Guillaume Paoli – Eloge de la démotivation (2008)

Il est aujourd’hui de bon ton de mettre en doute tout argument faisant intervenir une « nature humaine », laquelle ne serait, toujours, qu’une construction sociale. Cependant, il existe bien un rythme biologique de l’individu, fait de tension et de dissipation, de fatigue et de repos. Il y a une limite à la charge que peut supporter le système neurovégétatif. De même, tout humain éprouve un besoin essentiel de communauté, tout simplement parce que sans communauté, il ne peut y avoir d’individualité non plus. En ce sens, les conditions auxquelles est soumise la majeure partie des contemporains ne peuvent pas être « une seconde nature ». Il a bien fallu s’y adapter, certes, mais cette adaptation ne s’apparente pas à une mutation de l’espèce. C’est pourquoi il n’est nul besoin, pour la critiquer, de verser dans la nostalgie romantique des temps révolus. Il suffit de se donner le temps du recul pour retrouver en son for intérieur ce qui reste de définitivement inassimilable aux rôles et aux rythmes prescrits par l’agresseur. Mais ces rythmes même rendent le plus souvent toute prise de recul impossible et c’est alors le corps qui réagit, lui qui ne s’en laisse pas si facilement conter. Guillaume Paoli, Eloge de la démotivation, Paris, Lignes, 2008, pp. 115-116.