Archiv für Mai 2012

Une biographie de la classe ouvrière – A propos de « La Formation de la classe ouvrière anglaise d’Edward P. Thompson »

« Une biographie de la classe ouvrière » (Entretien avec Miguel Abensour et François Jarrige)

Dans les années 1980, le Britannique Edward Palmer Thompson (1924-1993) est l’un des historiens les plus cités dans le monde. Son grand livre, La Formation de la classe ouvrière anglaise, est paru en 1963 en Grande-Bretagne et traduit en France en 1988, grâce à la force de conviction du philosophe Miguel Abensour. Pour sa sortie en poche, l’historien François Jarrige en a rédigé la préface. Dialogue autour d’un intellectuel qui n’a jamais renié l’apport de Marx.

Edward P. Thompson adhère au Parti communiste britannique en 1942. C’est un intellectuel engagé, formé par le marxisme. Quelle est son originalité ?

Miguel Abensour. E. P.Thompson, qui enseignait dans des cours du soir, loin des grands centres universitaires, n’a pas le profil académique. Il attaque d’ailleurs, sans cesse, la condescendance des universitaires à l’égard des ouvriers. Il essaie de montrer que toutes ces idées qui ont été apparemment vaincues ont encore leur existence puisque notre révolution, dit-il, n’est pas finie. En ce sens, ce n’est pas seulement un historien, c’est un écrivain politique. Il y a chez lui l’idée que tout combat, même celui qui n’aboutit pas, sera repris sous un autre nom par la génération future. Et c’est d’ailleurs le tempo de son livre : l’Histoire est un combat éternel pour l’émancipation.

François Jarrige. Thompson enseignait à Leeds, dans le Yorkshire. Or c’est l’un des foyers du luddisme, ce mouvement d’artisans qui s’est caractérisé par des bris de machines dans les années 1811-1812. Il en parle dans le livre. Ainsi, quand il enseignait, il racontait aux gens leur histoire. D’ailleurs il disait explicitement qu’il voulait faire une histoire pour eux, en se nourrissant autant de ce que le peuple lui racontait que de ce que lui expliquait.

Il reprend au marxisme le concept de « classe sociale ». Comment le définit-il ?

M. A. Avec ce livre, Thompson s’est donné un objet tout à fait extraordinaire : la biographie de la classe ouvrière. Je dirais que, dans son écriture très rapide et tumultueuse, il y a le souci de faire apparaître la classe comme une expérience historique ; c’est fondamental chez lui. La « classe » n’est ni une structure ni une catégorie. C’est l’ensemble des expériences prises dans une histoire telle que, tout à coup, cette classe se pose, dans un rapport conflictuel, comme une classe à part, avec une conscience de classe à part. Chez Thompson, la classe n’est donc pas le produit d’un déterminisme économique, ce n’est pas simplement une réaction à un événement externe, comme si la classe était du matériel brut sur lequel s’étaient exercés des effets extérieurs. Non, la classe agit elle-même et s’est constituée elle-même dans l’action.

F. J. Il le dit d’ailleurs clairement: la classe n’est pas une chose, c’est un rapport. C’est en cela qu’il est un excellent historien social, car il est attentif à la pluralité des expériences. Il montre qu’il y a des travailleurs à domicile, des travailleurs des fabriques, des artisans urbains, bref, une multitude d’ouvriers très différents entre eux. Mais de cette complexité naît quelque chose, la « classe ouvrière », qu’il maintient au singulier. Il restitue magnifiquement, avec une grande finesse, toutes ces expériences – ce qui en fait un fondateur d’une histoire sociale qu’on pourrait dire anthropologique, attentive aux gestes, sensible au fait que ce n’est pas la même chose de travailler dans le secteur agricole ou dans le textile. Et dans le textile, ce n’est pas la même chose de travailler la laine, le coton, etc.

De cette restitution se dégagent beaucoup d’émotions…

M. A. Oui, il y a beaucoup d’émotions, de passions. Pour revenir à la classe, Marx parle, dans La Sainte Famille (1845), de la « classe en soi » (liée à une organisation objective) et de la « classe pour soi » (liée à la conscience collective). Lorsque la lutte des classes arrive à sa maturité, il y a le passage de l’une à l’autre, mais d’une certaine manière, chez Marx, on ne trouve pas ce qui se passe entre les deux. Thompson apporte, lui, quantité d’éléments pour comprendre le passage de la « classe en soi » à la « classe pour soi ».


