Riccardo d’Este – Quelque chose (1994)

Le texte italien qui suit mentionne plusieurs fois la notion de General Intellect, employée couramment en Italie dans la postérité du mouvement de « l’autonomie ouvrière » (opéraïsme). Son utilisation en France, restreinte à la tendance italienne (Negri, Virno, Lazzarato) de la revue Futur Antérieur, nécessite quelques mots de présentation.
Cette notion est à référer à un bref passage de Grundrisse : « Fragment sur les machines » (p. 306 des Œuvres II, éd. La Pléiade), dans lequel Marx semble développer l’idée d’un « cerveau général » symbole d’un savoir qui est devenu la principale force productive et qui s’est objectivé dans le capital fixe. Ce que Marx anticipe ici, c’est la contradiction entre une production de richesse par un temps de travail qui n’est plus qu’ « une base misérable » du procès de production.
S’il n’est jamais revenu sur cette question, c’est sûrement parce qu’elle lui posait problème de par les implications théoriques et politiques qu’elle comportait : critique de la loi de la valeur, du rôle historique de la classe ouvrière, etc.
L’autonomie ouvrière italienne a repris la notion de General Intellect, car elle y voyait une base pour l’émergence d’une subjectivité antagonique (années 70) mais aujourd’hui, ce savoir objectivé s’est réalisé en tant que domination : la contradiction entrevue par Marx n’a pas conduit à la fin du salariat et au temps libre mais à l’exclusion et à la précarisation généralisée. D’autre part, Negri et Virno adressent maintenant une critique à Marx ; il aurait abusivement assimilé General Intellect et capital fixe alors qu’aujourd’hui ce General Intellect apparaîtrait aussi sous la forme du travail vivant, dans le « travail intellectuel de masse », les communications sociales, la culture au sens large…
L’article de Riccardo d’Este s’inscrit dans la critique de cette position.
J.W.

(Temps Critiques n°8, automne 1994/hiver 1995)

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II faut comprendre, il est temps de comprendre. En somme, il est temps de migrer. Contre la misère noire au-delà de la migraine. Migrations à l’intérieur du risque dans toutes les intelligences possibles sauf celles qui ont à voir avec l’ennemi. Et que sur les arbres ne restent pas seulement les souvenirs ou les signes de feuilles de branches et d’oiseaux. Le néomoderne est un rameau sec, il faut en être extrêmement détaché.
(Goffredo FIRMIN, 1994)

