Alain Cottereau – L’usure au travail (1983)

Mort victime de son travail – Cimetière Saint Béat, Haute-Garonne (via J.L.)

L’USURE AU TRAVAIL – Mouvement Social, juillet-septembre 1983, numéro 124.

L’usure au travail : interrogations et refoulements, par Alain Cottereau 3

Itinéraires professionnels et usure au travail : une génération de salariés parisiens, par Françoise Cribier 11

Les maladies professionnelles dans les « Annales d’hygiène publique et de médecine légale » ou une première approche de l’usure au travail, par Bernard-Pierre Lécuyer 45

Usure au travail, destins masculins et destins féminins dans les cultures ouvrières, en France, au XIX° siècle, par Alain Cottereau 71

Le travail et la santé : la vie des ouvrières d’une usine textile de Brème entre 1888 et 1914, par Marlène Ellerkamp et Brigitte Jungmann 113

Travail à la mine et vieillissement des mineurs au XIXe siècle, par Rolande Trempé 131

Usure différentielle au travail, classes sociales et santé : un aperçu des études épidémiologiques contemporaines, par Jean-François Chanlat 153
La question des accidents du travail à la fin du XIXe siècle, par V. Brumeaux (F. Dernier). La loi de 1898 sur les acci-dents du travail, par Y. Le Gall (A. Moutet). Le repos hebdomadaire, par C. Jouanin (F. Dernier). La revue Sciences sociales et santé (F. Cribier) 170

Le Mouvement social : bulletin trimestriel de l Institut français d histoire sociale

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L’usure au travail : interrogations et refoulements

par Alain Cottereau

Ce numéro est né de la rencontre de préoccupations entre des historiens et des lecteurs du Mouvement social. En 1979 fut d’abord envisagé un ensemble sur le thème « travail et santé ». C’était un thème où les travaux historiques récents étaient très rares. Une rareté que déploraient non seulement des historiens professionnels, mais aussi d’autres lecteurs du Mouvement social, en particulier des lecteurs appartenant au mouvement ouvrier. Une première consultation sur les possibilités d’étudier historiquement « la santé ouvrière » suscita un vaste intérêt et une grande abondance de propositions d’articles. Mais, à côté de sujets largement couverts, les propositions se clairsemaient et laissaient la place à un quasi-vide dès que l’on se rapprochait de l’axe central sur lequel nous voulions ouvrir un domaine d’interrogations historiques : parler d’abord de la santé des ouvriers, avant de s’interroger sur les politiques, les discours et les dispositifs juridiques autour de la santé des ouvriers. Or, si nous nous étions limités aux thèmes les plus couramment étudiés, l’histoire de la santé ouvrière risquait de tomber à son tour dans le vieux travers de l’histoire sociale depuis longtemps dénoncé : se cantonner au niveau de l’histoire institutionnelle, étudier les politiques ou les idéologies des Etats, des administrations, des appareils judiciaires, des professions médicales ou sociales, des organisations ouvrières.

La santé ouvrière est précisément un domaine où la recherche historique s’est trop souvent arrêtée aux discours des institutions, sans prendre les moyens de confronter les intentions aux effets supposés. A quoi bon étudier l’histoire des lois protectrices de la santé, si l’on ignore tout des conditions de santé que ces lois sont supposées influencer ? A quoi bon étudier les idéologies et les équipements hygiénistes ou médicaux, tant que l’on ne prend pas les moyens de connaître leurs pratiques sur le terrain ? Comment analyser les politiques de lutte contre les maladies professionnelles ou les accidents du travail, tant que l’abondante littérature parlementaire et juridique n’est pas confrontée aux situations et évolutions sur les lieux de travail, tant qu’elle n’est pas confrontée réellement aux pratiques et points de vue ouvriers ?

Ces considérations nous ont amené à nous concentrer sur le thème de l’usure au travail. C’était là partir d’une préoccupation quotidienne de la vie des ouvriers, présente depuis les débuts de la révolution industrielle jusqu’à aujourd’hui. Mais c’était aussi sortir des thèmes scientifiques et académiques rassurants, car la notion d’usure au travail n’a de statut scientifique reconnu dans aucune discipline de sciences humaines. Bien plus, l’usure au travail n’est pas simplement un vide des sciences sociales actuelles en France, elle est plutôt un refoulé, ainsi que le suggèrent, chacune par des voies originales, les différentes contributions rassemblées dans le présent numéro. La mise en perspective historique de l’usure au travail produit en effet ce constat saisissant : des mécanismes de refoulement, à l’œuvre aujourd’hui, se sont mis en place dès les débuts de la révolution industrielle, et n’ont pas cessé de fonctionner depuis un siècle et demi.

