Jean Barrot – Sur l’idéologie ultra-gauche (1969)

Publié pour la première fois dans le numéro 84 d’Informations et Correspondances Ouvrières (ICO) – Août 1969

« Ce n’est pas seulement dans ses réponses, mais dans les questions elles-mêmes qu’il y avait une mystification. » Marx. Idéologie allemande

§ 1 – Ce texte a été rédigé pour les réunions nationale et internationale organisées en juin-juillet 1969 à l’initiative d’ICO. Il ne fait aucun doute que l’un des buts essentiels de ces réunions sera de « coordonner « l’activité de divers groupes ultra-gauches existant en France et dans le monde. Mais d’emblée une question se pose : quelle activité? On ne peut coordonner que les travaux allant dans le même sens, tournant autour des mêmes préoccupations, ce qui n’implique pas bien entendu un accord théorique totale, mai suppose en tout cas une discussion ; et cette discussion ne peut porter que sur le fond. C’est pourquoi, nous proposons en préparation de ces réunions une contribution théorique portant sur deux points essentiels et étroitement liés (et qui n’en font en réalité qu’un seul) : le problème dit de « l’organisation « et le problème du contenu du socialisme. En somme le moyen et le but du mouvement révolutionnaire. Le courant ultra-gauche (nous indiquerons dans quelques lignes ce que nous entendons par là) s’est prononcé et défini sur ces deux points. Nous voudrions ici réfléchir sur les solutions qu’il propose. Bien loin de nous éloigner du travail concret, notre démarche est, selon nous, la seule façon de permettre une « coordination « réelle du travail des différents groupes ultra-gauches présents aux réunions nationale et internationale. Tous les ultra-gauches pour lesquels l’activité révolutionnaire est réellement un problème pratique ne peuvent que se poser le problème théorique de l’orientation générale de leur travail.

§ 2 – Il est clair que notre critique devra être, entre autres, historique : nous ne voulons pas avant tout opposer des idées à d’autres idées, mais situer historiquement les conceptions que nous examinons. Cela est d’autant plus justifié que les conceptions en question se définissent par une référence constante à un passé bien précis et à des théories issues d’une certaine période de l’histoire du mouvement ouvrier.

§ 3 – Qu’est-ce en fait que le courant ultra-gauche ? Le produit et l’un des aspects du mouvement révolutionnaire qui suivit la première guerre mondiale et ébranla l’Europe capitaliste sans la détruire de 1917 à 1921-23. Les idées ultra-gauches ont leurs racines dans ce courant des années 20 qui exprimait lui-même la lute de dizaines d’ouvriers révolutionnaires en Europe. Il s’agit avant tout d’un mouvement minoritaire qui s’opposait à l’orientation générale du mouvement révolutionnaire mondial. Le terme lui-même est significatif : il y a la droite (les sociaux – patriotes Ebert, Longuet…), le centre (Kautsky, la majorité du PCF), la gauche (Lénine et l’I.C.) et les ultra-gauches. Le courant ultra-gauche se définit donc de prime abord comme oppositionnel : opposition au sein du K.P.D., de l’I.C. Ce mouvement minoritaire s’affirme en s’opposant à la majorité de l’I.C., aux thèses qui triomphent dans le mouvement communiste international : c’est à dire au léninisme. Le courant ultra-gauche tire avant tout sa force du mouvement révolutionnaire en Allemagne, au Pays-Bas ; les appuis qu’il possède en France, en Grande-Bretagne sont de peu de poids. (Nous mettons délibérément de côté pour l’instant la gauche italienne, le « bordiguisme «, que nous n’incluons pas dans l’ultra-gauche pour plus de commodité et examinerons un peu plus loin. Nous prenons en quelque sorte comme « critère « de l’ultra-gauche l’opposition de gauche au léninisme dans son ensemble, en tant que théorie et pratique).

§ 4 – Une étude du mouvement ultra-gauche montre qu’il est loin d’être monolithique (voir la brochure d’I.C.O. sur le mouvement des conseils en Allemagne). Par ailleurs, ses différentes tendances évoluèrent selon les années et les circonstances : par exemple, la réponse à Lénine de Gorter (republiée récemment) développe une conception du parti que l’essentiel du courant du « socialisme de conseils « n’adopte pas. Sur les deux points fondamentaux (« l’organisation « et le contenu du socialisme) nous n’étudions donc que les idées retenues pour le développement ultérieur de ce courant et donc pas les groupes ultra-gauches actuels, dont I.C.O. offre sans doute l’un des meilleurs exemples.

