Archiv für August 2011

Georges Haupt – Führungspartei? Die Ausstrahlung der deutschen Sozialdemokratie auf den Südosten Europas zur Zeit der Zweiten Internationale (1979)

Jean Malaquais – Le nommé Louis Aragon ou le patriote professionnel (1947)

Il est triste que souvent, pour être bon patriote, on soit l’ennemi du reste des hommes. VOLTAIRE

Le goût de l’âcre fruit qu’on appelle « patriote » – qu’il soit d’ici ou de là-bas ou d’ailleurs – me vaut la gingivite. Acre et vert fruit en effet, qui fait profession d’aimer « son » pays, et par voie de conséquence n’aime pas le vôtre. Acre et vert et « ratatiné » fruit que notre temps sécrète comme la « limace sa bave », mais dont la morphologie ne doit rien à celle des Jeanne d’Arc, Bolivar ou autres Macchabée. Je ne connais pas mélange plus curieux de hargne, de « glande lacrymale » et de « constipation chronique » que cette dame qui se sent toute chose quand sur un manche à balai on hisse les couleurs de « sa » patrie, ce monsieur qui s’étrangle d’émotion quand bat le tambour de « son » régiment.
Bizarre et « corrosive chimie » qui réactionne comme un acide dès lors qu’on ne pense pas le plus grand bien de la vaillance de vos sous-officiers, de l’excellence de vos vertus domestiques, de la supériorité de votre gomme « à chiquer ». Psychologie de dindon qui voit rose au faîte de son tas de fumier, qui voit rouge si le dindon du voisinage y pique le bec.
Psychologie de dindon qui fait la roue et pousse du vent. Mais, du moins, est-il honnête. Le dieu des dindons l’ayant pourvu de la caroncule, il est naturel qu’il la fasse bander. Fidèle à son état, il répondra en gloussant dès qu’on agite la crécelle héroïque. Moldave, il pique une crise si dans un communiqué de presse son nom est précédé de celui de Batave ; Batave, il en tirerait orgueil. Il se gonfle et se dilate à la flatterie : quand on applaudit à son plumage, à ses éperons, à sa crotte ; et prend rouge si on n’applaudit pas assez bruyamment à son gré. Il a tous les mauvais goûts : celui « d’humecter » ses discours de trémolos vibrants, celui d’admirer les statues équestres, celui de préférer les poèmes pompiers.
Remarquablement perméable à la mise en scène, à la fanfreluche officielle, il est de toutes les parades, la claque généreuse et le bonnet approbatif. Mais rien ne le transporte comme le nombre de bombardiers de « notre » aviation, le tonnage de « notre » marine, les boutons de culotte de « notre » infanterie. Non pas qu’il soit indifférent quant aux fromages de « notre » pays, au tour des hanches de « nos » midinettes, tout ce à quoi il peut accoler l’adjectif possessif « notre » ouvre ses vannes patriotiques car c’est un citoyen qui a la fierté facile, mais avant toute chose il est sensible à la trompette et au sabre. Il est martial comme on louche, comme on est sujet aux rhumes de cerveau ; martial naturellement et sans effort. Et plus glorieuse sera la trompette, plus clinquant le sabre sur le pavé, et plus orgueilleux se sentira la Moldave de n’être pas Batave, et le Batave, Moldave.
Mais, du moins, est-il honnête. Pas très intelligent, mais honnête. Patriote par la force des choses, par la force des cataclysmes , il pense sincèrement – pour autant qu’il pense – que « son » pays a inventé ou contribué à inventer la plupart des choses dont parlent les encyclopédies, depuis l’amour romantique jusqu’au fil à couper le beurre. Il gobe comme médecine les lieux communs et les platitudes du jargon patriotard, les rend diminués d’éloquence mais augmentés de volume, et quoiqu’il puisse n’être pas toujours d’accord avec telles lois de « son » pays, telle stratégie de « ses » généraux, il vire au bleu si le patriote de l’autre rive y ose une critique. Il est pour « laver son linge sale en famille », car bien entendu il croit à la famille nationale. Toutefois, son éthique ne procédant pas d’une doctrine mais d’un complexe, pas d’une idéologie mais d’un paquet de sentiments, le Moldave et le Batave patriotes ne sont nullement des professionnels du patriotisme. Ils en sont, au contraire, les tristes victimes.