Ces mécanismes de refoulement sont évidemment liés, en premier lieu, aux rapports de production. La domination et les rapports de force dans les entreprises interdisent toute possibilité de transparence et d’information publique. Les ouvriers eux-mêmes, les premiers intéressés à analyser leurs conditions de travail et de santé, ne disposent pratiquement pas de la possibilité de mener des enquêtes libres. Les enquêtes de santé à initiative ouvrière ont toujours eu un caractère de transgressions exceptionnelles, et n’ont pu se développer que ponctuellement, soit à l’occasion de dénonciations d’abus particulièrement scandaleux, soit à l’occasion de mouvements sociaux très favorables aux ouvriers.

Dès lors, dans la plupart des cas, les connaissances et les données n’ont pu être produites qu’indirectement, par le détour de déclarations administratives obligatoires, et par la constitution d’espaces de réflexion spécialisés à vocation scientifique. Mais, même sur ce terrain scientifique, des mécanismes de dénégation de l’usure au travail sont à l’œuvre, au niveau des définitions des démarches, des objectifs de recherche et des découpages entre disciplines. Dans les disciplines à orientation très objectiviste, épidémiologie, médecine, ergonomie, l’usure au travail est souvent mise dans une position singulière. L’usure au travail, ou des expressions proches (fatigue et somme des facteurs de mauvaise santé accumulés dans le cours d’une vie de travail) sont rencontrées en permanence dans les recherches, en tant que préoccupations des intéressés, .en tant que « pathologies ressenties ». Mais, le plus souvent, chacune des disciplines traite ces conditions d’usure soit comme des « facteurs » externes à leur propre champ de recherche, soit comme des ensembles trop vagues et hétérogènes qu’il importe de séparer et réduire en différents « facteurs de risque ». Les récents bilans critiques d’Antoinette Chauvenet et de Marcel Goldberg ont démonté le mécanisme de ces mises à plat des « facteurs de risque » qui étend aux situations sociales les modèles biologiques de réduction causale, et s’oppose ainsi à toute interpénétration sérieuse entre analyses médicales de populations et analyses sociales (1).

Sur le terrain épidémiologique, une approximation intéressante de l’usure au travail avait commencé à être développée, entre 1972 et 1980, au Centre d’hygiène appliquée « Doria » (Fédération des organismes de Sécurité sociale de la région du Sud-Est, Marseille), sous la direction du Docteur Yves Aillaud. Les résultats sont consignés dans les « comptes rendus d’activité » annuels, dont la diffusion a été malheureusement interrompue en 1978. Les recherches se sont arrêtées en 1980. Ces travaux ont mis au point des tests de sénescence, recoupés avec des tests plus classiques de pathologie. Le docteur Yves Aillaud en tire, suivant sa propre terminologie, des degrés d’« usure de la vie». A partir de milliers de bilans de santé annuels et d’observations concentrées sur les âges de quarante-cinq et cinquante-cinq ans, le centre a accumulé des indications sur les différences de degré d’usure selon onze « catégories socio-professionnelles » spécialement conçues pour discriminer l’usure chez les assurés du régime général de Sécurité sociale. Les résultats permettent de valider les intuitions que l’on peut avoir sur le rôle de l’usure au travail dans le vieillissement. C’est bien l’ensemble des travailleurs « manuels » qui a subi une usure plus importante que toutes les autres catégories professionnelles, et s’en trouve stigmatisé dès les âges de quarante-cinq cinquante ans. Néanmoins, malgré une foule d’observations suggestives sous-utilisées par les autres recherches, le passage des analyses de l’usure clinique à l’usure au travail ne peut pas se faire directement, en raison d’un obstacle majeur : conformément à la quasi-totalité des études épidémiologiques, le centrera utilisé des « catégories socio-professionnelles » instantanées, là où il aurait été nécessaire de recouper les données de santé avec des catégories d’itinéraires professionnels, avec des types d’histoires de vies. En particulier, faute de; tels rapprochements, les résultats sur la santé des femmes sont ininterprétables. Ces limites sont une illustration frappante du bilan critique de Marcel Goldberg.

