Re­cour­ir au « peu à peu » du chan­ge­ment… cela suscite l’ennui propre à la tautologie

Ce qui sous-tend le « peu à peu » de la venue à l’être, c’est qu’on se représente la chose venant à l’être comme déjà donnée de façon sensible ou, généralement parlant, actuelle, sauf que sa petitesse la rend encore imperceptible; de même pour le « peu à peu » de la disparition, on pense que le non-être, ou l‘autre, qui remplace le premier, est pareillement déjà présent, sauf qu’il n’est pas encore décelable ; — et, notons-le, « donné » n’est pas pris au sens où l’un serait implicitement contenu en l’autre, mais au sens où il serait donné comme être-là, à ceci près qu’il ne serait pas décelable. Par là, venue à l’être et cessation d’être généralement parlant sont supprimées; ou si, l’on veut, l’en-soi, l’intérieur, en quoi est quelque chose avant d’être-là est transformé en une petitesse de l’être-là extérieur et la différence essentielle ou conceptuelle est transformée en une différence extérieure, une pure différence de grandeur. — Recourir au « peu à peu » du changement pour faire concevoir comment une chose vient à l‘être ou cesse d’être, cela suscite l’ennui propre à la tautologie; on a la nouvelle chose déjà toute prête à l’avance, et l’on fait du changement une simple modification d’une différence extérieure, moyennant quoi il n’est effectivement qu’une tautologie. Pour un tel entendement qui veut concevoir, la difficulté réside dans le passage qualitatif de quelque chose à son « autre » généralement parlant et plus précisément à son opposé; au lieu de cela, il fait miroiter devant lui-même l’identité et le changement en tant que changement indifférent et extérieur du quantitatif.

Hegel, Théorie de la mesure (trad. André Droz, 1970)