En vérité, ce n’est pas le parti de Lénine qui a entraîné la défaite de la révolution russe ; c’est l’absence de révolution mondiale qui, seule, a pu donner au parti de Lénine le souffle qu’il avait bien perdu entre février et Octobre. Car il faut distinguer entre le parti au sens de Marx et le parti bolchevique. On croit que c’est le parti bolchevique qui a fait la révolution d’octobre 1917. C’est faux ; le parti bolchevique, le parti de Lénine, qui avait essayé de construire depuis plus de quinze ans la « direction des masses «, « l’avant-garde «, avait été mis en tant que tel sur la touche par l’élan des masses organisées (auxquelles se sont jointes dès le début de nombreux bolcheviks). Seule la faiblesse de la révolution lui a ensuite, presque aussitôt d’ailleurs après Octobre, remis tout le pouvoir. Alors l’appareil centralisé du parti bolchevique a pu diriger les masses et organiser la vie de la société russe. Les ultra-gauches ne comprirent pas cette distinction et l’on aboutit au refus pur et simple de toute activité cohérente collective (I.C.O.). On se contenta d’adopter une position symétrique à celle de Lénine. Lénine avait voulu construire un parti ; les ultra-gauches s’y refusaient. Pour ou contre la construction d’un parti : l’ultra-gauche ne faisait qu’apporter une réponse différente à une même fausse question. Pour nous, il ne suffit pas de renverser l’optique de Lénine, il faut l’abandonner.

§ 12 – Sur le plan de l’activité, I.C.O a également adopté une position exactement symétrique à celle de Lénine. Les groupes Léninistes modernes (L.O. par exemple) tentent à tout prix d’organiser les ouvriers. ICO se contente de faire circuler des informations sans prendre jamais position collectivement sur un problème. Cette analyse d’I.C.O. parue dans le n°11 de l’Internationale Situationniste nous semble juste (ce qui ne signifie pas bien sûr que nous acceptions l’ensemble de la théorie et de la pratique situationniste) :

§ 13 – « Nous avons beaucoup de points d’accord avec eux (les camarades d ‘I.C.O.) et une opposition fondamentale : nous croyons à la nécessité de formuler une critique précise de l’actuelle société d’exploitation. Nous estimons qu’une telle formulation théorique ne peut être produite que par une collectivité organisée ; et inversement, nous pensons que toute liaison permanente organisée actuellement entre les travailleurs doit tendre à découvrir une base théorique générale de son action. Ce que De la misère en milieu étudiant appelait le choix de l’inexistence, fait par ICO en ce domaine, ne signifie pas que nous pensions que les camarades d’I.C.O. manquent d’idées, ou de connaissances théoriques, mais au contraire qu’en mettant entre parenthèses ces idées, qui sont diverses, ils perdent plus qu’ils ne gagnent en capacité d’unification (ce qui est au fond de la plus haute importance pratique «. (page 63). Nous préciserons bientôt davantage quelles tâches révolutionnaires nous entreprenons.

2. LE CONTENU DU SOCIALISME

§ 14 – La révolution russe dut remplir la tâche de développer le capitalisme en Russie. Gérer l’économie du mieux possible devint le mot d’ordre principal. On s’attacha à former à partir des cadres du parti bolchevique et d’anciens « spécialistes « bourgeois un corps d’administrateurs efficaces. Les ultra-gauches en vinrent à l’idée que cette gestion par une minorité située au-dessus de la classe ouvrière ne pouvait être le socialisme : à la gestion bureaucratique, ils opposaient la gestion ouvrière. On aboutit ainsi à une idéologie ultra-gauche cohérente dont les conseils ouvriers forment le centre : instruments de lutte, de prise de pouvoir et d’administration de la société future, les conseils occupent par exemple dans le livre de Pannekoek Les conseils ouvriers la place centrale réservée au parti chez Lénine. En fait, cette conception nous oblige à réfléchir sur ce qu’est vraiment la société capitaliste : car avant de savoir ce qu’est le socialisme il nous faut savoir à quoi il s’oppose. La théorie de la gestion ouvrière nous présente avant tout le capitalisme comme un mode de gestion : l’important, c’est que l’économie est dirigée par une minorité de capitalistes et non par les masses ouvrières. Remplaçons donc les patrons par les ouvriers.

§ 15 – Mais le capitalisme est-il avant tout un mode de gestion ? La critique révolutionnaire du capitalisme amorcée par Marx ne met pas au premier plan la question de savoir qui gère le capital. Au contraire : Marx nous montre les ouvriers et les capitalistes comme simples fonctions du capital ; il dit même que le patron n’est que le « fonctionnaire « du capitalisme : « le capitalisme n’est que le fonctionnement du capital, et l’ouvrier celui de la force de travail «. Les planificateurs russes, bien loin de diriger l’économie, sont au contraire dirigés par elle, et tout le développement de l’économie russe suit les lois objectives de l’accumulation capitaliste. En bref, le « gestionnaire « est au service de rapports de production précis et contraignants. Le capitalisme n’est pas un MODE DE GESTION MAIS UN MODE DE PRODUCTION BASE SUR DES RAPPORTS DE PRODUCTION. Ce sont ces rapports qu’il faut détruire si l’on veut abattre le capitalisme. L’analyse révolutionnaire du capitalisme met au premier plan le rôle du capital dont les « dirigeants « de l’économie ne peuvent que respecter les lois objectives, en U.R.S.S. comme aux U.S.A.

§ 16 – Quel est le mérite du Capital de Marx ? Celui de dégager avant toute autre chose un mouvement, le cycle historique qui part de l’échange exceptionnel de produits, passe par la production simple de marchandises où la loi de la valeur s’établit, se poursuit dans le capitalisme qui généralise cette loi, et s’achèvera par la négation de la loi de la valeur, par la suppression de tout échange dans la société communiste. Le capitalisme a généralisé l’échange sur tout la planète : la valorisation du capital, ainsi que les limites de cette valorisation, passe par la loi de la valeur. « Cette loi n’est autre chose que la loi qui… maintient nécessairement le prix d’une marchandise égal à ses frais de production « : pour Marx, cette loi n’est en somme que la dynamique même du système capitaliste. Son but est la production non pas de marchandise mais de capital: l’échange qui suppose au départ l’égalité se transforme en inégalité croissante compte tenu des conditions de production différentes. C’est en particulier pour cette raison que le capitalisme ne développe pas l’industrie des pays « sous-développés « et les laisse s’enfoncer dans la misère. L’important n’est pas de produire des valeurs d’usage susceptibles de satisfaire des besoins sociaux, mais de produire ce qui peut être échangé dans les meilleures conditions et replacé dans la production pour y acquérir encore plus de valeur. Pourquoi notre monde engendre-t-il côte–à–côte la richesse et la pauvreté? Non pas parce qu’il est mal géré, mais parce que la loi de la valeur ne laisse se développer que les industries rentables, c’est à dire celles dont les produits ont une valeur d’échange proche de la valeur socialement nécessaire mesurée en temps de travail. On ne construit une usine en Inde, même si elle est nécessaire à la survie de la population, que si elle peut approcher la valeur d’échange moyenne et le profit moyen.

§ 17 – Mais en même temps, l’analyse de Marx montre que la généralisation de ce mouvement amène sa destruction. Le capital a approfondi la socialisation de la production amorcée depuis l’apparition de l’échange. Le producteur immédiat de n’importe quel produit tend à devenir chaque jour davantage l’humanité toute entière. Les forces productives se développent de façon fantastique; mais les valeurs d’usage continuent à ne circuler que par l’intermédiaire des valeurs d’échange: l’échange reste le lien social entre les hommes et les pays. Au fur et à mesure que le mode capitaliste de production développe les capacités infinies de production dont il est capable et socialise le processus même de la production, il sape dans sa base sa loi fondamentale, la loi de la valeur; il abolit à la fois la nécessité de l’échange des biens et l’importance du « temps de travail socialement nécessaire « à la reproduction d’un bien, en fonction duquel se règle la proportionnalité de l’échange des marchandises. Les forces de production créées par le capitalisme rendent absolument périmée, irréelle, la forme marchande de la répartition de la production sociale; la forme marchandise que revêtent tous les produits du travail social apparaît de plus en plus comme surimposée, comme une relique que la révolution prolétarienne devra balayer.

§ 18 – « L’échange du travail vivant contre du travail objectivé, c’est à dire la manifestation du travail social sous la forme antagonique du capital et du salariat, est l’ultime développement du rapport de la valeur et de la production fondée sur la valeur. La prémisse de ce rapport est que la masse du temps de travail immédiat, la quantité de travail utilisée, représente le facteur décisif de la production de richesses. Or, à mesure que la grande industrie se développe, la création de richesses dépend de moins en moins du temps de travail et de la quantité de travail utilisée, et de plus en plus de la puissance des agents mécaniques qui sont mis en mouvement pendant la durée du travail. «… « Avec ce bouleversement, ce n’est ni le temps de travail utilisé, ni le travail immédiat effectué par l’homme qui apparaissent comme le fondement principal de la production de richesses; c’est l’appropriation de sa force productive générale, son intelligence de la nature et sa faculté de la dominer, dés lors qu’il s’est constitué un corps social; en un mot, le développement de l’individu social représente le fondement essentiel de la production et de la richesse «… « Le capital est une contradiction en procès: d’une part, il pousse à la réduction du travail à un minimum, et d’autre part il pose le temps de travail comme la seule source et la seule mesure de la richesse. «… « Il (le capital) éveille toutes les forces de la science et de la nature ainsi que celles de la coopération et de la circulation sociales, afin de rendre la production de la richesse indépendante (relativement) du temps de travail utilisé pour elle. D’autre part, il prétend mesurer les gigantesques forces sociales ainsi créées d’après l’étalon du temps de travail, et les enserrer dans des limites étroites, nécessaires au maintien, en tant que valeur, de la valeur déjà produite. «… (Marx, Fondements de la critique de l’économie politique, t. II, p.220 et suivantes)

§ 19 – Seule l’abolition des rapports marchands entre les choses peut permettre l’abolition de ces mêmes rapports entre les hommes (salariat); seule elle permet l’appropriation par l’individu et l’humanité du produit de son travail. Elle fait disparaître le cercle infernal de la production pour la production, depuis longtemps condamnée historiquement ; elle ôte au produit du travail sa vie autonome par rapport au producteur et son empire sur le producteur. L’abolition du salariat va obligatoirement de pair avec l’abolition des rapports marchands.

§ 20 – Dans le communisme, le temps que la société pourra consacrer à la production des objets sera déterminée par la valeur d’usage, c’est à dire par leur caractère utile. (Bien entendu une telle évolution suppose une période de transition que nous n’envisageons pas ici: la valeur d’échange ne sera pas abolie du jour au lendemain: elle dépérira lentement. Nous ne voulons insister que sur le sens de la révolution communiste). C’est le mouvement même du capitalisme qui produit la révolution.

§ 21 – La théorie de la gestion de la société par les conseils ouvriers ignore complètement ce mouvement: elle conserve toutes les catégories et les caractéristiques du capitalisme: salaire, échange, loi de la valeur, limitation de l’entreprise, etc. Le socialisme qu’elle nous propose n’est qu’un capitalisme…démocratiquement géré par les ouvriers. De deux choses l’une: ou bien les conseils ouvriers voudraient fonctionner autrement que les entreprises capitalistes, ce qui serait impossible, les rapports de production restant capitalistes; les conseils ouvriers seraient alors balayés par la réaction (qui aurait sa source principale dans la survivance de ces rapports). Car les rapports de production ne sont pas des rapports d’homme à homme (voir la définition de Socialisme ou Barbarie: les rapports de production capitalistes existent là où il y a des dirigeants et des exécutants) mais la manière dont se rapportent les uns aux autres les différents facteurs du processus de travail: le facteur « subjectif « : la force de travail humaine, et le facteur « objectif « : les moyens de production, les matières premières, etc. Ce qui fait l’essence des rapports capitalistes c’est le surgissement des facteurs objectifs comme puissance étrangère au travailleur, puissance qui le domine en tant que capital. Ceci parce que ces facteurs sont des marchandises. De même que l’abolition du salariat, l’abolition du capital suppose celle de la marchandise. Le rapport « humain « dirigeant-dirigé n’est qu’une manifestation du rapport fondamental salariat-capital.