A côté de ces refoulements proprement épistémologiques s’opèrent des refoulements à l’articulation entre intérêts de connaissance et intérêts économiques. Il s’agit de toutes les sciences humaines appliquées au travail sur des bases utilitaristes, c’est-à-dire en fonction des besoins des employeurs et des organismes de gestion du marché du travail. Dans le domaine de l’économie de la santé, par exemple, Marc Bartoli a montré comment les théories « économistes » de l’utilisation de la main-d’oeuvre étaient adéquates au productivisme. Les modèles modernes de gestion continuaient à mesurer des possibilités d’utiliser au mieux les limites de tolérance physique des travailleurs, tout en laissant entièrement dans l’ombre l’analyse de ces limites et la signification vécue de ces situations par les travailleurs (2). On n’est pas très loin du temps où Emile Pouget traduisait « organisation scientifique du travail » par « organisation scientifique du surmenage » (3).

Suivant des processus analogues, les recherches en psychologie du travail et en ergonomie, commencées en France au tout début du siècle pour sélectionner des ouvriers, ont été longtemps bornées à des études de faisabilité d’exploitation. Pour que l’usure au travail ne soit pas réduite négativement à une simple variable d’inutilité, il a fallu des renversements de problématiques comme celui opéré par le laboratoire d’ergonomie du Conservatoire national des arts et métiers, où Alain Wisner, s’opposant à la conception d’une ergonomie comme adaptation des hommes aux postes de travail, pose la question d’une adaptation des postes de travail aux hommes (4). Le programme de recherches en cours depuis 1974 sur les relations entre âge et emploi est en train d’ouvrir des approches contemporaines plus positives de l’usure au travail (5).

Une contestation plus radicale encore de l’utilitarisme a fourni récemment des perspectives nouvelles à la connaissance de l’usure au travail : le livre de Christophe Dejours, Travail : usure mentale, pose avec une grande force des questions fondamentales sur «la souffrance au travail » des ouvriers, en contraste avec le plaisir au travail d’autres catégories sociales (6). L’auteur, médecin du travail et psychosomaticien montre, à travers un certain nombre de ses enquêtes, que ce n’est pas la charge de travail ni la contrainte physique — pris dans un sens étroitement ergonomique — qui peuvent seules entraîner une souffrance au travail. Certaines catégories sociales, tels les pilotes de chasse, ont des conditions de travail très mauvaises, si celles-ci sont définies en termes de contrainte physique ou de charge mentale. Et cependant, ceux-ci éprouvent un intense plaisir à leurs tâches, et ce plaisir entraîne une grande « forme » physique (les observations ont eu lieu, bien entendu, en temps de paix). La souffrance du travail ouvrier ne peut pas être réduite à une usure physique du corps. L’assujettissement du corps passe par un assujettissement de la personnalité. Christophe Dejours fait apparaître, en termes simples et lumineux, comment la souffrance au travail s’engendre à partir du choc entre l’histoire personnelle et l’organisation du travail. La première cause de souffrance, irréductible à une arithmétique des facteurs de risque, est l’organisation du travail elle-même, pour autant qu’elle fait violence à l’organisation de la personnalité. Ces perspectives d’analyse font entrevoir une multitude de pistes, tant pour les recherches historiques que pour les recherches contemporaines.

Dans la présentation des études épidémiologiques actuelles que nous propose Jean-François Chanlat, l’auteur souligne à quel point les multiples mécanismes de dénégation, à l’oeuvre aujourd’hui, empêchent les approches directes. Dans les conditions actuelles de recherche, les approches ne peuvent être qu’indirectes, à travers des analyses du lien travail-santé. Cette présentation révèle cependant aux non-spécialistes français que les refoulements de la connaissance de l’usure au travail ne s’opèrent pas au même degré dans tous les pays. La richesse des recherches d’épidémiologie sociale dans les pays anglo-saxons et au Québec invite à poser des questions sur l’indigence de l’épidémiologie sociale en France.

Il existe cependant, dans notre pays, une exception avec les travaux de Françoise Cribier et de son équipe sur une génération de salariés parisiens (7). Pour la première fois a été entreprise l’étude approfondie des histoires de vie d’une génération. Jusque-là, beaucoup d’auteurs, démographes, sociologues, épidémiologues, déploraient la non-pertinence des descriptions de populations purement instantanées et « transversales », sans suivi dit « longitudinal ». Mais peu de travaux avaient pu dépasser le stade de la critique. Parallèlement, les «histoires de vies» en France demeuraient ponctuelles. Il n’était pas possible de savoir si telle ou telle histoire de vie était exceptionnelle ou bien permettait de comprendre les itinéraires de vie d’un milieu social. Les recherches de Françoise Cribier ont contourné ces obstacles en étudiant les vies de travail d’un échantillon de 432 salariés parisiens partis à la retraite en 1972, et en suivant leur évolution depuis cette époque. L’objet des recherches n’était pas directement l’analyse de l’usure au travail. Cependant les données recueillies, confirmées par l’analyse statistique de 1 400 dossiers de départs en retraite, se prêtent à une analyse approfondie de l’usure au travail des salariés.