Le professionnel du patriotisme, lui, est de complexion toute différente. Il n’a rien des bienheureuses certitudes du dindon, rien non plus de ses suffisances. Encore que gloussant haut et fort, encore que ne méprisant aucune note de la misérable gamme oratoire des démagogues de cirque, il ne souffre pas d’occlusion intestinale : il est conscient de placer une marchandise et en connaît le juste prix. L’un – relativement ancien – remonte aux guerres de libération nationale du dernier siècle, il conjugue et décline patrie-patra à tort et à travers – et en meurt asphyxié ; l’autre – produit de la veille – puise ses accents dans la décadence de l’idée nationale, il y met du style et de la guirlande – et n’en meurt point. Semblable au mangeur de curés qui sur ses vieux jours change en pilier de sacristie, au jeune anarchiste qui en se mariant devient un modèle de petit bourgeois, le professionnel, au départ, n’avait que dégoût pour ce que par la suite il mâchera à pleines babines avides.
La ressemblance, cependant, n’est qu’apparente. Le ci-devant athée, le jeune réfractaire, le non-conformiste en un mot qui finit par rejoindre la grande armée des béni-oui-oui, succombe à l’implacable poids des coercitions sociales ; il a subi une sorte d’évolution à l’envers et s’est liquéfié sous la dissolvante emprise des normes bourgeoises. Par contre, le spécialiste de la patrie, celui du moins dont dans ces lignes j’entends dessiner la figure, est – en règle presque absolue – un transfuge conscient et organisé. Mais ce qui réellement le différencie du patriote bêlant, c’est que les amours de celui-ci sont ancrées à son sol natal, inséparables en quelque sorte d’avec son certificat de naissance, il ne jure que Moldavie – si Moldave, Batavie – si Batave, tandis que celui-là, quelle que soit sa terre d’origine, la langue maternelle, ne professe qu’une exclusive passion : celle de la Russie sous Staline. Ce patriote de métier est, de fait, un apatride. Et, étrangement d’ailleurs, parmi les millions d’apatrides de nos jours, il est l’unique phénomène qui paie allégeance au plus monstrueux des totalitarismes.

