Archiv für November 2014

Sozial.Geschichte online n°14 (2014)

Die vierzehnte Ausgabe von Sozial.Geschichte Online versammelt einen Forschungsaufsatz zur Rolle sozialistischer Theoretiker im Italien des späten 19. Jahrhunderts, einen Diskussionsbeitrag zum Zusammenhang von „Produktion“ und „Reproduktion“ am Beispiel chinesischer Wanderarbeiterinnen, drei Texte zu den Herausforderungen linker Geschichtsschreibung, die im Kontext der Berliner Konferenz „History is Unwritten“ (Dezember 2013) entstanden sind.

Inhalt / Contents

Forschung / Research

Max Henninger
Das „italienische Panama“ und die Revolten von 1893 bei Friedrich Engels und Antonio Labriola

Diskussion / Discussion

Hannah Schling
Gender, Temporality, and the Reproduction of Labour Power

History is Unwritten

David Mayer
Gute Gründe und doppelte Böden. Zur Geschichte‘ linker Geschichtsschreibung

Gottfried Oy / Christoph Schneider
Destruktion und Intervention. Von den Möglichkeiten der Geschichtspolitik

Susanne Götze
Der Metaphilosoph Henri Lefebvre. Linke Krise und Erneuerung in den 1960er Jahren

Buchbesprechungen / Book Reviews

Clash City Workers, Dove sono i nostri. Lavoro, classe e movimenti nell‘Italia della crisi (Maurizio Coppola)

Håkan Thörn, Stad i rörelse. Stadsomvandlingen och striderna om Haga och Christiania (Peter Birke)

Petra Terhoeven, Deutscher Herbst in Europa. Der Linksterrorismus der siebziger Jahre als transnationales Phänomen (Helmut Dietrich)

Wigbert Benz,Hans-Joachim Riecke, NS-Staatssekretär. Vom Hungerplaner vor, zum „Welternährer“ nach 1945.
(Michael Fahlbusch)

Alexander Pinwinkler, Historische Bevölkerungsforschungen. Deutschland und Österreich im 20. Jahrhundert (Michael Fahlbusch)

Sven Reichhardt, Authentizität und Gemeinschaft. Linksalternatives Leben in den siebziger und frühen achtziger Jahren (Gottfried Oy)

Online lesen

Grothendieck RIP

http://www.mediafire.com/view/95w3n4rv9n34n2u/nemo__alexandre_Grothendieck__in%20memoriam.mp4

Theodor Lessing – La lutte contre le bruit (1909)

La Lutte contre le Bruit

Par Theodor Lessing (Dresde).

