L’espace public réenchanté ou la disneylandisation du mode de vie urbain : 3 conférences de Jean-Pierre Garnier (2009)

Quel sens donner à la mise en scène, par le biais de la «requalification» et de «l’animation événementielle» de certains espaces publics, d’une urbanité placée sous le signe de la réappropriation ludique et conviviale de la ville ?
Opportunité offerte aux citadins de faire valoir leur vision propre du « vivre ensemble « et leur aptitude à la mettre en œuvre ? Plutôt mise en condition et normalisation à visées à la fois consensuelles et commerciales.
Il s’agira de montrer, exemples à l’appui dans quel contexte et avec quelles finalités se met en place ce «dispositif», au sens que le philosophe Giorgio Agamben donne à ce concept: « tout ce qui a, d’une manière ou d’une autre, la capacité de capturer, d’orienter, de déterminer, d’intercepter, de modeler, de contrôler et d’assurer les gestes, les conduites, les opinions et les discours ».
Qu’est-ce qu’une Cité disneylandisée ? Peut être appelée ainsi toute Cité, et, par-delà, toute société, où les maîtres sont les maîtres des attractions et les esclaves spectateurs ou acteurs de celles-ci.

Jean-Pierre Garnier est sociologue spécialisé en architecture et urbanisme, et chercheur au CNRS.

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Le citadin nouveau est arrivé : un consom’acteur
Le néo-citadin de la ville festive diffère notablement de celui dont avaient accouché les «Trente glorieuses». Si son successeur «post-moderne» reste plus que jamais normalisé, formaté, calibré comme consommateur de biens, de services et de spectacles, il se veut désormais un consommateur actif : la passivité a fait place à la «participation».
En fait, il ne fait que se plier à la stratégie de «communication» externe et interne des élus locaux. À coups d’»animations», de «manifestations» et autres «événements» programmés, ceux-ci cherchent à s’assurer la coopération massive et dynamique des habitants transmués en figurants bénévoles sur les espaces publics scénographiés.
Cette image d’une population enthousiaste, participante et soudée est censée donner corps à la nouvelle identité de la ville et l’aider à se démarquer de ses rivales dans la « concurrence libre et non faussée » entre Cités.
Autant dire que le «consom’acteur» urbain est non seulement la cible, mais aussi le vecteur de la publicité municipale.
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L’aménagement et l’animation comme euphorisants
Au-delà de ses visées mercantiles, la «revalorisation» de l’espace public s’inscrit dans une entreprise plus vaste et de plus longue haleine, de caractère idéologique : rasséréner une population française que le futur angoisse… ou que l’absence de futur tend à désespérer.
Comment ? En réenchantant le présent, par compensation, grâce à un «cadre de vie» paré de tous les charmes d’une urbanité aussi festive que factice.
La stratégie mise en œuvre ne consiste plus, donc, à « changer la ville pour changer la vie », comme certains en avaient rêvé à l’époque de la «contestation», mais à changer l’image de la ville pour changer l’idée que les gens se font de leur vie.
Grâce à des décors et des scenarii adaptés, on éradiquera de la scène urbaine tout ce qui peut rappeler les divisions, les contradictions et les conflits sociaux pour la transmuer en un vrai-faux «magic kingdom» où les habitants se comporteront en touristes dans leur propre ville.
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Urbanisme, architecture et maintien de l’ordre
Je vous propose d’intervenir sur le thème de l’organisation de l’espace urbain à des fins sécuritaires, c’est-àdire de l’intégration dans la conception des projets urbanistiques et architecturaux — devenue obligatoire depuis 1995 (loi Pasqua) — de dispositifs matériels visant à « prévenir la malveillance « et donc à « assurer la tranquillité publique «.
En fait, il s’agit, par le biais de l’aménagement urbain, de placer la ville sous haute surveillance et de pouvoir mieux contrôler les citadins pour les protéger contre… eux-mêmes. Dans une société qualifiée de « vulnérable « aux « menaces « que le système capitaliste ne cesse d’engendrer, l’« ennemi « est, en effet, de moins en moins définissable. Intérieur ou intérieur, réel ou virtuel, local ou global, il peut revêtir des visages multiples : le délinquant, l’« incivil «, le mendiant, le zonard, l’étranger, le contestataire, le manifestant, l’insurgé, le subversif, le terroriste… Autant dire qu’il se fond dans la population au point de se confondre avec elle.
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1 Antwort auf „L’espace public réenchanté ou la disneylandisation du mode de vie urbain : 3 conférences de Jean-Pierre Garnier (2009)“


  1. 1 Ludger Krusenbaum 24. Juli 2010 um 19:44 Uhr

    We are living in a dreammachine (The Ex)

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