Nachlass Helmut Hirsch (Leo Baeck Institute)

Biographie

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u.a.

Briefwechsel mit Georges Haupt (1968, 1976)

Briefwechsel mit Willy Huhn (1950-1955)

Briefwechsel mit Henry Jacoby (1949-1971)

Briefwechsel mit Karl und Hedda Korsch (1943-1947)

Briefwechsel mit Maximilien Rubel (1951-1980)
(Teil. 2)
NB. Siehe in diesem Zusammenhang auch: Maximilien Rubel – Die Marx-Legende oder Engels als Begründer (1970)

Manuskript: Sozialismus: Ideal von Gestern oder Heute? Zum Lebenswerk von Henry Jacoby (Westdeutscher Rundfunk, Sendung vom 9.10.1974, 21.15-22.00 Uhr)

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Lettre de Georges Haupt à Helmut Hirsch, Paris, 28 novembre 1968.

Mon cher collègue,

J’ai lu avec beaucoup d’intérêt votre passionnant manuscrit (1) et je pense que vous avez atteint l’objectif recherché : présenter au public allemand une biographie vivante d’un personnage fascinant. Je ne m’étendrai pas sur les éloges. Je voudrais vous communiquer certaines de mes observations critiques. Elles ont de deux natures, concernant d’une part ce qui existe, d’autre part ce qui est absent.

1) ce qui existe :

p. 14 Il me semble que vous interprétez de manière totalement erronée les divergences de Rosa avec le PPS concernant l’indépendance de la Pologne. C’est loin d’être un simple cheval de Troie pour entrer dans les rangs du SPD : nous touchons ici un des points essentiels : la conception de Rosa du problème national. Je pense que ce serait là la place où accorder une page à ce problème crucial qui fait totalement défaut à votre manuscrit (en passant je vous signale que vous pourrez même trouver des éléments pittoresques dans la correspondance d’un des leaders du PPS, Jedrzejowski, avec Labriola que j’ai publiée dans les Annali Istituto Feltrinelli, III, 1960, p. 226-230.

p. 62 Au lieu d’essayer de donner un résumé de la portée théorique de l’ouvrage de Rosa, L’accumulation du Capital, vous présentez un compte-rendu du livre de Nettl, à la fois dans la forme et le contenu. Je pense que les appréciations du livre de Nettl qui sont valables et auxquelles je souscris totalement sont ici inutiles.

p. 100 Votre présentation de Rosa – de son Rutspa, est erronée dans la mesure où hélas vous avez passé sous silence l’aspect le plus important de l’activité de Rosa dans le SPD d’avant 1914 (1911-1914). Les divergences avec le Vorstand y compris Kautsky deviennent d’une importance capitale et concernent cette fois-ci non plus la tactique mais toute une vision stratégique. Rosa devient le chef des Linksradikalen et il suffit de lire la correspondance de Kautsky, Ebert, etc. pour se rendre compte des dimensions de ces divergences et de l’inquiétude que provoquèrent les « Rosa Leute ».

2) Maintenant quelques observations sur ce qui, je pense, manque dans le livre.
D’abord, et cette remarque me semble essentielle, vous avez laissé presque complètement dans l’ombre la pensée théorique et politique de Rosa, bref ce qui fut codifié sous le nom de luxemburgisme (par ex. : sa vision de l’action de masse, de la spontanéité, spontanéité et organisation, etc.) Or, en ce moment précis, à la lumière des préoccupations du SDS en Allemagne, ces problèmes sont d’une grande acuité.
Vous parler [sic] de la participation de Rosa Luxemburg à la vie de l’Internationale mais vous ne mentionnez pas qu’elle est devenue à la veille de 1914 l’un des leaders les plus notoires dans l’Internationale. A ce propos, vous ne pouvez pas passer sous silence ses relations tendues et complexes avec Lénine et les Bolcheviks.

[…]

(1) Il s’agit du livre qui paraîtra l’année suivante chez Rowohlt sous le titre : Rosa Luxemburg in Selbstzeugnissen und Bilddokumenten.