Libertad au Sacré-Cœur (1897)

Le 5 septembre 1897, Libertad est au Sacré-Cœur :
« Dans l’intérieur de la boîte à prières, le ratichon Lemius, perché dans l’égrugeoir à paroles, prêchait. (…) A un moment, voilà que le Lemius se fout à baver contre les anarchos, les traitant de suppôts de Satan, de fauteurs de scandales… et autres trouducuteries cafardesques. Il n’a pas continué longtemps ! De la foultitude des déchards amoncelés émerge un gas hirsute, béquille au poing, et qui clame : — C’est vous qui faites du scandale et avez des idées malsaines ! Vous avez un sacré toupet !… »
Les voûtes en casque-à-mèche de l’usine à prières se seraient effondrées que l’ahurissement n’eût pas été pire. La bedaille policière, hurlante et furibonde, a sauté sur le béquillards et, avec autant de méchanceté que des flics enragés, a fait subir au pauvre gas un passage à tabac en règle. A la porte de la turne infecte, le malheureux a passé des griffes de la bedaille aux pattes des sergots. Et il n’y a pas trouvé de différence ! Conduit chez le quart-d’œil, le manifestant a déclaré se nommer Albert Libertad, être comptable et a ajouté qu’il en pince pour les idées anarchistes. On l’a foutu au bloc ! Et, un de ces matins, les copains des ensoutanés, les enjuponnés, vengeront l’affront fait au ratichon à Notre-Dame de la Galette. Les acteurs seront changés, mais ce sera toujours même sinistre comédie ».

Emile Pouget, Le Père Peinard (1897), cité par Roger Langlais, Le culte de la charogne, Paris, Galilée, 1976, p. 29.