§ 22 – Ou bien les conseils ouvriers accepteraient de fonctionner comme entreprises capitalistes. Mais alors le système des conseils n’y survivrait pas, sinon comme une illusion destinée à masquer l’exploitation, et les dirigeants « élus» ne tarderaient pas à devenir en tous points identiques aux capitalistes traditionnels: « la fonction de capitaliste, dit Marx, tend irrésistiblement à se séparer de celle d’ouvrier: la loi veut du reste que le développement économique attribue ces fonctions à des personnes différentes;… telle est la tendance dans la société où prédomine le mode de production capitaliste «. La gestion ouvrière aboutirait ainsi au capitalisme: ou plutôt le capitalisme n’aurait jamais cessé d’être, avec tous ses corollaires : concurrence, salariat…

§ 23 – La bureaucratie bolchevique avait pris le contrôle de l’économie: les ultra-gauches veulent que ce soit les masses. Encore une fois l’ultra-gauche est restée sur le terrain du léninisme, se contentant là aussi d’apporter une réponse différente à la même question. Ce faisant, elle posait néanmoins un principe juste (au contraire de Lénine): la prise en main de l’économie par les ouvriers est nécessaire. Mais ce n’est pas un but en soi: c’est une condition nécessaire, mais non suffisante, de la destruction du capitalisme. Le socialisme n’est pas la gestion, même « démocratique « et « ouvrière», du capitalisme, mais sa destruction.

§ 24 – En examinant ces deux points, nous n’avons fait que rappeler la thèse fondamentale de Marx pour qui il y’a un mouvement vers la révolution dans la société dominée par le capitalisme. Notre tâche est d’abord d’affirmer ce mouvement. Les problèmes « d’organisation « et de contenu du socialisme s’éclaircissent. Produit par la société capitaliste, le mouvement révolutionnaire en porte la marque: division manuel/intellectuel. Encore ne faut-il pas théoriser cet aspect, ni dans le sens de Lénine, ni dans le sens d’ICO, mais le reconnaître comme une phase inévitable qui ne disparaîtra qu’avec le plein succès de la révolution. Il n’y a donc pas, contrairement à ce que dit Lénine, un « problème de l’organisation «. Il n’y a que des formes que revêt le mouvement spontané vers le communisme produit par la société elle-même. L’apport théorique de Marx est justement cette mise en lumière de la dynamique interne qui mène du capitalisme au communisme. Par là le socialisme n’apparaît plus comme la simple gestion de la société par le prolétariat mais comme l’achèvement par le prolétariat du cycle historique du capital. Le prolétariat ne peut se contenter de s’emparer du monde : il mène à son terme le mouvement du capitalisme. C’est ce qui sépare Marx de tous les penseurs utopistes et réformistes: le socialisme est le produit d’une dynamique objective, de la dynamique même qui engendra le capitalisme et le propagea sur toute la terre. Marx insiste avant tout sur le contenu de ce mouvement. Lénine et le courant ultra-gauche ont insisté avant tout sur sa forme: forme d’organisation, forme de gestion de la société socialiste, en oubliant le contenu du mouvement révolutionnaire. Cet « oubli « était lui-même un produit historique. La situation de leur époque, et avant tout le développement limité des forces productives, ne permettaient pas aux luttes révolutionnaires d’avoir un contenu communiste (au sens que nous avons défini). Elle impose aux révolutionnaires des formes qui ne pouvaient pas être radicales, communistes. Ces formes à leur tour marquèrent et accrurent les limites de l’époque

§ 25 – Les idées ultra-gauches se sont en effet formées et développées à une époque où les conditions de maturation de la révolution n’étaient pas encore remplies. Le capitalisme n’était pas encore assez développé, le prolétariat pas assez fort pour que la révolution communiste soit possible. Le léninisme ne faisait qu’exprimer l’impossibilité de la révolution à son époque. Les idées de Marx sur le parti étaient mises à l’écart depuis longtemps : Engels lui-même les avait abandonnées à la fin de sa vie. C’est l’époque des grandes organisations réformistes, puis des partis de style bolchevique (qui retombent en fait vite dans le réformisme). Le mouvement révolutionnaire ne s’était pas encore suffisamment affirmé : coincé entre la social-démocratie et le léninisme, il n’arrivait pas à se manifester en tant que tel. Partout, en Allemagne, en Italie, en Grande-Bretagne, le début des années 20 est marqué par l’encadrement et l’embrigadement de la classe ouvrière. Par réaction contre cette situation, les ultra-gauches en viennent à craindre de s’imposer aux travailleurs. au lieu de comprendre les partis léninistes comme produits de la défaite ouvrière, ils refusent tout parti, et laissent comme Lénine la conception marxiste du parti dans les oubliettes de l’histoire. Quant au contenu du socialisme, il suffit de voir que de 1917 à 1936, de la révolution russe à la révolution espagnole, en passant par les insurrections en Allemagne, en Chine et ailleurs, aucun mouvement social d’envergure ne met en cause le fond même du capitalisme. Dés qu’un mouvement révolutionnaire triomphe, il ne peut qu’essayer de gérer le capitalisme, mais non de le bouleverser. Dans ces conditions, les ultra-gauches ne pouvaient pas faire une critique réelle du léninisme. Ils ne pouvaient qu’en prendre systématiquement le contre-pied, sans aller au fond des choses, sans voir le contenu du mouvement révolutionnaire, tout simplement parce que ce mouvement n’apparaissait pas grand jour. C’est pourquoi, tout en affirmant des positions profondément justes sur certains points (critique des syndicats et des partis « ouvriers « surtout), ils ne pouvaient qu’opposer aux formes préconisées par le léninisme d’autres formes, sans jamais dégager le contenu du mouvement révolutionnaire. Ils remplacèrent ainsi le fétichisme du parti léniniste par celui des conseils ouvriers. On peut donc dire que le courant ultra-gauche n’a pas vraiment dépassé le léninisme. Ses conceptions étaient nécessaires en leur temps, elles ont joué un rôle extrêmement positif : c’était une étape nécessaire, inévitable.

§ 25 bis – Mais aujourd’hui, alors que le léninisme commence à avoir fait son temps, parce que la contre-révolution dont il était le produit approche de sa fin, les idées ultra-gauches, qui ne sont que le pendant du léninisme, doivent et peuvent être dépassées. Cette critique n’est possible que parce que le développement du capitalisme à l’échelle mondiale permet d’entrevoir le contenu réel du mouvement révolutionnaire qu’il développe en même temps. En nous accrochant coûte que coûte aux idées ultra-gauches que nous avons exposées (crainte du parti et gestion ouvrière), nous transformerions ces idées en pure idéologie, au sens où Marx parle de « l’idéologie allemande «. Nous vivons sur un héritage important, produit d’une phase bientôt dépassée de l’histoire du mouvement révolutionnaire: si nous ne parvenons pas à dépasser notre passé, ce qui n’implique nullement un rejet brutal, mais au contraire une assimilation profonde, nous réciterons alors Pannoekoek comme d’autres récitent les Principes du léninisme, incapables de jouer un rôle lorsque cette fois le contenu même de la révolution sera mis en avant par ce « parti prolétarien « que nous n’aurons pas su reconnaître.

§ 26 – Le bordiguisme offre un autre exemple du courant intéressant issu de la même période et qui n’a pas réussi à comprendre et à dépasser ses origines. La gauche italienne accepta les idées de Lénine jusqu’au front unique: vérité en-deça de 1921, erreur au-delà. Le bordiguisme s’est développé en maintenant l’idée d’un programme révolutionnaire s’attaquant aux fondements mêmes du capitalisme. Refusant la théorie de la gestion ouvrière, le bordiguisme a fait une des analyses les plus profondes de l’économie russe, mettant au premier plan non pas la bureaucratie, comme les trotskistes et Socialisme ou Barbarie, mais bel et bien les rapports de production. La révolution ne peut consister, explique la presse bordiguiste, qu’à détruire la loi de la valeur et de l’échange. En revanche, la gauche italienne, bien qu’elle comprenne le parti comme produit de la société, reste attachée aux thèses de Que faire ?, d’où une grande confusion théorique, bien que les textes bordiguistes soient très souvent intéressants. La gauche italienne est restée elle aussi prisonnière de l’époque qui lui avait donné naissance. C’est ce que montre entre autre le petit groupe issu du P.C.I. qui publie la revue Invariance (voir en particulier: n°1 sur le parti, n°2 sur la valeur, n°3 : critique de l’autogestion, n°4 (p.66) sur mai 68, et n°5 « Perspectives «.

§ 27 – Notre texte ne vise qu’un but: reconnaître notre idéologie pour la dépasser. Nous pourrons ainsi entreprendre le travail théorique nécessaire: étude du programme révolutionnaire, de la question de la valeur chez Marx et d’autres, de l’analyse du capitalisme (problème de l’impérialisme par ex.), ainsi que des travaux historiques pour mieux assimiler notre passé (plusieurs études sont en cours ou achevées sur le léninisme, sur la IIIème Internationale,…) En même temps nous pouvons et devons faire connaître d’anciens textes ultra-gauches pour mieux montrer à la fois leur rôle et leur limite.

§ 28 – Lorsque le prolétariat se constitue, le révolutionnaire le rejoint d’emblée, sans qu’aucune barrière théorique ou sociologique n’empêche le mouvement révolutionnaire de s’unifier. La cohérence théorique, ainsi que le disent les situationnistes dans l’extrait du n°11 de l’I.S. que nous avons cité, est un but permanent des révolutionnaires, dans la mesure où elle facilite toujours la coordination pratique des énergies révolutionnaires. Les révolutionnaires n’hésitent jamais à intervenir de manière organisée pour faire connaître leur critique de la société.

