La formation de la classe ouvrière anglaise

La fixation des prix de marché dans l’Angleterre du XVIIIe siècle

Les émeutes prenaient deux formes différentes, dans la Grande-Bretagne du XVIIIe siècle : actions populaires directes plus ou moins spontanées, d’une part ; et de l’autre, usage délibéré de la foule comme instrument de pression par des individus situés « au-dessus » ou étrangers à la foule. La première forme n’a pas reçu l’attention qu’elle mérite. Elle reposait sur un consentement populaire plus organisé et s’appuyait sur des traditions populaires plus complexes que le terme d’ « émeute » ne le laisse supposer. L’exemple le plus fréquent est celui des émeutes pour le pain ou émeutes de la faim qui ne cessèrent d’éclater dans presque chaque ville ou comté jusqu’au milieu du siècle. Il s’agissait rarement d’un simple tumulte culminant dans le pillage des granges et des magasins. Elles tiraient leur légitimité des présupposés d’une économie morale plus ancienne, selon lesquels il était injuste et immoral de s’enrichir sur le dos du peuple en spéculant.
Dans les communautés rurales et urbaines, la conscience de consommateur précéda les autres formes de conscience politique et sociale. Le révélateur le plus fidèle du mécontentement populaire n’était pas le niveau des salaires, mais le coût du pain. Les artisans, les hommes de métier indépendants, ou encore les mineurs d’étain de Cornouailles, où la tradition du mineur « libre » resta vivace jusqu’au XIXe siècle, considéraient que leur salaire était déterminé par la coutume ou par leur propre marchandage. Ils estimaient normal d’acheter leurs denrées sur le marché public à des prix également régis par la coutume, y compris en période de disette. Les « lois » providentielles de l’offre et de la demande, où la rareté se traduisait inévitablement par une hausse des prix, n’étaient nullement acceptées par la conscience populaire, qui restait attachée aux traditions antérieures de marchandage direct. Chaque augmentation brusque des prix déclenchait une émeute. Un mélange subtil de loi et de coutume régissait le « Tarif du pain » (Assize of bread), le poids et la qualité de la miche. Même la tentative d’imposer la mesure-étalon de Winchester pour la vente du froment contre une mesure traditionnelle pouvait se terminer en émeute. […]
Les émeutes de la faim étaient parfois l’occasion d’une grande explosion, comme cette « grande émeute des Fromages » à la foire aux oies de Nottingham en 1764, où l’on fit rouler dans les rues des fromages entiers ; ou encore l’émeute provoquée dans cette même ville par la cherté de la viande en 1788, où les portes et les volets des abattoirs furent arrachés et brûlés en place publique, ainsi que les livres de comptes du boucher. Or, même cette émeute révélait un motif plus complexe que la faim : on punissait les détaillants pour leurs prix et la mauvaise qualité de leur viande. Les émeutiers faisaient le plus souvent preuve d’autodiscipline, se conformant en cela à la coutume. La seule fois de sa vie, sans doute, où John Wesley eut l’occasion de louer une action illégale, ce fut lorsqu’il rapporta dans son journal les agissements d’émeutiers de James Town, en Irlande. Ils
« avaient mené grande agitation toute la journée. Mais leur intervention n’était dirigée que contre les marchands accapareurs, qui avaient acheté tout le blé disponible, afin d’affamer les pauvres, et affrété un navire hollandais amarré au quai. Mais la foule a tout rapporté sur le marché et l’a vendu au prix habituel en donnant ensuite la somme aux propriétaires. Ils menèrent cette action avec tout le calme et tout le sang-froid imaginables, sans frapper ni blesser qui que ce soit. »
En 1766, des dentelliers de Honiton s’emparèrent du blé dans les entrepôts des paysans, le portèrent eux-mêmes au marché, le vendirent, puis remirent l’argent et même les sacs vides aux paysans. La même année, dans la vallée de la Tamise, Abingdon, Newbury, Maidstone et de nombreux villages reçurent la visite de groupes imposants d’ouvriers agricoles, qui se donnaient le nom de « Régulateurs », obligeant à respecter un prix populaire pour toutes les denrées. Cette action commença lorsque des équipes d’hommes travaillant sur la route à péage dirent « d’une seul Voix que Tous viennent Ensemble à Newbury pour Abaisser le prix du Pain ». Halifax offrit, en 1783, le même exemple d’intimidation de masse et d’autodiscipline. La foule partie de villages de tisserands se rassembla aux portes de la ville, puis les gens descendirent sur la place du marché, deux par deux, avec à leur tête Thomas Spencer, ancien soldat et faux-monnayeur. On assiégea les marchands de blé, et on les contraignit à vendre l’avoine à 30 shillings la charretée, et le froment à 21 shillings. Lorsque par la suite, Spencer et l’un de ses compagnons furent exécutés, les autorités firent venir un grand nombre de soldats de crainte qu’on ne tentât de les délivrer. Lorsque le convoi mortuaire remonta la vallée de la Calder jusqu’au village natal de Spencer, la foule se pressait sur plusieurs kilomètres pour honorer sa mémoire.
