Nous avons aimé assez longtemps ; nous voulons enfin haïr !

Bonne chance, bonne chance, et franchissez montagnes et fleuves en vous dirigeant vers l’aurore! Un dernier baiser à votre femme fidèle, puis saisissez votre fidèle épée ! Aussi longtemps que notre main ne tombera pas en poussière, il faut qu’elle étreigne fermement le glaive ; nous avons aimé assez longtemps ; nous voulons enfin haïr!
Ce n’est pas l’amour qui peut nous aider ; ce n’est pas l’amour qui nous délivrera. Ô haine! hâte-toi de rendre ton dernier jugement ; ô haine ! Hâte-toi de briser nos chaînes ! Et partout où des tyrans respirent encore, fais que nous les saisissions avec audace. Nous avons aimé assez longtemps ; nous voulons enfin haïr !
Que celui qui possède encore un cœur, ne le laisse battre que de haine ; en tous lieux abonde le bois sec qui doit nourrir et grossir notre feu. Vous tous qui n‘avez pas déserté la cause de la liberté, chantez à travers les rues de l’Allemagne : vous avez aimé assez longtemps; oh ! apprenez enfin à haïr!
Combattez sans relâche la tyrannie sur la terre, et notre haine finira par être plus sainte que notre amour. Aussi longtemps que notre main ne tombera pas en poussière, il faut qu’elle étreigne fermement le glaive : nous avons aimé assez longtemps; nous voulons enfin haïr !

G. Herwegh : Le chant de la haine.