(La Matérielle)

Pierre Nashua – Perspective sur les conseils, la gestion ouvrière et la gauche allemande (1974)

La constitution de la classe en conseils démontre qu’elle s’organise sur ses objectifs propres, mais ne dit rien sur la nature de ces objectifs, ni sur les divisions qui peuvent exister à l’intérieur de cette classe. Tous les problèmes de la révolution allemande ont tourné autour de ce fait, qui a déterminé toutes ses fluctuations. Au fur et à mesure que la fraction la plus intelligente des officiers a compris qu’il fallait accorder la paix pour sauver ce qu’ils considéraient comme l’essentiel, et à partir du moment où la sociale-démocratie s’est ralliée à la paix, la majeure partie du mouvement est retombée. Mais, dès le départ, la révolution allemande était plus qu’un mouvement pour la paix : en effet, si les premiers conseils ont été des conseils de soldats, il existait depuis plusieurs années, dans les usines, ce qu’on appelait l’organisation des «hommes de confiance», c’est à-dire de délégués ouvriers, coordonnés d’usine à usine, luttant contre la sur-exploitation due à la guerre, sur des positions beaucoup plus «classistes» et économiques que les conseils de soldats. Le mouvement des conseils de soldats s’est coordonné et une organisation de conseils d’ouvriers et de soldats est apparue dans toute l’Allemagne, basée principalement sur les conseils d’usine. D’autre part, la paix créa en Allemagne une situation économique parfaitement monstrueuse, largement aggravée par la politique de la France et des autres puissances victorieuses. En plus du problème de la paix, la révolution allemande s’est donc articulée sur des revendications prolétariennes qui culminèrent dans des grèves et des insurrections. Or, à chaque fois, on a vu le même mécanisme se mettre en action. Quand le capital s’avérait incapable de satisfaire des revendications élémentaires, les révolutionnaires – les éléments les plus radicaux – étaient portés à la tête du mouvement mais, dès qu’une partie de ces revendications étaient satisfaites, le mouvement retombait. Malgré la présence de minorités radicales un peu partout, le mouvement n’a jamais été capable de s’unifier dans une perspective nationale et internationale, d’autant plus que l’Allemagne était encore mal unifiée (l’unification de 1871 avait laissé subsister les dynasties locales en Bavière, en Prusse, etc., qui ne furent renversées qu’en 1918). On a assisté à des explosions et des défaites séparées, région par région, d’ailleurs provoquées par la classe dominante sans doute la plus intelligente du monde. Les révolutionnaires analysèrent ces expériences et l’on pourrait dire qu’ils ont presque connu toutes les formes possibles de contre-révolution, ce qui fait l’extraordinaire richesse de la gauche allemande. En particulier, ils ont été les premiers à voir que la crise économique, jusquelà considérée par les révolutionnaires comme le fourrier de la révolution, pouvait être une arme manipulée par la contre-révolution. Par exemple, la bourgeoisie allemande a su utiliser ce qui lui restait de possibilité d’aggraver ou de réduire l’ampleur de la crise économique pour séparer différentes couches au sein du prolétariat, et plus spécialement pour susciter une division fondamentale entre les chômeurs et les travailleurs ayant un emploi. Elle a fait écraser le mouvement révolutionnaire des chômeurs (qui ne pouvaient trouver de solution pratique à leur situation que dans une issue révolutionnaire) par les ouvriers organisés, parfois dans les syndicats, mais aussi dans les conseils ouvriers, qui avaient eux-mêmes au moins du travail et un salaire. D’une façon générale, la révolution allemande est la seule qui, contrairement à la révolution russe, soit réellement instructive pour la compréhension des révolutions modernes. On peut en connaître maintenant l’histoire par les études et les documents qui commencent à paraître. Mais l’essentiel est de voir ce qu’il en est resté, et d’en dégager ce qu’elle signifie encore pour nous d’important*.

L’un des aspects les plus remarquables est que la révolution allemande s’est faite sur le mot d’ordre : « Quittez les syndicats ! « Alors que personne ne s’était autonomisé par rapport aux syndicats et à la sociale-démocratie avant la guerre, les organisations de gauche ont regroupé des centaines de milliers et parfois des millions de travailleurs sur des positions révolutionnaires. Les organisations politiques comme le K.A.P.D. étaient à certains moments des organisations de masse plus puissantes que le parti communiste lié à l’LC.
D’une part, les syndicats s’étaient complètement intégrés à la guerre, comme d’ailleurs dans les autres pays, à des degrés divers. Ludendorff devait leur rendre hommage en déclarant que jamais l’effort de guerre n’aurait été possible sans la collaboration des syndicats et du parti socialiste. D’autre part, les communistes de gauche ne préconisaient pas de quitter les syndicats pour en former d’autres. Ce mot d’ordre correspondait à un refus total des formes syndicales d’organisation, et s’accompagnait de la création pratique par le prolétariat d’organismes très différents les «unions» contrôlées par la base. L’un des acquis de cette période est d’ailleurs le rejet de la séparation entre organisations politique et économique (parti/ syndicat). Au début existaient parallèlement le K.A.P.D. et l’A.A.U., regroupant les unions ouvrières dans les entreprises. Bientôt, cette dualité fut rejetée au profit d’une forme d’organisation dite «unitaire», où il n’y avait plus aucune distinction entre l’organe-parti politique et l’organe-lutte économique. La naissance de ce type d’organisation (qui se coordonna dans l’A.A.U.-E. – «E» pour «unitaire» en allemand) n’était pas le fruit de la volonté ou de la propagande. Lorsque le prolétariat est confronté à des tâches révolutionnaires, cette séparation tombe d’elle-même. Le seul fait qu’on puisse se poser le problème d’une différence entre organe politique (défendant la perspective à long terme et luttant pour le pouvoir), et organe économique (luttant pour des objectifs limités), prouve que l’étape où en est alors le prolétariat n’est pas révolutionnaire. La révolution communiste inclut d’ailleurs par définition la destruction de l’économie et de la politique, et donc de l’économique et du politiqué, comme domaines spécialisés et séparés.
Les groupes comme le K.A.P.D. ont fait dès le début une analyse de la Russie et du cycle de la révolution mondiale d’une profonde justesse. Il faut dire qu’ils ont été également les seuls à soutenir militairement et efficacement, par des insurrections, des attaques de convois militaires, etc., la révolution russe, malgré leur critique sévère de l’orientation des bolchéviks et de l’I.C. L’évolution de ces groupes illustre tout le problème des organisations révolutionnaires. Au fur et à mesure que la révolution était vaincue, et que le prolétariat refluait vers des positions désespérées ou défensives (purement réformistes : intégration à la société capitaliste), ces organisations ont disparu très rapidement. La venue de nouveaux problèmes les a fait éclater presque sur tous les points avec les réactions habituelles: terrorisme engendré par le désespoir, activisme… N’oublions pas que la révolution allemande a été écrasée par la sociale-démocratie : toute l’histoire de l’Allemagne de l’Entre-deux-guerres, y compris la naissance du fascisme, ne se comprend que par rapport à cet écrasement. Toute l’évolution du fascisme n’a de sens que si on la relie à la révolution allemande, car il a été en grande partie l’exécuteur testamentaire de la révolution allemande. Les révolutionnaires et les fractions les plus radicales de la classe ouvrière (en particulier les chômeurs) avaient bien été battus, mais la République de Weimar (1919-1933), créée et animée au départ par le parti socialiste et les syndicats, n’en était pas moins incapable de mettre de l’ordre dans l’économie et de satisfaire les revendications des chômeurs tout en unifiant le capital national allemand : seul le fascisme put redonner du travail à tous, récupérer l’aspiration à la «communauté» en y apportant une solution (à sa façon), et discipliner tous les groupes sociaux derrière les intérêts du capital national vraiment unifié. Le fascisme a donc satisfait de façon mystifiée les revendications (matérielles et idéologiques) de la révolution de 1919 que la sociale-démocratie avait écrasée, mais dont elle ne pouvait satisfaire durablement les aspirations, étant incapable d’unifier politiquement l’Allemagne. Face à cette situation, les révolutionnaires furent peu à peu réduits à l’état de sectes, dès le début des années vingt, et seuls ceux qui acceptèrent la perspective d’une contrerévolution très longue furent capables de résister théoriquement à la contre-révolution. Il est d’ailleurs exact que d’anciens membres – très peu nombreux – du K.A.P.D. sont devenus fascistes, ne serait-ce que par haine de la sociale-démocratie.
Dans la révolution allemande, les minorités radicales ont vu le problème révolutionnaire, mais l’ensemble de la classe est restée prisonnière d’une attitude revendicative. La gauche allemande est au fond l’expression théorique de ce que des révolutionnaires – souvent des ouvriers sans formation théorique préalable à ces événements – avaient vécu. Cette expression hérite à la fois de toute l’expérience de la révolution la plus significative de l’époque moderne et de son échec, et des limites de la situation allemande. On voit ce double héritage dans les groupes qui ont subsisté, généralement autour d’un ou deux émigrés. Les seuls qui ont eu une expression importante sont la gauche communiste hollandaise (G.I.K.H.) et Paul Mattick autour de diverses revues aux Etats-Unis (International Council Correspondence, Living Marxism, New Essays). II faut distinguer entre les textes contemporains de la révolution et les textes postérieurs. Les premiers sont très riches en raison de l’expérience concrète dont ils sont le produit. Très souvent ceux-là même qui parvenaient à ces «découvertes» théoriques issues de la lutte n’y étaient pas préparés. Par exemple, la critique de la révolution russe a été faite à la suite d’une quantité d’expériences concrètes, de rapports avec les délégués de l’I.C., de mesures pratiques prises par la Russie et l’I.C., etc. Numériquement très faibles, les groupes qui avaient survécu n’ont eu pour ainsi dire aucune influence sur une lutte importante ; malgré des contacts périodiques avec des ouvriers, ils sont restés pour l’essentiel dans un isolement profond. Mais, comme la «gauche italienne», ils ont pu, grâce à un réseau de relations peu nombreuses mais complexes et étendues, jouer un rôle théorique absolument fondamental. Dans les groupes et tendances (y compris autonomes) qui ont pu exister (par ex. Socialisme ou Barbarie en France), on retrouve généralement la trace d’un ou deux membres de la gauche allemande. Il y a une continuité entre la gauche allemande, la gauche italienne, et l’ensemble des «gauches».
Si les qualités de la gauche allemande apparaissent à la lecture de ses textes, il n’est pas inutile d’insister sur ses défauts. Le principal problème auquel tous les révolutionnaires furent confrontés après la naissance du fascisme était l’effondrement de l’ensemble de la perspective classique. La totalité des organisations créées par le prolétariat et auxquelles il participait activement sont passées à la contrerévolution. Loin d’en être la seule force, elles en ont constitué la clé de voûte politique. La sociale-démocratie allemande n’était évidemment pas la seule force contre la révolution : la lutte contre le prolétariat était d’abord assurée par l’armée, le corps des officiers dirigeant les corps-francs, et surtout le capital. Mais la force politique qui a réussi à organiser les éléments contre-révolutionnaires contre le prolétariat radical était la sociale-démocratie et les organisations créées par le prolétariat dans la période antérieure. D’autre part, le fascisme italien et le nazisme représentaient pour la pensée révolutionnaire classique un fantastique bouleversement. On voyait une organisation clairement contrerévolutionnaire se donner une base de masse, et ce qui paraît aujourd’hui une grande banalité était absolument affolant pour les révolutionnaires d’alors. La révolution russe, puis le stalinisme, constituaient aussi une nouveauté fantastique, – et le sont encore en un sens. Comme le prolétariat était peu à peu détruit comme force qui, en tant que classe, était porteuse d’un projet différent de tous les autres, les groupes se retrouvaient complètement isolés. L’important est de voir que les seuls à conserver certaines vérités théoriques ont été ceux qui n’ont pas recherché un succès immédiat dans la classe ouvrière. Au contraire, les trotskystes, qui voyaient sans cesse les signes précurseurs de la révolution, et voulaient conserver un contrôle sur des fractions de la classe et rester dans le jeu politique, étaient en fait conduits à abandonner la quasi-totalité des positions révolutionnaires.
Face à l’effondrement de toute perspective révolutionnaire, la gauche a été forcée d’expliquer cet échec, et à s’interroger sur des solutions possibles. L’élaboration de la théorie révolutionnaire s’est trouvée séparée du mouvement réel de la classe, non seulement parce que la classe ne faisait rien (de subversif), mais parce qu’ils ne fondaient plus leur perspective sur une réapparition du prolétariat comme force révolutionnaire liée à la crise du capital, mais cherchaient des «solutions». L’une des formes par lesquelles les révolutionnaires ont réussi à conserver la «foi» en la révolution, si l’on peut dire, a été une métaphysique du prolétariat. Cela est vrai de toute période contre-révolutionnaire : il est tellement difficile de garder un minimum de perspective communiste dans une telle période que l’on se fabrique des substituts, des moyens pour résister, pour «tenir». Le problème est dans le degré de déformation que cette attitude – compréhensible – introduit dans la théorie révolutionnaire. La gauche allemande a été amenée à développer l’idée d’un prolétariat «pur» contenant en lui-même et par lui-même la vérité révolutionnaire, et à expliquer l’échec révolutionnaire par les falsifications, les pressions et la violence exercée sur le prolétariat pour le détourner de ses tâches. On recherchait d’un côté la démocratie prolétarienne en luttant contre la bureaucratie comme s’il s’agissait d’un mal pernicieux empêchant le prolétariat de s’exprimer. On conservait toujours l’idée que, dans le fond, le prolétariat authentique était révolutionnaire s’il n’était pas manipulé et falsifié. Le souci de démocratie prolétarienne aboutit à inventer des recettes permettant à l’authenticité révolutionnaire du prolétariat de se manifester. Dans cette conception, le conseil ouvrier joue le rôle de panacée universelle. On ne comprend plus le conseil comme forme d’organisation d’une lutte, mais comme une forme bonne en elle-même, permettant à la réalité du prolétariat de s’exprimer. Les révolutionnaires devaient donc faire la chasse aux bureaucrates et aux déformateurs : on pouvait voir cette conception appliquée par exemple dans Socia lisme ou Barbarie, plus d’ailleurs dans son fonctionnement interne que dans ses textes. Puisqu’on avait assisté en Russie à la reconstitution d’un pouvoir de classe, on recherchait une vision du communisme interdisant ces déformations. D’autre part, comme le pouvoir de la classe dominante était bien évidemment lié à la gestion du capital et des forces productives en général, on en venait à croire qu’on pourrait éviter cette dégénérescence si le prolétariat prenait lui-même en main la gestion de l’économie. Il est difficile de faire la critique de cette théorie, car, à travers elle, la gauche allemande et les groupes qu’elle a influencés (en particulier Socialisme ou Barbarie) ont exposé un grand nombre de vérités importantes. Mais, dans la mesure où ces positions étaient élaborées dans une période de contre-révolution complète, certains points essentiels faisaient totalement défaut.
Le pire défaut de cette évolution, que l’on remarque très nettement dans les lettres adressées par Pannekoek à Socialisme ou Barbarie, est l’idée qu’il faut avant tout éviter de violer le prolétariat : on en vient à craindre qu’en agissant, en luttant pour quoi que ce soit, les révolutionnaires acquièrent un pouvoir sur le prolétariat et détruisent sa spontanéité supposée révolutionnaire. On alla jusqu’à s’interroger pour savoir si l’on pouvait déclencher une grève sans une assemblée générale préalable où la majorité des travailleurs se prononceraient pour la grève : il est pourtant évident qu’aucune grève sérieuse ne s’est jamais déclenchée après de telles discussions.