§ 5 — Les conceptions ultra-gauches en matière d’organisation sont le produit à la fois d’une expérience pratique (les luttes ouvrières en Allemagne surtout) et d’une critique théorique (la critique du léninisme). On sait que pour Lénine le mouvement ouvrier ne peut être révolutionnaire par lui-même : il faut un parti qui lui apporte la « conscience de classe «, la conscience socialiste «. Le problème révolutionnaire central consiste à forger une « direction « capable de mener mes ouvriers à la victoire. En s’efforçant de théoriser l’expérience des organisations d’usine en Allemagne, les ultra-gauches opposèrent à la théorie léniniste la conception selon laquelle la classe ouvrière n’a nul besoin d’être dirigée par un parti pour être révolutionnaire. La révolution serait l’œuvre des masses organisées en conseils ouvriers et non d’un prolétariat guidé et contrôlé par des révolutionnaires professionnels. Le K.A.P.D., dont Görter théorise l’activité dans sa Réponse à Lénine , concevait encore son rôle comme celui d’une avant-garde organisée en dehors des masses (de les éclairer et non de les diriger comme dans la théorie léniniste). Mais cette conception était elle-même dépassée par certains ultra-gauches opposés à la dualité parti/organisation d’usine : les révolutionnaires ne devaient pas chercher à se regrouper en organisations spéciales distinctes des masses. Cette thèse conduit à la création en 1920 de l’A.A.U.D–E. qui reprochait à l’A.A.U.D. d’être « l’organisation de masse « du K.A.P.D. Le communisme des conseils et, en premier lieu, son théoricien le plus brillant, Anton Pannekoek, devait retenir les idées de l’A.A.U.D-E ; c’est également sur cette conception que se fonde le travail d’I.C.O : tout regroupement de révolutionnaires en dehors des organes crées par les ouvriers eux-mêmes, et qui tente de se donner une ligne et de formuler une théorie cohérente et globale, ne peut finalement que se poser en direction des ouvriers. Les révolutionnaires font donc seulement circuler des informations, établissent des contacts , mais n’essaient jamais en tant que groupe d’élaborer une théorie et une orientation d’ensemble.

§ 6 – Le contenu du socialisme a été conçu lui aussi à partir de l’expérience prolétarienne et l’époque et de la critique du léninisme. Les ultra-gauches voyaient en Allemagne et en Russie le développement prodigieux des conseils d’usine, des conseils ouvriers. En Allemagne, les conseils restèrent sous la domination politique des réformistes. En Russie, les tâches qu’ils purent remplir furent limitées au contrôle ouvrier (1917 et début 1918) et le mouvement fut ensuite liquidé. Les bolcheviks, disait Lénine, doivent administrer la Russie. Un appareil bureaucratique se forma peu à peu pour gérer l’économie russe. Les ultra-gauches dénoncèrent cette caricature du socialisme et posèrent ce qui devait rester leur thèse fondamentale en la matière : le socialisme n’est pas la gestion de la société par une minorité d’ « administrateurs «, mais par les masses ouvrières organisées en conseils. Le socialisme, c’est la gestion ouvrière. Cette conception est restée au centre des idées ultra-gauches. Ainsi, la critique du Parti se relie-t-elle à la critique du socialisme russe. Au parti, instrument de prise du pouvoir et de gestion de la société socialiste, les ultra-gauches substituèrent les conseils ouvriers.

§ 7 – Sur ces deux points, le courant ultra-gauche s’est fondé dans les années 20 à partir d’une critique du léninisme. On peut se demander si cette critique n’a pas été, tout comme ce qu’elle critiquait, le produit d’une époque; et si elle ne porta pas la marque des limites de cette époque. Le courant ultra-gauche a-t-il analysé la léninisme en profondeur ? ou bien n’en a-t-il pris que le contre-pied sans vraiment en atteindre les racines ?

1. LE PROBLEME DE L’ORGANISATION

§ 8 – Le point de départ méthodologique de la théorie léniniste du parti est une distinction que l’on trouve chez tous les grands théoriciens socialistes de l’époque, et même chez Engels à la fin de sa vie : selon cette distinction, le « mouvement ouvrier « et le « socialisme « (c’est à dire les idées, la doctrine, le marxisme, le socialisme scientifique, etc… on peut appeler cela de différentes manières) sont deux choses radicalement différentes et séparées. Il y a les ouvriers et leurs luttes quotidiennes ; il y a le socialisme, les révolutionnaires. Il faut, dit Lénine reprenant Kautsky, « introduire « les idées révolutionnaires en milieu ouvrier. Mouvement ouvrier et mouvement révolutionnaire sont coupés l’un de l’autres. Il faut les unir, assurer la direction des ouvriers par des révolutionnaires professionnels. Pour ce faire, les révolutionnaires se regroupent séparément et interviennent « de l’extérieur « dans le mouvement ouvrier. L’analyse de Lénine plaçant les révolutionnaires en dehors du mouvement ouvrier se fonde sur une constatation apparemment évidente : les révolutionnaires semblent être dans un tout autre monde que celui où se déroule la vie quotidienne des ouvriers. Or, Lénine ne fait que s’appuyer sur cette apparence sans aller au fond des choses : le mouvement révolutionnaire, la dynamique qui mène vers le communisme, est produit par la société capitaliste. C’est à partir de là que Marx avait élaboré sa conception du parti. Le terme parti revient souvent sous la plume de Marx : il faut distinguer entre les principes qu’il pose et les analyses de conjoncture sur l’évolution du mouvement ouvrier de son époque. Il ne fait aucun doute que certaines de ces analyses étaient fausses (par exemple sur les syndicats). D’autre part, il n’y a pas un texte où Marx affirmerait : voici ce que je pense sur le parti, mais un grand nombre de remarques dispersées dans toute son œuvre. Les exégètes peuvent donc s’en donner à cœur joie. Il nous semble cependant qu’un point de vue global se dégage clairement de tous ces textes. La société capitaliste produit d’elle même un parti communiste qui n’est que l’organisation du mouvement objectif (c’est à dire indépendamment de la conscience au sens de Kautsky et de Lénine) qui pousse cette société vers le communisme (nous verrons plus loin ce qu’est, et en tout cas ce qui n’est pas, le communisme).