Le prototype du patriote professionnel apatride, celui qui a atteint une espèce de grandeur dans le maniement du bénitier stalinien, est le nommé Louis Aragon poète par la grâce des dieux, clarinette par la grâce de saint Joseph ; Louis Aragon, ex-dadaïste, ex-surréaliste, ex-auteur du « Con d’Irène », du « Paysan de Paris », du « Traité du style », ex-lui-même ; Louis Aragon qui écrivait : « … qu’il me soit permis, ici, chez moi, dans ce livre, de dire à l’armée française que je la conchie », (je cite de mémoire) – qui écrivait comme ça quand il avait du génie ; Louis Aragon qui, tel le barde de service de l’Uzbékistan, époumonait : « Hourra Oura !… » – qui époumonait comme ça quand il n’avait plus guère de génie ; Louis Aragon qui, plus cocardier que feu Déroulède, s’égosille de la voix des coqs : « … Jamais éteint renaissant de sa braise perpétuel brûlot de la patrie » – qui s’égosille comme ça quand, en fait de génie, il lui reste des briques.
Mais peut-être suis-je injuste. Peut-être, me laissant aller avec complaisance au franc dégoût que m’inspire la profession du patriote apatride, suis-je trop content d’accabler le nommé Louis Aragon, – l’accabler au point de lui dénier une once de vraie émotion. Peut-être au prix de mon écœurement a-t-il gagné d’autres adhésions, plus valables, plus désintéressées que la mienne. Peut-être l’effet de noix vomique que sa morale, sa prose, sa rime, exercent sur ceux qui toujours croient à la dignité de l’homme, à l’imprescriptibilité de la vie, qui ne se gavent pas de haine ni ne pensent que le massacre appelle le massacre, peut-être cet effet-là n’est pas une juste mesure pour toiser notre professionnel – Peut-être vraiment ? Car, enfin, il est salué, il est acclamé, il est goûté comme du miel du nougat du nanan par ceux-là même qui l’avaient honni quand son art – alors authentique – les fustigeait en pleine face. Mais aussi est-ce pour eux qu’il travaille, qu’il sue : «… Ah ! parlez-moi d“amour ondes petites ondes » ; pour cette clientèle qu’il méprise tout en piaillant sous ses fenêtres, et qui le lui rend bien tout en l’enterrant sous la louange ; cette clientèle qu’il a ordre de séduire et dont il flatte les bas instincts – comme il est juste pour qui passe dans le camp ennemi et veut s’y faire une assiette.
Et que l’on ne vienne pas me dire que de nouveau je m’abandonne à mon mal de cœur. Dans « La Nouvelle Relève », revue catholique et bien pensante du prude Canada, on peut lire sous la signature de M. Marcel-Raymond (Vol.III, N°6, août-septembre 1944) : « Au Canada, celui qui aurait essayé, il y a quelques années, d’écrire en bien de livres comme « Les Cloches de Bâle », « Le Mouvement Perpétuel », « Anicet », ou de mettre sur le compte de l’art l’obscénité des « Paramètres » se serait fait montrer du doigt. Il a suffit à ce poète de parler de la France, la main sur le cœur, d’évoquer Dunkerque ou « juin poignardé », pour que tout lui soit pardonné de son passé inquiétant. On le prononce dans les salons ; on lit ses vers à la radio, « avec toutes sortes d’accompagnements séraphiques », on le cite au petit déjeuner en plongeant le couteau jusqu’à la garde dans le pot de marmelade anglaise. « Que tous ceux qui n’ont jamais rien entendu à la poésie, qui ont toujours tenu les « voyants » pour des voyous, des farceurs ou des illuminés s’arrachent maintenant Aragon et en fassent leur vedette, il y a de quoi donner sur le nerf du critique le plus placide. » « Vengeance de la bourgeoisie contre la poésie. » « Que le symbole du désordre devienne celui de l’ordre et la bannière du nationalisme le plus étroit – celui qui veut complètement renier le passé – il y a là quelque chose de gênant… « Leurs étranglements de joie (ceux de la bourgeoisie) et leurs borborygmes d’admiration devant, la plupart du temps, le plus mauvais… gênent le plaisir de l’admirateur de bonne volonté. Il sent à quel point la poésie a toujours été en avance sur le public et comme Aragon peut la desservir en la remettant au pas. »
Mais on se tromperait en pensant qu’Aragon se contente de régler le pas à la poésie seule. Les amours de ce patriote sont si exclusives, si entières ses jalousies, qu’il entend museler sa bien-aimée par le haut, et par le bas il entend lui-même lui mettre la gainette de chasteté. Car, tout en rimaillant :

Vous pouvez condamner un poète au silence
Et faire d’un oiseau du ciel un galérien
Mais pour lui refuser le droit d’aimer la France
Il vous faudrait savoir que vous n’y pouvez rien
Il réclame les galères et douze balles dans le ventre pour quiconque s’avise de ne point béer avec lui, de ne point se découvrir au mot France, pardon, je veux dire au mot U.R.S.S.