1° – La société du capital, comprise comme la société de l’aliénation généralisée, de la reproduction itérative et insignifiante de marchandises, du travail extorqué et du profit conquis par tous les capitalistes, ou certains de leurs groupes, a subi un processus modificatif qui a mené à l’intégration de ces différents aspects. Cette intégration est un processus d’intégration.
Il serait inexact de dire qu’il s’agit d’un phénomène nouveau, récent dans le mécanisme de production et de reproduction capitaliste et dans les structures sociales, politiques, idéologiques qui le concrétisent. De fait, il a toujours existé une tension interne à l’ambition totalisante du capital (faire de la vie un immense marché et faire de tous les sujets et objets des marchandises), comme est historique la tendance à l’intégration des structures reproductives mondiales et des systèmes politico-idéologiques qui les représentent, tout en maintenant les différenciations qui permettent au capital de se reproduire et de se présenter comme une « unité dans les contradictions » (les guerres intercapitalistes en ont été un exemple clair du point de vue aussi des idéologies, indépendamment de celui des intérêt économiques).
La seule vraie nouveauté, si nous voulons l’appeler ainsi, consiste dans la conscience collective, plus ou moins déclarée ou plus ou moins cachée, à être devant la tentative d’unifier matérialité et immatérialité sous le signe homogénéisant du capital. Si Félix Guattari a cherché à identifier ce processus, du reste aux yeux de tous, par la formule CMI (capitalisme mondial intégré), Guy Debord, quant à lui, dans ses Commentaires sur la société du spectacle, parle de spectacle intégré pour indiquer le parcours d’unification de ce qui était défini comme le « spectacle diffus » et le « spectacle concentré », c’est à dire les techniques prédominantes de production, reproduction et de transmission de représentations à l’Ouest et à l’Est. Or cette intégration, qui n’a certainement pas été provoquée par la chute du mur de Berlin, comme cherchent à l’expliquer hâtivement de soi-disant chercheurs, est plutôt un processus qui s’est développé, même si c’est avec des hauts et des bas, depuis pas mal de temps (depuis au moins, de façon déclarée, les années 60, avec le coup de queue de la prétendue « révolution culturelle » de Mao tsé toung). Mais il serait erroné de voir dans ce phénomène d’intégration la réalisation de ce « capital total » qui a toujours été le cœur et l’âme de l’utopie capitaliste ou de cette espèce de ciel immobile où se projetteraient, incessamment et avec de plus en plus d’accélération, n’importe quelles images, toutes captivantes et trompeuses, comme c’est dans le rêve d’une société du spectacle parachevée. Mais dans les faits on constate que des formes de résistance matérielle et intellectuelle, à différents niveaux et à différents modes, contraignent la société du capital à de continuelles modifications et repropositions d’elle-même.
Le passage épocal récent le plus important est la construction de cette société que nous définissons comme société capitaliste néomoderne afin justement de la distinguer, non seulement de la société capitaliste productive classique, de la société du spectacle, qui perdure et même, semble-t-il, s’affirme de façon plus interstitielle (à travers la réduction de plus en plus importante d’aspects de vie à de pures représentations et le dépérissement de plus en plus rapide des images elles-mêmes), mais qui, s’étant tellement généralisée, est en train de perdre progressivement sa fonction « innovatrice », et donc « vivifiante » et catalysatrice, mais aussi de celle que d’aucuns appellent époque de la postmodernité. Il s’agit manifestement d’une bêtise car seules certaines scories marginales (l’art, la philosophie, etc.) peuvent errer dans un vacuum qui feindrait de faire abstraction de ce qui a été la base structurale de la modernité (la victoire de la bourgeoisie, l’avènement du capital industriel et financier, les modifications, même révolutionnaires, dans la production, dans les technologies, etc.), alors que la société du capital dans son ensemble a un besoin constant d’être moderne, et aujourd’hui néomoderne.

2° – Le General Intellect, du moins dans son acception marxienne, exprimait une intelligence et des savoirs diffus et généraux, une connaissance qui, de même que la force de travail, était soumise aux règles du capital et donc de la production. Le General Intellect, en somme, n’est rien d’autre que la force de travail cognitive et mentale, rendue abstraite mais, en même temps, absorbée par le processus de développement du système de production capitaliste. Cela a sans aucun doute été vrai tant qu’il y a eu une production capitaliste effective vue comme capacité de parcours innovateurs, bien qu’ils soient fondés sur l’exploitation matérielle et intellectuelle. Désormais, cela n’a plus guère de sens car la production, tout en se maintenant bien sûr, s’est transformée essentiellement, d’un côté, en reproduction et, de l’autre, en administration. Le General Intellect, en exprimant des capacités créatives collectives, même soumises et expropriées, pouvait être un point de référence, ou tout simplement un levier pour une transformation radicale. En d’autres mots, la réappropriation de cette intelligence collective pouvait signifier un renversement des rapports sociaux. Aujourd’hui, les choses ne sont plus ainsi : à l’époque de la reproduction c’est tout simplement la fonction, naturellement à un taux élevé d’interchangeabilité, qui est fondamentale (c’est pourquoi les demandes de flexibilité ne sont pas tant le fruit mauvais d’un patronat rapace que d’une exigence précise du néomoderne), et non plus l’intelligence collective déjà incorporée dans l’être inorganique (le capital). Tout autre, et bien plus dramatiquement radical, est le terrain sur lequel se joue et se jouera le match. Ainsi, la prétention de réduire ce qui a été défini comme General Intellect aux capacités technologiques ou « scientifiques » des individus ou des groupes (dans la cybernétique, la télématique, etc.), et d’en attendre une espèce de « nouvelle avant-garde », est ridicule : ces intelligences sont désormais asservies à la machine, avec une singulière inversion de la fonction de prothèse, et ses porteurs réduits à des reproducteurs, quand bien même de haut niveau, de l’existant.

