« …le vil compromis moderne suffoquera toujours la manifestation des thèses qui insultent le prêtre, le père éternel, la démocratie, la liberté et valeurs similaires désormais sacrées pour l’énorme majorité »

En 1966, à la stupeur des amis de Bordiga, une maison d’édition milanaise – « Editoriale Contra » – publient en volume le texte antérieurement – et anonymement – paru dans Il programma comunista sous le titre : Struttura economica e sociale della Russia d’oggi. Cette édition – dont la couverture portait le nom et le prénom de Bordiga – avait été réalisée par des militants sortis de la section milanaise du PCInt en 1962. Agacé par les remous que l’affaire suscitait dans le parti, Bordiga envoya le 3 mars 1966 la lettre suivante à plusieurs camarades :

« En conclusion sur le thème du livre ‘‘Contra’’ (…) il y a trois formes de manifestation également à déplorer : 1° celle de celui qui se réjouit que soit finalement en circulation, avec les effets publicitaires, la couverture avec le nom et le museau du grand imbécile, 2° celle de celui qui pense de façon très peu sage que les porcs qui ont fait l’opération sont en train de récupérer le tas de sous que le parti aurait pu encaisser en faisant lui l’ignoble usage de ce nom et de ce museau, raisonnement qui révèle le non-dépassement de l’esprit boutiquier qui doit nous faire horreur, 3° celle de celui qui aurait voulu qu’Amadeo, en se qualifiant d’auteur offensé, fît grand tapage, sans penser que cela aurait tout simplement fait le jeu des éditeurs improvisés. La considération juste est celle-ci : la diffusion, dans l’ambiance bourgeoise moderne corrompue des idées imprimées, ne suit pas le jeu de l’offre et de la demande, mais suit les influences capitalistes de classe qui dominent l’État démocratique. Quel que soit l’éditeur commercial, le vil compromis moderne suffoquera toujours la manifestation des thèses qui insultent le prêtre, le père éternel, la démocratie, la liberté et valeurs similaires désormais sacrées pour l’énorme majorité. On ne rompt ni en agitant le drapeau de la grande personnalité ni avec les forces anonymes collectives d’un groupe trop petit et trop pauvre. Qu’elles aient ou non le nom d’Amadeo, les publications imprimées auront un rayon de diffusion qui sera réduit parce que la curiosité de couches restreintes pour ce vieux incrétinisé (istupidito) qui ne décampe pas de positions vieilles d’un demi-siècle ne sera jamais en mesure de rompre la chape de plomb du conformisme, et il en sortira encore moins un bénéfice qui puisse servir de moyen pour résister à l’écrasante supériorité de l’ennemi. Tout le reste n’est que position puérile … ».