Archiv für März 2011

« Quand la Révolution juge bon de communiquer ses écrits, elle les confie tout innocemment à l’édition sauvage. »

« On ne peut nier que quiconque vend à quelque prix que ce soit quelque chose, qu’il s’agisse d’une tonne de blé, d’un exemplaire d’un livre ou d’une heure de son temps, participe au système marchand, qui est mauvais. Ceux qui ont plus à vendre que les autres sont les pires : petits ou grands possédants du système de la vénalité. Tous ceux qui vendent, ou font vendre, des textes révolutionnaires, ne sont rien d’autre que des marchands, au sens scientifique du terme, mais des marchands plus perfides que tous les autres, et souvent même plus riches. Quand la Révolution, qui ne peut que se vouloir au-delà de ce néfaste système, juge bon de communiquer ses écrits, elle les confie tout innocemment à l’édition sauvage, et c’est en quoi l’édition sauvage n’est pas marchande.
Ce principe apporte, on en conviendra, un progrès décisif à la critique révolutionnaire, progrès qui permet en même temps une simplification théorique dont elle avait fortement besoin : ce ne sont plus les textes qui sont à juger désormais, mais uniquement les éditeurs. Est-il marchand ? Est-il sauvage ? Voilà la pierre de touche de la valeur d’usage et le credo de la praxis globale. L’édition marchande est coupable, quoi que veuillent dire les livres publiés. Au contraire, n’importe quoi peut être écrit dans la nouvelle innocence de l’édition sauvage, ou moyenne-sauvage. L’édition sauvage, surtout quand elle peut utiliser les techniques de reproduction moderne, coûte très peu : elle permet donc aux prolétaires qui l’animent de se livrer sans entraves à leur pratique favorite, nous voulons dire celle du don subversif, en offrant gratuitement les textes, notamment dans les librairies. Il convenait de couronner l’édition sauvage de la théorie par une théorie de l’édition sauvage. Nous la donnons ici avec cette modestie collective que l’on nous connaît depuis longtemps, et qui nous protège de tout vedettariat. Mais comme chacun reconnaîtra notre bonne foi et notre cohérence, on pourra aussi nous reconnaître à cette rigoureuse lumière que nous avons créée nous-mêmes pour la circonstance.
Qu’est-il, en effet, de plus choquant qu’un ouvrier qui fait grève pour autogérer la production des montres, alors que la montre est essentiellement l’instrument de la mesure du temps esclavagiste ? C’est évidemment un play-boy fortuné qui verse dans le snobisme d’employer son argent à publier des vérités critiques, alors que l’argent est l’instrument essentiel de la société du mensonge. L’Histoire nous confirme autant que le bon sens. S’est-il jamais trouvé un aristocrate pour approuver la Révolution de 1789, ou un bourgeois pour financer Bakounine ? Mais les récupérateurs de notre temps ne redoutent aucun paradoxe.
Les révolutionnaires sincères sont si bien servis par l’édition sauvage qu’ils n’ont qu’à laisser sans regret l’édition officiellement commerciale aux misérables qui la lisent, ou même se compromettent jusqu’à y travailler sur commande ; encore heureux les jours où ils n’en ont pas tiré vainement les sonnettes !
N’y aurait-il pas, en vérité, quelque chose d’insolite, de choquant, de jamais vu, à laisser vendre un livre dans lequel on condamne le système marchand ? Qui croirait alors à la sincérité des exigeantes convictions de l’auteur, ou des co-auteurs s’ils sont plusieurs ? Imagine-t-on, par exemple, le Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations diffusé autrement que par un éditeur sauvage ? On en aurait ri. »

Extrait de Foutre !, tract signé “Des prolétaires” mais en fait écrit par Guy Debord, octobre 1976.

AUDIO. Marcel van der Linden – What is the Working Class? (2006)

International Institute for Research and Education/Institut International de recherche et de formation (trotskiste), Amsterdam, 7.11.2006.

Un poème de Herman Gorter (1864-1927)

« Le poème sans titre qui suit est extrait d’une œuvre datant de 1897 : De school der poëzie. On doit la traduction (La Revue de Hollande, 2ème année, T. 3, juillet-décembre 1916, p. 35-37) à un autre homme de lettres néerlandais, Dop Bles (1883-1940) … » (Daniel Cunin)

On a déjà cité ici des fragments de son grand poème Mei .

(via Flandres-Hollande)

Paul Jorion et l’agonie du capitalisme

« Paul Jorion annonce l’agonie du capitalisme, avec la même pertinence qu’il le fit pour la crise, mais ça ne l’émeut pas plus que ça. »

Cette conférence de P. Jorion a eu lieu à la Librairie Tropiques, Paris XIVe, le 24 mars dernier.

Henryk Grossmann – Marx, die klassische Nationalökonomie und das Problem der Dynamik (Ausg. 1969)

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