« Il y a une poésie de la bassesse », écrit en se regardant dans la glace, le nommé Louis Aragon, à propos des « Pages de journal » (1939-1942) d’André Gide ; et, dans le même texte, lequel en fait de bassesse est un chef-d’œuvre, il ajoute : « Je sais… qu’il ne manquera pas des gens pour dire que vraiment on voit un peu trop d’où me vient la dent que je lui conserve. » – Eh bien, Dieu merci non, il ne manquera pas. Trop de gens savent en effet qu’Aragon pâmait d’aise à toute virgule échappée de la plume de Gide quand Gide pensait de l’U.R.S.S. ce qu’Aragon estime obligatoire que l’on en pense, et qu’il ne se lasse pas d’exiger la peau de Gide depuis que Gide ose penser qu’en U.R.S.S. on la crève : trop de gens savent à quels nobles sentiments obéissent les véhémentes protestations d’Aragon contre le retour de Gide « parmi nous qui regardons encore des vides sanglants à nos côtés. » – Trop, trop de gens. Mais si quelque naïf ne le savait point, Aragon en personne se charge de l’apitoyer sur les plaies de son cœur : cette dent, petit naïf, je la lui garde à cause de ses deux livres sur son voyage au pays de ma flamme. Ce mortel péché – Aragon ne dormira pas tranquille, Jeanne d’Arc ne cessera de renifler ses larmes – tant que Gide ne l’expie dans son sang. Les « vides sanglants » que le patriote de métier contemple à ses côtés ne sauraient être comblés ; il y manque le corps du grand vieillard pour que la fosse soit garnie. Aussi, à ce manque à gagner, à ce cadavre manquant à son tableau, Aragon s’empresse d’obvier. Porté sur les ailes de son amour sacré de la patrie, il se laisse descendre en planant sur les « Pages de journal », et, horreur ! ce que tout d’abord et tout de suite il découvre, c’est que dès la fin de 1940 l’auteur de « l’Immortaliste » témoigne un grand intérêt pour la langue allemande, pour Goethe plus précisément, « comme si », note le nommé Louis Aragon, « comme si, devant le succès des armes allemandes, ce fût un véritable devoir de lire « Faust ».
Le véritable devoir eût été, il va sans dire, de se plonger dans une « Vie de Souvaroff », illustrée autant que possible, et à défaut de composer des triolets où Bavard rimerait avec gaillard (ah, si Gide avait le génie lyrique d’Aragon !) , essayer du moins quelques réflexions sur l’insondable perversité du peuple allemand. Goethe en tête. Cependant l’épouvante du patriote apatride frise le cauchemar quand Gide – dont on sait pourtant qu’il pèse ses paroles – quand Gide écrit que plus d’un paysan accepterait « que Descartes ou Watteau fussent Allemands ou n’aient jamais été, si ça pouvait lui faire vendre son blé quelques sous plus cher. » Car, n’est-ce pas, nul n’ignore que Normands et Picards et Lorrains guerroieraient un siècle au seul nom de Watteau dont ils ont tous lu le « Discours », au seul nom de Descartes dont ils ont tous admiré les « fêtes champêtres ». Aragon est d’autant plus outré qu’il sait que dans un pays policé, libre et socialiste l’encre tournerait en eau dans la plume de l’écrivain qui oserait dire du Kalmouk ou du Cosaque qu’ils se fichent comme de leur première culotte que Pouchkine ait été russe ou cubain. Mais quand, le 14 juillet , Gide notera : « Le sentiment patriotique n’est du reste pas plus constant que nos autres amours… » Aragon, dont le patriotisme aura toute la constance qu’implique une consigne politique, Aragon tout simplement monte sur ses grands chevaux et se met à crier : « à mort les traîtres ! »
« A mort ! » a toujours été le cri de prédilection de notre personnage. Même au plus fier de sa jeunesse il traînait dans son sillon un relent de nécrophilie. L’ombre du gibet se profile tout au long de sa tortueuse carrière, et c’est à cette ombre qu’il aime rêver. J’ai ouï dire qu’un sien parent par alliance – petit agent provocateur au service de G.P.U. qui a joué de malchance – ayant été exécuté en Russie, on le vit se frotter les mains et disant : c’est bien fait ! Personne mieux que lui n’a crié à mort lors des tragiques journées de mai 1937 à Barcelone : personne n’a mieux dénoncé à la police les militants espagnols anti-staliniens réfugiés en France. Aujourd’hui il lui faut la vie d’André Gide ! Mais qui ne connaît l’homme ? Qui n’éprouve la nausée à se pencher sur l’abîme dans lequel le nommé Louis Aragon n’a cessé de dégringoler cul par-dessus tête ? Qui ne l’a vu, hier anti-militariste, aujourd’hui bombant le ventre sous ses décorations ? Hier hystériquement internationaliste, aujourd’hui xénophobe à tous crins ? Existe-t-il une figure de jonglerie, un tour de saltimbanque qu’il n’ait exécutés ? On l’a vu danser le casatchok en s’accompagnant de la « Marseillaise », s’enivrer de vodka et crier vive le pinard, applaudir aux procès de Moscou et clamer justice, porter aux nues la « démocratie soviétique » et honnir le « fascisme de chez nous » ; on l’a vu se hérisser de piquants au seul nom de l’Eglise, et on l’a vu faisant des démarches chez le cardinal Verdier afin que celui-ci intervînt auprès de Franco – suspendez le bombardement de Madrid vu que c’est la Noël (1936) ; on l’a vu réclamer le poteau pour les pacifistes, et on l’a vu – lui seul d’entre les valets de plume – avoir l’estomac de proclamer dans sa feuille russe « Ce soir » (24 août 1939) que le pacte Staline-Hitler signifiait la paix sûre et certaine, la France – cette salope impérialiste – ne rêvant que plaies et bosses. (Pris de court et fautes d’instructions, Cachin et feu Péri ne surent que quelle fesse s’asseoir, et « l’Humanité » du même jour ne souffla mot de cette « paix-là ». Et le voici drapé de tricolore et à cheval sur l’Arc de triomphe et torturant de faux alexandrins et de fausses rimes, France et silence, le voici donc de nouveau réclamant la potence pour quiconque ne sautille point à sa corde, – à cette corde sur laquelle lui et son digne pendant, le nommé Ilya Ehrenbourg, font le funambule macabre.
Il a tout piétiné, y compris sa propre ombre ; tout « souillé » de ses premières amours, tout « pollué » de ses dernières « déjections ». Que le patriote bêlant dont l’oreille et le « foie » s’épanouissent au cocorico d’Aragon ne se gêne pas ; il le trouvera dans la poubelle au bas de mon escalier, et il peut l’y ramasser. Et maintenant je vais me laver les mains et me rincer la bouche.