§ 8 bis – En période de paix sociale, l’équilibre de la société reste stable, les éléments du système se soutiennent et aucune rupture n’est possible. Dans ces conditions, le mouvement révolutionnaire est réduit à quelques aspects limités et même à première vue dérisoires : quelques luttes ouvrières qui vont assez loin pour remettre en causes certains fondements de l’ordre établi (par exemple de nos jours la remise en cause des syndicats) ; également des révoltes brutales qui souvent ne proviennent pas des ouvriers mais de certaines couches de la paysannerie par exemple, ou même aujourd’hui des étudiants, bien que ces révoltes ne jouent que le rôle que la situation générale de la société leur donne à ce moment-là ; enfin, de petits groupes, et même des individus isolés, ce qu’on appelle les « révolutionnaires « . Nous sommes en ce moment dans une telle situation. Mais il n’y a pas d’un côté « les ouvriers «, de l’autres « les révolutionnaires « ; ou plutôt, si les « révolutionnaires « semblent coupés du prolétariat, c’est que ,précisément, le « prolétariat « n’existe pas dans une telle période. La définition de Marx est capitale ; LE PROLETARIAT N’EXISTE QUE S’IL EST REVOLUTIONNAIRE. En « période calme «, lorsque le capital fait fonctionner la société et y règne en maître, il n’y a qu’un ensemble gens contraints de vendre leur propre force de travail, mais pas de prolétariat. Le prolétariat, produit par le développement de la forme de production marchande, ne peut se manifester en tant que tel, c’est–à–dire entant que classe, que dans une situation où il y a rupture de l’équilibre social.

§ 8 ter – En fait, tout mouvement révolutionnaire correspond à la société dont il est issu et à celle qu’il va instaurer : le mouvement communiste, le parti au sens de Marx, reflète en particulier la division du travail manuel-travail intellectuel. Cette division, il ne la « choisit « pas ; la base sur laquelle le capitalisme se développe la lui impose. En, période de paix sociale, il y a des ouvriers révolutionnaires isolés dans leurs usines et qui font ce qu’ils peuvent sur le plan des luttes quotidiennes, de la critique du capitalisme et des institutions qui le soutiennent en milieu ouvrier (syndicats, partis « ouvriers «, réformistes). Ils y réussissent généralement assez mal, ce qui est tout à fait normal. Et, d’autre part, il y a des révolutionnaires (ouvriers et non-ouvriers) qui lisent et écrivent, et font ce qu’ils peuvent pour diffuser leur travail théorique ; ils y réussissent généralement tout aussi mal, ce qui est tout aussi normal. Lénine voudrait que les « théoriciens « dirigent les « ouvriers « ; ICO s’y refuse énergiquement et en conclut qu’il faut éviter tout travail théorique collectif. Mais le problème est ailleurs : révolutionnaires « ouvriers « et révolutionnaires « théoriciens « ne sont que deux aspects d’un même processus. En croyant voir là une profonde coupure, Lénine ne faisait que prendre l’apparence pour la réalité. Mais ICO ne fait que renverser l’erreur de Lénine, sans voir que cette prétendue séparation n’est qu’une illusion, comme le montre d’ailleurs l’avènement d’une période quelque peu révolutionnaire . Qu’avons-nous vu en mai-juin 1968 au centre Censier à Paris ? un certain nombre de communistes « ultra-gauches «, qui avant et après les événements consacraient et consacrent l’essentiel de leur activité révolutionnaire à une critique théorique de la société capitaliste, ont travaillé avec une minorité ouvrière révolutionnaire. Ils ne sont pas venus se lier ni s’unir aux travailleurs. Ils n’étaient pas auparavant plus séparés des ouvriers que chaque ouvrier n’est lui-même séparé des autres ouvriers dans la situation d’atomisation de la classe ouvrière qui caractérise toute période non-révolutionnaire (comme on l’a souvent montré, les syndicats ne diminuent pas mais renforcent cette atomisation). Marx n’était pas plus séparé des ouvriers en écrivant le Capital qu’en agissant dans la Ligue des Communistes et dans l’Internationale: en travaillant au sein de ces groupes, il n’avait ni le besoin impérieux (comme Lénine), ni la crainte (comme ICO) de se constituer en direction de la classe ouvrière.

