Claudio Albertani – Empire et ses pièges. Toni Negri et la déconcertante trajectoire de l’opéraïsme italien (2003)

IL NE SERA PAS DIT, cette fois, que nos libertaires digressions seront à contretemps. On en jugera par le contenu de ce treizième numéro, consacré pour une large part à l’exploration d’un ouvrage qui a fait – et fait encore – l’actualité dans les hautes sphères des mouvements de contestation du “ néo-libéralisme ”. Ce livre – Empire, de Toni Negri et Michael Hardt –, nous avions été quelques-uns, ici, à le lire, ou à tenter de le lire, mais personne ne se sentait, à vrai dire, ni le goût ni le courage d’en entreprendre la critique. Quand le long texte de Claudio Albertani nous est parvenu, un débat s’est instauré entre nous, non tant sur son contenu, mais sur l’opportunité de le publier. Le livre de T. Negri, que certains parmi nous n’étaient pas loin de considérer comme un pur produit de marketing, avait déjà fait couler beaucoup trop d’encre. Il y avait sans doute un peu de frivolité dans nos résistances, car, quoi qu’on pense du sujet dont il traite et de la longueur ou de l’opportunité de sa critique, le texte de C. Albertani méritait d’être diffusé. Et d’abord parce qu’il est pensé et sérieux, ce qui devrait suffire comme critères de choix, qu’on soit d’accord ou pas avec les conclusions d’un écrit. Sa principale qualité, c’est sans doute de relier les actuelles positions de T. Negri – puisque c’est surtout de lui dont il s’agit – à ce que C. Albertani appelle “ la déconcertante trajectoire de l’opéraïsme italien ”, courant marxiste né dans les années 1960 autour des revues Quaderni Rossi et Classe Operaia, Des anciennes mésaventures de l’ouvrier social aux actuels exploits de la multitude, il y sonde, sous l’abscons, l’éternel retour d’une ancienne idéologie.

« On a cru jusqu’ici que la mythologie chrétienne sous l’Empire romain ne fut possible que parce qu’on n’avait pas encore inventé l’imprimerie. C’est tout le contraire. La presse quotidienne et le télégraphe qui diffusent leurs inventions en un clin d’œil sur toute l’étendue du globe, fabriquent plus de mythes en un jour qu’on pouvait autrefois en fabriquer en un siècle. » (Marx à Kugelmann, 27 juillet 1871).

Toni Negri et la déconcertante trajectoire de l’opéraïsme italien [PDF]

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