Il nous faut un Guépéou

Par Louis ARAGON (1931)
Extrait du poème : Prélude au temps des cerises

Je chante le Guépéou qui se forme
En France à l’heure qu’il est
Je chante le Guépéou nécessaire de France
Je chante les Guépéous de nulle part et de partout
Je demande un Guépéou pour préparer la fin d’un monde
Demandez un Guépéou pour préparer la fin d’un monde
Pour défendre ceux qui sont trahis
Pour défendre ceux qui sont toujours trahis
Demandez un Guépéou vous qu’on plie et vous qu’on tue
Demandez un Guépéou
Il vous faut un Guépéou
Vive le Guépéou figure dialectique de l’héroïsme
Qu’on peut opposer à cette image imbécile des aviateurs
Tenus par les imbéciles pour des héros quand ils se foutent
La gueule par terre
Vive le Guépéou véritable image de la grandeur matérialiste
Vive le Guépéou contre dieu Chiappe et la « Marseillaise »
Vive le Guépéou contre le pape et les poux
Vive le Guépéou contre la résignation des banques
Vive le Guépéou contre les manœuvres de l’Est
Vive le Guépéou contre la famille
Vive le Guépéou contre les lois scélérates
Vive le Guépéou contre le socialisme des assassins du type
Caballero Boncour Mac Donald Zoergibel
Vive le Guépéou contre tous les ennemis du Prolétariat.
VIVE LE GUEPEOU

(Spartacus 1947, reproduit in: Prolétariat Universel n°62)

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SALUT À L’AMI ET AU CAMARADE JEAN MALAQUAIS

Jean Malaquais, dont nous célébrons la vie et pleurons la mort, était à la fois une figure importante de la littérature française et un révolutionnaire internationaliste engagé. Si ses principaux romans reparaissent en France aujourd’hui, Jean Malaquais est resté largement inconnu en dehors du monde francophone. C’est un grand dommage, car ses œuvres nous parle du monde du capitalisme décadent avec la même force que lorsqu’elles furent écrites. Les javanais nous parle d’un prolétariat recruté de plus en plus aux quatre coins du monde, partageant une vie façonnée par les besoins impitoyables du capital. Planète sans visa rend compte du sort de cet autre « produit » du capitalisme décadent, le réfugié, l’Autre atomisé, méprisé et transformé en victime par un capitalisme dont le visage est de plus en plus celui de la mort.