Quel est son parcours après sa rupture avec le Parti communiste ?

M.A. Cette rupture est probablement facilitée par son travail intérieur amorcé pendant l’écriture de son livre sur le poète et peintre William Morris, qui appartient, comme John Ruskin ou William Blake, à la grande tradition critique romantique…. Lorsqu’il quitte le Parti communiste, à la suite de la répression de la révolte en Hongrie, en 1956, il participe à la fondation de la « nouvelle gauche » (New Left). Puis, assez vite, il y a une scission : Thompson prend ses distances avec des intellectuels comme Perry Anderson et Tom Nairn, qui importent le marxisme continental (soit althussérien soit gramscien) et participent de l’idée qu’il faut liquider l’idéologie britannique, le romantisme, l’empirisme pour faire un marxisme fort et offensif. Pour Thompson, ils ne font que redécouvrir, sous couvert d’une théorie pure et dure, une même condescendance à l’égard de toute l’histoire du peuple.

La lecture du livre d’Edward Thompson bouleverse l’idée que nous nous faisons de l’histoire politique britannique…

M.A. C’est certain. En France, on a tendance à oublier la première révolution anglaise (1649) et le fait que les Anglais ont tout de même exécuté leur roi. Il n’y a pas que les méchants Français ! Ensuite, on lit partout que la supériorité de l’histoire britannique tient au fait que, quand les classes dominées s’agitent, les classes dominantes savent faire des compromis pour éviter la casse. En fait, l’histoire britannique est très violente. Il s’y déroule une révolution que les classes dominantes font tout pour arrêter. La formation de la classe ouvrière anglaise se fait à l’ombre de la potence. Il faut en finir avec cette idée binaire du pays de la réforme, le Royaume-Uni, contre le pays de la révolution, la France.

Quelle a été l’influence de ce livre d’E. P. Thompson ? Pourquoi est-il si méconnu en France ?

M. A. Le livre a été traduit trop tard en français, en 1988, date qui explique que sa réception n’a pas été réussie. S’il avait été traduit en 1968, ou juste après, la situation aurait été différente. Est-ce qu’aujourd’hui les conditions sont réunies pour une meilleure réception, L’école de François Furet (1927-1997), qui s’était repliée sur une lecture politique, au sens étroit du terme, paraît aujourd’hui dépassée, ce qui rend le contexte plus favorable.

F. J. Il faut bien voir que ce livre a infusé absolument partout, dans toute l’historiographie mondiale. En cela, la France ressemble à un îlot épargné. En histoire, si on sort du cas hexagonal, les innovations les plus importantes des années 1980-1990, comme les Subaltern Studies en Inde, se sont totalement imprégnées d’Edward P. Thompson, car il s’agit d’écrire une histoire « par en bas », des dominés, de ceux qui ont été marginalisés par l’historiographie nationaliste ou marxiste. Et même en France, à mesure qu’on s’est détachés de l’historiographie marxiste, qui s’intéresse essentiellement aux organisations, aux syndicats ou aux leaders, on a vu monter un intérêt pour Thompson.

Toute sa vie il fut un militant du mouvement antinucléaire. Formule-t-il une critique du progrès technique ?

F. J. C’est une question complexe. Il existe toute une mouvance de gauche dite décroissante qui essaie de renouer avec une tradition socialiste pour ressourcer ce que serait le socialisme non productiviste. C’est ce qu’essaient de faire Paul Ariès, Serge Latouche, etc. Tous ces gens citent Thompson. Mais chez Thompson lui-même, c’est plus compliqué. Il dit bien que les luddites ne sont pas contre les machines ; ils sont contre les formes de mises au service de la machine au profit de l’exploitation capitaliste. Mais de fait, il en arrive à critiquer la vision linéaire, à sens unique, de la modernisation qui serait un processus qui va vers le mieux. Mais ce n’est pas le père de la décroissance !

Quel est l’apport de Thompson pour aujourd’hui ?

