Bruno Astarian – A propos de l’antitravail (2006)

Les notes qui suivent sont issues d’une réflexion sur l’antitravail. Cette expression recouvre les réactions des travailleurs à la crise du fordisme qui a eu lieu à la fin des années 1960 et au début des années 1970. On a également parlé de “ révolte des OS “. D’une façon ou d’une autre, on parle ici des grèves sauvages américaines (celles qui ont lieu en dépit des engagements de non-grève pris par les syndicats lors des contrats collectifs périodiques), de la montée de l’absentéisme et du turnover, du sabotage, de l’indiscipline des travailleurs sur les lieux de travail.

L’exploitation du travail par le capital peut s’analyser en trois moments :

- le marché du travail, où se fixent les termes du contrat entre le capitaliste et le travailleur (durée du travail, horaires de travail, salaires et avantages sociaux) ;

- la consommation de la force de travail : une fois qu’il a contracté, le capitaliste cherche à obtenir le maximum de travail pour le salaire qu’il verse, et le travailleur à en donner le minimum ;

- la conversion du salaire en nouvelle force de travail, moment qui concerne le rapport entre le salaire et le prix des subsistances, ainsi que l’ensemble des conditions de vie du prolétariat.

C’est donc uniquement le deuxième moment qui fait l’objet des développements ci-dessous.

Déjà dans les années 1970, la discussion sur l’antitravail a notamment porté sur la question de savoir si ces manifestations de résistance étaient nouvelles ou si, au contraire, les travailleurs avaient toujours utilisé ce type de méthodes pour résister à l’exploitation sur les lieux de travail. Dans le premier cas, on mettait au jour les premières manifestations d’un nouveau mouvement se détournant des revendications quantitatives et rejetant le travail en tant que tel. Ce rejet, inadmissible par les partis et syndicats attachés au vieux monde, était l’assise sur laquelle le mouvement communiste allait se développer. Dans le deuxième cas, on ne faisait que retrouver après une période de latence les vieilles méthodes de la lutte de classes, ce qui confirmait la perspective ancienne du mouvement ouvrier fondé sur l’affirmation du travail, que ce soit dans les conseils ouvriers ou dans le parti.

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