Archiv für Februar 2011

Marinus van der Lubbe (Marcos Carrasquer, 1981-1982)


Siebdruck Nr. 3 (Entwurf Marcos Carrasquer) 50 × 65 cm. Link

Mit der Gestalt van der Lubbes hat man den Begriff des Rebellen verdammt, also den Menschen, der nach eigener Entscheidung eine eigene Tat begeht, die er für richtighält, um statt dessen nur noch den politischen Soldaten gelten zu lassen. In diesem Sinn hat jede Partei die Soldaten für die andere Seite vorbereitet.
(Georg K. Glaser)

En face de l’esclavage des consciences, il n’y a que deux attitudes possibles : ou DEBOUT (avec Van der Lubbe), ou A QUATRE PATTES, avec le bétail votant, paradant, payant et massacrant.
(Alphonse Barbé, Le Semeur du 15 septembre 1933)

Just tired

(via seconde main)

Jacques Camatte – Die notwendige Trennung und die grosse Verweigerung (1979)

Übersetzung: Andi Loepfe.

Jacques Camatte – Die notwendige Trennung und die große Verweigerung [PDF]

La séparation nécessaire et l’immense refus [Invariance, série III, 1979]

Neil McInnes – Les débuts du marxisme théorique en France et en Italie (1880-1897)

L’HISTOIRE de l’introduction du marxisme en France a déjà été écrite [1], mais la publication d’importants matériaux nouveaux – notamment la correspondance d’Engels avec Paul et Laura Lafargue [2] – permet de la réexposer d’une façon assez différente. Ces nouvelles sources invitent à réexaminer la littérature socialiste française des années 1880 à 1897 et on voit alors que les descriptions conventionnelles de l’apparition du marxisme en France comportent des simplifications excessives [3] et des oublis graves de faits pourtant décisifs pour cette importante phase de la pensée politique française. La première présentation de théories marxistes en langue française a eu lieu dans les premières années 80 par Jules Guesde, Paul Lafargue et Gabriel Deville. La documentation nouvelle ne nous permet pas de douter de ce fait. Mais des historiens tels que Zévaès et Paul Louis, responsables de ce qui passa pendant des décennies pour le point de vue officiel en la matière, s’étaient emparés de ce fait pour prétendre qu’aux environs de 1880 déjà ces trois hommes étaient des maîtres accomplis et convaincus de la philosophie marxiste ; qu’à partir de cette époque, ils propagèrent un marxisme pur et qu’ensuite il n’y eut plus qu’à retenir l’histoire du progrès lent mais inexorable de la doctrine. Ainsi le guesdisme a été présenté comme « pur marxisme » [4], Lafargue considéré comme « l’un des plus grands et plus profonds propagateurs des idées marxistes [5] » et Deville a eu la réputation d’un brillant exégète des mystères du Capital ; bref, on prétend que le mouvement marxiste français a pris son essor avec les efforts de ces trois pionniers, à l’époque de la mort de Marx.

En fait, comme on le verra, la pénétration du marxisme en France fut à la fois plus tardive et plus lente que cette version ne le laisse supposer, et ce retard est lié aux sérieuses insuffisances de la doctrine dans sa première présentation par Guesde, Lafargue et Deville. À cette époque, ils représentaient un marxisme sujet à caution, et ne se faisaient qu’une notion très vague de la théorie qu’ils prétendaient propager. Les marxistes des années 80 mettaient en circulation (dans la mesure où ils étaient écoutés avec quelque attention), une manière de marxisme confus, incomplet et dénaturé. Ainsi, la première tâche de ceux qui étudièrent ensuite le marxisme fut de déblayer le terrain avant de pouvoir, dans les années 90, entamer une discussion théorique sérieuse de la doctrine [6]. On conçoit que ces premiers efforts n’aient pas abouti. Il fallait attendre 1893 et un nouvel essai d’acclimatation, œuvre conjointe (la chose est assez remarquable) d’un groupe d’écrivains français et italiens [7] où Lafargue et Deville furent éclipsés et Guesde écarté. C’est à partir du travail de ce groupe, dominé par Antonio Labriola et Georges Sorel que le marxisme se développe en France ainsi qu’en Italie.

Après tout, il n’y a peut-être là rien qui puisse surprendre : les premiers contacts avec une philosophie politique étrangère et complexe exposaient nécessairement à l’imperfection, à l’insuffisance. Le mérite des pionniers est intact. Quoi qu’il en soit, le fait est important et vaut d’être noté, puisque la période en question a été cruciale pour l’histoire des mouvements ouvriers et des partis socialistes de France et d’Italie. Pour cette histoire, il importe de dater aussi exactement que possible l’accueil et le progrès des idées marxistes qui auraient pu avoir une influence considérable sur l’évolution de la pensée et de l’organisation socialiste dans les pays latins. Il est important, par exemple, de savoir qu’une juste vue du marxisme s’affirma seulement en France après, et non avant, que le mouvement ouvrier eut décidément rejeté toute direction politique et adopté ce syndicalisme révolutionnaire apolitique qui demeura la doctrine des ouvriers français organisés jusqu’à la première guerre mondiale [8]. Cela explique qu’au moment où le mouvement socialiste français se fractionna avec éclat en une aile de « politiciens » et une aile d’« ouvriers », les ouvriers ne rejetèrent pas le marxisme, mais le guesdisme. Il n’est donc pas suffisant de considérer comme un lieu commun le fait que les toutes premières versions du marxisme en France furent erronées et grossières, mais il faut savoir pourquoi elles le furent.