Le peuple considérait ces « émeutes » comme des actes de justice et tenait leurs dirigeants pour des héros. Dans la plupart des cas, elles culminaient avec la vente forcée des denrées au prix traditionnel ou populaire, analogue à la « taxation populaire » française, le produit de la vente étant remis aux propriétaires. Elles exigeaient en outre plus de préparation et d’organisation qu’il n’y paraît au premier abord. Il arrivait que le peuple contrôlât la place du marché pendant plusieurs jours en attendant la baisse des prix. Ces actions étaient parfois signalées à l’aide d’annonces manuscrites ou imprimées. Parfois, les femmes tenaient la place du marché pendant que des groupes d’hommes interceptaient les céréales sur les routes, aux docks ou sur les fleuves. Le signal de l’action était très souvent donné par un homme ou une femme brandissant une miche de pain ornée d’un ruban noir et portant quelque slogan. Une émeute à Nottingham, en 1812, se déclencha lorsque plusieurs femmes plantèrent une miche d’un demi-penny au bout d’une canne à pêche, après l’avoir marquée d’ocre rouge et y avoir noué un bout de crêpe noir pour symboliser « la famine sanglante habillée de Grosse Toile ».
Ces émeutes atteignirent leur paroxysme en 1795, année de famine et de disette extrême en Europe, lorsque l’ancienne tradition populaire se raidit sous l’effet de la conscience jacobine d’une minorité. La montée des prix entraîna la généralisation de l’action directe dans tous le pays. A Nottingham, des femmes allaient d’un boulanger à l’autre, fixaient le prix des marchandises à leur gré, déposaient l’argent et emportaient les denrées. Le maire de Gloucester s’en émut et écrivit :
« J’ai de bonnes raison de craindre une visite des Mineurs de la Forêt de Dean, qui font depuis plusieurs jours la tournée des Villes Alentour et y vendent à prix réduit la Farine, le Froment et le pain appartenant aux Meuniers et Boulangers. »
A Newcastle, la foule obligea à vendre le beurre 8 pence la livre, le froment 12 shillings le bol, et les pommes de terre 5 shillings la charretée, en présence des autorités municipales, sans commettre aucune violence. A Wisbech, les « Hommes des Talus, une des Bandes les plus effrayantes que le nombre rendait formidable », ouvriers ruraux employés à creuser des fossés, enclore des propriétés, etc., animèrent une révolte sur le marché : ils étaient dirigés par un homme brandissant une miche de 6 pence au bout de sa fourche. A Carslile, la foule découvrit des céréales cachées dans un entrepôt : elle les transporta, ainsi que la cargaison d’un navire, jusqu’à l’hôtel de ville et les vendit 18 shillings la charretée. En Cornouailles, les « Hommes de l’Etain » se répandaient dans la campagne et appliquaient de force leurs « Lois du Maximum ».
Des actions sur une telle échelle, qui n’étaient pas, loin s’en faut, l’exception, indiquaient une structure de comportements et de mentalités profondément enracinée. […] Ces actions populaires étaient légitimées par l’ancienne économie morale paternaliste. Bien que l’ancienne législation contre les accapareurs et les agioteurs eût été en grande partie abrogée ou révisée à la fin du XVIIIe siècle, elle conservait toute sa force, tant dans les traditions populaires que dans l’esprit de certains paternalistes tories […]. Dans la mentalité populaire, ces actions comprenaient toute pratique délibérée tendant à élever le prix des denrées, et tout spécialement les activités des courtiers en gros, des meuniers, des boulangers et de tous les intermédiaires. […] On croyait que les grands meuniers stockaient le grain pour en accroître le prix. Le grand moulin à vapeur de Snow Hill, à Birmingham, fut attaqué en 1795, tandis qu’à Londres les Grands Moulins à blé d’Albion brûlèrent à deux reprises.
Les dernières années du XVIIIe siècle coïncidèrent par conséquent avec un effort populaire désespéré pour imposer l’ancienne économie morale contre l’économie de marché libre. Il fut quelque peu soutenu par des juges de paix à l’ancienne mode, qui menaçaient de poursuivre les accapareurs, renforçaient leur contrôle sur les marchés et publiaient des édits contre les agioteurs qui se portaient acquéreurs du blé sur pied. […] On assista à une série de poursuites contre des accapareurs entre 1795 et 1800. Diverses sociétés privées se constituèrent en 1800 en vue de les traîner devant les tribunaux […]. Mais ce fut la dernière tentative d’imposer l’ancienne protection des consommateurs. La complète dislocation ultérieure des contrôles coutumiers contribua considérablement à l’amertume populaire contre un Parlement de propriétaires protectionnistes et de magnats du commerce partisans du laissez-faire.
(pp. 60-64)