§ 9 – La conception marxiste du parti comme produit historique de la société capitaliste revêtant différentes formes selon les phases que traverse cette société permet de dépasser le dilemme nécessité du parti/crainte du parti.

§ 10 – Le parti pour Marx n’est que l’organisation spontanée (c’est–à–dire totalement déterminée par l’évolution sociale) du mouvement révolutionnaire issu du capitalisme. Le parti surgit spontanément du sol historique de la société moderne. La volonté et la crainte de créer le parti sont aussi illusoires l’un que l’autre. Le parti n’a ni à être créé ni à ne pas l’être : il est pur produit historique. Le révolutionnaire n’a donc besoin ni de construire le parti ni de craindre de le construire. Nous verrons dans un instant les conséquences pratiques de ce point de vue. Examinons d’abord un argument souvent employé par les ultra-gauches.

§ 11 – Il faut se garder, disent-ils, de se constituer un parti : voyez ce qui est arrivé en Russie après 17. Justement : voyons. La révolution de 1917 a été effectuée par le parti au sens de Marx ; quant au parti que Lénine avait voulu construire depuis Que Faire ?, il joua en permanence un rôle de frein entre février et octobre. Lénine, lui-même, ne fut révolutionnaire en 1917 que parce qu’il rejeta Que Faire , dans sa pratique. Ensuite, la faiblesse du prolétariat russe et l’absence de révolution en Europe contraignirent la révolution russe à remplir exclusivement les tâches de la révolution bourgeoise impossible. Le parti bolchevique (un parti selon la conception léniniste et non selon la conception marxiste) assura la direction du pays et la théorie léniniste du parti coupé des masses, « avant-garde consciente «, qui possède le savoir et …la conscience, servit de puissant paravent idéologique à la bourgeoisie d’Etat. Les ultra-gauches ont pris cette idéologie pour le fond du problème : il ne faut pas de parti, disent-ils, sans quoi on aboutit à ce qui s’est passé en Russie. En vérité, ce n’est pas le parti de Lénine qui a entraîné la défaite de la révolution russe ; c’est l’absence de révolution mondiale qui, seule, a pu donner au parti de Lénine le souffle qu’il avait bien perdu entre février et Octobre. Car il faut distinguer entre le parti au sens de Marx et le parti bolchevique. On croit que c’est le parti bolchevique qui a fait la révolution d’octobre 1917. C’est faux ; le parti bolchevique, le parti de Lénine, qui avait essayé de construire depuis plus de quinze ans la « direction des masses «, « l’avant-garde «, avait été mis en tant que tel sur la touche par l’élan des masses organisées (auxquelles se sont jointes dès le début de nombreux bolcheviks). Seule la faiblesse de la révolution lui a ensuite, presque aussitôt d’ailleurs après Octobre, remis tout le pouvoir. Alors l’appareil centralisé du parti bolchevique a pu diriger les masses et organiser la vie de la société russe. Les ultra-gauches ne comprirent pas cette distinction et l’on aboutit au refus pur et simple de toute activité cohérente collective (I.C.O.). On se contenta d’adopter une position symétrique à celle de Lénine. Lénine avait voulu construire un parti ; les ultra-gauches s’y refusaient. Pour ou contre la construction d’un parti : l’ultra-gauche ne faisait qu’apporter une réponse différente à une même fausse question. Pour nous, il ne suffit pas de renverser l’optique de Lénine, il faut l’abandonner.

§ 12 – Sur le plan de l’activité, I.C.O a également adopté une position exactement symétrique à celle de Lénine. Les groupes Léninistes modernes (L.O. par exemple) tentent à tout prix d’organiser les ouvriers. ICO se contente de faire circuler des informations sans prendre jamais position collectivement sur un problème. Cette analyse d’I.C.O. parue dans le n°11 de l’Internationale Situationniste nous semble juste (ce qui ne signifie pas bien sûr que nous acceptions l’ensemble de la théorie et de la pratique situationniste) :

§ 13 – « Nous avons beaucoup de points d’accord avec eux (les camarades d ‘I.C.O.) et une opposition fondamentale : nous croyons à la nécessité de formuler une critique précise de l’actuelle société d’exploitation. Nous estimons qu’une telle formulation théorique ne peut être produite que par une collectivité organisée ; et inversement, nous pensons que toute liaison permanente organisée actuellement entre les travailleurs doit tendre à découvrir une base théorique générale de son action. Ce que De la misère en milieu étudiant appelait le choix de l’inexistence, fait par ICO en ce domaine, ne signifie pas que nous pensions que les camarades d’I.C.O. manquent d’idées, ou de connaissances théoriques, mais au contraire qu’en mettant entre parenthèses ces idées, qui sont diverses, ils perdent plus qu’ils ne gagnent en capacité d’unification (ce qui est au fond de la plus haute importance pratique «. (page 63). Nous préciserons bientôt davantage quelles tâches révolutionnaires nous entreprenons.

