Jean Maitron – Alphonse Barbé

Né le 17 décembre 1885 à Vannes (Morbihan) ; antimilitariste ; sympathisant anarchiste.

Aîné d’une famille de six enfants, Barbé, après avoir obtenu son CEP, dut gagner sa vie. Il travailla au côté de son père comme ouvrier meunier et son salaire aida à faire vivre la famille. À dix-huit ans, il s’engagea dans les Équipages de la Flotte, et, après son service militaire qu’il termina à Alger, il revint en Bretagne où il reprit un temps son ancien métier ; puis il trouva à Cancale un emploi de représentant pour la vente à crédit.
À l’occasion d’une grève, dans cette ville, des pêcheurs de morues, il entra en relation avec les milieux syndicalistes de Saint-Malo dont la fréquentation décida de son destin.
En 1912, il alla à Paris et obtint une place de triporteur pour le compte d’un magasin. Après avoir assisté à une conférence de Sébastien Faure, il adhéra au mouvement libertaire. Il se lia d’amitié avec l’anarchiste Émile Poulain ; tous les deux se firent marchands forains, mais l’entreprise n’eut pas le succès escompté. Barbé osa alors avec l’un de ses frères une nouvelle tentative qui cette fois réussit ; les deux frères se fixèrent à Caen.
Mais la guerre approchait. En compagnie d’Eugène Jacquemin militant anarchiste, A. Barbé partit pour Paris, persuadé que l’insurrection des ouvriers empêcherait la mobilisation. Déçu dans ses espérances, il rejoignit à Vannes son centre mobilisateur. Il fut blessé sur le front de Champagne en septembre 1915 puis fut affecté au 116e Régiment d’infanterie. Il déserta le 18 septembre 1916, vint à Paris et y vécut pendant un an sous un nom d’emprunt. Accusés d’avoir fait paraître le 15 juin 1917 un numéro du Libertaire clandestin, Barbé ainsi que Bertho dit Lepetit, Content, Ruff, Le Meillour, Grossin, Chauffeur et Klauss, imprimeur, comparurent du 4 au 11 octobre devant le tribunal correctionnel de Paris et furent condamnés, Bertho dit Lepetit à deux ans de prison, Barbé, Content et Ruff à quinze mois de la même peine, Le Meillour à un an, Grossin à quatre mois, Klauss à 3 000 F d’amende.
Barbé qui avait été condamné « pour propos alarmistes et usurpation d’état civil « vit sa peine portée à trois ans de prison le 3 décembre 1917 par la cour d’appel de Paris ; il resta un an à la Santé puis un an à Clairvaux, fut amnistié mais transféré le 23 octobre 1919 à Nantes pour y répondre de sa désertion ; il fut alors condamné à un an de prison.

À sa libération, il retourna à Caen où vivait sa compagne et reprit son métier de forain. Le 23 janvier 1921 le congrès fédéral communiste du Calvados le désigna comme membre de la commission de propagande. Durant l’année 1921 il écrit plusieurs articles où il montrait ses réticences par rapport à la Russie soviétique. Administrateur du Populaire normand en novembre 1921, il semble avoir quitté rapidement le PC.

C’est à Caen d’abord, à Falaise ensuite où il résida à partir de 1927 (et où il se maria en 1933 et en 1953), qu’il fit paraître Le Semeur, organe de libre discussion et de culture individuelle puis de défense des objecteurs de conscience, dont le premier numéro sortit le 15 octobre 1923 et le dernier, le n° 281, le 28 novembre 1936 (titres successifs : Le Semeur de Normandie
puis Le Semeur contre tous les tyrans).

LE SEMEUR 1923-1936
Après l’incendie du Reichstag (28 février 1933), Alphonse Barbé fut à l’origine de la campagne menée en France pour la défense de Marinus van der Lubbe, publiant de nombreux article dans son journal Le Semeur et contribuant à éditer deux brochures : Marinus van der Lubbe prolétaire ou provocateur ? et Le Carnet de route d’un Sans-patrie, journal de voyage en Europe du jeune militant, publié après sa mort sous l’égide du Comité international Van der Lubbe (France) dont H. Cadiou était secrétaire. En décembre 1936, Barbé se rendit à Perpignan et y assuma, non sans difficultés, pendant six mois, le secrétariat général des Espagnols réfugiés en France. En 1937-1938, il publia Lu dans la presse libertaire-syndicaliste espagnole dont un seul numéro est conservé aux Archives départementales du Calvados : le n° 3 du 15 janvier 1938.

Il collabora en outre à diverses publications anarchistes, à CQFD (1944- 1949), aux Nouvelles Pacifistes, à Contre-Courant, à Défense de l’Homme (1947-1963) à L’Unique (n° 1, juin 1945), à la Voix libertaire en 1938, au Monde libertaire (n° 1, octobre 1954).

SOURCES :
Arch. Nat., F7/13091, F7/13606, rapport du 28 décembre 1919. —
Le Libertaire, revue de synthèse anarchiste, n° 43, janvier 1984 —
Renseignements fournis par Alphonse Barbé lui-même.

OEUVRES :

1936
Conversation entre un Français moyen et un pacifiste intégral.
Le Semeur, Falaise, [1936], 10 p.

1946
Le Problème démographique et la paix, éd. A. Barbé, Falaise, 1946, 12 p.

1955
Les Apprentis-sorciers, bref aperçu sur le progrès.
Falaise, Calvados,chez l’auteur (Impr.des ‘Nouvelles de Falaise’) :
(1955).12 p -In-8°
Notes : Avec plusieurs additions dactylographiées sur des bandes rapportées.

1956
Faire l’unité européenne, c’est assurer la paix.
S. éd., Falaise, 1956, 11 p.

1966
Sept jours à Alger.
Publié par l’auteur en 1967 , L’Attache, 14-Falaise.
Chroniqué dans le n° 145, janvier 1967 de Contre-Courant.

1969
Où va notre civilisation de progrès scientifique, technique, de consommation ?, pamphlet pessimiste. A. Barbé.
Falaise, Calvados chez l’auteur, l’Attache, 1969.21 cm.24 p.

1976
L’ Art de vieillir, conseils pratiques pour atteindre le grand âge.
Falaise, Calvados chez l’auteur, l’Attache, 1976.21 cm.35 p.
Impr. des «Nouvelles de Falaise».

(via L’ Anarchiviste)