Depuis trois ans, après pratiquement vingt ans d’oubli (publication de sa thèse sur Kieregaard en 1971), les médias (télévision, radio, presse) avaient redécouvert l’existence d’un écrivain nommé Jean Malaquais. En effet, les éditions Phébus eurent le mérite de faire reparaître son roman « Les javanais », prix Renaudot en 1939, puis son « Journal de guerre » (suivi par l’inédit « Journal du Métèque ») dont l’impertinence vis-à-vis de la France « putainiste » avait jusque là empêché sa réédition dans notre chère patrie des droits de l’homme… alors qu’il avait été publié en français à New York après la guerre !

Rongé par le cancer, Jean Malaquais nous a quittés le 22 décembre 1998, à Genève où il résidait auprès de sa compagne Elisabeth. Il a selon son expression, « tiré définitivement l’échelle »…

Cela n’empêchera pas les éditions Phébus de continuer à republier ses autres romans, comme par exemple « Planète sans visa » (parution prévue au mois d’avril 1999) et « Le Gaffeur ». Par ailleurs, chez d’autres éditeurs devraient être publiés sa correspondance avec André Gide et, sans doute, sa pièce de théâtre « La courte paille » qu’une compagnie s’apprête à mettre en scène. Quant aux éditions Syllepse, elles viennent de reproduire le pamphlet (que vous venez de lire).

L’ami qui vient de disparaître et qui nous manque déjà cruellement refusait de faire partie, malgré son talent romanesque, de la gent littéraire qui se congratule dans les salons à la mode ou sur les plateaux de télévision ( à 90 ans passés, dans une chambre de clinique, surmontant sa souffrance, il peaufina le texte de « Planète sans visa » jusqu’à la fin en vue de sa réédition). Il ne voulait pas non plus écrire des romans « à thèse ». C’est ce qu’avait compris Léon Trotsky quand il commentait « Les javanais » en ces termes :

« Bien qu’il possède une dimension sociale, le roman n’a en aucun cas un caractère tendancieux. Il ne veut rien prouver, ne fait de la propagande pour rien, contrairement à tant d’œuvres de notre époque, qui, en trop grand nombre, se soumettent aux ordres, même dans le domaine de l’art. Le roman de Malaquais est « seulement » une œuvre artistique. Et en même temps, nous sentons à chaque pas les convulsions de notre époque, la plus grandiose et la plus monstrueuse, la plus cruciale et la plus despotique, qu’ait connue jusqu’ici l’histoire humaine. L’union d’un lyrisme personnel réfractaire et d’une poésie épique violente, celle-là même de son temps, fait, peut-être, le charme principal de cette œuvre. » (1)

Jean était aussi un camarade qui, depuis les années 1920, avait appartenu à divers courants de la gauche communiste internationaliste, lesquels s’opposaient non seulement au stalinisme mais critiquaient, bien avant, tous les facteurs, y compris chez Lénine et les bolcheviks, ayant entraîné la dégénérescence de la révolution russe. Né à Varsovie, le 11 avril 1908, dans une famille d’origine juive, mais totalement agnostique (son vrai nom était Vladimir Malacki), il avait quitté la Pologne suite à son baccalauréat et, après un long périple de vagabond à la découverte du monde, avait rejoint la France en 1926 qui, dans son imagination de jeune homme, semblait incarner le pays de ses idées révolutionnaires. Ce « métèque », comme il se qualifiait lui-même, allait être vite déçu par cette soi-disant « terre d’asile » :

« Le stalinisme le dégoûte tout autant que l’ambiance nationaliste et xénophobe régnant en France. Il gravite autour de la Ligue communiste trotskyste dirigée par Rosmer, Franck, Naville, mais ne s’y engage pas à la différence de son ami Marc Chirik (2). Vers 1933, Vladimir Malacki, qui se fait appeler Jean Malaquais (comme un quai de Paris), prend contact avec les groupes révolutionnaires à gauche du trotskysme : Union Communiste de Chazé, bordiguistes italiens de Bilan immigrés en France et en Belgique (Ottorino Perrone, Otello Ricerri, Bruno Zecchini) » (3)