2. LE CONTENU DU SOCIALISME

§ 14 – La révolution russe dut remplir la tâche de développer le capitalisme en Russie. Gérer l’économie du mieux possible devint le mot d’ordre principal. On s’attacha à former à partir des cadres du parti bolchevique et d’anciens « spécialistes « bourgeois un corps d’administrateurs efficaces. Les ultra-gauches en vinrent à l’idée que cette gestion par une minorité située au-dessus de la classe ouvrière ne pouvait être le socialisme : à la gestion bureaucratique, ils opposaient la gestion ouvrière. On aboutit ainsi à une idéologie ultra-gauche cohérente dont les conseils ouvriers forment le centre : instruments de lutte, de prise de pouvoir et d’administration de la société future, les conseils occupent par exemple dans le livre de Pannekoek Les conseils ouvriers la place centrale réservée au parti chez Lénine. En fait, cette conception nous oblige à réfléchir sur ce qu’est vraiment la société capitaliste : car avant de savoir ce qu’est le socialisme il nous faut savoir à quoi il s’oppose. La théorie de la gestion ouvrière nous présente avant tout le capitalisme comme un mode de gestion : l’important, c’est que l’économie est dirigée par une minorité de capitalistes et non par les masses ouvrières. Remplaçons donc les patrons par les ouvriers.

§ 15 – Mais le capitalisme est-il avant tout un mode de gestion ? La critique révolutionnaire du capitalisme amorcée par Marx ne met pas au premier plan la question de savoir qui gère le capital. Au contraire : Marx nous montre les ouvriers et les capitalistes comme simples fonctions du capital ; il dit même que le patron n’est que le « fonctionnaire « du capitalisme : « le capitalisme n’est que le fonctionnement du capital, et l’ouvrier celui de la force de travail «. Les planificateurs russes, bien loin de diriger l’économie, sont au contraire dirigés par elle, et tout le développement de l’économie russe suit les lois objectives de l’accumulation capitaliste. En bref, le « gestionnaire « est au service de rapports de production précis et contraignants. Le capitalisme n’est pas un MODE DE GESTION MAIS UN MODE DE PRODUCTION BASE SUR DES RAPPORTS DE PRODUCTION. Ce sont ces rapports qu’il faut détruire si l’on veut abattre le capitalisme. L’analyse révolutionnaire du capitalisme met au premier plan le rôle du capital dont les « dirigeants « de l’économie ne peuvent que respecter les lois objectives, en U.R.S.S. comme aux U.S.A.

§ 16 – Quel est le mérite du Capital de Marx ? Celui de dégager avant toute autre chose un mouvement, le cycle historique qui part de l’échange exceptionnel de produits, passe par la production simple de marchandises où la loi de la valeur s’établit, se poursuit dans le capitalisme qui généralise cette loi, et s’achèvera par la négation de la loi de la valeur, par la suppression de tout échange dans la société communiste. Le capitalisme a généralisé l’échange sur tout la planète : la valorisation du capital, ainsi que les limites de cette valorisation, passe par la loi de la valeur. « Cette loi n’est autre chose que la loi qui… maintient nécessairement le prix d’une marchandise égal à ses frais de production « : pour Marx, cette loi n’est en somme que la dynamique même du système capitaliste. Son but est la production non pas de marchandise mais de capital: l’échange qui suppose au départ l’égalité se transforme en inégalité croissante compte tenu des conditions de production différentes. C’est en particulier pour cette raison que le capitalisme ne développe pas l’industrie des pays « sous-développés « et les laisse s’enfoncer dans la misère. L’important n’est pas de produire des valeurs d’usage susceptibles de satisfaire des besoins sociaux, mais de produire ce qui peut être échangé dans les meilleures conditions et replacé dans la production pour y acquérir encore plus de valeur. Pourquoi notre monde engendre-t-il côte–à–côte la richesse et la pauvreté? Non pas parce qu’il est mal géré, mais parce que la loi de la valeur ne laisse se développer que les industries rentables, c’est à dire celles dont les produits ont une valeur d’échange proche de la valeur socialement nécessaire mesurée en temps de travail. On ne construit une usine en Inde, même si elle est nécessaire à la survie de la population, que si elle peut approcher la valeur d’échange moyenne et le profit moyen.