Emile Bottigelli, qui publia la correspondance Engels-Lafargue pour une maison d’édition du parti communiste français, éprouva le besoin d’abandonner l’hagiologie de Zévaès et de Paul Louis, où Guesde, Lafargue et Deville étaient dépeints comme d’éminents marxistes et de véritables Pères de l’Église. Mais, en cherchant à montrer comment leur marxisme avait été adultéré, il suggéra [9] qu’il était possible de trouver des germes de « kautskysme » et de « centrisme » dans leurs toutes premières œuvres, bien avant 1883. Ainsi donc, ce qui avait été pour Zévaès l’aube étincelante du marxisme français n’est plus que la noire projection du kautskysme ; tout en expliquant pourquoi le mouvement ouvrier s’éloigna si vite du marxisme, ce point de vue continue les critiques léninistes de la Seconde Internationale. Mais, comme le démontrera notre analyse, ce qui fit de ces premiers marxistes de piètres théoriciens, ce qui gêna si fort Engels dans leur propagande, et ce qui leur fit perdre la sympathie des chefs de la classe ouvrière française, ce ne fut pas le réformisme kautskyste, mais certaine affinité de leurs idées avec le léninisme, autrement dit leur blanquisme. Débutant comme blanquistes, bakounistes ou anarchistes et travaillant tout le long des années 80 en union étroite avec les boulangistes et les blanquistes, ces premiers marxistes français ne parvinrent pas à comprendre l’évolution sociale – c’est-à-dire que l’action révolutionnaire est dans la dépendance d’une certaine « maturation » de la structure économique – notion qui représente le progrès principal du marxisme par rapport à toutes les théories socialistes antérieures. Ainsi, ils étaient fort loin de s’exalter au sujet de l’évolution : on sait que cette attitude est considérée comme l’un des traits essentiels de l’hérésie kautskyste.

Les vues que nous présentons ici sur l’introduction du marxisme en France rejoignent simplement celles de tous les marxistes en vue, italiens et français, de la fin du XIXe siècle. Ils s’accordaient à considérer les efforts de pionniers des Guesde, Lafargue et Deville comme dénués d’importance [10], voire comme nuisibles, et dataient l’introduction du marxisme des environs de 1893 [11]. Ils en attribuaient le mérite à un tout autre groupe de penseurs. Mais leurs opinions sur ce point, comme sur tant d’autres, ont été systématiquement négligés depuis l’essor de l’orthodoxie léniniste : on reprochait à ces marxistes des années 90 de s’être compromis dans le mouvement révisionniste. On finit ainsi par déconsidérer totalement la période, brève, certes, mais hautement intéressante, de l’épanouissement de la théorie marxiste en France et en Italie, entre 1893 et la fin du siècle. Comme nous le rappellerons dans la seconde partie de cette étude, nous constatons, au cours de ces années, une floraison unique dans les pays latins de la réflexion et de la critique marxistes, qui n’étaient nullement révisionnistes, mais cherchaient plutôt à rester fidèles à l’esprit du marxisme tout en conservant l’indépendance vis-à-vis de la bureaucratie intellectuelle, qui gouverna rigidement la pensée marxiste, d’abord dans la social-démocratie allemande et, plus tard, dans le bolchevisme et la Troisième Internationale.

Il convient d’établir une différence entre : a) une première période où certains slogans marxistes étaient incorporés dans la propagande de formes d’agitation beaucoup plus anciennes de la classe ouvrière, formes que Marx a explicitement critiquées comme futiles ou utopiques ; et b) une seconde période où toute la pensée de Marx est présentée comme un système théorique (englobant par conséquent une critique extensive de ces types de socialisme avec lesquels, précisément, dans une première période, on avait confondu le marxisme). Cette distinction n’implique aucun postulat particulier sur le contenu du « seul et vrai marxisme ». Il est normal qu’une fois l’exposé théorique du marxisme commencé, il y ait des disputes au sujet de « ce que Marx a réellement pensé ». Mais tous ceux qui participent à cette controverse reconnaîtront, je pense, qu’il n’avait pas eu seulement l’intention de fournir un vocabulaire aux mouvements ouvriers existants. De même, chez les Hindous fraîchement convertis en masse par les missionnaires, il se développe un type de soi-disant christianisme qui consiste en un choix de slogans chrétiens, en une répétition du nom du Christ et en une sorte de fétichisme chrétien, le tout se distinguant difficilement des autres religions hindoues. Catholiques, protestants et orthodoxes peuvent avoir des idées très différentes sur le « seul et vrai christianisme », mais tous conviendront que l’exploitation de la phraséologie chrétienne par une religion opposée n’a rien à voir avec la présentation d’une théologie cohérente et systématique. Il faudrait discuter de façon bien serrée pour savoir si une telle exploitation aura l’utilité de mener à un christianisme mieux compris ; ou si elle est nuisible, en ce qu’elle développe dès le départ une idée fausse. De la même façon, des jugements opposés ont sans doute pu être émis au sujet des premiers marxistes latins, mais il convient de faire une distinction nette entre eux et les premiers théoriciens marxistes.