M. A. L’idée d’un « sujet historique », comme le prolétariat, qui inclurait toutes les luttes, c’est fini. De ce point de vue-là, le livre de Thompson, et le fourmillement qu’il donne à voir, est très important. Il faut faire droit à toutes ces luttes hétérogènes qui peuvent faire un combat unifié.

Propos recueillis par Julie Clarini
Le Monde des Livres, 6 avril 2012.


Le monde foisonnant de la « populace »

LA SOCIÉTÉ de correspondance londonienne, formée d’artisans et ouvriers, se fonde en 1792 avec pour objectif d’obtenir une réforme de la Chambre des communes. Son premier principe : « Que le nombre de nos adhérents soit illimité. » C’est avec ces mots que l’historien marxiste Edward P. Thompson ouvre son livre majeur, La Formation de la classe ouvrière anglaise (1963), et l’on comprend pourquoi : cette aspiration à l’émancipation pour tous est au cœur de son combat et de ses recherches. Dans des chapitres qui sont autant de plongées dans le monde foisonnant de la « populace », rendant compte de l’agitation de la foule de Londres (célèbre pour son indiscipline) comme des terribles vagues de répression, des bris de machines comme de l’activité frénétique des artisans autodidactes, il permet de comprendre le long essor d’une conscience de classe entre les années 1790 et 1830. Pour lui, celle-ci se forme dans un double mouvement : «L’exploitation économique et l’oppression politique. »
Loin de n’être qu’une curiosité de l’historiographie marxiste, le livre tire son souffle de l’engagement de son auteur aux côtés des hommes et des femmes dont il fait le portrait, de sa volonté affichée de les « sauver de l’immense condescendance de la postérité ». J. Cl.

La Formation de la classe ouvrière anglaise (The Making of the English Working Class), d’Edward P. Thompson, traduit de l’anglais par Gilles Dauvé, Mireille Golaszewski et Marie-Noëlle Thibault, Points, 1166 p., 14,50 c.

Ebooks-Lager „Kommunistische Literatur“ – Ein neues Buch hinzugefügt: Charles Bergquist – Labor in Latin America (1986)

http://www.kommunismus.narod.ru/

Ein neues Buch hinzugefügt: Charles Bergquist – Labor in Latin America

PDF: (1/3), (2/3), (3/3)

George Orwell – « The Freedom of the Street » de Jack Common (1938)