Jamais on n’a cessé de se plaindre du bruit. Tous les travailleurs intellectuels ont eu cruellement à souffrir de ce fléau dont l’action s’exerce sur nous tous les jours, et dont nous ne méconnaissons le danger parce que nous nous y sommes accoutumés, comme l’horloger s’habitue au tic-tac de ses horloges et le meunier à celui de son moulin.
Les furieuses explosions de désespoir de Carlyle, les injures de Schopenhauer et de F.-Th. Vischer, les éloquentes plaintes de Ruskin au sujet du bruit sont connues. Mais ces colères, ces invectives, ces doléances sont demeurées théoriques. Il a fallu que le développement pris par les nouveaux moyens de communication, chemins de fer, autobus, automobiles, accrût le tumulte des villes dans des proportions effrayantes pour que l’on comprît qu’agir pratiquement contre ce fléau devenait une nécessité sociale.
Les premières victimes du bruit étant précisément les êtres les mieux pourvus de la faculté intellective, les esprits créateurs, il est tout naturel que les intellectuels s’unissent pour combattre le vacarme parmi quoi ils étaient forcés de vivre et de travailler.
Depuis 1906 existe à New-York la Society for the suppression of unnecessary noise dont la fondatrice, Mrs Isaack L. Rice, étudia d’abord la musique puis la médecine. Les succès de la campagne de Mrs Rice contre le bruit ont été rapides. Les recteurs de l’université, le chef de la police et le Board of health, l‘archevêque, le chancelier, le haut clergé protestant et catholique ont été des premiers à adhérer à la nouvelle ligue, dont les efforts ont avant tout porté contre le bruit des ports de New-York.
Un professeur de physiologie avait établi avec l’aide de ses étudiants que, dans une seule nuit, les habitants de ce que l’on appelle le « riverside » avaient à supporter environ 3.000 signaux divers émanant des gigantesques sirènes des vaisseaux. Grâce à l’action énergique de Mrs Rice et de ses ligueurs, un amendement à la loi américaine sur la navigation a été mis en vigueur cette année. Dorénavant tous les signaux bruyants, coups de sifflets, sonneries, échappements de vapeur sur les bateaux-pilotes et autres embarcations, ainsi que l’emploi des sirènes, sont, sauf en cas de nécessité, interdits dans tous les ports des Etats-Unis.
La ligue a également obtenu la suppression des bruits dans l’entourage immédiat des établissements d’instruction, cliniques, sanatoriums et hôpitaux. Il a été, à cet effet, établi des zones calmes. Aux coins des rues situées dans ces zones, des plaques noires portent, en caractères très apparents, une inscription que certains turbulents chevaliers du fouet ou de la trompe commencent à connaître à leurs dépens : car les rouliers, les automédons, les chauffeurs qui, en dépit de l’inscription, claquent de la mèche ou émettent des signaux aussi éclatants qu’inutiles, sont punis d‘une amende de dix dollars ou de dix jours de prison. D’autre part, Mrs Rice a su faire prendre aux six cent mille écoliers de New-York l’engagement de ne se livrer dans les zones calmes à aucun sport, à aucun jeu bruyant.
A ces mesures sont venues s’en ajouter d’autres. C’est ainsi qu’à New-York toutes les compagnies de tramways et d’omnibus affichent dans leurs dépôts et dans leurs voitures des instructions interdisant à leur personnel tout emploi injustifié des coups de fouet, de sifflet, de trompe, de cloche. L’Automobile-Club a pris des dispositions analogues. La circulation des automobiles est restreinte à certaines rues.
On cherche aussi à supprimer, par des améliorations techniques, le bruit qui se fait dans la vie ménagère. Il existe des procédés qui rendent superflu le bruyant battage des tapis. Il suffit d’en généraliser l’emploi. De même, il est nécessaire que le nettoyage des coussins, matelas et meubles devienne une spécialité et soit confié à des entrepreneurs qui ne répandront ni bruit, ni poussière- Il conviendrait en outre de disposer, sous les pieds des tables et des chaises, de petites rondelles de feutre. Dans la construction des maisons de rapport, pourquoi ne réunit-on pas ensemble les locaux bruyants tels que cuisine, cage d’escalier, salle de consultation, cabine téléphonique, et ne les sépare-t-on pas de ceux où l’on habite et travaille, de même que dans les villes nouvelles on sépare les quartiers d’habitation de ceux consacrés aux affaires ? Pourquoi s’obstine-t-on à tourner vers la rue la façade des maisons ? Et pourquoi, maintenant que les villes disposent de grands parcs ou de jardins publics avec des terrains de jeu pour les enfants, n’empêche-t-on pas ces derniers de jouer sur les trottoirs ? Pourquoi est-il permis sans restriction d’avoir chez soi, dans des maisons où vivent de nombreux locataires, des oiseaux chanteurs et des perroquets ? Les oiseaux exotiques sont à leur place dans les volières, peut-être dans les villas et les pavillons de jardin, mais non dans les chambres exiguës des villes. Il est également contraire au bon ordre d’enchaîner des chiens dans des cours étroites ou les laisser aboyer sans motif derrière toute voiture, toute bicyclette qui passe. Que dire des sonneries des horloges publiques et des cloches des églises ? Il me paraît absurde qu’à une époque où l’homme le plus pauvre a dans sa poche une montre, des myriades d’affreuses pendules sonnent inutilement, jour et nuit, dans des myriades d’appartements, et tout aussi absurde que, dans chaque quartier, d’innombrables horloges accompagnent chaque quart d’heure de un, deux, trois et jusqu’à seize coups de cloche. Quant aux sonneries religieuses, l’initiative a été prise par le clergé lui-même dans quelques villes américaines, par exemple à Philadelphie, d’en restreindre l’emploi à certaines occasions spécialement solennelles.