Par ailleurs, l’ensemble du problème de la nature même du communisme, et de l’abolition de l’économie marchande, était certes traité par la gauche allemande : l’un de ses textes principaux, écrit vers 1930, porte même sur les Principes de base de la production et de la répartition communistes, mais le point central n’est plus la question du salariat et de la marchandise, mais la question de la gestion. On construit un schéma théorique où une fédération de conseils ouvriers gère tout, comme si le communisme était la généralisation d’assemblées générales démocratiques discutant et décidant de tout. Il est vrai que le terme de conseil ouvrier recouvre des réalités différentes. En Russie, en 1905, le soviet de Petrograd était un organisme local élu par des délégués de quartier auquel participaient d’ailleurs surtout des ouvriers, simplement parce qu’ils étaient à l’origine du mouvement. On a vu réapparaître des soviets dans la révolution de 1917, où ils servaient d’organisations de lutte, et se formaient sur une base locale. Ces soviets sont devenus un double pouvoir, et, comme les bolchéviks étaient les seuls à proposer des perspectives, ils ont pris le pouvoir dans les soviets, puis dans toute la société. Parallèlement à ces organisations locales, il y eut – surtout en 1917 – des «comités d’usine», coordonnés entre eux à partir d’une organisation dans les usines (il faut toutefois se rappeler qu’une période révolutionnaire ne connaît pas de légitimité au sens traditionnel, et ne sait jamais parfaitement qui est qui ni qui fait quoi : donc une décision prise par cet organisme était appliquée aussi par d’autres organes qui n’en faisaient pourtant pas partie, sans formalisme : il faut être juriste pour se demander quelles sont exactement les règles formelles de fonctionnement d’une révolution). Il existait une différence réelle entre ces comités nécessairement plus prolétariens, et beaucoup plus concernés par les questions à la fois économiques et de conditions de travail, et les soviets locaux. Après la prise du pouvoir par les bolchéviks, les soviets locaux sont devenus des organes de transmission du pouvoir bolchévik, alors que les comités d’usine ont continué à exister et sont restés un pôle d’opposition, de lutte, ou parfois d’accord, par rapport au pouvoir d’Etat. Ils ont poursuivi leur existence pendant de nombreuses années et ont d’ailleurs joué un rôle déterminant dans la grève de Petrograd qui a précédé l’insurrection de Cronstadt. Les organisations d’usine ont presque subsisté en Russie jusqu’en 1930. Un grand conflit s’est même déroulé en 1927-28 contre la réintroduction de la hiérarchie des salaires ouvriers. Dès les premières années de la révolution, on avait imposé le «commandement d’un seul» et le pouvoir des managers, mais l’Etat avait toujours dû reculer sur la hiérarchie des salaires pour les ouvriers : les organisations d’usine ont encore eu la force de se battre vigoureusement contre son introduction en 1927-28. Mais la nature propre de la révolution russe, les tâches spécifiques qu’elle devait affronter, avec un prolétariat industriel très minoritaire (moins de 10°io de la population), ont fait que le mécanisme politique a reposé pour l’essentiel sur les soviets locaux. Au contraire, dans la révolution allemande, la structure sociale du pays (et non la volonté, la conscience des ouvriers, ou la propagande d’un courant quelconque) a fait que, si le mouvement a été déclenché au départ par des conseils de soldats – pour des raisons historiques précises, et d’abord l’incapacité de l’Allemagne à gagner la guerre –, toute l’organisation s’est construite ensuite autour des conseils d’usine, donnant au mouvement un caractère beaucoup plus prolétarien. La caractéristique essentielle de ce que désignent les révolutionnaires en parlant de «conseils ouvriers» est celle-ci : ce sont des organes de lutte non représentatifs, c’est-àdire qui ne visent pas à représenter le prolétariat au sein d’un pouvoir ou ailleurs, mais qui réalisent ses tâches. C’est l’auto-organisation de la classe contrainte d’agir. Sa composition même la met au centre de tous les problèmes de production, de travail, de salaire, etc. Et, puisque la classe est conduite à s’organiser de façon autonome, cela implique par définition l’existence d’une crise politique où les conseils constituent donc un double pouvoir (c’est-à-dire en plus de l’État). Au sens révolutionnaire, le conseil ouvrier est donc un organe de double pouvoir dans lequel la totalité des aspects de la vie et de la société sont envisagés de façon unitaire. Il intervient dans tout sans se soucier des délimitations entre domaines et sphères juridique, politique, économique, etc. Ce n’est pas un organe représentatif, à la fois par son mode de fonctionnement et sa composition.
De façon générale, les formes organisationnelles sont entièrement déterminées par la situation concrète et par la structure de la classe. Par exemple, en mai 1968, en France, il n’y a pas eu trace de conseils ouvriers, et la forme d’organisation prise par le mouvement n’a absolument pas été le produit d’aucune propagande, et résultait des faits : il existait dans beaucoup d’usines de petites minorités voulant lutter, dont la détermination et le relatif isolement, face à la majorité des travailleurs contrôlés par les syndicats, les ont conduit à se regrouper entre elles sous forme de «comités d’action». Cette structure d’organisation répondait à la réalité du moment. Certains ont fait de la propagande pour des conseils ouvriers : c’est le type même d’une propagande parfaitement abstraite et idéologique. Si par malheur il y avait eu une structure correspondant formellement à des conseils ouvriers, on aurait vu une écrasante majorité contrôlée par la C.G.T. paralyser totalement la minorité qui, au contraire, agissait. Il est vrai que les révolutionnaires tentent en permanence d’étendre le mouvement, et luttent pour la formation de conseils. Mais il faut bien se rendre compte que le conseil est la forme d’un mouvement : vouloir en faire une entité abstraite ou une panacée peut conduire à se mettre à l’extérieur du mouvement au lieu de le développer.
Il faut aussi distinguer entre le conseil ouvrier au sens révolutionnaire et certaines formules de propagande qui y ressemblent ou le caricaturent, comme le mot d’ordre trotskyste de «contrôle ouvrier». Sans s’arrêter ici aux détails de l’origine de ce mot d’ordre dans l’histoire du trotskysme, on peut rappeler que Lénine ne souhaitait pas – et cela peut se comprendre – le départ et l’expropriation massifs des bourgeois. Les bolchéviks voulaient la continuation (provisoire) d’un développement capitaliste sous le contrôle d’un pouvoir politique réalisé et relayé par les organisations d’usine. Il ne s’agit pas de savoir ici si cette position était justifiée pour la Russie de 1917-18, qui était effectivement un pays arriéré. Mais en tout cas cette idée était liée chez les bolchéviks à la nécessité absolue d’un développement capitaliste de la Russie. En attendant la révolution européenne, et en l’aidant matériellement (par la propagande, les armes, etc.), ils envisageaient une sorte de capitalisme contrôlé par le pouvoir d’Etat révolutionnaire, appuyé sur les comités d’usine : solution très provisoire bien sûr. Cet équilibre ne pouvait qu’être de courte durée, et devenir soit un capitalisme pur et simple, soit une communisation en liaison avec le reste du monde : on sait ce qu’il en est advenu: Par contre, l’idée du contrôle ouvrier exposée actuellement par les trotskystes est totalement et foncièrement contrerévolutionnaire. C’est, d’une part, la thèse d’une phase de transition entre un capitalisme hyper-développé et le communisme, alors qu’il n’y a nul besoin d’une période qui ne serait ni « capitaliste « ni « communiste «, mais seulement d’une transformation communiste des rapports sociaux (ce qui ne se réalise pas bien sûr en un soir : mais, dès le début, on prend des mesures communistes irréversibles). D’autre part, le contrôle ouvrier se présente concrètement comme l’action de comités de fabrique dans chaque entreprise, épluchant les comptes, contrôlant le patron, surveillant à la fois la production et les activités commerciales de l’entreprise : c’est donc l’idée que ce contrôle constitue pour les travailleurs une première expérience et une école de gestion, où ils apprennent à administrer. Cette thèse est entièrement contre-révolutionnaire, parce que le contrôle ouvrier ne peut apprendre aux travailleurs qu’à gérer le capital. C’est d’ailleurs exactement ce qu’ils font en pareil cas. Les écoles syndicales ne servent pas à autre chose qu’à former des administrateurs du capital à partir de la classe ouvrière (cf. la «cogestion» allemande actuelle). On suppose une sorte d’économie éternelle dont les lois seraient à peu près identiques sous le capitalisme et sous le communisme : les travailleurs auraient donc à apprendre les règles de l’administration et de l’économie. A elle seule, cette revendication signifie l’abandon absolu de la compréhension du communisme. Dans différents pays (France, Italie, Grande-Bretagne, etc.), le slogan de «contrôle ouvrier» connaît aujourd’hui un renouveau dans les milieux de gauche et même dans certaines tendances des partis socialistes : on mélange autogestion, gestion ouvrière et contrôle ouvrier dans une confusion totale, et sans aucun lien avec la théorie révolutionnaire ni avec le communisme. Ces courants sont par contre directement liés à l’effort du capital pour se rénover, comme le montre l’affaire Lip en France (1973) : on voit un militant chrétien représentant les ouvriers de l’entreprise s’entendre avec un patron membre du P.S.U.
On pourrait presque dire qu’actuellement une grande partie de la production est déjà autogérée à l’échelle mondiale par la classe ouvrière. Ceux qui effectuent les tâches (prendre une pièce, la mettre sur une machine, etc.) sont les ouvriers. La stricte application des règlements et l’interdiction de l’initiative des travailleurs désorganiseraient plutôt la production. Il est évident que, dans une société communiste, le processus matériel de la production est réalisé par ceux qui travaillent, par les producteurs, ce qui implique par rapport au système actuel un bouleversement gigantesque. Si les travailleurs ne sont pas soumis à une autorité extérieure qui conçoit pour eux ce qu’ils fabriquent, si les producteurs organisent eux-m-mes le processus concret de la production (ce que Marx nomme «travail concret»), ce seul fait implique une transformation colossale (horaires, organisation du travail, destruction des chaînes et de tous les mécanismes qui visent à contrôler le travail pour accroître sa productivité). Mais le problème réel n’est pas là. Il ne s’agit pas pour le prolétariat de revendiquer la «conception» de la production dont il n’assure aujourd’hui que la «fabrication». La vraie question est celle du cadre dans lequel se déroulent à la fois conception et fabrication : la finalité de la production, les quantités respectives des biens produits, leur nature… Ce qui est déterminant, ce n’est pas le processus matériel de la production, qui ne pose pas de problème particulier comme on l’a vu en cas de guerre, de catastrophe, de crise grave, voire de révolution, les travailleurs prennent en main l’appareil de production et le font marcher. Le véritable problème est au niveau de l’économie : c’est l’économie en tant que telle, et prise comme un tout, qu’il s’agit de détruire. Dans la société capitaliste, c’est la logique de la marchandise qui s’impose et qui détermine tout : ce qui sera produit, comment, etc. La totalité de l’économie est déterminée par les conditions de la production, qui appartiennent au capital. Le courant autogestionnaire, né récemment en réaction au mouvement révolutionnaire, fournit des réponses au capital au fur et à mesure que des difficultés se présentent. Dans le meilleur des cas, sa solution serait synonyme d’autogestion du capital. L’exemple de Lip est frappant : les tâches auparavant assurées par le patron deviennent les tâches des ouvriers. En plus du processus matériel, les ouvriers se chargent de l’administration. Ils font le travail du patron en plus de leur propre travail. Mais le problème est dans l’existence de l’économie et de la marchandise qu’il faut détruire. Tous les problèmes que peut poser la gestion sont complètement différents dans la société non marchande. C’est pour cela que le contrôle ouvrier est une absurdité : il n’apprend et ne peut apprendre que la gestion capitaliste, quelles que soient les intentions des ouvriers qui l’exercent. Les ouvriers ne peuvent rien apprendre sur la gestion qui serait celle d’une société communiste en contrôlant un patron capitaliste : en contrôlant les sommes versées aux assurances, à la sécurité sociale, aux fournisseurs, etc., ils s’initient uniquement à la gestion d’une entreprise, c’est-à-dire d’une somme de valeurs marchandes en relation avec d’autres. Le communisme a justement pour objectif et même comme tâche immédiate de détruire ces mécanismes.
