Archiv für September 2013

Vinnie Paz – Feign Submission

Roger Dangeville – Marx et la Russie (suivi de : Lettres de Marx à Vera Zassoulitch)

In : L’homme et la société, n°5, 1967.

Pierre Missac – L’ange et l’automate. Notes sur les « Thèses sur le concept d’histoire » de Walter Benjamin (1975)

Lucioles n°11 – Bulletin anarchiste du Nord-Est de Paris (septembre 2013)


Des étincelles dans les taules
La prison est une torture continue et l’été ne fait que l’empirer. Il faut en plus ajouter la surpopulation des taules françaises et les grèves de la matonnerie qui ont ponctué la fin du printemps. Début mai, il y avait quelques 68.000 détenus dans les prisons de l’Hexagone (ce chiffre, le plus important jamais atteint, en dit long sur la guerre que l’État et la Justice mènent contre les pauvres). Tout ça dans des taules faites pour enfermer 57.300 détenus, c’est-à-dire qu’en moyenne il y a 120 prisonniers entassés là où il y aurait à peine l’espace prévu pour 100. De plus, les « grèves » des matons (qui, n’ayant pas le droit de s’abstenir de leur sale travail, bloquent les entrées des taules pendant leur temps libre) réduisent ou font sauter parloirs, activités et promenades, retardent la cantine etc. En deux mots, ce sont les prisonniers qui payent (encore) quand les chiens râlent pour quelques miettes. Bien sûr, la solution ce n’est pas plus de places en taule, ni des conditions meilleures, ni plus de matons ou mieux payés. Les révoltes dans les prisons éclatent le plus souvent pour des améliorations partielles (transferts, meilleures conditions de détention, accès à des mesures alternatives etc.) ou face à des abus ponctuels. Mais on ne doit pas oublier que la prison elle-même est une abomination et que la seule solution est sa destruction. Et ces derniers temps, bien qu’à partir de revendications et objectifs partiels, quelques détenus ont commencé.
Lucioles

Alain Testart RIP (1945-2013)

Triste nouvelle, Alain Testart vient de mourir.

La mort d’Alain Testart prive l’ethnologie d’un esprit brillant et original

Alain Testart : un anthropologue à part

Un des effets les plus curieux de l’Essai sur le don de Mauss est que, tout en faisant l’éloge du don, l’insistance sur la trop fameuse « obligation de rendre » devait finalement oblitérer la distinction même entre donner et échanger. Si l’on pouvait assimiler en effet la suite d’un don et d’un contre-don à un échange, tout phénomène de circulation pourrait sans doute être subsumé sous l’étiquette d’ « échange» : on sait que c’est la voie qu’emprunta Lévi-Strauss, voie dont on sait également qu’elle fut largement suivie. Il en est résulté une sorte de philosophie dont le crédo principal voulait que l’échange soit au fondement de toute vie sociale. Or il est clair qu’une telle opinion n’a pu se former et prévaloir que grâce à la confusion entre échange et réciprocité, à l’assimilation abusive entre don/contre-don et échange, ou grâce à l’oubli d’un concept sociologiquement aussi évident que celui de dépendance. On n’a bientôt plus parlé que « d’échange » et de « formes d’échange » (restreint ou généralisé, en cycle ou pas en cycle, etc., donnant ainsi la prédominance au point de vue cinématique), au lieu de ne voir dans l’échange qu’un cas particulier, très particulier, parmi toutes les formes de circulation ; un cas qui n’est tout au plus au fondement que de quelques sociétés parmi toutes celles dont nous entretiennent l’histoire et l’ethnographie.
L’échange est assurément au fondement de la nôtre, tout le monde le voit, au fondement de notre économie marchande comme de notre idéologie politique, et jusque dans la mode actuelle des « communications ». Mais qui ne voit également que la société de la Chine classique est centrée sur un rapport de dépendance entre le souverain et ses sujets, et nullement sur l’échange ? Qui ne voit que dans des sociétés dominées par la parenté, comme celles de l’Australie aborigène, la vie sociale s’organise en fonction de relations de dépendance réciproques et symétriques, et non point en fonction de l’échange ? Qui ne voit que dans la Côte nord-ouest américaine il s’agit avant tout de dons et de contre-dons, et que ceci vaut dans la vie sociale et économique comme dans les rapports que les hommes entretiennent avec les esprits ? Qui ne voit que dans la plupart des sociétés d’Afrique ou d’Asie du Sud-est, c’est la dette qui joue le rôle principal, tant dans la société que dans la religion, une dette due au titre de dédommagement, dont nous avons souligné la différence avec l’échange ? L’échange n’est pas la clef des sociétés, c’est tout au plus celle d’une société qui, pour être coextensive à l’ensemble du monde, n’en est moins sociologiquement parlant une parmi beaucoup d’autres. L’hégémonie théorique accordée à l’échange n’est que l’effet de l’ethnocentrisme. (Alain Testart, Critique du don, Paris, Syllepse, 2007, pp. 69-70.)

Ici, on pourra écouter Alain Testart…