§ 17 – Mais en même temps, l’analyse de Marx montre que la généralisation de ce mouvement amène sa destruction. Le capital a approfondi la socialisation de la production amorcée depuis l’apparition de l’échange. Le producteur immédiat de n’importe quel produit tend à devenir chaque jour davantage l’humanité toute entière. Les forces productives se développent de façon fantastique; mais les valeurs d’usage continuent à ne circuler que par l’intermédiaire des valeurs d’échange: l’échange reste le lien social entre les hommes et les pays. Au fur et à mesure que le mode capitaliste de production développe les capacités infinies de production dont il est capable et socialise le processus même de la production, il sape dans sa base sa loi fondamentale, la loi de la valeur; il abolit à la fois la nécessité de l’échange des biens et l’importance du « temps de travail socialement nécessaire « à la reproduction d’un bien, en fonction duquel se règle la proportionnalité de l’échange des marchandises. Les forces de production créées par le capitalisme rendent absolument périmée, irréelle, la forme marchande de la répartition de la production sociale; la forme marchandise que revêtent tous les produits du travail social apparaît de plus en plus comme surimposée, comme une relique que la révolution prolétarienne devra balayer.

§ 18 – « L’échange du travail vivant contre du travail objectivé, c’est à dire la manifestation du travail social sous la forme antagonique du capital et du salariat, est l’ultime développement du rapport de la valeur et de la production fondée sur la valeur. La prémisse de ce rapport est que la masse du temps de travail immédiat, la quantité de travail utilisée, représente le facteur décisif de la production de richesses. Or, à mesure que la grande industrie se développe, la création de richesses dépend de moins en moins du temps de travail et de la quantité de travail utilisée, et de plus en plus de la puissance des agents mécaniques qui sont mis en mouvement pendant la durée du travail. «… « Avec ce bouleversement, ce n’est ni le temps de travail utilisé, ni le travail immédiat effectué par l’homme qui apparaissent comme le fondement principal de la production de richesses; c’est l’appropriation de sa force productive générale, son intelligence de la nature et sa faculté de la dominer, dés lors qu’il s’est constitué un corps social; en un mot, le développement de l’individu social représente le fondement essentiel de la production et de la richesse «… « Le capital est une contradiction en procès: d’une part, il pousse à la réduction du travail à un minimum, et d’autre part il pose le temps de travail comme la seule source et la seule mesure de la richesse. «… « Il (le capital) éveille toutes les forces de la science et de la nature ainsi que celles de la coopération et de la circulation sociales, afin de rendre la production de la richesse indépendante (relativement) du temps de travail utilisé pour elle. D’autre part, il prétend mesurer les gigantesques forces sociales ainsi créées d’après l’étalon du temps de travail, et les enserrer dans des limites étroites, nécessaires au maintien, en tant que valeur, de la valeur déjà produite. «… (Marx, Fondements de la critique de l’économie politique, t. II, p.220 et suivantes)

§ 19 – Seule l’abolition des rapports marchands entre les choses peut permettre l’abolition de ces mêmes rapports entre les hommes (salariat); seule elle permet l’appropriation par l’individu et l’humanité du produit de son travail. Elle fait disparaître le cercle infernal de la production pour la production, depuis longtemps condamnée historiquement ; elle ôte au produit du travail sa vie autonome par rapport au producteur et son empire sur le producteur. L’abolition du salariat va obligatoirement de pair avec l’abolition des rapports marchands.

§ 20 – Dans le communisme, le temps que la société pourra consacrer à la production des objets sera déterminée par la valeur d’usage, c’est à dire par leur caractère utile. (Bien entendu une telle évolution suppose une période de transition que nous n’envisageons pas ici: la valeur d’échange ne sera pas abolie du jour au lendemain: elle dépérira lentement. Nous ne voulons insister que sur le sens de la révolution communiste). C’est le mouvement même du capitalisme qui produit la révolution.

§ 21 – La théorie de la gestion de la société par les conseils ouvriers ignore complètement ce mouvement: elle conserve toutes les catégories et les caractéristiques du capitalisme: salaire, échange, loi de la valeur, limitation de l’entreprise, etc. Le socialisme qu’elle nous propose n’est qu’un capitalisme…démocratiquement géré par les ouvriers. De deux choses l’une: ou bien les conseils ouvriers voudraient fonctionner autrement que les entreprises capitalistes, ce qui serait impossible, les rapports de production restant capitalistes; les conseils ouvriers seraient alors balayés par la réaction (qui aurait sa source principale dans la survivance de ces rapports). Car les rapports de production ne sont pas des rapports d’homme à homme (voir la définition de Socialisme ou Barbarie: les rapports de production capitalistes existent là où il y a des dirigeants et des exécutants) mais la manière dont se rapportent les uns aux autres les différents facteurs du processus de travail: le facteur « subjectif « : la force de travail humaine, et le facteur « objectif « : les moyens de production, les matières premières, etc. Ce qui fait l’essence des rapports capitalistes c’est le surgissement des facteurs objectifs comme puissance étrangère au travailleur, puissance qui le domine en tant que capital. Ceci parce que ces facteurs sont des marchandises. De même que l’abolition du salariat, l’abolition du capital suppose celle de la marchandise. Le rapport « humain « dirigeant-dirigé n’est qu’une manifestation du rapport fondamental salariat-capital.