L’autogestion est même la forme suprême du capitalisme. On assiste actuellement à la destruction de la bourgeoisie traditionnelle par le capital. Sauf dans des pays comme la Russie, c’est le développement même du capital qui liquide la bourgeoisie. Si on ne s’attaque pas aux bases de l’économie capitaliste, on a une économie organisée en entreprises, des unités réunissant chacune une certaine quantité de capital fixe et une certaine quantité de force de travail. Cette force de travail est organisée de façon spécifique, due à la nécessité d’extraire de la plus-value. On suppose ainsi la séparation entre travailleurs manuels, intellectuels, ingénieurs, administrateurs, etc. L’autogestion rassemble tous ces gens-là sans éliminer les séparations qui les divisent et les opposent. Si cette stratification n’est pas détruite par avance, elle réapparaît nécessairement, que la production soit autogérée ou non. Chacun va se battre selon sa spécificité, s’organiser au sein de sa catégorie comme dans un racket pour protéger ses intérêts propres. Il se peut que, dans une première phase, les travailleurs manuels l’emportent, mais s’il y a ensuite pénurie de cadres parce que les écoles n’en forment pas assez, il faudra augmenter les salaires des cadres pour en obtenir. On autogère donc le capital. L’autogestion équivaut à conserver les catégories du capital, et les faire se contrôler elles-mêmes de l’intérieur (démocratie d’entreprise), au lieu de les contrôler de l’extérieur (pouvoir dictatorial de la direction). Marx a montré depuis longtemps que la bourgeoisie, le capitalisme, l’échange, ne sont pas des produits de la malignité humaine ou de la volonté d’une minorité cherchant à bien vivre aux dépens des autres, mais le résultat de rapports de production réels, qui sont eux-mêmes issus d’une situation objective. La marchandise a constitué un progrès et la propriété privée a été le mode de développement de l’humanité pendant plusieurs millénaires. Les sociétés qui ne les ont pas connues sont souvent restées dans une misère aggravée par le décalage et le déséquilibre par rapport au monde échangiste et capitaliste. La fonction du capitaliste et de l’administrateur n’est ni une aberration ni le produit du mal : on ne peut pas l’enlever en gardant le reste. Si l’on n’en détruit pas les bases, ils ont une fonction réelle, qu’il faut remplir d’une façon ou d’une autre. L’autogestion fait simplement assurer par la collectivité des fonctions auparavant assurées par une couche séparée. L’autogestion représente le comble du rêve ou du cauchemar capitaliste. C’est le triomphe du capital.
Lorsqu’autrefois le capital a réuni dans un même lieu des ouvriers qui jusque-là tissaient à domicile, en leur donnant les mêmes métiers à tisser que ceux qu’ils utilisaient chez eux, puis a découvert qu’on pouvait augmenter leur productivité en décomposant leurs gestes, et qu’ils pouvaient d’autant moins se battre contre les patrons qu’ils avaient moins de qualification, on fabriqua une machine qui inclut dans sa structure même la production de valeur marchande et la réduction des hommes à des instruments de cette valorisation. Le capital n’existe pas dans la tête des gens, il est présent dans la structure des habitations, des appartements, etc. Toutes les structures sociales sont inscrites dans la matière. Le fait que nous vivions dans des familles plus ou moins étriquées est inscrit dans des bâtiments. Le capital est présent dans la structure même de la machine. L’autogestion signifierait que l’on a réussi à créer une machine incluant dans sa structure même l’exploitation, la déshumanisation et la séparation des gens qui travaillent, et à les persuader qu’il n’y aurait pas d’autre solution ; on y a si bien réussi qu’on peut maintenant leur dire : « Désormais, autogérez-vous ! « Cela suppose que, lorsqu’on donne aux travailleurs cette liberté illusoire, ils ne vont avoir aucune envie de briser la machine ou de se mettre à travailler autrement. L’autogestion généralisée signifierait donc une acceptation généralisée du capitalisme. Elle implique que la totalité des valeurs du capital se sont si bien matérialisées partout qu’on peut laisser les gens autogérer la société.
L’intérêt de la gauche italienne est justement d’avoir largement clarifié cette question. En un sens, elle est le contraire de la gauche allemande. C’est un mouvement théorique qui préexistait en partie aux mouvements révolutionnaires, disposant d’un corps de doctrine solide et relativement stable. C’est d’ailleurs en cela que leurs rapports sont intéressants, surtout lorsqu’elles parviennent aux mêmes conclusions. Elle a affirmé et vu des points essentiels que n’a pas compris la gauche allemande. Mais, de même que la gauche allemande n’a pu préserver sa compréhension qu’en maintenant une sorte de métaphysique du prolétariat, la gauche italienne l’a conservée en y mêlant une métaphysique du parti et de la théorie. On a parfois l’impression que la théorie existe tout à fait indépendamment du mouvement pratique de la classe. On peut se demander si le principal apport de la gauche italienne n’est pas d’avoir conservé certains points essentiels de la conception de Marx, et d’abord la compréhension tout à fait juste du Capital, à commencer par le Livre I : définition du capital et définition du communisme. Elle a maintenu la vision du communisme comme abolition de la marchandise et du salariat, alors que la gauche allemande reste peu claire à ce sujet.
Au bout du compte, le problème qui se pose à nous aujourd’hui, face à l’expérience de la révolution allemande et aux divers courants de gauche qui ont résisté à la dégénérescence de la Troisième Internationale, est la question du rapport entre le communisme et le prolétariat. Ces événements montrent en effet qu’il existe incontestablement au sein du prolétariat une tendance communiste : non pas une tendance idéologique, mais un mouvement pratique vers le communisme. La réalité de sa situation le conduit à développer une pratique et des perspectives communistes. La preuve en est qu’il entretient des organisations révolutionnaires plus ou moins importantes, qui disparaissent presque en période de contre-révolution mais qui réapparaissent ensuite. La preuve en est aussi dans le fait même de la pratique du prolétariat en période révolutionnaire. Cela vaut aussi bien de la révolution russe que de la révolution allemande : n’oublions pas en effet l’extraordinaire richesse de la révolution russe, malgré ses limites. Cependant, le moins qu’on puisse dire du rapport entre prolétariat et communisme est qu’il est complexe. I1 n’y a pas de lien univoque (à un seul sens) entre développement du capital, crise, et attaque du prolétariat contre le capital. Le prolétariat a été pris et s’est laissé prendre par le capital, par exemple dans la révolution allemande : à l’échelle de l’ensemble de la classe, les prolétaires voulaient la paix, voulaient vivre décemment, mais ne voulaient pas le communisme. Ils ne le percevaient d’ailleurs même pas : seule une faible minorité en était capable. Le prolétariat n’existe pas à l’état d’entité observable et descriptible comme la majorité des faits sociaux. Le prolétariat est un rapport avec le capital. C’est le rapport le plus important au sein même du capital, le plus important rapport interne au capital. Le prolétariat est un rapport du capital avec lui-même. Il existe donc nécessairement un lien entre la constitution du prolétariat en classe, c’est-à-dire en catégorie qui s’oppose à la société avec ses objectifs propres, et son existence au sein du capital.
Pour aborder ce problème, il est vital de bien assimiler et critiquer à la fois l’apport de la gauche italienne et allemande. Par exemple, sur la question du communisme, les points de vue de Bordiga et de Socialisme ou Barbarie sont diamétralement opposés. Prenons comme illustration « Le Contenu du socialisme « de Chaulieu, qui est d’ailleurs étroitement lié à sa conception du capitalisme et à ses théories économiques. Dans ce texte, Chaulieu est pour le maintien du salariat. En s’aidant notamment de sociologues industriels, il parvient à une vision très profonde de la réalité capitaliste et de la société moderne. Il a totalement perdu de vue la dynamique du capital, et sa vision est celle d’un sociologue et non pas d’un marxiste : mais, à l’intérieur même de cette vision sociologique, il va très loin. Il propose le capitalisme moins ses mauvais côtés. I1 ne conçoit absolument pas une société sans salaire et sans économie. Il se prononce donc pour le salariat avec égalité des salaires. C’est le rêve du capital réalisé. Le problème vient de ce que le capital doit se former à partir d’une société non capitaliste. Mais à partir du moment où il domine absolument tout, de la naissance à la mort, le problème change. Dans le capitalisme du début du siècle, la formation du travailleur qualifié s’acquiérait relativement individuellement : il était donc normal qu’on la lui paye en lui donnant ensuite un salaire supérieur à celui de l’ouvrier non qualifié. Mais si le capital domine aussi les conditions de formation de la force de travail, pourquoi payerait-il un salaire différent ? Il lui suffit d’entretenir le travail. Les forces de travail reproduites de façons différentes devaient être rémunérées de façons différentes. Si le capital organise l’élevage des enfants et la formation des diverses forces de travail, il n’a qu’à entretenir tout le monde au même prix. L’égalité des salaires est incluse dans la logique du capital: seul le sous développement du capital s’y oppose.
Le capitalisme étant incontrôlable, les solutions du type autogestionnaire, comme tant d’autres, veulent un capitalisme planifié. Chaulieu invente un schéma d’ «usine du plan» autogérée, qui repose sur une vision parfaitement totalitaire. I1 imagine qu’on votera pour déterminer les investissements, les salaires, la part réservée à la consommation, etc., en s’aidant de modèles mathématiques rendus accessibles à tous (matrices de Léontieff entre autres). Tous les problèmes qui relèvent aujourd’hui uniquement de la classe dominante viendraient donc dominer la totalité de la société, par le biais d’une démocratie généralisée. Les difficultés du capital seraient les difficultés de tout le monde, et non plus d’une minorité de gestionnaires.
Si l’ensemble des frais de formation de la force de travail est assuré par la société, Chaulieu parvient à la conclusion que la différence de formation entre un ouvrier spécialisé et un chirurgien du cerveau n’entraînerait dans ces conditions qu’une différence de salaire de 1 à 2. Il suppose donc que l’activité humaine a un prix et qu’on compare la valeur respective des différentes formes de travail, en rémunérant les forces de travail. La force de travail est donc encore une marchandise. C’est exactement le contraire de la perspective de Marx. Il est vrai que l’élaboration de cette théorie dans les années cinquante était un effort considérable pour sortir de l’immobilisme. Produit original de la gauche allemande, Socialisme ou Barbarie a su poser les problèmes ouvriers et de l’organisation du travail bien avant qu’ils ne deviennent à la mode. Mais il les a posés en méconnaissant l’analyse de Marx. Là encore, on voit que révolution et contre-révolution sont proches elles répondent aux mêmes questions de façon opposée. Capital et prolétariat s’efforcent l’un et l’autre de résoudre les contradictions du salariat. Mais, aujourd’hui, la thèse de la gestion ouvrière ne fait que le jeu du capital. Elle est reprise sous mille variantes par ceux qui ont besoin de moderniser leur idéologie pour participer à la direction politique du capital. Puisque la crise de la société est visible à l’oeil nu, tous ceux qui recherchent un pouvoir quelconque sont et seront obligés de reprendre d’une façon ou d’une autre les positions autogestionnaires.

