Berlin 1989, ses bananes, ses baladeurs…

L’individu-démocratique est ainsi formé, qu’il croit voir un «bouleversement historique», «une avancée magnifique de la liberté», là où des millions de personnes, abattant l’image d’un mur, puis, supportant les longs embouteillages d’un week-end, achètent dix kilos de bananes et un baladeur, avant de s’en retourner chez elles, satisfaites, afin d’être à l’heure, au travail ou au chômage, le lundi matin.
L’individu-démocratique applaudit ― sans rien rompre ― aux apparentes «conquêtes d’autonomie» que la particularisation du rapport social du capital lui octroie, dans la médiatisation des nationalismes. Nationalismes d’autant plus virulents, vociférateurs et violents, qu’ils sont depuis belle lurette vidés de tout contenu national. Le mur de Berlin, comme le Rideau de fer, avait été construit pour permettre à la valorisation bureaucratique du capital d’opérer à son rythme : celui de l’intégration dans l’État ouvrier pan-russe des forces encore menaçantes du prolétariat est-européen.
Le règne de l’individu-démocratique s’étant, depuis, largement établi sur les ruines du prolétariat, sous la forme d’une société de particuliers prolétarisés, la jonction entre les deux pôles de la même économie ne pouvait rester masquée plus longtemps.
Les succès publicitaires remportés par les avatars contemporains des idéologies de la nation, de la race et de la religion, donnent la mesure du refus aliéné que l’individu-démocratique oppose, sans espérance, à la domestication des résidus de la nature et de l’ancienne communauté humaine, par la valorisation totalitaire du capital.
Le mouvement réel de la critique de l’individu-démocratique reste donc encore retenu dans le camp de son ennemi : le capital et son église des «droits de l’homme».
A Berlin, à Bucarest, à Pékin, à Grenoble et ailleurs, la manifestation de cette critique doit être à la mesure de l’enjeu : faire de l’être humain la véritable communauté de l’homme.

Commun critique de la démocratie

Affiché dans Grenoble, le 22 décembre 1989.
et publié dans Temps critiques n°1, printemps 1990, p.81-82.

Jacques Guigou