Marx/Engels – Zirkularbrief an Bebel, Liebknecht, Bracke u.a. (1879)

Es ist eine im Gang der Entwicklung begründete, unvermeidliche Erscheinung, daß auch Leute aus der bisher herrschenden Klasse sich dem kämpfenden Proletariat anschließen und ihm Bildungselemente zuführen. Das haben wir schon im „Manifest“ klar ausgesprochen. Es ist aber hierbei zweierlei zu bemerken:

Erstens müssen diese Leute, um der proletarischen Bewegung zu nutzen, auch wirkliche Bildungselemente mitbringen. Dies ist aber leider bei der großen Mehrzahl der deutschen bürgerlichen Konvertiten nicht der Fall. Weder die „Zukunft“ noch die „Neue Gesellschaft“ haben irgend etwas gebracht, wodurch die Bewegung um einen Schritt weitergekommen wäre. An wirklichem, tatsächlichem oder theoretischem Bildungsstoff ist da absoluter Mangel. Statt dessen Versuche, die sozialistischen, oberflächlich angeeigneten Gedanken in Einklang zu bringen mit den verschiedensten theoretischen Standpunkten, die die Herren von der Universität oder sonstwoher mitgebracht und von denen einer noch verworrener war als der andre, dank dem Verwesungsprozeß, in dem sich die Reste der deutschen Philosophie heute befinden. Statt die neue Wissenschaft vorerst selbst gründlich zu studieren, stutzte sich jeder sie vielmehr nach dem mitgebrachten Standpunkt zurecht, machte sich kurzerhand eine eigne Privatwissenschaft und trat gleich mit der Prätension auf, sie lehren zu wollen. Daher gibt es unter diesen Herren ungefähr soviel Standpunkte wie Köpfe; statt in irgend etwas Klarheit zu bringen, haben sie nur eine arge Konfusion angerichtet – glücklicherweise fast nur unter sich selbst. Solche Bildungselemente, deren erstes Prinzip ist, zu lehren, was sie nicht gelernt haben, kann die Partei gut entbehren.

Zweitens. Wenn solche Leute aus andern Klassen sich der proletarischen Bewegung anschließen, so ist die erste Forderung, daß sie keine Reste von bürgerlichen, kleinbürgerlichen etc. Vorurteilen mitbringen, sondern sich die proletarische Anschauungsweise unumwunden aneignen. Jene Herren aber, wie nachgewiesen, stecken über und über voll bürgerlicher und kleinbürgerlicher Vorstellungen. In einem so kleinbürgerlichen Land wie Deutschland haben diese Vorstellungen sicher ihre Berechtigung. Aber nur außerhalb der sozialdemokratischen Arbeiterpartei. Wenn die Herren sich als sozialdemokratische Kleinbürgerpartei konstituieren, so sind sie in ihrem vollen Recht; man könnte mit ihnen verhandeln, je nach Umständen Kartell schließen etc. Aber in einer Arbeiterpartei sind sie ein fälschendes Element. Sind Gründe da, sie vorderhand darin zu dulden, so besteht die Verpflichtung, sie nur zu dulden, ihnen keinen Einfluß auf die Parteileitung zu gestatten, sich bewußt zu bleiben, daß der Bruch mit ihnen nur eine Frage der Zeit ist. Diese Zeit scheint übrigens gekommen. Wie die Partei die Verfasser dieses Artikels noch länger in ihrer Mitte dulden kann, erscheint uns unbegreiflich. Gerät aber solchen Leuten gar die Parteileitung mehr oder weniger in die Hand, wo wird die Partei einfach entmannt, und mit der proletarischen Schneid ist’s am End.

Was uns betrifft, so steht uns nach unsrer ganzen Vergangenheit nur ein Weg offen. Wir haben seit fast 40 Jahren den Klassenkampf als nächste treibende Macht der Geschichte, und speziell den Klassenkampf zwischen Bourgeoisie und Proletariat als den großen Hebel der modernen sozialen Umwälzung hervorgehoben; wir können also unmöglich mit Leuten zusammengehn, die diesen Klassenkampf aus der Bewegung streichen wollen. Wir haben bei der Gründung der Internationalen ausdrücklich den Schlachtruf formuliert: Die Befreiung der Arbeiterklasse muß das Werk der Arbeiterklasse selbst sein. Wir können also nicht zusammengehn mit Leuten, die es offen aussprechen, daß die Arbeiter zu ungebildet sind, sich selbst zu befreien und erst von oben herab befreit werden müssen durch philanthropische Groß- und Kleinbürger.

Zirkularbrief an Bebel, Liebknecht, Bracke u.a.