La fixation des salaires dans les métiers anglais, aux XVIII et XIXe siècles

Les salaires des ouvriers qualifiés, au début du XVIIIe siècle, étaient souvent moins fixés par la loi de l’offre et de la demande sur le marché du travail que par des notions telles que le prestige social ou la « coutume ». La réglementation coutumière des salaires peut recouvrir de nombreuses choses, depuis le statut accordé par la tradition à l’artisan rural jusqu’à la réglementation institutionnelle complexe des centres urbains. L’industrie était encore largement disséminée dans tout le pays. Le chaudronnier ambulant, le rémouleur, le colporteur, transportaient leurs marchandises ou leurs talents de ferme en ferme et de foire en foire. Dans les gros bourgs, il y avait des maçons, des couvreurs en chaume, des charpentiers, des charrons, des savetiers et une forge ; dans les petits bourgs, on trouvait des selliers et des bourreliers, des tanneurs, des tailleurs, des savetiers, des tisserands, et il n’était pas impossible non plus que quelque spécialité locale soit représentée, comme, par exemple, la fabrication des étriers ou la dentelle au fuseau ainsi que toutes les activités se rattachant aux relais de poste, au transport de produits agricoles et de charbon, au broyage du grain, à la fabrication du pain… Beaucoup de ces artisans ruraux — tisserands, fabricants de bas ou mineurs — avaient une meilleure instruction et des talents plus variés que les ouvriers des villes, par rapport auxquels ils se sentaient « un cran au-dessus » et qu’ils rencontraient à la ville. Ils y apportaient leurs propres coutumes, qui, sans aucun doute, eurent une influence sur la détermination et l’éventail des salaires des métiers des petites villes, ceux-là mêmes qui se transformèrent en grandes industries urbaines — bâtiment, carrosserie, et même métallurgie. La coutume plutôt que le coût, notion encore peu courante, déterminait le prix dans beaucoup d’industries villageoises, en particulier là où étaient utilisés les matériaux locaux — bois de construction ou pierre. Le forgeron travaillait pour tant la livre si le travail était grossier, pour un peu plus si le travail était délicat. George Sturt, dans son étude classique, The Wheelwright’s Shop (L’atelier du charron), constate que c’étaient encore les prix coutumiers qui prévalaient lorsqu’il prit la direction de l’entreprise familiale en 1884 :
« Ma grande difficulté fut de trouver le prix coutumier. Je doute qu’il y eût un seul fabricant dans le district — je suis sûr qu’il n’y avait pas un seul charron — qui sût réellement ce que coûtait sa production, à combien s’élevaient ses bénéfices, s’il gagnait de l’argent ou en perdait sur un travail donné. »
