Amadeo Bordiga – Dialogue avec les morts (1956)

« La classe ouvrière … dans sa lutte mondiale … a besoin d’une autorité … dans la mesure où le jeune ouvrier a besoin de l’expérience des plus anciens qui ont combattu contre l’oppression et l’exploitation … des combattants qui ont pris part à de nombreuses grèves et à différentes révolutions, qui ont acquis de la sagesse des traditions révolutionnaires et ont donc une vision politique ample. L’autorité de la lutte mondiale du prolétariat est une nécessité pour les prolétaires de tous les pays … Le corps collectif des ouvriers de tous les pays qui conduisent directement la lutte sera toujours la plus grande autorité pour toutes ces questions ». [Lénine]
Au centre de ce passage l’on trouve les concepts de temps et d’espace portés à leur extension maximale ; tradition historique de la lutte et dimension mondiale de cette dernière. Nous ajoutons à la tradition le futur, le programme de la lutte de demain. Comment convoquera-t-on de tous les continents et surtout de toutes les époques ce corpus léninien auquel nous donnons le pouvoir suprême dans le parti ? Il est fait des vivants, des morts et de ceux qui sont encore à naître ; cette formule nous ne l’avons donc pas « créée » : la voilà dans le marxisme, la voilà dans Lénine.
Pourquoi alors jacasser aujourd’hui sur les pouvoirs et l’autorité, pour savoir s’ils doivent être confiés à un chef, un comité directeur, une consultation de groupes contingents dans des territoires contingents ? Toute décision pour nous sera bonne si elle se place dans la ligne de cette vision mondiale et ample. Un œil seul peut la saisir de même que des millions d’yeux.