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C’est un phénomène inévitable et inhérent au cours historique que des individus ayant appartenu jusqu’alors à la classe dominante se rallient au prolétariat en lutte et lui apportent des éléments de formation théorique. C’est ce que nous avons expliqué déjà dans le Manifeste communiste. Cependant, il convient de faire deux observations à ce sujet :
Premièrement: ces gens, pour être utiles au mouvement prolétarien, doivent vraiment lui apporter des éléments de formation d’une valeur réelle. Or, ce n’est pas du tout le cas de la grande majorité des convertis bourgeois allemands. Ni la Zukunft ni la Neue Gesellschaft [5] n’ont apporté quoi que ce soit qui ait pu faire avancer d’un seul pas notre mouvement : les éléments de formation réels d’une authentique valeur théorique ou pratique y font totalement défaut. Au contraire, elles cherchent à mettre en harmonie les idées socialistes, superficiellement assimilées, avec les opinions théoriques les plus diverses que ces messieurs ont ramenées de l’université ou d’ailleurs, et dont l’une est plus confuse que l’autre, étant donné le processus de décomposition que traversent actuellement les vestiges de la philosophie allemande. Au lieu de commencer par étudier sérieusement la nouvelle science, chacun préfère la retoucher pour la faire concorder avec les idées qu’il a reçues, se fabriquant en un tour de main sa petite science privée à lui, avec la prétention affichée de l’enseigner aux autres. C’est ce qui explique qu’on trouve parmi ces messieurs presque autant de points de vue que de têtes. Au lieu d’apporter la clarté sur tel ou tel point, ils ne font qu’y mettre la pire des confusions par bonheur, presque uniquement dans leur milieu. Le parti peut parfaitement se passer de tels éléments de formation théorique, dont le premier principe est d’enseigner ce qui n’a même pas été appris.
Deuxièmement : lorsque ces individus venant d’autres classes se rallient au mouvement prolétarien, la première chose qu’il faut exiger d’eux, c’est de n’apporter avec eux aucun vestige de leurs préjugés bourgeois, petits-bourgeois, etc., mais de s’approprier sans réserve, les conceptions prolétariennes. Or, ces messieurs ont démontré qu’ils sont enfoncés jusqu’au cou dans les idées bourgeoises et petites – bourgeoises. Dans un pays aussi petit-bourgeois que l’Allemagne [6], ces conceptions ont certainement leurs raisons d’être, mais uniquement hors du parti ouvrier social-démocrate. Que ces messieurs se rassemblent en un parti social-démocrate petit – bourgeois, c’est leur droit le plus parfait. On pourrait alors traiter avec eux, et selon le cas mettre sur pied un cartel avec eux, etc. S’il y a des raisons de les tolérer pour l’instant, nous avons l’obligation de les tolérer seulement, sans leur confier aucune charge ni influence dans la direction du parti, en étant parfaitement conscient que la rupture avec eux ne peut être qu’une question de temps. Au demeurant, il semble bien que ce moment soit venu. Nous ne comprenons pas que le parti tolère plus longtemps dans son sein les auteurs de cet article. Si la direction du parti tombait peu ou prou entre les mains de cette sorte de gens, le parti se déviriliserait tout simplement et, sans tranchant prolétarien, il n’existe plus.
Quand à nous, tout notre passé fait qu’une seule voie nous reste ouverte. Voilà près de quarante ans que nous prônons la lutte de classe comme le moteur le plus décisif de l’histoire, et plus particulièrement la lutte sociale entre bourgeoisie et prolétariat comme le plus puissant levier de la révolution sociale moderne. Nous ne pouvons donc en aucune manière nous associer à des gens qui voudraient rayer du mouvement cette lutte de classe.
En fondant l’internationale, nous avons expressément proclamé que la devise de notre combat était: « L’émancipation de la classe ouvrière sera l’œuvre de la classe ouvrière elle-même ».
Nous ne pouvons donc marcher avec des gens qui expriment ouvertement que les ouvriers sont trop incultes pour s’émanciper eux-mêmes et qu’ils doivent donc être libérés d’abord par en haut, par les grands et philanthropes petits bourgeois.


Notes [de Roger Dangeville]

[5] La Neue Gesellschaft, « mensuel pour la science sociale, » édité par Franz Wiede d’octobre 1877 à mars 1880 à Zürich , était de tendance nettement réformiste.
La Zukunft, bimensuel de même tendance, parut d’octobre 1877 à novembre 1878 à Berlin, publié et financé par le philanthrope petit-bourgeois Karl Höchberg, qui fut exclu plus tard de la social-démocratie.
[6] Cet esprit philistin, qui survit dans l’idéologie, c’est-à-dire dans les superstructures de la société, même longtemps après que la base matérielle, économique et sociale, ait disparu, est spécifiquement allemand au sens d’Engels : « En Allemagne, la petite bourgeoisie est le fruit d’une révolution manquée, d’une évolution interrompue et refoulée, d’où ses défauts spécifiques et anormale ment développés, à savoir la lâcheté, la mesquinerie, l’impuissance et l’incapacité de prendre toute initiative, caractéristiques ,qui seront maintenus depuis la Guerre de Trente et les événements qui suivirent – précisément à une époque où tous les autres grands peuples connurent un essor rapide. Ces travers leur sont restés, même lorsque l’Allemagne fut de nouveau entraînée dans le mouvement historique; ils étaient si fort qu’il marquent de leur sceau les autres classes sociales de l’Allemagne, faisant en quelque sorte ressortir le caractère général de l’Allemand, jusqu’à ce qu’enfin notre classe ouvrière fasse éclater ces barrières étroites. Les ouvriers allemands se montrent précisément les pires « sans patrie » en ce qu’ils se sont entièrement débarrassés dé la mesquinerie des petits bourgeois allemands.
Les traditions petites bourgeoises ne correspondent donc pas à une phase historique normale en Allemagne, mais sont une caricature outrée, une sorte de dégénérescence – tout comme le Juif polonais est la caricature du Juif. Le petit bourgeois anglais, français, etc. ne se tient nullement au même niveau que l’Allemand.
En Norvège, par exemple la petite paysannerie et la petite bourgeoisie avec une faible adjonction de moyenne bourgeoisie – comme cela s’est produit, à peu de choses près, en Angleterre et en France au XVII° siècle – sont depuis plusieurs siècles l’état normal de la société. » (Engels à P. Ernst, Berliner Volksstaat, 5 – 10 – 1890).

Circulaire à A. Bebel, W. Liebknecht, W. Bracke à propos du « Sozialdemokrat » et de la tactique sous l’illégalité

Cf. le recueil fort commode de R. Dangeville : Marx/Engels, La Social-démocratie allemande (10/18, 1975)