* Ce n’est sûrement pas sans profit qu’on lira La Gauche Allemande/Textes, de D. Authier (repris dans le catalogue des publications Spartacus), et La Gauche Communiste en Allemagne, de D. Authier et J. Barrot (Editions Payot), qui répondent à ces deux besoins d’exhumation et de clarification (N. d. E., 1977).

Anton Pannekoek et la théorie de l’effondrement (Aufheben, 1993-1995)

Pendant que les communistes de gauche maintenaient l’identification de la décadence avec le stade impérialiste du capitalisme, la théorie plus abstraite de Grossman, qui s’enracinait dans la tendance à la chute du taux de profit du «Capital», était adoptée avec enthousiasme par beaucoup de communistes des conseils et plus particulièrement par Mattick. Contre ce courant, Pannekoek fit une importante critique. Dans «La théorie de l’effondrement du capitalisme», en plus de montrer comment Grossman déforme Marx en faisant des citations bien choisies, Pannekoek fait des développements qui indiquent un au-delà du marxisme objectiviste. Bien que, dans sa propre démarche, il croit toujours au déclin du capitalisme, Pannekoek commence à produire une attaque essentielle de la séparation de l’économie, de la politique et des luttes : «L’économie en tant que totalité des hommes travaillant et peinant pour satisfaire leurs besoins de subsistance et la politique (au sens large) en tant qu’action et lutte de ces hommes comme classe pour satisfaire ces mêmes besoins, forment un seul domaine unifié se développant selon des lois». C’est ainsi que Pannekoek insiste sur le fait que l’effondrement du capitalisme est inséparable de l’action du prolétariat dans une révolution sociale et politique. Le dualisme, impliqué par la vision de l’effondrement du capitalisme comme totalement séparé du développement de la subjectivité révolutionnaire du prolétariat, signifie que, lorsque la classe ouvrière est vue comme nécessaire pour fournir la force de la révolution, il n’y a pas de garantie qu’elle soit capable de créer un ordre nouveau par la suite. Ainsi « un groupe révolutionnaire, un parti à objectif socialiste aurait à apparaître comme un nouveau pouvoir administratif en lieu et place de l’ancien, dans le but d’introduire une variante quelconque d’économie planifiée. La théorie de la catastrophe économique est de la sorte toute prête pour des intellectuels qui reconnaissent le caractère intenable du capitalisme et qui veulent une économie planifiée à construire par des leaders et des économistes capables.» Pannekoek nota aussi quelque chose que l’on voit se répéter aujourd’hui : l’attrait pour la théorie de Grossman, ou d’autres théories analogues de l’effondrement, au moment où il y a manque d’activité révolutionnaire. Il y a la tentation pour ceux qui se définissent comme révolutionnaires de : «…souhaiter aux masses abruties une bonne catastrophe économique et qu’ainsi elles sortent finalement de leur endormissement et entrent en action. La théorie posant que le capitalisme est maintenant entré en crise finale fournit par ailleurs une réfutation simple et décisive du réformisme et de tous les programmes de parti qui donnent la priorité au travail parlementaire et à l’action syndicale. Une démonstration si simple et empirique de la nécessité d’une tactique révolutionnaire doit être accueillie avec sympathie par les groupes révolutionnaires. Mais la lutte n’est jamais simple ou empirique ; même la lutte théorique à coup de preuves et de raisons.». Mais, poursuit Pannekoek, l’opposition aux tactiques réformistes devrait être fondée non sur la nature de l’époque, mais bien sur les effets pratiques de ces tactiques. Il n’est pas nécessaire de croire à une crise finale pour justifier une position révolutionnaire, le capitalisme va de crise en crise et le prolétariat apprend à travers ses luttes. «Dans ce processus la destruction du capitalisme s’accomplit. L’auto émancipation du prolétariat est l’effondrement du capitalisme.». Dans cette tentative de relier de manière interne la théorie de l’effondrement du capital au mouvement du prolétariat, Pannekoek accomplit une évolution essentielle.

Aufheben, Sur la décadence – Théorie du déclin ou déclin de la théorie ?

Théorie Communiste n°15

Gottfried Mergner – Die Gruppe Internationaler Kommunisten Hollands (1971)

1970 kennt die revolutionäre Arbeiterbewegung in der BRD nur „sektiererische Gruppen“.
Die Massenorganisationen der „Arbeitnehmer“ wehren sich energisch, mit dem Klassenkampf nur im entferntesten in Verbindung gebracht zu werden. SPD und DGB sind über jeden Verdacht, sozialistisch zu sein, erhaben. Die DKP und der Rest der etwa 10 kommunistischen Parteiversuche sind von ihrem „revolutionären“ Anspruch her Tiger, von ihrer Verwurzelung im Proletariat her jedoch Papiertiger.
Der Sieg des Faschismus als Massenbewegung über die sozialistische Arbeiterbewegung forderte und zog nach sich die Zeit eines „Neuaufbaus“, die auch die Chance der Neuorientierung in sich barg. Dieser historische Tatbestand setzte aufs neue und eindringlichste die Grenze zwischen Dogmatismus und Resignation auf der einen Seite und der kritischen Überprüfung der tradierten Theorie auf der anderen Seite.
Mit der Jugendrevolte kam das Interesse für die Geschichte der Arbeiterbewegung und für sozialistische Theorien. Darin drückt sich einmal der Wunsch aus, in der Geschichte Identifikationsmöglichkeiten zu finden, zum anderen aber auch eine gewisse Bereitschaft, aus der Geschichte zu lernen.
Die DKP, aber auch einige andere der Parteineugründungen wollen dieses Interesse möglichst schnell in ihre Kanäle lenken und disziplinieren. Indem sie in der Geschichte nur das gelten lassen wollen, was „irgendwie relevant“ geworden ist, sei es quantitativ als mächtige Organisation (wie die KPD der Weimarer Zeit) oder qualitativ als neue geschichtliche Bedingung (wie die russische Revolution), negieren sie jede Kritik an der Erscheinung und am Ergebnis und damit auch die Reflexion über mögliche Alternativen. So werden die leninistischen Organisationsvorstellungen, geweiht durch die russische Revolution, zu der einzig möglichen, und der revolutionäre Weg scheint „gesetzmäßig“ vorgeschrieben als Eroberung des Staates durch die revolutionäre Partei.
Jeder, der dies bezweifelt, offenbart danach nur seinen fehlenden Klassenstandpunkt und wird daher mit Vokabeln der Vergangenheit bedacht (Anarchosyndikalist, Anarchist). Dabei wird aber nicht angegeben, wie das Wunder geschehen soll, daß zwar der historische Bedingungszusammenhang sich ändert, aber die Begriffe und ihre Inhalte konstant bleiben.
In der vorliegenden Publikation sollen die Arbeiten der GIC, einer winzigen Splittergruppe, neu zugänglich gemacht werden, einer Splittergruppe, deren Organisationsgeschichte schon längst abgeschlossen ist, die niemals auch nur im geringsten politisch relevant geworden ist.
Doch sind wir der Ansicht, daß die Lektüre dieser Schriften, die sich um die Alternative zum „Staatssozialismus“ Leninscher Art bemühen, ohne in den plumpen Fehler zu verfallen, historisch Bedingtes moralisch zu verurteilen, nicht nur wegen der Qualität sozialistischer Theorie heute noch mit Recht das Interesse wecken, sondern daß gerade die Kritik an einem „staatlichen Sozialismus“ heute das Ziel des Kommunismus wieder klarer werden läßt: nämlich die ausschließliche Verwaltung der Produktion durch die eigentlichen Produzenten, die arbeitende Bevölkerung.