La plus grande partie des bénéfices provenait des « travaux à la tâche » et des réparations. Pour ce qui est des charrettes et des chariots, « ma seule possibilité de faire des bénéfices aurait été de diminuer la qualité de la production, ce qui était hors de question, étant donné la mentalité des hommes. » Les hommes travaillaient au rythme qu’exigeait leur dextérité manuelle : « Ils exagéraient peut-être (et à juste titre) ce respect pour le travail bien fait et le matériau de qualité » ; et à ce propos, « il arrivait assez souvent qu’un ouvrier outré refusât d’utiliser celui que j’avais mis à sa disposition ». Chez l’artisan se trouvait réunie « toute la science locale de ce que devait être le travail d’un bon charron ».
Les traditions artisanales allaient normalement de pair avec ce qui restait des notions de prix « honnête » et de « juste » salaire. Les critères d’ordre moral et social (subsistance, respect de soi, fierté du respect de certaines normes artisanales, rémunérations coutumières selon les divers degrés d’habileté) sont mis autant en relief, dans les conflits syndicaux, que les arguments purement « économiques ». L’atelier du charron de Sturt perpétua des pratiques bien plus anciennes et fut cousin germain d’une industrie urbaine de la carrosserie qui connut, au cours des premières années du XIXe siècle, une véritable hiérarchie des salaires, les écarts ne pouvant guère être justifiés par des motifs économiques. « Les salaires sont proportionnels à la qualité du travail », peut-on lire dans le Book of English Trades de 1818 : 2 à 3 livres pour les fabricants de voitures ; environ 30 shillings pour le forgeron ; tandis que les peintres pratiquaient leur propre hiérarchie : les peintres de blason qui décoraient avec des emblèmes les équipages des grands et des amateurs d’ornements, gagnaient de 3 à 4 livres ; ceux qui peignaient la carrosserie, environ 2 livres ; et les peintres compagons, de 20 à 30 shillings. Les écarts de salaires fondaient, ou peut-être reflétaient, le prestige social. […]
(pp. 213-214)

Une armée de justiciers

On doit comprendre que l’apparition du Luddisme se situe au point critique de l’abrogation de la législation paternaliste et de l’imposition aux travailleurs, contre leur volonté et leur conscience, de la politique économique du laissez-faire. C’est le dernier chapitre d’une histoire qui commence au XIVe et XVe siècles et dont l’essentiel a été écrit dans Religion and the Rise of Capitalism de Tawney. A vrai dire cette législation paternaliste était à l’origine, et pour l’essentiel, non seulement restrictive, mais aussi punitive pour le travailleur. Néanmoins, elle faisait partie de l’image imprécise d’un état corporatiste et bienveillant, qui sanctionnait légalement et moralement le manufacturier sans scrupule ou l’employeur injuste, et dans lequel les compagnons constituaient un “état” reconnu dans le royaume, si bas fût-il.[…]
Cet idéal peut très bien n’avoir jamais été rien de plus qu’un idéal ; à la fin du XVIIIe siècle, il avait peut-être fait son temps. Mais il était néanmoins d’une importance significative dans la mesure où il définissait ce qui devrait être, ce à quoi se référaient les artisans, les compagnons et beaucoup de petits maîtres. Bien plus, cet idéal se perpétuait dans les valeurs et les coutumes des communautés artisanales les plus traditionnelles. »
(p. 491)