§ 22 – Ou bien les conseils ouvriers accepteraient de fonctionner comme entreprises capitalistes. Mais alors le système des conseils n’y survivrait pas, sinon comme une illusion destinée à masquer l’exploitation, et les dirigeants « élus» ne tarderaient pas à devenir en tous points identiques aux capitalistes traditionnels: « la fonction de capitaliste, dit Marx, tend irrésistiblement à se séparer de celle d’ouvrier: la loi veut du reste que le développement économique attribue ces fonctions à des personnes différentes;… telle est la tendance dans la société où prédomine le mode de production capitaliste «. La gestion ouvrière aboutirait ainsi au capitalisme: ou plutôt le capitalisme n’aurait jamais cessé d’être, avec tous ses corollaires : concurrence, salariat…

§ 23 – La bureaucratie bolchevique avait pris le contrôle de l’économie: les ultra-gauches veulent que ce soit les masses. Encore une fois l’ultra-gauche est restée sur le terrain du léninisme, se contentant là aussi d’apporter une réponse différente à la même question. Ce faisant, elle posait néanmoins un principe juste (au contraire de Lénine): la prise en main de l’économie par les ouvriers est nécessaire. Mais ce n’est pas un but en soi: c’est une condition nécessaire, mais non suffisante, de la destruction du capitalisme. Le socialisme n’est pas la gestion, même « démocratique « et « ouvrière», du capitalisme, mais sa destruction.

§ 24 – En examinant ces deux points, nous n’avons fait que rappeler la thèse fondamentale de Marx pour qui il y’a un mouvement vers la révolution dans la société dominée par le capitalisme. Notre tâche est d’abord d’affirmer ce mouvement. Les problèmes « d’organisation « et de contenu du socialisme s’éclaircissent. Produit par la société capitaliste, le mouvement révolutionnaire en porte la marque: division manuel/intellectuel. Encore ne faut-il pas théoriser cet aspect, ni dans le sens de Lénine, ni dans le sens d’ICO, mais le reconnaître comme une phase inévitable qui ne disparaîtra qu’avec le plein succès de la révolution. Il n’y a donc pas, contrairement à ce que dit Lénine, un « problème de l’organisation «. Il n’y a que des formes que revêt le mouvement spontané vers le communisme produit par la société elle-même. L’apport théorique de Marx est justement cette mise en lumière de la dynamique interne qui mène du capitalisme au communisme. Par là le socialisme n’apparaît plus comme la simple gestion de la société par le prolétariat mais comme l’achèvement par le prolétariat du cycle historique du capital. Le prolétariat ne peut se contenter de s’emparer du monde : il mène à son terme le mouvement du capitalisme. C’est ce qui sépare Marx de tous les penseurs utopistes et réformistes: le socialisme est le produit d’une dynamique objective, de la dynamique même qui engendra le capitalisme et le propagea sur toute la terre. Marx insiste avant tout sur le contenu de ce mouvement. Lénine et le courant ultra-gauche ont insisté avant tout sur sa forme: forme d’organisation, forme de gestion de la société socialiste, en oubliant le contenu du mouvement révolutionnaire. Cet « oubli « était lui-même un produit historique. La situation de leur époque, et avant tout le développement limité des forces productives, ne permettaient pas aux luttes révolutionnaires d’avoir un contenu communiste (au sens que nous avons défini). Elle impose aux révolutionnaires des formes qui ne pouvaient pas être radicales, communistes. Ces formes à leur tour marquèrent et accrurent les limites de l’époque

§ 25 – Les idées ultra-gauches se sont en effet formées et développées à une époque où les conditions de maturation de la révolution n’étaient pas encore remplies. Le capitalisme n’était pas encore assez développé, le prolétariat pas assez fort pour que la révolution communiste soit possible. Le léninisme ne faisait qu’exprimer l’impossibilité de la révolution à son époque. Les idées de Marx sur le parti étaient mises à l’écart depuis longtemps : Engels lui-même les avait abandonnées à la fin de sa vie. C’est l’époque des grandes organisations réformistes, puis des partis de style bolchevique (qui retombent en fait vite dans le réformisme). Le mouvement révolutionnaire ne s’était pas encore suffisamment affirmé : coincé entre la social-démocratie et le léninisme, il n’arrivait pas à se manifester en tant que tel. Partout, en Allemagne, en Italie, en Grande-Bretagne, le début des années 20 est marqué par l’encadrement et l’embrigadement de la classe ouvrière. Par réaction contre cette situation, les ultra-gauches en viennent à craindre de s’imposer aux travailleurs. au lieu de comprendre les partis léninistes comme produits de la défaite ouvrière, ils refusent tout parti, et laissent comme Lénine la conception marxiste du parti dans les oubliettes de l’histoire. Quant au contenu du socialisme, il suffit de voir que de 1917 à 1936, de la révolution russe à la révolution espagnole, en passant par les insurrections en Allemagne, en Chine et ailleurs, aucun mouvement social d’envergure ne met en cause le fond même du capitalisme. Dés qu’un mouvement révolutionnaire triomphe, il ne peut qu’essayer de gérer le capitalisme, mais non de le bouleverser. Dans ces conditions, les ultra-gauches ne pouvaient pas faire une critique réelle du léninisme. Ils ne pouvaient qu’en prendre systématiquement le contre-pied, sans aller au fond des choses, sans voir le contenu du mouvement révolutionnaire, tout simplement parce que ce mouvement n’apparaissait pas grand jour. C’est pourquoi, tout en affirmant des positions profondément justes sur certains points (critique des syndicats et des partis « ouvriers « surtout), ils ne pouvaient qu’opposer aux formes préconisées par le léninisme d’autres formes, sans jamais dégager le contenu du mouvement révolutionnaire. Ils remplacèrent ainsi le fétichisme du parti léniniste par celui des conseils ouvriers. On peut donc dire que le courant ultra-gauche n’a pas vraiment dépassé le léninisme. Ses conceptions étaient nécessaires en leur temps, elles ont joué un rôle extrêmement positif : c’était une étape nécessaire, inévitable.