Durant cette période, après avoir travaillé dans une mine de plomb et d’argent (au sud de la France, près de Hyères) et cotoyé de multiples exploités qui parlent toutes les langues du monde (ils seront les « héros » se son roman « Les javanais ») , il est contraint de survivre en faisant de nombreux petits boulots et se retrouve dans la dèche à Paris sans avoir un domicile fixe (il couchera souvent sous les ponts de la « ville-lumière »).
« En 1936, il part en Espagne lorsque la révolution éclate ; il prend contact avec les milices du POUM et la colonne Lénine, dirigée par des dissidents bordiguistes italiens comme Enrico Russo. Il a le malheur de se retrouver un jour face à Ilya Ehrenbourg, écrivain stalinien promu chef de brigade internationale. Il est à deux doigts d’être exécuté comme « agent fasciste » et provocateur. Il réussit à retourner en France. Il entre en contact avec Victor Serge et Ciliga échappés du Goulag stalinien. » (4)

Se réfugiant à la bibliothèque Sainte-Geneviève jusqu’à l’heure tardive de fermeture, il lit énormément et apprend non seulement à se familiariser mais à dominer la langue française. S’étant attiré la sympathie d’André Gide par le biais d’une correspondance critique sur la condition d’écrivain par rapport à celle des travailleurs forcés de gagner quotidiennement leur pain et aliénés par la fatigue du travail, c’est grâce à lui qu’il se lance dans la rédaction des Javanais (soins médicaux, argent, prêt d’une maison).

Pendant la guerre, après avoir été mobilisé sur la ligne Maginot, il est fait prisonnier lors de l’offensive allemande en 1940, mais il parvient à s’évader et met le cap sur Marseille avec sa compagne russe Galy. Là, il fait partie du groupe des intellectuels réfugiés fuyant le nazisme (Breton, Péret, Victor Serge…) et travaille à la coopérative ouvrière dite « le croque-fruit » que dirigent des trotskystes. Critiquant l’exploitation de cette entreprise, il s’en fait licencier en compagnie de son ami Marc Chirik. Il finit, grâce au Comité d’aide aux intellectuels et surtout au soutien indéfectible de Gide, par obtenir un visa pour l’Amérique du Sud. Il échappe aux rafles des nazis en s’embraquant pour le Vénézuela, puis le Mexique. Là, les révolutionnaires en exil se querellent et se déchirent : suite aux positions opportunistes de Victor Serge qui veut créer un « front démocratique » au lieu de dénoncer la guerre impérialiste dans les deux camps, Jean rompt brutalement avec lui (5). En 1946, un visa pour les Etats-Unis lui est enfin accordé : il y fait connaissance du jeune écrivain Norman Mailer dont il traduit le roman intitulé « Les Nus et les Morts » et avec lequel, malgré des hauts et des bas, il demeurera un ami fidèle jusqu’à la fin.

En 1947-48, de retour à Paris, il participe au groupe communiste de gauche Internationalisme qui s’est dégagé de l’héritage bordiguiste sous l’influence de Marc Chirik et dans lequel militent des camarades comme Robert Salama (dit « Mousso »), Serge Bricianer, Louis Evrad… Mais tout en restant solidement ancré sur les positions révolutionnaires du courant ultra-gauche (gauches allemande, hollandaise et italienne) et en maintenant une longue correspondance avec Internationalisme, avec Marc Chirik en particulier, Jean est beaucoup trop rebelle pour accepter certaines tendances au dogmatisme et à l’apologie du parti. Aussi, il est plutôt porté vers les communistes de conseils hollandais tels que Pannekoek et Canne-Meyer. Lorsqu’il séjourne à Paris dans les années 1960, c’est au groupe animé par Maximilien Rubel et ses cahiers pour le socialisme de conseils qu’il apporte sa contribution.
Les événements de Mai 68 lui permettent de préciser ce type d’évolution et ainsi, il ne participera au Courant Communiste Internationale fondé en 1975, tout en demeurant l’ami de Marc Chirik avec lequel il se livre à des discussions acharnées quand il le rencontre (il leur arrive même de se « fâcher » !). J’ai eu la chance de le connaître grâce aux débats que soulevèrent les lendemains de 68 et de lier amitié avec lui pendant preque trente ans. Au cours des années 1980, il s’installe à Genève où travaille sa femme Elisabeth, mais fait de fréquents séjours à Paris, ce qui nous permet d’approfondir notre relation amicale et politique.