L’article qu’elle nous livre ici offre une première synthèse des relations multiples entre l’usure au travail et les itinéraires professionnels. Sa démarche pourrait être classée indifféremment comme de la sociologie, de l’anthropologie ou de la « géographie sociale ». L’étude n’a pas recouru à des tests cliniques systématiques comme l’aurait fait une enquête épidémiologique, mais, néanmoins, elle a recueilli beaucoup d’informations sur le vieillissement et sur la pathologie ressentie. Dans le foisonnement de descriptions et de pistes d’analyse qu’elle nous propose, on pourra relever, entre autres, la fresque des itinéraires professionnels et les variétés de mobilité selon les sexes et les âges. Ses résultats montrent à quel point les « catégories socio-professionnelles » instantanées sont des fictions administratives ou académiques pleines de pièges : la majorité des retraités de classes populaires, hommes ou femmes, classés comme ouvriers, employés ou personnels de service à la veille de leur retraite, ont changé de « catégorie socio-professionnelle » au moins une fois dans leur vie. Et l’auteur invite à découvrir la complexité de ces mobilités. Parmi tous les motifs de changement de métier, la résistance à l’usure au travail n’était pas le moindre.
Si la connaissance de l’usure au travail aujourd’hui est si difficile d’accès, que dire alors des obstacles à la connaissance historique, lorsque les intéressés ne sont plus là pour répondre aux questions ?
A priori, les difficultés sembleraient insurmontables. Cependant, les articles qui suivent montrent qu’il est possible d’ouvrir des brèches dans les refoulements à l’oeuvre depuis les débuts de la révolution industrielle.

L’article de Bernard-Pierre Lécuyer se situe précisément au moment où commence à se poser la question de l’usure au travail industriel, et où se mettent en place, non sans polémiques, des mécanismes de dénégation des dangers du travail sur la santé, dans les milieux académiques. Les recherches de l’auteur sur l’histoire de la pensée scientifique avaient déjà soulevé un certain nombre de problèmes sur l’imputation des pathologies aux conditions de travail (8). L’article qui nous est proposé ici fournit un exemple étonnant par sa modernité. La polémique sur les liens entre conditions de travail et dégradation de la santé, poursuivie à propos des ouvriers des tabacs durant les années 1829-1845, fournit un paradigme des conditions de connaissance et de dénégation de l’usure au travail, qui peut se retrouver à toutes les époques et dans tous les pays industriels jusqu’à aujourd’hui. En outre, cet article invite à nuancer les problématiques réductrices sur la pensée médicale qui, s’autorisant plus ou moins abusivement des travaux de Michel Foucault, ont voulu ramener tout discours académique à la seule dimension d’un contrôle social.

Une étude démystificatrice originale et exemplaire nous est proposée avec l’article de deux historiennes allemandes sur les ouvrières d’une usine textile de Brème à la fin du XIXe siècle. En France, on nous avait toujours enseigné que les réformes autoritaires de Bismarck, généralisant pour la première fois en Europe les caisses d’assurance maladie, avaient ouvert la voie de la protection de la santé ouvrière, et mettaient fin à une première phase d’exploitation sauvage de la santé. Or voilà que ces deux historiennes rouvrent dossiers et archives des caisses de maladie, pour pouvoir confronter la protection officielle avec les conditions de travail et avec les traces de morbidité réelle que peuvent encore nous livrer les archives aujourd’hui. Le moins que l’on puisse dire est que le tableau qui en ressort est fort éloigné des discours de protection officiels. La couverture d’une caisse de secours à l’usine ne semble pas avoir sensiblement modifié les conditions de travail et de santé d’immigrées provinciales, conditions que l’on aurait cru en France réservées à l’exploitation « sauvage », hors des lois protectrices de la santé.