§ 25 bis – Mais aujourd’hui, alors que le léninisme commence à avoir fait son temps, parce que la contre-révolution dont il était le produit approche de sa fin, les idées ultra-gauches, qui ne sont que le pendant du léninisme, doivent et peuvent être dépassées. Cette critique n’est possible que parce que le développement du capitalisme à l’échelle mondiale permet d’entrevoir le contenu réel du mouvement révolutionnaire qu’il développe en même temps. En nous accrochant coûte que coûte aux idées ultra-gauches que nous avons exposées (crainte du parti et gestion ouvrière), nous transformerions ces idées en pure idéologie, au sens où Marx parle de « l’idéologie allemande «. Nous vivons sur un héritage important, produit d’une phase bientôt dépassée de l’histoire du mouvement révolutionnaire: si nous ne parvenons pas à dépasser notre passé, ce qui n’implique nullement un rejet brutal, mais au contraire une assimilation profonde, nous réciterons alors Pannoekoek comme d’autres récitent les Principes du léninisme, incapables de jouer un rôle lorsque cette fois le contenu même de la révolution sera mis en avant par ce « parti prolétarien « que nous n’aurons pas su reconnaître.

§ 26 – Le bordiguisme offre un autre exemple du courant intéressant issu de la même période et qui n’a pas réussi à comprendre et à dépasser ses origines. La gauche italienne accepta les idées de Lénine jusqu’au front unique: vérité en-deça de 1921, erreur au-delà. Le bordiguisme s’est développé en maintenant l’idée d’un programme révolutionnaire s’attaquant aux fondements mêmes du capitalisme. Refusant la théorie de la gestion ouvrière, le bordiguisme a fait une des analyses les plus profondes de l’économie russe, mettant au premier plan non pas la bureaucratie, comme les trotskistes et Socialisme ou Barbarie, mais bel et bien les rapports de production. La révolution ne peut consister, explique la presse bordiguiste, qu’à détruire la loi de la valeur et de l’échange. En revanche, la gauche italienne, bien qu’elle comprenne le parti comme produit de la société, reste attachée aux thèses de Que faire ?, d’où une grande confusion théorique, bien que les textes bordiguistes soient très souvent intéressants. La gauche italienne est restée elle aussi prisonnière de l’époque qui lui avait donné naissance. C’est ce que montre entre autre le petit groupe issu du P.C.I. qui publie la revue Invariance (voir en particulier: n°1 sur le parti, n°2 sur la valeur, n°3 : critique de l’autogestion, n°4 (p.66) sur mai 68, et n°5 « Perspectives «.

§ 27 – Notre texte ne vise qu’un but: reconnaître notre idéologie pour la dépasser. Nous pourrons ainsi entreprendre le travail théorique nécessaire: étude du programme révolutionnaire, de la question de la valeur chez Marx et d’autres, de l’analyse du capitalisme (problème de l’impérialisme par ex.), ainsi que des travaux historiques pour mieux assimiler notre passé (plusieurs études sont en cours ou achevées sur le léninisme, sur la IIIème Internationale,…) En même temps nous pouvons et devons faire connaître d’anciens textes ultra-gauches pour mieux montrer à la fois leur rôle et leur limite.

§ 28 – Lorsque le prolétariat se constitue, le révolutionnaire le rejoint d’emblée, sans qu’aucune barrière théorique ou sociologique n’empêche le mouvement révolutionnaire de s’unifier. La cohérence théorique, ainsi que le disent les situationnistes dans l’extrait du n°11 de l’I.S. que nous avons cité, est un but permanent des révolutionnaires, dans la mesure où elle facilite toujours la coordination pratique des énergies révolutionnaires. Les révolutionnaires n’hésitent jamais à intervenir de manière organisée pour faire connaître leur critique de la société.

(La Matérielle)


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