Distractions luxemburgeoises

Pour me distraire, je lis l’histoire géologique de l’Allemagne. Songez donc que dans des plaques d’argile de la période algonkienne, c’est-à-dire de l’époque la plus ancienne de l’histoire du globe, alors qu’il n’existait pas encore la moindre trace de vie « organique », donc il y a des millions et des millions d’années, songez que l’on a trouvé en Suède, dans une de ces plaques d’argile, la marque des gouttes d’une brève averse ! Je ne saurais vous dire quel effet magique produit sur moi ce lointain bonjour venu du fond des âges. Je ne lis rien avec autant d’intérêt passionné que des livres de géologie.

Lettre à Mathilde Jacob, 9 avril 1915.

Il y a deux ans — cela tu l’ignores totalement —, j’ai enfourché un autre dada : à Südende, j’ai été prise de passion pour les plantes, je me suis mise à cueillir, à mettre sous presse, à herboriser. Pendant quatre mois, je n’ai littéralement pas fait autre chose que baguenauder dans la campagne, ou classer et identifier à la maison les plantes que je rapportais de mes randonnées. Actuellement, je possède douze herbiers bien remplis et je me retrouve très bien dans la « flore indigène », p. ex. dans celle de la cour de notre infirmerie, où poussent deux ou trois arbustes et des mauvaises herbes à foison, pour la joie des poules et la mienne. Tu vois, il faut toujours que j’aie un sujet qui m’absorbe de la tête aux pieds ; et je sais bien que pareil comportement ne convient guère à un personnage grave, dont on attend toujours — voilà bien sa chance ! — quelque manifestation d’intelligence.

Lettre à Louise Kautsky, 18 septembre 1915.

Verbascum lychnitis (molène lychnite)
IISG Amsterdam – Rosa Luxemburg papers, Nr. 27.

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