En 1795, les petits maîtres drapiers du West Riding avaient lancé une campagne active en faveur d’un projet de loi « afin de restaurer et de préserver le vieux système de fabrication du Drap […].
« Jusqu’à la période récente, le Système consistait à faire fabriquer le drap par des Personnes qui habitaient dans les différents villages du Comté, et à le vendre dans les Halles publiques de Leeds aux marchands qui ne s’occupaient pas de la fabrication.
Récemment, plusieurs marchands sont devenus des manufacturiers de Drap et, pour mieux effectuer cette fabrication, ils ont construit de très grands Bâtiments appelés Fabriques, dans lesquels ils ont l’intention d’employer des Drapiers comme s’ils étaient leurs Serviteurs, de sorte que les personnes, qui, avec leurs Familles, avaient été dispersées comme nous l’avons mentionné, soient rassemblées à l’intérieur ou à proximité de ces Bâtiments dans un état de Dépendance. »
Le projet de loi (qui voulait empêcher les marchands manufacturiers d’accroître leurs commandes en achetant le drap dans les halles publiques) avait « pour but de préserver un Système d’Organisation de la Profession qui avait créé plus d’Indépendance, de Prospérité et de Moralité, et par conséquent plus de Bonheur que n’importe quelle autre branche de Manufacture du Royaume ».
Le fossé qui séparait un « serviteur », un ouvrier salarié soumis aux ordres et à la discipline du maître, d’un artisan, qui avait le loisir d’» aller et venir » comme bon lui semblait, était assez profond pour que les gens soient prêts à verser le sang plutôt que d’être contraints à passer d’un bord à l’autre. Et, dans le système de valeurs de la communauté, ceux qui résistaient à la dégradation étaient dans leur droit. En 1797, la première usine à vapeur fut construite à Bradford sous les menaces et les huées de la foule. Les « petits fabricants » du West Riding voyaient dans la création d’Arkwright, hérissée de cheminées, de l’autre côté des Pennines, l’arrêt de mort de leur propre industrie domestique. Les petits maîtres qui soutenaient l’» Institution » ou la « Communauté des Drapiers », entre 1802 et 1806, gardaient au fond d’eux-mêmes une théorie générale d’économie morale.
On oublie généralement la très mauvaise réputation des nouvelles fabriques de coton. C’étaient des centres d’exploitation, des prisons monstrueuses dans lesquelles des enfants étaient enfermés, des centres d’immoralité et de conflits du travail ; par-dessus tout, l’artisan industrieux y était réduit à un « état de dépendance ». Ce qui était en jeu, c’était tout un mode de vie pour la communauté, et nous devons donc comprendre que l’opposition des tondeurs à certaines machines allait bien au-delà de la défense de son niveau de vie par un groupe particulier de travailleurs qualifiés. Ces machines étaient le symbole vivant de l’empiétement progressif du système industriel.
(p. 495)

Ce qui était en cause, c’était la “liberté” du capitaliste de détruire les coutumes du métier par l’introduction de nouvelles machines, par le système de la grande industrie, par la concurrence sans limites qui diminuait les salaires, éliminait les rivaux et détériorait la qualité du travail.
(p. 496)

Les Luddites se référaient aux vieilles coutumes et à la législation paternaliste qu’il était impossible de ressusciter ; mais ils tentaient par ailleurs de s’appuyer sur les anciens droits pour définir de nouvelles revendications. A plusieurs reprises, ils demandèrent un salaire minimum légal ; le contrôle de l’exploitation des femmes et des enfants ; la procédure d’arbitrage ; l’obligation pour les patrons de trouver un emploi aux travailleurs qualifiés menacés par les nouvelles machines ; l’interdiction du travail de mauvaise qualité ; le droit de s’organiser syndicalement. Toutes ces revendications contenaient une vision de l’avenir, autant que du passé ; et elles esquissaient l’image imprécise d’une communauté plus démocratique que paternaliste, dans laquelle la croissance industrielle devrait être règlementée en fonction de priorités éthiques, et la recherche du profit subordonnée aux besoins des hommes.
(p. 498)

Edward P. Thompson, La formation de la classe ouvrière anglaise, Traduit de l’anglais par Gilles Dauvé, Mireille Golaszewski et Marie-Noëlle Thibault, Paris, Gallimard/Le Seuil, 1988.

[Mis en ligne par Notes et Morceaux choisis]