Théorie Communiste – Commentaire critique à propos du texte “Vingt-huit thèses sur la société de classes” (2010)

Ce commentaire des “28 thèses” a été écrit par Théorie Communiste à la demande des camarades de Kosmoprolet. Il devrait être publié (en partie au moins) dans un de leurs prochains numéros.

De l’ensemble des thèses ressort une problématique se fixant dans un « entre deux » : entre les théories de l’autonomie ouvrière encore liée à l’opéraïsme et celle de la révolution comme « auto-abolition du prolétariat » que l’on peut qualifier de théorie de la communisation. Ainsi la communisation est définie, à la fois, très abstraitement comme « auto-abolition » et très concrètement comme « auto-organisation » ; comme recomposition des « prolétarisés » en tant que sujet historique, acteur collectif existant pour lui-même, un sujet analogue à celui des grandes heures radicales de la lutte de classe jusque dans les années 1970. La première définition apparaît comme l’embellissement idéologique préventif de la trivialité de la seconde. L’utilisation même du terme d’auto-abolition relie ces thèses à la période des années 1970 où ce concept avait été le point extrême dans lequel les théories de l’auto-organisation et le conseillisme avaient cru trouvé la solution de leurs impasses.

Ces thèses procèdent d’une incohérence constitutive entre d’une part l’affirmation de la révolution comme communisation et, d’autre part, l’impossibilité de cette révolution en l’absence d’une recomposition de la classe en « acteur collectif » semblable à ce qu’il était quand la révolution était affirmation du prolétariat et libération du travail : formellement semblable mais avec un contenu autre.

Dans ces thèses la « radicalité révolutionnaire communiste » (même minoritaire), jamais vraiment définie quant à son contenu dans les périodes antérieures à la nôtre, parcourt toute l’histoire. Il n’y a pas d’ « essence révolutionnaire du prolétariat » (th. 9) mais il y aurait une pratique révolutionnaire communiste substantielle. C’est l’incohérence du texte. Ce qui appartient en propre à la révolution comme érection du prolétariat en classe dominante – le prolétariat comme classe existant en tant que telle pour soi face au capital – est conçu comme appartenant en propre à toute révolution. Simultanément (et contradictoirement) le contenu actuel de la révolution et du communisme est posé comme ayant toujours été ainsi, même porté par seulement quelques minorités. L’essence révolutionnaire, réfutée, come on le verra de façon seulement tautologique revient sans cesse comme une constante historique de ce qu’est, de ce que doivent être, la révolution et le communisme. Mais alors l’auto-abolition n’est plus que l’affirmation autonome de la classe.

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