« The Freedom of the Street » de Jack Common

Jack Common est un auteur qui n’a pas encore la notoriété qu’il mériterait. C’est pourtant, virtuellement, une sorte de Chesterton de la gauche, qui traite aujourd’hui du socialisme sous un angle intéressant et inusité.
D’origine prolétarienne, il a su, bien mieux que la plupart des auteurs dans ce cas, préserver en lui le point de vue prolétarien. Ce faisant, il met le doigt sur l’une des principales difficultés auxquelles se heurte le mouvement socialiste — à savoir que le mot « socialisme » a pour un travailleur une signification toute différente de celle qu’il revêt aux yeux d’un marxiste originaire de la classe moyenne. Pour ceux qui tiennent effectivement entre leurs mains les destinées du mouvement socialiste, la quasi-totalité de ce qu’un travailleur manuel entend par « socialisme » est soit absurde, soit hérétique. Comme le montre M. Common dans une série d’essais distincts mais que relie un fil directeur, les travailleurs manuels acquièrent dans une civilisation machiniste, de par les conditions mêmes dans lesquelles ils vivent, un certain nombre de traits de caractère : droiture, imprévoyance, générosité, haine des privilèges. C’est à partir de ces dispositions précises qu’ils forgent leur conception de la société future, au point que l’idée d’égalité fonde la mystique du socialisme prolétarien. C’est là une conception très différente de celle du socialiste de la classe moyenne, qui vénère en Marx un prophète — un prophète extra-lucide, un donneur de tuyaux qui non seulement vous indique sur quel cheval il faut miser, mais qui vous explique aussi pourquoi ce cheval n’a pas gagné.
L’esprit dans lequel écrit M. Common combine l’espoir messianique avec un joyeux pessimisme, en un mélange qu’il est parfois donné d’apprécier au fond d’un bar de quartier le samedi soir. M. Common pense que nous allons tous être réduits en bouillie par les bombardements, mais que la dictature du prolétariat est destinée à voir le jour.
« Voici venir un temps où même les gens relativement bien installés dans la vie auront à souffrir de gouvernements sans foi ni loi, qu’ils auront eux-mêmes mis en place ou qu’ils auront laissé s’installer. Les bombardés-en-puissance n’ont pas à redouter le communisme. Ils seront eux-mêmes communistes quand les bombardements auront cessé, s’ils sont encore vivants… Car il suffit d’un tour d’écrou supplémentaire, d’une tension encore accrue, pour que volent en éclats les particularismes fragiles et bien souvent imaginaires qui font que les masses du monde entier chérissent leurs divisions. »
Oui, mais s’il existait une certitude quelconque que les choses se passeront bien ainsi, tout socialiste n’aurait-il pas le devoir de souhaiter la guerre et d’œuvrer à sa venue ? Et y a-t-il un individu conscient qui ose le faire aujourd’hui ?
Il doit y avoir beaucoup de gens pour qui l’expression tant galvaudée « dictature du prolétariat » a été tour à tour un cauchemar, une espérance et une chimère. On commence d’abord — car enfin c’est bien par là que commencent la plupart des représentants de la classe moyenne — par se dire : « Que Dieu nous vienne en aide quand cela arrivera ! » et l’on finit par se dire : « Quel dommage que cela ne puisse jamais arriver ! » Tout au long de son livre, M. Common a l’air de penser que la dictature du prolétariat est pour demain matin — vœu pieux, que les faits ne semblent guère devoir exaucer. Il semblerait que ce à quoi on assiste chaque fois, ce soit à un soulèvement prolétarien très vite canalisé et trahi par les malins qui se trouvent au sommet, et donc à la naissance d’une nouvelle classe dirigeante. Ce qui ne se réalise jamais, c’est l’égalité. La grande masse des gens n’a jamais la moindre occasion de mettre son honnêteté foncière au service de la gestion des affaires, de sorte qu’on en arrive presque à conclure cyniquement que les hommes ne sont honnêtes que lorsqu’ils n’exercent aucun pouvoir.
Il n’en reste pas moins qu’il s’agit d’un livre intéressant, qui vous apprend beaucoup moins de choses sur le socialisme en tant que théorie économique que le banal manuel de propagande, mais infiniment plus sur le socialisme en tant qu’article de foi et, pourrait-on presque dire, comme mode de vie. Je recommande tout particulièrement les deux essais ayant pour titre « Le jugement du vulgaire » et « Le fascisme chez les hommes de bonne volonté ». Grâce au fait qu’elle a trouvé une expression littéraire (ce qui est en soi quelque peu anormal), on entend ici la voix authentique de l’homme ordinaire, de cet homme qui introduirait une nouvelle honnêteté dans la gestion des affaires, si seulement il y accédait, au lieu de ne jamais sortir des tranchées, de l’esclavage salarié et de la prison.

New English Weekly, 16 juin 1938.

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Matériaux

Jack Common – Selected articles (« A fascinating writer, his analysis of the emerging mass consumerism of the 1930s & 40s seems to closely anticipate the concept of the ’society of the spectacle‘ later developed by the situationists. »)

Armstrong, Keith – From the ‘freedom of the streets’: a biographical study of culture and social change in the life and work of writer Jack Common (1903-1968). Doctoral thesis, Durham University, 2007.
« The author assesses the life and work of the Newcastle upon Tyne born writer Jack Common in the light of the massive social, economic and cultural changes which have affected the North East of England and wider society through the period of Common’s life and afterwards. He seeks to point out the relevance of Common to the present day in terms of his ideas about class, community and the individual and in the light of Common’s sense of rebelliousness influenced by a process of grass-roots education and self-improvement. In addition, he draws upon his own extensive experience in community arts and education, looking, in particular, at the work he and others have carried out on Common over the last thirty years and assessing its value in the light of recent political changes. The author draws together the range of biographical and literary criticism carried out by a range of individuals over this period of time and brings into print hitherto unpublished material about Common’s life and work by interviewing family members and associates, exploring the Common Archive at Newcastle University and other largely ignored sources, and studying Common’s significant association with George Orwell in great detail. Through all of this, he seeks to argue that Common’s life and ideas remain worthy of close attention in the present day. »


John Mapplebeck’s film COMMON‘S LUCK (27 minutes, 1974)

Elisée Reclus – „Wählen heißt entsagen“ (Brief an Jean Grave, 26.09.1885)

Clarens, Vaud, dem 26. September 1885.