Les mineurs de houille ont toujours fait l’objet d’une abondante littérature, tant les conditions de travail en souterrain fascinaient tous ceux qui s’interrogeaient sur le devenir du corps humain dans le capitalisme industriel. Cependant on n’avait pas disposé d’une approche critique globale et détaillée des conditions de travail et de vie des mineurs français avant la somme monographique de Rolande Trempé sur les mineurs de Carmaux au XIXe siècle (9). Son ouvrage demeure la principale référence pour mettre en relations, chez les mineurs, l’usure au travail, la pression productiviste, les résistances ouvrières, et la façon dont se combinaient la vie au travail et la vie hors travail. L’article de ce numéro sur « Travail à la mine et vieillissement des mineurs au XIXe siècle » se concentre sur la question de l’usure au travail telle qu’elle a été posée par les délégués des ouvriers mineurs en réplique aux dénégations opposées par le patronat des houillères. Ses descriptions écartent du même coup un mythe historiographique tenace, hérité des discours officiels sur la protection légale de la santé, qui voudrait nous faire croire que les ouvriers auraient, dans une première phase, subi passivement l’exploitation de leur santé, qu’ils auraient partagé une prétendue « idéologie du travail », en vertu de laquelle ils auraient accepté de troquer leur santé contre un salaire et contre le respect d’une fierté de métier. Rolande Trempé nous suggère comment, dès la mise en place des pressions productivistes, les délégués des ouvriers mineurs se sont toujours opposés, sous des formes multiples, à l’usure de leur vie, et n’ont jamais trouvé légitime l’achat de leur santé par un salaire.

L’article d’Alain Cottereau sur « Usure au travail, destins masculins et destins féminins… » tente d’ouvrir un certain nombre d’interrogations sur la différenciation de l’usure des ouvrières et des ouvriers au XIXe siècle, avec l’arrivée de la révolution industrielle. Une analyse des différences de santé selon les métiers et selon les sexes aboutit à faire ressortir des constantes étonnantes. Tout se passe comme si le capitalisme industriel avait établi deux cursus dominants d’usure de la santé des ouvriers, l’un pour les hommes, l’autre pour les femmes. Quelle est la signification de ces constantes apparentes ? Dans quelle mesure les ouvrières et les ouvriers organisaient-ils eux-mêmes des itinéraires de vie adaptés aux possibilités d’emploi ? Dans quelle mesure est-il possible aujourd’hui de reconstituer d’anciennes pratiques de résistance à l’usure au travail, à échelle individuelle ou collective ?

(1) A. Chauvenet, « La loi et le corps », Sciences sociales et santé, n° 2, avril 1983, p. 99-140. M. Goldberg, « Cet obscur objet de l’épidémiologie », Sciences sociales et santé, décembre 1982, p. 55-111.

(2) M. Bartoli, « Travail et santé : l’enjeu », Prévenir, octobre 1980, p. 15-31.

(3) E. Pouget, L’organisation du surmenage {le système Taylor), Paris, Marcel Rivière, 1913.

(4) A. Wisner, J. Marcelin, A quel homme le travail doit-il être adapté?, documents édités par le Laboratoire de physiologie du travail et d’ergonomie, Pans CNAM, 1971 et 1976.

(5) Voir entre autres : A. Wisner, A. Laville, C. Teiger, Age et contraintes du travail, Paris, N.E.B. Ed. Scientifiques, 1975. A. Laville, C. Teiger, « Conditions de travail et vieillissement des travailleurs », communication à la 9e conférence internationale de gérontologie sociale, Québec, août 1980.

(6) C. Dejours, Travail : usure mentale — Essai de psychopathologie du travail, Paris, le Centurion, 1980.

(7) F. Cribier, Une génération de Parisiens arrive à la retraite, Pans, laboratoire de géographie humaine, CNRS, 1978. C. RHEIN, Jeunes femmes au travail dans le Paris de l’entre-deux-guerres, Paris, thèse de 3e cycle, Université Pans VII, 1977.

(8) B.-P. Lécuyer, « Démographie, statistique et hygiène publique sous la monarchie censitaire », Annales de démographie historique, 1977, p. 215-245. Sur l’évolution de la dénégation de l’usure au travail au cours du XIXe siècle dans les milieux académiques, voir aussi A. COTTEREAU, « La tuberculose : maladie urbaine ou maladie de l’usure au travail ? Critique d’une épidémiologie officielle : le cas de Paris », Sociologie du travail, avril-juin 1978, p. 192-225.

(9) R. Trempé, Les mineurs de Carmaux, 1848-1914, Paris, Les Editions ouvrières, 1971.


2 Antworten auf „Alain Cottereau – L’usure au travail (1983)“


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