1.1. Die organisatorischen und theoretischen Wurzeln der GIC
Die Geschichte der Gruppe Internationaler Kommunisten begann 1907, als der radikale Flügel der SDAP, deren Sprecher GORTER und PANNEKOEK waren, ein eigenes Blatt herausgab, „De Tribune“. Dies führte 1909 zur Abtrennung und zur Gründung einer eigenen Partei, der „Sociaal Democratische Partij“.
In keiner der Sozialdemokratischen Parteien Europas ist etwas Ähnliches vor dem ersten Weltkrieg passiert! Z. B. die Linksradikalen um ROSA LUXEMBURG, die in ihrer Grundtendenz mit den Tribunisten übereinstimmten, entschlossen sich zu einem solchen Schritt erst 1919. Die S.D.P. kam über den Status einer kleinen Intellektuellensekte, die bis zum Kriege in Holland nicht mehr als 500 Mitglieder organisieren konnte, nicht hinaus. Für Rosa Luxemburg war dies ein abschreckendes Beispiel. (1)
Ursache der Abtrennung war die Frage nach der Selbsttätigkeit der Massen, damals konkret die Frage nach dem Generalstreik als einem Mittel der direkten revolutionären Massenaktion. PANNEKOEK und GORTER als die Theoretiker dieser Richtung stellten dem Primat der Organisation (Deutsche Sozialdemokratie) das Primat der Aufklärungs- und Bewußtseinsarbeit entgegen. Die Aufgabe der Avantgarde sei die Aufgabe des mithelfenden Lehrers, sie habe aber nicht die Aufgabe, durch ihre Politik und durch ihre Organisation die Aktionen der Massen zu ersetzen.
PANNEKOEK und GORTER haben in der Auseinandersetzung mit Kautsky (2) und in der Auseinandersetzung mit dem Leninismus (3) das theoretische Fundament gelegt und die politischen Kategorien entwickelt, die bestimmend für die Arbeit der GIC blieben und in ihren Schriften die klarste und entschiedenste Ausprägung fanden.
Ihre Grundthese läßt sich vereinfacht folgendermaßen zusammenfassen: Das Proletariat in den hochindustrialisierten Ländern hat durch die Schule der kapitalistischen Produktion und durch die tägliche Erfahrung der abstrakten Möglichkeit in der gegebenen konkreten Unmöglichkeit ein Potential an revolutionärer Energie. Aufgabe der Avantgarde ist es, durch Initiierung der revolutionären Massenaktion und durch permanente Aufklärung (über das Mögliche) dieses Potential zu aktivieren. Den Sozialdemokratischen Parteien wurde vorgeworfen, daß sie durch die autoritäre Organisation die Aktivität des Proletariats um der Erhaltung der Organisation willen abwürgten. Den Bolschewiki dagegen wird vorgeworfen, durch die autoritäre Kaderorganisation die schöpferischen Kräfte des Proletariats ersetzen zu wollen.
Durch PANNEKOEK und GORTER waren die holländischen Linkskommunisten eng an die linkskommunistische Bewegung in Deutschland gebunden. PANNEKOEK arbeitete um 1913 in der Bremer Opposition innerhalb der SPD mit und redigierte mit JOHANN KNIEF die bekannte und berüchtigte „Bremer Bürgerzeitung“, an der auch KARL RADEK eine Zeitung mitgearbeitet hatte. Pannekoek war daneben mit ROSA LUXEMBURG zusammen Lehrer an der Parteischule der SPD (1906—1908), er arbeitete mit den „Internationalen Kommunisten Deutschlands“ (4) zusammen, GORTER in Berlin mit den Kräften, die später bestimmend für die Gründer „Kommunistischen Arbeiterpartei“ wurden.
Nach 1919 traten PANNEKOEK und GORTER ein für das Zusammensehen von Vorhutorganisation (Avantgardeorganisation, die sie in der zu erkennen glaubten) und der revolutionären Massenorganisation, für die sie die Rätebewegung ansahen.
Sie spalteten sich von der SDP ab, die später auf die Linie der 3. Internationalen einschwenkte und sich in KPH umbenannte.
1921 begründete GORTER die „Kommunistische Arbeiterpartei der Niederlande“ (KAPN), die dich als Schwesterorganisation der KAPD verstand. Als Organ brachten sie in Amsterdam „De Kommunistische Arbeider“ heraus. Auch die KAPN blieb eine kleine Splittergruppierung.
Mit der Spaltung der KAPD 1922 kam auch die Spaltung der KAPN. PANNEKOEK enthielt sich hierbei zwar einer direkten Parteinahme, arbeitete aber später mit dem Teil enger zusammen, welcher der „Berliner Richtung“ näher stand und aus dem später die GIC hervorging.
GORTER dagegen engagierte sich sehr auf der Seite der „Essener Richtung“. In Deutschland wie in Holland basierte die Spaltung eher auf den theoretisch überhöhten Animositäten der Wortführer in der revolutionären Depressionsphase nach dem März 1921 als auf wirklichen Unterschieden in der Theorie und Praxis. Heute kann man sagen, daß sich auf der einen Seite ein mehr pragmatischer Flügel herausgebildet hatte, der z. B. in der Widerstandszeit gegen die deutsche Besatzung zu einem taktischen Bündnis mit der bürgerlichen Resistancebewegung bereit war (Essener Richtung). Auf der anderen Seite bestand ein mehr theoretisierender Flügel, der sich hauptsächlich in der Gruppierung der GIC sammelte (Berliner Richtung). Dieser lehnte z. B. eine Beteiligung am „demokratischen“ Widerstand gegen den deutschen Faschismus ab, da der Faschismus eine historisch notwendige Voraussetzung der Weltrevolution sei. Statt Kampf allein gegen die Deutschen forderten sie die Wiederaufnahme des internationalen Klassenkampf es.
Zu einem effektiven Einfluß auf die Arbeiter kamen beide Gruppierungen nicht.
Die Rest-KAPN bestand noch bis 1932 unter der Wortführung von LUTERAAN und FRITS KNIEF weiter. Der ausgeschlossene Teil organisierte sich ab 1926 unter dem Namen „Internationaale Communisten“.

1.2. Die Geschichte der GIC im Spiegel ihrer Publikationstätigkeiten
Das Motto der Gruppe, das allen ihren Veröffentlichungen vorstand, war:
«Die kapitalistische Entwicklung führt zu stets heftigeren Krisen, die in einer stets größeren Erwerbslosigkeit und einer immer tiefer gehenden Erschütterung der Wirtschaft zum Ausdruck kommen. Millionen Arbeiter werden dadurch von der Produktion ausgeschaltet und dem Hunger preisgegeben. Zugleich verschärfen sich die Gegensätze der verschiedenen kapitalistischen Länder so, daß die Konkurrenz, zum Wirtschaftskrieg geworden, ausmünden muß in einen neuen Weltkrieg.
Die fortschreitende Verarmung und die wachsende Unsicherheit der bloßen Existenz zwingen die Arbeiterklasse, für die kommunistische Produktionsweise zu kämpfen. Die Gruppen Internationaler Kommunisten fordern die Arbeiter in diesem Kampfe auf, Verwaltung und Leitung von ProduktiQn und Distribution nach allgemein geltenden, gesellschaftlichen Regeln selbst in die Hand zu nehmen, um so die „Association der freien und gleichen Produzenten“ zu verwirklichen.
Die G.I.K. sehen in der Entwicklung des Selbstbewußtseins der Arbeiter den wesentlichen Fortschritt der Arbeiterbewegung. Sie bekämpfen darum die Führerpolitik der, parlamentarischen Parteien und Gewerkschaften und erheben als Kampfeslosung:
„ALLE MACHT DEN ARBEITERRATEN! DIE PRODUKTION IN HÄNDEN DER BETRIEBSORGANISATIONEN!“
1926 veröffentlichten die Linkskommunisten in Deutschland Enthüllungen über die Zusammenarbeit der Reichswehr und Sowjetrußlands. Deutsche Firmen stellten auf russischem Gebiet Waffen für die Reichswehr her. In Holland druckte eine Gruppe unter dem Namen „Gruppe Internationale Kommunisten“ mit eigenem Kommentar versehen dieses Material nach. Die Broschüre hieß: „Rußland bewaffnet Deutschland“. Der Name „Internationale Kommunisten“ sollte signalisieren, daß Rußland mehr und mehr aus nationalen Interessen die Weltrevolution verrate. Damit trat diese Gruppe das erste Mal als eigene Vereinigung auf. Mitglieder waren großenteils aus der KAPN als Anhänger der „Berliner Richtung“ hinausgedrängt worden. Sie hatten sich bis zu diesem Zeitpunkt nicht organisiert. Diese Schrift war der Beginn einer langjährigen Gruppenarbeit.
HENK CANNE MEIJER beschreibt auf der Vereinigungskonferenz der AAUD und der AAUE in Berlin im Dezember 1931 (siehe weiter unten) Arbeit der Gruppe folgendermaßen: «Die GIC ist nur eine kleine Gruppe, die aber beständig bemüht ist, ihre Erkenntnisse weiterzutragen. Die besonderen Verhältnisse Hollands haben auch besondere Arbeitsmethoden der Gruppe zur Folge. So ist es nicht unsere Absicht, vor allen Dingen die Organisation zu erweitern, sondern wir haben uns die Aufgabe gestellt, die Grundprinzipien des Klassenkampfes und seiner Bedingungen in den breiten Massen zu verankern. Unsere Tätigkeit wirkt sich in einem großen Teil anderer Organisationen aus, und zwar so, daß wir nicht in diesen fraktionell arbeiten, sondern dadurch, daß ihnen unser Pressematerial zur Diskussion übermitteln, was sie auch verwenden. Das kommt am besten darin zum Ausdruck, daß diese Organisationen im Lauf der Zeit an uns herangetreten sind zwecks Auslegung unserer ideologischen Erkenntnisse in ihren organisatorischen Kreisen. Des weiteren haben wir Flugblätter mit den von uns erkannten notwendigen Wegen der Arbeiterklasse, wie Schaffung von Betriebsselbständiges Handeln der Arbeiterklasse usw., entworfen, deren Texte Gruppen der KPH vervielfältigen, mit ihrer Organisation zeichnen und verbreiten, so daß die Partei-Kommunisten für unsere Erkenntnisse Propaganda betreiben.» (Archiv Radebeweging, Mappe 236, 47/48 im IISG, Amsterdam)
Ob das erste öffentliche Auftreten der Gruppe seine Ursache in der Tatsache hatte, daß JAN APPEL (siehe biographischer Abriß unten) zur Gruppe stieß oder ob das Zusammenfallen rein zufällig ist, ist heute zu klären. Tatsache ist, daß der deutsche Rätekommunist Jan Appel zweierlei Hinsicht für die GIC wichtig geworden ist:
Einmal brachte er aus seiner Gefängniszeit einen Manuskriptenentwurf mit, der bald zum wichtigsten theoretischen Werk der Gruppe werden sollte („Grundprinzipien der kommunistischen Produktion und Verteilung“).
Zum anderen stellte er die persönliche Verbindung her zu den verschiedenen Gruppen der AAU bzw. der AAU(E). Diese hatten sich vor allem in Berlin durch das Versagen der KAP von der Partei gänzlich getrennt, wurden – aber durch ihr eigenes Losgelöstsein von den Betrieben selber zu einer Art Partei, d. h. zu einer Interessenvereinigung für den Rätegedanken.
Höhepunkt und Abschluß der Entwicklung zu einer Partei war der Vereinigungskongreß 1931 in Berlin von AAUD und AAUE (der im folgenden noch zur Sprache kommen wird).
Die Geschichte der GIC ist die Geschichte ihrer Publikationen, d.h. die Geschichte ihrer theoretischen Arbeit. Sie läßt sich in drei Abschnitte einteilen, die sich zeitlich überlappen.
1.. Die Arbeit an den „Grundprinzipien“, die 1930 mit der deutschen Erstveröffentlichung abgeschlossen ist.
2. Die theoretische Aufarbeitung der Zusammenbruchs- und Krisentheorien des Kapitalismus (von 1931 bis 1934).
3. Die Auseinandersetzung mit dem Faktum Faschismus und dem russischen Staatskapitalismus, denen als Alternative die „neue Arbeiterbewegung“ gegenübergesetzt wird (von 1935 bis 1940).
Zu dieser Zeit bestand auch ein enger Kommunikationszusammenhang mit den verwandten Splitter-Gruppen in Deutschland, Dänemark, Frankreich und Amerika. Die Schriften, Agitationsbroschüren und Publikationsorgane sind in der Bibliographie zusammengestellt (s. S. 215 f).
Über das weitere Schicksal der Gruppe berichtete dem Herausgeber Herr CAJO BRENDEL, Amersfoort, ehemaliges Mitglied der GIC folgendes: Während der deutschen Besatzung arbeitete der größte Teil der GIC mit einem Teil der in der RSAP (s. Anm. 65) organisierten Trotzkisten zusammen. Dies führte zur Gründung des „Spartacusbundes“, der auch nach dem Kriege bestehenblieb. Sie verstanden sich im Kriege als die „Dritte Front“, die zugleich den deutschen wie den alliierten Kapitalismus angriff. 1942 (kurz vor Vereinigung) wurden sieben Mitglieder der RSAP von der deutschen Besatzungsmacht erschossen, darunter auch HENE SNEEVLIET, der 1920 unter dem Decknamen MARING für die III. Internationale in China tätig war. Die GIC ging im Spartacusbund völlig auf. Doch nach dem Kriege traten einige frühere Mitglieder der GIC aus, darunter HENE CANNE MEIJER und JAN APPEL. Ende 1964 kam es dann zum endgültigen Bruch; alle früheren Mitglieder der GIC und deren neue Gesinnungsgenossen wurden ausgeschlossen. Sie schlossen sich zusammen unter dem Namen und in der Zeitschrift „Daad en Gedachte“ (Tat und Gedanke).
Die Broschüren waren als Unterstützung der Betriebsagitation gedacht und sollten die Fragen, die in den Flugblättern und Schulungsdiskussionen angesprochen worden waren, vertiefen. Aus der Themenauswahl läßt sich einigermaßen das Agitationsziel der Gruppe rekonstruieren: gegen den Parteikommunismus und gegen die bürgerliche antifaschistische Einheitsfrontbewegung die Arbeiter dazu zu bringen, sich selbst zu organisieren und den Kampf gegen den Kapitalismus, in welcher Form er auch auftritt, von den Betrieben aus zu führen. Die Perspektive war die Übernahme der Produktion nach kommunistischen Prinzipien durch die revolutionäre Betriebsorganisation, in der sich die größte Zahl aller Arbeiter sammeln würde. Da man sich die Revolution nur als eine kollektive Tat des weitaus größten Teils der Arbeiterschaft vorstellen konnte, verzichtete man auf jede politische Aktivität, die über die Aufklärung hinausging. Aufklärung und Bewußtseinsförderung – soweit kann die Avantgarde sich in den Geschichtsprozeß einschalten… Der Rest ist alleinige Aufgabe des erwachenden Proletariats.