3° – Il est important de faire une distinction entre la production et la reproduction élargie. La production contient en soi quelque chose de « créatif », d’ » inventif ». La reproduction, n’est rien d’autre, si l’on peut s’exprimer ainsi, qu’une variation sur le thème. Par exemple, le passage du cabriolet à l’automobile a été productif et épocal, impliquant d’énormes masses de personnes, tandis que le passage de la Uno à la Punto se trouve dans un programme de « modernisation » fait pour accroître la mobilité d’un marché drogué et c’est là une des formes de la reproduction. En d’autres termes, finies les innovations réelles. En automatisant de plus en plus le spectacle, toutes les apparentes innovations, en quelque domaine que ce soit, ne sont que des modifications et des modulations selon les critères de la reproduction.
Si, du point de vue productif, il est correct de définir ce phénomène — fondateur du néomoderne — comme un passage vers la reproduction élargie et itérative et si, du point de vue macroéconomique, on peut parler de fin de l’économie, comprise comme une subdivision des ressources qui se prétend rationnelle et dont l’emploi serait utilisée à des fins de progrès, on ne peut qu’affirmer, en revanche, du point de vue social, qu’il s’agit là de glaciation systématique et systémique.
Naturellement, mais selon la « naturalité » du capital, la production en apparence perdure. Si les stylos que nous avons en main n’avaient pas été produits nous n’écririons pas ; si les ordinateurs n’avaient pas été produits nous ne communiquerions pas par ce moyen. Mais c’est une production finalisée à travers deux buts seulement : la reproduction itérative des mêmes marchandises, avec toutefois des modifications modales, et la constance de l’ordre sociétal. La constance de (dans) l’ordre social implique essentiellement une persistance et une division des rôles en dehors également, mais surtout, du moment productif. La reproduction se doit d’être infinie, avec des variations illimitées — surtout sur le terrain du spectacle — mais qui ne servent plus à la création de matérialité et d’environnements qui dépassent réellement les précédents — en réalité ils les imitent —, n’accordant que de nouvelles apparences fantasmagoriques.
À une période historique déterminée, la bourgeoisie a exprimé, sans pour cela vouloir reproposer des types de concepts de classe qui apparaissent aujourd’hui obsolètes et, évidemment, sans vouloir apporter dans ce contexte aucun jugement moral ou politique sur elle, la forme et la force de l’innovation, de la modification des systèmes productifs. Ce n’est pas par hasard qu’elle s’est emparée de l’Intelligence générale en l’expropriant de ses possesseurs et porteurs et en la rendant, d’abord, abstraite, puis, en la retraduisant, en en faisant une force productive. La dernière chance de la bourgeoisie a été la société du spectacle, c’est-à-dire un agglomérat de représentations de la réalité jusque-là produite et contrôlée. Aujourd’hui, à l’époque du néomoderne et de la reproduction presque toujours imposée, la bourgeoisie (en admettant qu’on puisse encore employer cette catégorie) n’a plus rien à produire par rapport à l’acception exprimée ci-dessus, bien peu à représenter, si ce n’est sur le terrain de la virtualité, et pratiquement rien à dire, aujourd’hui, parasitaire non seulement d’autres classes mais aussi de son propre passé. La police et les supermarchés ont bien plus à dire.

