En mémoire de Simone Debout

En hommage à la résistante disparue le 10 décembre, qui a passé une partie de sa vie à révéler l’œuvre de Charles Fourier, nous republions ce dialogue avec Laurence Bouchet.
Entretien réalisé le 22 avril 2003, complété par Simone Debout en septembre de la même année et publié dans les Cahiers Charles Fourier et sur le site de l’Association d’études fouriéristes.

Laurence Bouchet : La philosophie de Fourier forme un ensemble où tout se tient, si bien qu’en tirant sur un fil on finit par dévider toute la bobine. J’aimerais aborder avec vous le thème de l’amour et entrer dans la pensée de cet utopiste par ce chemin. L’aspect passionnel a été longtemps oublié par les disciples successeurs de Fourier au profit des analyses économiques et sociales. C’est en 1967, lorsque vous avez découvert puis publié les manuscrits jusqu’alors inédits du Nouveau Monde amoureux, que cet aspect du fouriérisme a été mis au jour et a permis de relire avec un nouvel œil l’œuvre déjà connue.

Simone Debout : Bien sûr, cet aspect est tout à fait central, tout est commandé par sa notion de l’amour très généreux en relation avec le sentiment de l’altérité. Cependant, il ne faut pas pour autant oublier le côté économique parce que finalement tout est lié et c’est ce que je voudrais tout de même souligner au début : son indignation face à la pauvreté et au malheur qui réduisent les gens en deçà de ce qu’ils peuvent être.

Alors que Saint-Just écrivait « Le bonheur est une idée neuve en Europe », pour Fourier le bonheur doit être mondial, l’idée neuve est celle d’une interdépendance du bonheur : « L’humanité sera tout entière heureuse ou nul peuple ne jouira du bonheur » et sa notion de l’amour est liée à cette exigence du bonheur pour tous.

L.B. : Un bonheur lié à des conditions matérielles, mais pas seulement.

S.D. : Oui, un bonheur qui exige que les besoins naturels soient satisfaits, faute de quoi l’homme se trouve abaissé. Les castors en servitude domestique, dit-il, ne sont plus des castors et si l’on juge l’homme à partir de l’exemple du paysan russe qui n’a jamais eu aucune liberté d’être, on ne connaît pas l’homme. On connaît une sorte de réduction animale de l’homme.

L.B. : Il faut des exigences économiques satisfaites mais il s’agit de moyens, conditions nécessaires mais pas suffisantes au bonheur.

J’aimerais, si vous en êtes d’accord, axer notre réflexion sur quatre pistes : tout d’abord sur les conditions dans lesquelles vous avez découvert et publié Le Nouveau Monde amoureux, ensuite sur le rôle de l’amour dans l’utopie de Fourier, sur la fonction des femmes puisqu’elles semblent essentielles pour accéder à l’utopie, et enfin sur l’actualité de ces questions notamment avec le phénomène de la révolution sexuelle.

Comment avez-vous pris connaissance de l’existence des cahiers inédits du Nouveau Monde amoureux ?

S.D. : En allant aux archives qui étaient alors beaucoup plus accessibles que maintenant. On m’a laissé fouiller dans la cantine où se trouvaient les papiers de Fourier. Ils avaient déjà été regardés par Émile Poulat qui les avait répertoriés. Je tombe sur cinq cahiers manuscrits, un peu illisibles et absolument inédits, je cherche à les lire et découvre que c’est passionnant. Fourier a été plus libre là que dans aucun autre de ses livres parce qu’il l’écrivait sans savoir s’il le publierait, il ne l’a d’ailleurs pas publié, il était donc livré à sa seule fantaisie et à ses observations. La vie qu’il menait alors avec ses jeunes nièces, le plongeait dans un vif émoi amoureux, même s’il restait, dit-il, fidèle à l’esprit de famille.

Lire la suite en ligne sur le site La Voie du Jaguar


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