Lire la suite en ligne [Smolny]

Neil McInnes, « Les débuts du marxisme théorique en France et en Italie (1880-1897) », Études de marxologie, juin 1960, pp. 5-51.

Charles Baudelaire – Chacun sa chimère – Jeder hat seine Chimäre

CHACUN SA CHIMÈRE

Sous un grand ciel gris, dans une grande plaine poudreuse, sans chemins, sans gazon, sans un chardon, sans une ortie, je rencontrai plusieurs hommes qui marchaient courbés.
Chacun d’eux portait sur son dos une énorme Chimère, aussi lourde qu’un sac de farine ou de charbon, ou le fourniment d’un fantassin romain.
Mais la monstrueuse bête n’était pas un poids inerte ; au contraire, elle enveloppait et opprimait l’homme de ses muscles élastiques et puissants ; elle s’agrafait avec ses deux vastes griffes à la poitrine de sa monture ; et sa tête fabuleuse surmontait le front de l’homme, comme un de ces casques horribles par lesquels les anciens guerriers espéraient ajouter à la terreur de l’ennemi.
Je questionnai l’un de ces hommes, et je lui demandai où ils allaient ainsi. Il me répondit qu’il n’en savait rien, ni lui, ni les autres ; mais qu’évidemment ils allaient quelque part, puisqu’ils étaient poussés par un invincible besoin de marcher.
Chose curieuse à noter : aucun de ces voyageurs n’avait l’air irrité contre la bête féroce suspendue à son cou et collée à son dos ; on eût dit qu’il la considérait comme faisant partie de lui-même. Tous ces visages fatigués et sérieux ne témoignaient d’aucun désespoir ; sous la coupole spleenétique du ciel, les pieds plongés dans la poussière d’un sol aussi désolé que ce ciel, ils cheminaient avec la physionomie résignée de ceux qui sont condamnés à espérer toujours.
Et le cortège passa à côté de moi et s’enfonça dans l’atmosphère de l’horizon, à l’endroit où la surface arrondie de la planète se dérobe à la curiosité du regard humain.
Et pendant quelques instants je m’obstinai à vouloir comprendre ce mystère ; mais bientôt l’irrésistible Indifférence s’abattit sur moi, et j’en fus plus lourdement accablé qu’ils ne l’étaient eux-mêmes par leurs écrasantes Chimères.

(Petits Poèmes en prose)

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JEDER HAT SEINE CHIMÄRE

Unter einem großen grauen Himmel, in einer weiten staubigen Ebene, weglos, ohne Rasen, ohne eine Distel, ohne eine Brennessel, traf ich mehrere Menschen, die gebeugt einherzogen.
Jeder von ihnen trug auf seinem Rücken eine riesige Chimäre, so schwer wie ein Sack Mehl oder ein Sack Kohlen, oder die Montur eines römischen Fußsoldaten.
Aber das Ungeheuer war keine träge Bürde; vielmehr umschlang und preßte es den Menschen mit seinen mächtigen elastischen Muskeln; es klammerte sich mit seinen beiden riesigen Tatzen an die Brust seines Reittiers; und sein unausdenkliches Haupt stand über der Stirn des Menschen wie einer jener grausen Helme, durch welche die Krieger des Altertums dem Feind noch schrecklicher zu erscheinen hofften. Ich wandte mich an einen dieser Menschen und fragte ihn, wohin sie in diesem Aufzug gingen. Er antwortete, er wisse es nicht, weder er noch die andern; augenscheinlich aber gingen sie irgendwohin, da sie von einem unwiderstehlichen Drang getrieben würden.
Und sonderbar: keiner dieser Wanderer sah aus, als zürne er dem wilden Scheusal, das an seinem Halse hing und ihm am Rücken klebte; man hätte meinen sollen, er betrachte es als einen Teil seiner selbst. Alle diese erschöpften ernsten Gesichter ließen keinerlei Verzweiflung erkennen; unter der spleenigen Wölbung des Himmels, die Füße im Staub eines Bodens schleifend, der so trostlos wie dieser Himmel war, zogen sie ihres Weges mit dem ergebenen Ausdruck derer, die zu ewiger Hoffnung verdammt sind.
Und der Zug ging an mir vorüber und verschwand in dem Dunst des Horizonts, dort, wo die gerundete Oberfläche des Planeten sich der Neugier des menschlichen Blicks entzieht.
Und einige Augenblicke lang wollte ich darauf bestehen, dieses Mysterium zu ergründen; bald aber fiel die unwiderstehliche Gleichgültigkeit über mich, und sie lastete schwerer auf mir als auf jenen ihre erdrückenden Chimären.