4° – La reproduction élargie signifie l’itération du présent, avec des modifications qui ont peu de portée. Ce n’est pas pour rien que les recherches les plus importantes qui sont financées concernent les domaines de la médecine, de la sociologie, de l’environnement, de la communication mass-médiatique ou de la bio-ingénierie. Le corps humain, désossé de sa capacité de force de travail, qui a été rendue en grande partie superflue (mais sans que cela évidemment ait coïncidé avec l’abolition de la malédiction du travail), revient au premier plan comme lieu de l’Administration.
Par Administration, nous n’entendons pas seulement les administrations singulières et spécifiques, mais aussi le rêve utopique d’administrer une sorte d’éternel présent, en étendant les formes de l’administration à chaque pli de la vie collective et individuelle. En voici des exemples comiques : si le nombre des assureurs augmente de façon excessive c’est parce que plus rien ne peut être en réalité assuré ; si le nombre des professionnels en tous genres croît frénétiquement, c’est parce qu’il n’existe presque plus de réelles professions ; si le nombre des gardiens (au sens large) grossit quotidiennement, c’est parce que la société est obligée de se sauvegarder d’un quelconque risque de transformation radicale. Il y a un processus, pour le moment inextinguible de désertification stricto sensu (qu’on pense au concret dépérissement de territoires entiers, à cause d’incurie ou d’hyperexploitation, avec toutes les conséquences que l’on connaît : d’un côté, famines, épidémies, graves déséquilibres dans l’écosystème, etc. ; et, de l’autre, la spoliation de sens de vastes zones urbaines). Ce processus de désertification a, bien sûr, de lourdes répercussions sur les existences, sur les capacités, sur les intelligences des individus : c’est à grand-peine qu’arrivent les nouveaux bédouins. Qu’ils apprennent à boire le thé au Sahara !

5° – Le nihilisme, désormais, est essentiellement le monopole du capital et de l’État. Du capital, dans la mesure où, une fois établi son impossibilité d’innover (ce que nous définissons synthétiquement comme la fin du Progrès), devant surtout réaliser de la valeur sans le travail (qui reste une contrainte imposée ou consolatoire), il doit, s’il veut perdurer, administrer ce désert animé par des marchandises qu’il a construit et où il est forcé de vivre. Mais que l’on ne croie pas que la reproduction du rien ne soit rien. On développe les activités reproductrices du rien.
Nous entendons par là un « quelque chose » qui, tout en existant et possédant souvent une « valeur » (à cause du processus d’automatisation de la valeur à partir de ses bases matérielles), serait dépourvu intrinsèquement et profondément de sens humain, ne ferait aucunement allusion, pas même de loin, à une communauté future ou passée, ne s’en tiendrait pas à la nécessité de l’espèce. En ce sens, certains vendeurs de marchandises sont plus théoriciens, bien qu’involontairement, que ne le sont certains philosophes ou prétendus théoriciens. Quand ils proclament : « Prends donc cet objet, il ne coûte rien ! », ces marchands ne disent pas, que l’objet est échangé gratuitement et pas plus, malgré le clin d’œil, qu’il vaut peu de chose. Ils veulent dire : « Que tu l’aies ou non, que tu en fasses la dépense ou l’économie ne change rien à ta vie. » En effet, des marchandises matérielles et immatérielles, des trafics en tous genres, idéologies comprises, continuent de fleurir de façon démentielle. Mais ces marchandises ne peuvent plus opérer de saut qualitatif, nullifiées (niveau économique) en pure valeur d’échange ou (niveau symbolique) en images représentatives d’une vie absente. D’une part, l’« État » doit maintenir debout des représentations collectives du rien (la politique, avec son cortège de votes, de relèves de la garde et des contrôles sur les rackets… en est un exemple criant) et, de l’autre, instituer un complot permanent et préventif contre toutes les instances de révolte qui pourraient ou peuvent s’exprimer, en particulier par des formes « anti-sociales ». En effet, malgré les déclamations de beaucoup, l’État est exactement la société civile et la société civile s’exerce précisément dans l’État. Une autonomie de la dite société civile est, sous l’aspect idéologique, un des derniers mensonges du néomoderne. En effet, plus de police (il suffit de comparer les chiffres de ces dernières vingt années) signifie paradoxalement plus d’État social et plus de mafia, ou de « lutte » contre elle. La société civile est le feu follet de la société néomoderne : c’est pourquoi elle est jetée en pâture et que beaucoup s’en nourrissent. Dans le rien il faut pourtant qu’apparaissent des lueurs.