La vie citadine est, de nos jours même, enlaidie par certaines formes de commerce devenues depuis longtemps ridicules. N’est-cc pas un non sens qu’il soit permis de crier le charbon, la tourbe, les fruits, les légumes, les pommes de terre, les peaux de lapin, la glace, dans des rues où l’on peut souvent acheter ces marchandises chez tel ou tel négociant voisin ? Je goûte peu aussi la soi-disant poésie de la « musique des petites gens », l’accordéon, l’orgue de Barbarie, le chapeau chinois. En réformant les règlements de police dans les villes, on pourrait aussi réduire des quantités d’autres bruits superflus. Quelle torture pour les intelligences sensitives que le fracas des métaux et des pièces de bois sur les camions ! On devrait empêcher les laitiers de faire leur tapage avec les bidons de lait qui se heurtent sur leurs voitures. On devrait apporter des améliorations à la construction des roues, à la technique de l‘automobile, au pavage des chaussées.
Lorsque, dans un ouvrage tout récent, je souhaitais la création d’une ligue internationale ayant pour devise : Non clamor sed antor, je ne prévoyais pas que, quelques semaines après l’apparition de mon livre et presque sans que j’y eusse participé, s’organiserait en Allemagne une croisade contre le tapage et le bruit. La ligue contre le bruit que j’avais projetée est un fait assuré et comprend d’ores et déjà cinq cents membres qui se sont engagés à verser une cotisation annuelle de trois marks. Mais, à présent que la ligue allemande est fondée, que va-t-elle faire ? Je sais qu’il sera difficile d’exercer une influence directe sur les autorités, la législation et la police. Aussi bien, l’idéal du silence n’est pas précisément un idéal qui convienne à notre populace. C’est aux milieux intellectuels, aux esprits affinés de comprendre et d’approuver les efforts de notre ligue. Et cependant je crois que la création d’une association destinée à mettre plus de délicatesse dans nos mœurs doit profiter à la nation tout entière. Très nombreux sont les individus qui sans le savoir souffrent des incalculables sensations auditives qu’ils perçoivent chaque jour. Une bonne part de l’irritabilité morbide, de l’épuisement nerveux qui pèsent aujourd‘hui sur des classes de la population auxquelles la moderne neurasthénie était à l’origine tout à fait inconnue, doit être attribuée au vacarme qui règne actuellement dans les cités.
S‘il faut renoncer pour l’instant à toute influence immédiate sur les pouvoirs publics, nous espérons du moins que nous serons aidés par le pouvoir de l‘opinion et du contrôle public. A défaut d‘une puissance juridique, nous comptons bien avoir une puissance morale. Il faut songer au soulagement qu’éprouveront tous les êtres qui jusqu’ici ont souffert du vacarme effréné des villes et des gestes emphatiques et retentissants de notre vie actuelle en apprenant qu’il existe un association destinée à les délivrer de leurs tourments.
J‘ai l‘intention d‘employer jusqu’à nouvel ordre les cotisations des adhérents à la publication d‘un organe périodique de la ligue allemande contre le bruit et d’intituler cet organe : la Protection contre le bruit, revue mensuelle pour les progrès des mœurs au dehors et à la maison. On ne pouvait manquer de faire de l’esprit au sujet de ce titre. On m’en a déjà proposé plusieurs autres, tels que la Grosse cloche, le Cri-Cri, le Braillard, la Sirène. J’en oublie.
De Munich, la cité aux quinze mille chiens, et de Berlin, la capitale des gramophones et des concerts du matin dans les brasseries, nous sont parvenues déjà de si nombreuses adhésions qu’on pourra sous peu former dans ces deux villes des groupes locaux. D’autres groupes locaux seront créés plus tard. Le bureau de ces groupes ne devra se composer que de personnalités connues sinon illustres. Le rôle de ces groupes consistera à rassembler des documents sur la situation de la ville au point de vue du bruit, à agir sur les autorités locales par des pétitions, des protestations, des résolutions, et à décider, dans des réunions mensuelles du bureau, quelles sont les plaintes que l’on doit envoyer au bureau central pour que celui-ci les insère dans l’organe de la ligue. Celui-ci publiera spécialement les adresses de maisons et de gens dont le tapage et les cris constituent un scandale et qui seront mis au pilori. Par exemple, les hôtels où l’on ne songe pas à protéger le repos des voyageurs, les maisons bondées de pianos, et tous les individus qui n’ont aucun égard pour l’ouïe de leurs semblables, éleveurs de volailles, automobilistes, propriétaires de perroquets, violonistes nocturnes, etc., tous seront expressément nommés, dès que le tapage aura été constaté par trois témoins irrécusables et prêts à assumer la responsabilité de leur dénonciation en la signant. S’il s’ensuit des procès, ceux-ci ne pourront être qu’agréables à notre ligue qui doit tendre en effet à créer des précédents pour une réforme de la législation, car, au fond, le but suprême qu’elle poursuit est l’obtention d’une loi contre tout bruit inutile.
Au cas où ces mesures ne réussiraient pas, nous aurions recours à la méthode homéopathique. Nous nous livrerions nous-mêmes au tapage : à un tapage systématique, incessant. Nous ferions de la musique toutes fenêtres ouvertes ; nous chanterions la nuit dans les hôtels où il est impossible de dormir, nous parlerions et gesticulerions dans les tramways et compartiments de chemin de fer plus bruyamment encore que le commun des mortels bruyants. Et, luttant ainsi résolument, hommes et femmes, pour notre droit au silence, nous donnerions une cruelle leçon d’assourdissement à ce monde qui nous assourdit.
« Ce qui m’a tourmenté le plus en ce bas monde, — C’est son épouvantable abondance de bruit, — Tout ce tapage affreux du matin à la nuit, — Ce vacarme outrageant pour Dieu même et pour l‘homme, — Et qui, vraiment, du diable est une invention », soupire Carlyle. Il faut qu’enfin se taise ce soupir.
Le fléau du bruit nous est venu avec la civilisation industrielle et le développement de nos grandes cités modernes. Mais ce serait une erreur de croire qu’il soit inséparable de cette civilisation. Notre civilisation est quelque chose de grandiose, de merveilleux et de bienfaisant. Elle produit des dissonances qu’il s’agit de ramener méthodiquement à l’harmonie, et nous les y ramènerons.

Theodor Lessing

(Documents du progrès, Janvier 1909, pp. 50-55)