Archiv für Dezember 2013

Nous avons aimé assez longtemps ; nous voulons enfin haïr !

Bonne chance, bonne chance, et franchissez montagnes et fleuves en vous dirigeant vers l’aurore! Un dernier baiser à votre femme fidèle, puis saisissez votre fidèle épée ! Aussi longtemps que notre main ne tombera pas en poussière, il faut qu’elle étreigne fermement le glaive ; nous avons aimé assez longtemps ; nous voulons enfin haïr!
Ce n’est pas l’amour qui peut nous aider ; ce n’est pas l’amour qui nous délivrera. Ô haine! hâte-toi de rendre ton dernier jugement ; ô haine ! Hâte-toi de briser nos chaînes ! Et partout où des tyrans respirent encore, fais que nous les saisissions avec audace. Nous avons aimé assez longtemps ; nous voulons enfin haïr !
Que celui qui possède encore un cœur, ne le laisse battre que de haine ; en tous lieux abonde le bois sec qui doit nourrir et grossir notre feu. Vous tous qui n‘avez pas déserté la cause de la liberté, chantez à travers les rues de l’Allemagne : vous avez aimé assez longtemps; oh ! apprenez enfin à haïr!
Combattez sans relâche la tyrannie sur la terre, et notre haine finira par être plus sainte que notre amour. Aussi longtemps que notre main ne tombera pas en poussière, il faut qu’elle étreigne fermement le glaive : nous avons aimé assez longtemps; nous voulons enfin haïr !

G. Herwegh : Le chant de la haine.

Dom Deschamps, l’absolue désappropriation

Dom Deschamps, bénédictin athée, matérialiste et communiste au XVIIIe siècle. Mal connu, dom Deschamps n’est pas un inconnu dans son propre pays depuis que l’édition française s’est inspirée de l’exemple russe du début du XXe siècle, puis, plus récemment, des exégètes italiens. Nous savons aujourd’hui ce que nous devons, depuis quelque vingt ans, entre autres mais surtout à Jacques d’Hondt, Bernard Delhaume et André Robinet pour accéder à l’œuvre du « plus grand métaphysicien du XVIIIe siècle », selon le mot de ce dernier.
Dans une situation inconfortable entre Spinoza et Hegel quant à sa conception du Tout, opposé à Rousseau en ce qui concerne la signification et la fonction du recours à « l’état sauvage », son jugement sur le débat entre Maupertuis et Diderot à propos de la génération des vivants et de l’unité d’un organisme, le conduit à ranger ses contemporains parmi les « demi-lumières » et à exiger le passage du « demi-jour » au « grand jour ». Obéissant au travail du négatif, sa dialectique originale de tout, le Tout et Tout, s’effectue du point de vue d’une ontologie matérialiste. L’échec de l’effort de dom Deschamps pour convaincre ses contemporains, philosophes des Lumières et encyclopédistes, prend sa source dans la violente critique qu’il leur inflige : leur matérialisme n’est pas plus conséquent que leur philosophie naturelle car ils n’ont pas su reconnaître que la pensée et la matière n’étaient que des parties de l’Existence résorbées dans la considération de leur différence, du Tout et de Tout, en qui n’existe que le Rien.
Au plan politique fondé dans cette métaphysique de Tout, le Vrai Système du « riénisme » entend conduire à l’état de mœurs, débarrassé de l’inégalité de l’état de lois, paradis de l’athéisme éclairé où Tout s’incarne dans le communisme vécu. Dans les Observations morales, la description détaillée du paradis du dénuement « dans ce monde-ci » fait songer aux archétypes traditionnels des utopies, non sans hésitation. Associant son discours plutôt aux hommes cultivés qu’à un projet révolutionnaire adressé au peuple, dom Deschamps se tient à la charnière ambiguë entre utopie et histoire : « Ce livre donné une fois et ayant eu son effet ne serait bon, comme tous les autres, qu’à quelque usage physique, comme à chauffer nos fours ».
Un séminaire de Annie Ibrahim enregistré le 10 janvier 2013, au Collège international de philosophie.

Les observations morales, deuxième partie : Entrée dans l’état de mœurs.

(via)

Pourquoi et comment (re)lire le Capital aujourd’hui ? (Alain Bihr)

Alain BIHR
Professeur émérite en sociologie, Université de Besançon.
(Paris, Sorbonne, 30 novembre 2013)

Sibylle Penkert – Carl Einstein. Beiträge zur einer Monographie (1969)

Andrew Jackson Jihad – People II: The Reckoning