1.2.1. GIC und die deutsche Rätebewegung nach 1927
Die GIC orientierte sich aus zwei Gründen eng am deutschen Rätekomunismus: einmal bestanden seit eh und je enge persönliche Beziehungen zu Deutschland; zum anderen gab es in Holland zu dieser Zeit so etwas wie ein Problem der deutschen „Gastarbeiter“. Die holländischen Unternehmer verwendeten zwar die Arbeitskraft der meist qualifizierte Arbeiter, taten aber nichts, um sie in die holländische Gesellschaft integrieren. Unter diesen Gruppen fand die GIC ihre relativ größte Resonanz. Der Verlauf der Vereinigungskonferenz (s. o.) zeigt den engen Diskussionszusammenhang mit dem deutschen Rätekommunismus.
Er beleuchtet den selbstkritischen Reflexionsprozeß innerhalb der Rätekommunisten und den Kommunikationszusammenhang zwischen den einzelnen Gruppierungen.
Es waren Vertreter aus Dresden, Berlin, Frankfurt, Bitterfeld, Pirna, Forst, Leipzig, Halle, Nürnberg, Ruhla, Chemnitz, Hasthau-Oberforhau, Dortmund, Groß-Hamburg, Cuxhaven, Magdeburg, Amsterdam (GIC).
Begrüßungsschreiben kamen von PAUL MATTICK aus Chicago im Namen der Gruppe des IWW; von der Gruppe Spartakus, Paris; den internationalen Kommunisten, Kopenhagen, und den Linken Kommunisten, Budapest.
Die alte trennende Beantwortung der Frage nach der Todeskrise des Kapitalismus verlor dort zum erstenmal ihre zentrale Bedeutung. War 1922 die Spaltung erfolgt, weil ein Teil die Todeskrise für den morgigen Tag erwartete und daher jegliche Arbeit an den Tagesfragen des Proletariats ablehnte (Nichtbeteiligung an den Streiks — Essener Richtung), so hatte der andere Teil angeblich die Notwendigkeit des Tageskampfes überschätzt. Auf der Konferenz einigte man sich auf folgendes: «Der Kapitalismus vergrößert sich ständig, damit aber auch gleichzeitig seine Widersprüche (Krise und Verelendung des Proletariats). Der Kapitalismus wird sich [jedoch] so lange weiterentwickeln, bis sein Widerspruch:
das Proletariat, sich mit ihm auseinandersetzt und ihn durch die akute Revolution vernichtet.» (Auer…, Berlin, 24. 12. 1931 um 19.00 Uhr, Archiv Radebeweging, Mappe 236, Blatt 6) Mit dieser Formulierung wurde der theoretische Standpunkt der GIC Allgemeingut für die rätekommunistische Bewegung Deutschlands. Hierbei sei wichtig, daß der Faschismus «nicht als besondere Erscheinung gesehen werden kann, sondern als die Herrschaftsform des Monopolkapitalismus in der Krise». Mich. . ~‚ a. a. 0., Bl. 10)
Die Arbeiter hätten in den revolutionären Betriebs-Organisationen noch keine Alternative zu den Parteien und der Staatsgewalt erfahren können. «Wirkliche B. 0. in modernen Industriegebilden waren eigentlich nur die an der Wasserkante und im Ruhrgebiet. Allgemein betrachtet ist auch damals nach der Revolution nur eine geringe Zahl von Proletariern von uns beeinflußt worden. Unsere Ideologien waren keineswegs allgemein verankert. Die Massen der Arbeiter strömten nach dem Abflauen der Revolution wieder in die Gewerkschaften zurück. Und heute, was bedeutet schon die geeinte Unionsbewegung. Die ist eine Winzigkeit gegenüber dem Gesamtproletariat.» (Mich…, a. a. 0., Bl. 17 [2. Tag früh])
Daher war auch der Streit «um die Organisationsform (Spaltung mit den Einheitlern) damals sicherlich verfrüht. Sie haben die weitere Entwicklung nur schädigend beeinflußt.» (Bl. 18)
Folgende Konsequenzen seien daraus zu ziehen: «Die Rätebewegung ist selbständig. Sie erfaßt die Proletarier zunächst wie sie sind mit allen ihren Schwächen und Halbheiten. Die Räte sollen der Ausdrudc des Selbsthandelns der Arbeiter sein. Sie müssen folglich die verschiedenen unter den Arbeitern herrschenden Ansichten widerspiegeln. Trotzdem müssen wir (als Vorhut) in ihnen arbeiten. Nur müssen wir sie auch kritisieren und sogar gegen sie arbeiten, wenn sie die Vorwärtsentwicklung hemmen. Die Lösung unseres Verhältnisses zu den Räten liegt eben in dieser ständigen Mitarbeit und Kritik. Erst mit und in den Kämpfen kann die Steigerung der Bewegung zu revolutionären Zielen erfolgen». (Mich…, Bl. 20) «Der Widerspruch zwischen Vorhut und Massen ist doch aber auch nach unserer heutigen Meinung vom Wesen der Union geblieben.» (Bl. 21)
Am Abend des 3. Tages kommt man auf der oben beschriebenen Basis zur Vereinigung. CANNE MEIJER schließt sich für die GIC vollinhaltlich, doch nicht formal an. Der Name der Vereinigungsorganisation von AAU und AAUE ist:
Kommunistische Arbeiter Union (KAU). Gemeinsamer Verlag wird der Neue Arbeiter Verlag, ehemals Verlag der AAU, der bei der Übernahme folgenden Bestand ausweist: 1 206 Exempl. brosch. „Grundprinzipien der kommunistischen Produktion und Verteilung“ (716 geb.), 900 Exempl. „Ausgangspunkte der Kommunistischen Produktion und Verteilung“ (eine thesenartige Zusammenfassung, ebenfalls verfaßt von der GIC).
Der Verlag der AAUE bringt in diese Ehe OTTO RÜHLES „Von der bürgerlichen zur proletarischen Revolution“, 1500 Exemplare, neben vielen Einzeltiteln sozialistischer Erziehungsliteratur ein.
Am 4. Tag nach den Gruppenberichten gibt man sich eine Satzung, die geprägt ist vom Doppelcharakter der Union: einmal Vorhutorganisation zu sein, zum anderen der Keim für eine Massenorganisation zu werden.
Wir haben den Verlauf dieses Treffens deshalb so ausführlich beschrieben, weil vor dem Hintergrund und innerhalb der Grenzen der deutschen Unionsbewegung die Wirkung der theoretischen Arbeit der GIC beurteilt und gesehen werden muß. Es wurden nicht nur alle wichtigen theoretischen Arbeiten in Deutsch geschrieben und noch zu Beginn der Nazizeit sowohl unter den deutschen Emigranten als auch in Deutschland vertrieben und beeinflußten dadurch stark die Diskussion im deutschen Rätekommunismus, sondern es war auch das Bewußtsein unter der GIC lebendig, daß die holländische Arbeiterbewegung im Negativen wie im Positiven von der Möglichkeit oder Unmöglichkeit der deutschen Arbeiterbewegung abhängig sei. Daß die deutschen Arbeiter nicht als solidarische Klassengenossen, sondern als faschistische Besatzungsmacht über die Grenze kamen, dieses Faktum setzte der Arbeit der GIC ein vorläufiges Ende.

1.2.2. Die Bedeutung der GIC
Die GIC blieb ein Schulungszirkel, der sich auf die Aufklärungs- und Bewußtwerdungsarbeit unter den Arbeitern beschränkte. Ihre theoretischen Arbeiten waren als Diskussionsbeiträge in der Auseinandersetztmg mit anderen linken Gruppen gedacht. Praktische Führung des Proletariats konnte und wollte man nicht leisten. Der schon dogmatisch übertriebene Glaube an die Selbsttätigkeit des Proletariats hinderte die Gruppe an jeder effektiven Aktion. Die GIC blieb ein Freundeskreis zur Erarbeitung der Theorie des Rätekommunismus. Darin liegt ihre heutige Aktualität begrenzt: die hier vorgelegten Schriften sind kritische Materialien zur Geschichte der Arbeiterbewegung, Voraussetzung für eine Anleitung zum Handeln, nicht Anleitung zum Handeln selbst.

(1) R. L. in einem Brief an Roland Holst 1908: «Nichts wäre verhängnisvoller als ein Bruch zwischen den Marxisten. […] Man kann nicht außerhalb der Organisation bleiben, die Verbindung mit den Massen verlieren! Die schlechteste Arbeiterpartei ist noch besser als keine.» (J. P. NETTL, R. Luxemburg, Köln/Berlin 1967, S. 656)
(2) ANTON PANNEKOEK (1873—1960) und HERMAN GORTER (1864-1927). Die Auseinandersetzung mit KARL KAUTSKY führte vor allem ANTON PANNEKOEK in „Die Neue Zeit“ und zwar in folgender Reihenfolge: KARL KAUTSKY, „Die Aktion der Massen“, D.N.Z. 30. Jg. (1911), Bd. t; ANTON PÄNNEI“OEK, „Massenaktion und Revolution“, D. N. Z. 30. Jg. (1912), Bd. 2; K. K., „Die neue Taktik“, D.N.Z., 30.Jg. (1912), Bd. 2; A. P., „Kautsky über „Die neue Taktik“", in: Leipziger Volkszeitung, 19. Jg. (1912), Nr. 209-211; A. P., „Marxistische Theorie und revolutionäre Taktik“, D.N.Z., 31. Jg. (1912), Bd. 1; K.K., „Der jüngste Radikalismus“, D. N. Z., 31. Jg. (1913), Bd. 1. Nach der sehr materialreichen Einleitung von Manfred Bock zu „A. Pannekoek, H. Gorter, ‚Organisation und Taktik der proletarischen Revolution“", Frankfurt o. J. (1969), S. 15.
(3) Vgl. zur Kritik des Leninismus: HERMAN GORTER, „Offener Brief an den Genossen Lenin. Eine Antwort auf Lenins Broschüre: Der Radikalismus, eine Kinderkrankheit des Kommunismus“, Berlin o. J. (1921).
(4) Die Bremer Linke um JOHANNES KNIEF und PAUL FRÖHLICH (Gruppe Arbeiterpolitik) und die Gruppierung um die in Berlin von Julian Borchardt herausgegebenen „Lichtstrahlen“ vereinigten sich Ende 1915 zu einer überregionalen Aktionseinheit unter dem Namen „Internationale Sozialisten Deutschlands“ (ISD), nachdem sie auf der Zimmerwalder Konferenz eine gemeinsame vom „Spartakus“ verschiedene Haltung zu der neu zu gründenden Internationalen eingenommen hatten. Die ISD wollten den Bruch mit der alten Sozialdemokratie und waren für die Gründung einer eigenen Partei. Pannekoek schrieb unter dem Pseudonym Karl Homer sowohl in den „Lichtstrahlen“ als auch in der „Arbeiterpolitik“. Im November 1918 benannten sich die IKD um.

Aus: Die Gruppe Internationaler Kommunisten Hollands, Reinbeck bei Hamburg, Rowohlt, 1971, S. 7-15.

(via MXKS)