6° – À l’époque subversive des années 20, on pouvait déjà parler — une tendance se dessinait — de postcapitalisme, en tant qu’on tentait de construire des formes de société au-delà du capitalisme, mais qui n’aboutissaient pas encore à un communisme effectif, à une acratie. À l’inverse, aujourd’hui, du point de vue de la société et de ses membres, tout doit demeurer toujours moderne, devenir de plus en plus moderne ; c’est pourquoi il apparaît impossible de proposer de parler de postmodernité, si ce n’est dans l’acception d’une superfétation idéologique : le postmodernisme.
Le néomoderne, quant à lui, c’est le concept qui englobe et confirme, pour l’instant, cette constante tendance, mystérieusement réformatrice, du rien. Le nihilisme de capital et d’État et la société néomoderne sont exactement la même chose : ils administrent l’apparence, ils présupposent le rien, non comme théologie mais comme interchangeabilité absolue, ils feignent l’existence d’une production qui, manifestement, est devenue reproduction, c’est-à-dire sans plus aucun progrès possible. Le progrès pris dans plusieurs sens : l’innovation productive, comme on a dit, mais aussi le progrès des connaissances humaines, des méthodes pour accroître le bien-être collectif et individuel, des idées génialement exprimées et maintenues, des arts et des métiers.
Le néomoderne n’est, certes, pas la fin du progrès, mais plutôt la prise en charge consciente de cette fin proclamée et, donc, la conscience organisatrice de la société qui l’a produite.
Les administrateurs de l’existant, en se rendant compte qu’il n’y a plus de possibilité pour un quelconque développement, que le progrès est en train de se transformer en régression et après avoir joué leur dernière carte, celle du spectacle, comme développement des et dans les représentations qui remplaceraient la réalité intolérable, en faisant que le faux et le vrai se recoupent à tour de rôle pour brouiller les pistes, ont compris ce qu’ils devaient et pouvaient faire : feindre de créer de la valeur à partir du capital financier et circulatoire, nous pousser tous à devenir des consommateurs de n’importe quoi — et si c’est dépourvu de qualité, c’est encore mieux—, tous des professionnels, des techniciens en tous genres ou des artistes, à être humbles ou outrecuidants à la fois. La guerre du Golfe ou les événements de Bosnie sont des exemples incontestables du triomphe du rien et, donc, du néomoderne. Le sida est sa symptomatologie. Sa pandémie.

7° – Que faire alors contre l’itération du rien, contre la domination de l’inorganique, contre l’absence d’un quelconque « centre » (tout est nécrotiquement diffus, même s’il y a des individus spécifiques qui se chargent de diriger et de contrôler la nécrose) où se jeter ? Si, en apparence, il n’y pas de possibilité de réponse, il existe néanmoins des réponses à la question : la révolte de l’organique (des corps), quelle que soit la situation, la plus grande résistance, dans tous les domaines, au néomoderne et aucune collaboration avec n’importe lequel de ses mots d’ordre, l’attaque virulente au Nihil organisé, en construisant du sens et sa communication. On ne peut pas fournir d’indications plus précises. Mais quelques hypothèses sont d’ores et déjà claires :
— se refuser à assumer les termes de la politique communément partagée et de la démocratie comme s’ils étaient constitutifs d’une action subversive ou capables d’une quelconque transformation ;
— repousser toutes les illusions possibles de la participation à la soi-disant société civile : hélas ! nous y sommes déjà, quand nous travaillons, quand nous pensons jouir du temps libre, quand il faut que nous supportions sa domination ;
— commencer, ou continuer, à désexister immodérément en utilisant cette catégorie comme critère (1).

Notes
(1) – Le texte qui précède, dans une forme concentrée et souvent apodictique, a été diffusé en Italie sur le réseau télématique ECN en avril 1994 au cours d’une polémique qui a vu s’opposer des camarades de 415 dont je fais partie et quelques cf. (les prophètes tardifs du General Intellect et de l’ouvriérisme social issu de la mémoire Toni Negrienne). L’actuelle version, évidemment, ne contredit en aucun cas le sens de ce qui avait été écrit, mais a cherché à l’articuler, à le développer, à l’enrichir. Après des discussions et rencontres (en Italie), il a été décidé de publier ce nouveau texte pour Temps critiques et de l’utiliser sous différentes formes en Italie.

Temps critiques

Italiano [Les mauvais jours finiront]