Jusqu’à ce qu’il demeure valide (1996-97), il s’efforça de se tenir parfaitement au courant de l’actualité, de réfléchir théoriquement et de se déplacer autant dans les réunions du milieu ultra-gauche. Les camarades de Perspective Internationaliste ont particulièrement apprécié sa présence et ses remarques, autant dans les réunions du « cercle de discussion » que dans celles organisées par le groupe. Il était d’accord avec la nécessité de critiquer les viielles positions et de faire avancer la théorie à l’aide de la méthode marxiste.

Salut Jean, tu restes présent grâce à tous tes écrits, autant littéraires que politiques !

Guy Sabatier

Paris, fin décembre 1998.

(1) « Un nouveau grand écrivain, Jean Malaquais. Les javanais, roman, éd. Denoël, Paris, 1939 » ; texte daté de Coyoacan, le 7 août 1939, et reproduit dans « Littérature et révolution », Union Générale d’Editions, collection 10/18, 1974, pp.333-346.

(2) Il sera l’un des principaux personnages de son roman « Planète sans visa » sous le nom de Marc Laverne.

(3) « Malacki Vladimir dit Malaquais Jean », biographie rédigée par Philippe Bourrinet pour le Dictionnaire du mouvement ouvrier, œuvre d’édition militante initiée par Jean Maitron.

(4) Ibidem, note 3.

(5) Jean a fait don du dossier concernant sa querelle avec Victor Serge à l’Institut International d’Histoire Sociale d’Amsterdam. Ce document peut désormais être consulté du fait de son décès.
Bibliographie :
- 100 ans de servitude : Aragon et les siens de Louis Janover (ed Sulliver à Arles)
- article de Raphaël Sorin in L’EXPRESS du avril 1999 : « Pour saluer Malaquais »
- article d’Antoine de Gaudemar in Libération : « Malaquais au départ »
- article nécrologique dans Libération : « (…) Jean Malaquais a traduit « les Nus et les morts » (de son ami Norman Mailer). Avant de mourir, Jean Malaquais aura eu ainsi la chance de sortir de l’oubli dans lequel il était tombé mais qui ne lui avait jamais inspiré d’aigreur. »

P.I. n°35 (1999)

(via)

Paul Mattick – Karl Kautsky: Von Marx zu Hitler (1939)

Im Herbst 1938 starb Karl Kautsky im Alter von 84 Jahren in Amsterdam. Er galt als der wichtigste Theoretiker der marxistischen Arbeiterbewegung nach dem Tod ihrer Begründer und man kann ihn ohne Zweifel als einen ihrer typischsten Vertreter ansehen. Er verkörperte in aller Klarheit sowohl die revolutionären als auch die reaktionären Aspekte dieser Bewegung. Aber während Friedrich Engels am Grab von Marx sagen konnte, daß sein Freund „vor allem Revolutionär war“, wäre es schwierig, dasselbe am Grab seines bekanntesten Schülers zu sagen. „Die Politik und Theorie Kautskys werden stets der Gegenstand kritischer Untersuchung bleiben“, schrieb Friedrich Adler in Erinnerung an Kautsky. „Aber der Charakter Kautskys kann nie einem Zweifel unterliegen, er hat sein ganzes Leben unveränderlich gewirkt „der höchsten Majestät getreu, dem eigenen Gewissen“.“ (1) (mehr…)

Puppet Masters



Wu-Tang Clan vs. Fugazi vs. Omar (from The Wire)


WUGAZI
: Shame on Blue

(A Frederike W. & Florent M.)