Genossen!

Ihr fragt einen Euch wohlwollenden Mann, der weder Wähler noch Kandidat ist, nach seiner Meinung über die Anwendung des Wahlrechts.

Die Zeit, die Ihr mir gebt, ist kurz, doch da ich über den Gegenstand eine abgeschlossene Meinung habe, so kann ich in wenigen Worten das sagen, was ich zu sagen habe.

Wählen heißt entsagen; indem man sich einen oder mehrere „Führer“ für eine kürzere oder längere Zeitperiode wählt, verzichtet man auf die eigene Souveränität. Ob er nun ein absoluter Monarch, ein konstitutioneller Prinz oder nur ein einfacher Mandatar ist, mit dem kleinsten Teil einer Würde betraut, der Kandidat, dem Ihr zu einem Thron oder einem Parlamentssitz verholfen habt, er steht jetzt „über“ Euch. Ihr ernennt Männer, die „über den Gesetzen stehen“, weil sie es unternehmen, dieselben zu machen, und ihr Bestreben wird sein, Euch nun auch gehorsam zu machen.

Ein Wähler sein, heißt ein Narr sein. Es heißt glauben, daß Menschen wie Ihr selbst plötzlich durch das Gebimmel einer Glocke die Fähigkeit erhalten, alles zu wissen und alles zu verstehen. Eure Mandatnehmer machen Gesetze über alles; von Lucifer-Streichhölzern bis zu Kriegsschiffen, von der Vernichtung der Raupen an den Bäumen bis zur Austilgung von Völkern, ob roten oder schwarzen. Es muß für Euch den Anschein haben, daß ihre Intelligenz gerade durch die Unendlichkeit ihrer Aufgaben immer größer wird. Die Geschichte lehrt, daß das Gegenteil der Fall ist. Macht hat immer nur ihre Besitzer eitel und albern gemacht, vieles Reden stets verdummend gewirkt. In den regierenden Körperschaften herrscht die Mittelmäßigkeit fatalistisch vor.

Wählen heißt Verrat heraufbeschwören. Zweifellos glauben die Wähler an die Ehrlichkeit derjenigen, die sie wählen, und sie mögen am ersten Tage, wenn die Kandidaten in der ersten Hitze sind, Grund dazu haben. Aber wenn des Menschen Umgebung sich ändert, dann ändert er sich selbst auch. Heute verneigt sich der Kandidat vor Euch — vielleicht etwas zu tief. Morgen wird er sich wieder aufrichten und vielleicht zu hoch. Derselbe, der um Eure Stimme bettelte, er wird Euch jetzt Befehle erteilen. Kann der Arbeiter, der Werkmeister geworden ist, derselbe bleiben, der er vorher war, ehe ihn die Gunst des Unternehmers beförderte? Lernt nicht der lärmende Demokrat sein Rückgrat biegen, wenn der Bankier sich herabläßt, ihn in sein Kontor einzuladen, wenn die Diener von Königen ihm die Ehre antun, sich mit ihm in den Vorzimmern zu unterhalten? Die Atmosphäre der gesetzgebenden Körperschaften ist zum Atmen ungesund. Ihr schickt die Mittelmäßigen von Euch nach einer Stätte der Korruption, wundert Euch nicht, wenn sie verdorben herauskommen.

Deshalb entsaget nicht. Vertraut Euer Schicksal nicht Menschen an, die unvermeidlich unfähig und künftige Verräter sind. Wählt nicht! Anstatt, daß Ihr Eure Interessen anderen anvertraut, verteidigt Euch selbst. Anstatt daß Ihr Euch einen Anwalt nehmt, der Euch Ratschläge über zukünftige Handhabungen gibt, handelt selbst. Gelegenheit dazu ist immer für diejenigen, die sie wollen. Auf einen anderen die Verantwortung für sein eigenes Betragen abwälzen, heißt Mangel an Mut zeigen.

Ich grüße Euch von ganzem Herzen, Genossen.

Elisée Reclus.

Version française

Backworld – Heaven’s Gate/Isles of the Blest