Edouard Berth – Sorel, le Tertullien du socialisme (1922)

Ngô Van – Le Chêne qui ne veut pas mourir (41×30 cm)

On sait que durant toute sa vie de penseur, Sorel mena parallèlement une double investigation et se livra à une double exégèse – l’exégèse socialiste et l’exégèse chrétienne, et que s’il est l’auteur des Réflexions sur la Violence, son œuvre maîtresse, il écrivit aussi Le système historique de Renan, la Crise de la pensée catholique, la Religione d’oggi. On peut dire que le problème religieux le hanta tout autant que le problème social, et même je me rappelle que, vers 1904, à un moment où, découragé, il avait presque perdu toute espérance socialiste, il me dit «Laissez donc là le socialisme qui n’a plus d’avenir, et occupez-vous du problème religieux». Selon lui, le mythe révolutionnaire pouvait remplir tout aussi bien que la religion, les régions de notre psychologie profonde; et il avait coutume de comparer au prêtre défroqué le révolutionnaire assagi; à ses yeux, ces deux êtres étaient livrés à une égale et profonde démoralisation et condamnés à une sorte de nihilisme moral par la perte de leur foi, cette perte ne laissant plus dans leur âme que le vide le plus horrible.
Non pas qu’il conçût le socialisme comme une sorte de succédané du christianisme ou qu’il lui reconnût «un caractère religieux». Le catholicisme social ou le socialisme chrétien lui paraissaient au contraire deux contrefaçon, deux tactiques d’ailleurs profondément naïves, que certain chrétien ont pu imaginer pour essayer de redonner à l’Eglise son empire sur le peuple devenu profondément areligieux ; la manie des anciens socialistes – saint-Simoniens, fouriéristes ou cabetistes – de présenter le socialisme sous une couleur chrétienne ou christianoïde – manie qui sévit jusqu’à Proudhon et Marx – lui semblait du dernier ridicule ; et je signale à ce propos son article (reproduit dans les Matériaux pour une théorie du Prolétariat), sur le caractère religieux du socialisme, où la question est parfaitement élucidée.

Mais l’étude de la conquête chrétienne l’intéressait au premier chef, parce qu’il s’agissait pour lui de découvrir quelle sont les raisons qui assurent le triomphe d’une idéologie et qu’il pensait que les socialistes moderne pouvaient trouver dans la manière dont l’idéologie chrétienne avait réussi à s’imposer au monde antique, une sorte de modèle pouvant les guider et leur enseigner comment et à quelles conditions ils avaient chance de faire triompher l’idéologie prolétarienne dans notre monde moderne: «Il ne faudrait pas croire, écrit-il dans son Avertissement (Système historique de Renan, p. 2) que les origines juives et chrétienne doivent intéresser seulement les personne qui se préoccupent du problème religieux : ces origines nous fournissent un type si classique de la formation d’un monde, qu’en les étudiant, on peut mettre à l’épreuve, d’une manière très sûre, tous les systèmes qui ont été imaginés pour expliquer l’histoire des moeurs, des institutions et des idées. Je croix que les socialistes auraient beaucoup d’enseignements à tirer de la conquête chrétienne, et j’espère traiter un jour ce sujet au point de vue de la connaissance qu’il nous fournit pour nos luttes de classes».
Sorel n’a pas réalisé ce projet, mais on peut trouver dans son œuvre, et notamment, dans le Système historique de Renan, beaucoup d’indications extrêmement précieuses pour celui qui voudrait entreprendre la matière. L’idée dominante, c’est que si le christianisme est arrivé a triompher dans le monde antique, c’est grâce à ceux qui, comme Tertullien, par exemple, et les montanistes, maintiennent la scission chrétienne à son maximum de pureté, de vigueur et d’exaltation. Je trouve, à la fin de la deuxième partie (Renan historien du Judaïsme), des remarques de la plus haute importance : « Ce problème de la scission, écrit Sorel, est capital dans l’histoire des origines chrétiennes. On se demande comment une église qui ne cessait de s’accroître dans tous les rangs de la société a pu demeurer près de trois siècles assez isolée pour se créer une idéologie indépendante. Les découvertes archéologique rendent aujourd’hui le problème beaucoup plus difficile parce qu’elles montrent que le christianisme eut beaucoup d’adhérents dans la hautes classes et à la cour impériale.

Les persécutions agirent évidemment dans le sens de la scission; mais leur action fut bien soutenue par la littérature biblique (ou issue de la Bible). Les gnostiques rejetaient l’Ancien Testament et trouvaient absurde l’ardeur des martyrs. Ce ne sont point là deux faits indépendants l’un de l’autre ; j’y découvre deux manifestations de l’esprit de conciliation. Des gens lettrés avaient découvert le Christianisme et soupçonné son avenir ; ils cherchèrent à exploiter ces tendances à civiliser la barbarie chrétienne et à faire entrer la nouvelle religion dans les cadres de la philosophie des gens du monde ». Et Sorel ajoute en note : « Il y une grande analogie entre le gnosticisme et le socialisme des gens cultivés contemporaine ; la grosse question est encore celle de la scission ; mais il ne semble pas que le socialisme ait autant des ressources que le Christianisme primitif pour se tenir séparé. Les grèves violentes tiennent ici la place des anciennes persécutions » (p. 207-208).
La grosse question est encore celle de la scission, dit Sorel: voilà donc bien pour lui le problème capital et il se demande comment le socialisme peut arriver à se maintenir séparé ; il estime même, et non sans inquiétude, que le socialisme n’a pas autant de ressources pour cela que le christianisme. Le christianisme se maintint séparé grâce aux persécutions et grâce aussi à la littérature biblique ; et je relève sur le rôle de la Bible, dans ce même chapitre, des réflexions singulièrement suggestives : « La Bible, écrit Sorel, constitue bien une des grandes forces du christianisme ; mais il me semble que Renan a omis d’indiquer l’essentiel, c’est à dire de déterminer quelles sont les âmes qui sont ainsi foudroyées. La fascination est irrésistible pour les natures mystiques : il ne faut jamais oublier qu’au point de vue de la psychologie, la mystique, c’est l’Amour ; or l’âme ardente ne connaît pas le nuances ; elle ne comprend que l’abandon le plus absolu ou la haine; mystiques et amoureux jugent que toute position moyenne suppose de bas calculs ou l’égoïsme. L’Eglise a imité tant qu’elle a pu le style de l’Ancien Testament ; sa littérature est toujours pleine de la Vulgate ; on a souvent reproché aux écrivains catholiques leurs exagérations oratoires, parce qu’on n’a pas observé que ces exagérations constituent une des causes du succès des idées religieuses : nos race, portées au sacrifice et à la mystique, ont rarement marchandé leur dévouement à l’Eglise, quand elle leur a parlé cette langue. Cette langue convient très bien pour exprimer les sentiments de révolte absolue. Si dans des questions qui comportent une infinité de nuances et seulement des solutions pleines de contradictions, les hommes modernes appliquent le point de vue archaïque des prophètes hébreux et divisent, comme eux, toutes chose en bonnes et mauvaises, ils sont amenés à réclamer la destruction de l’ordre établi avec un sauvage enthousiasme. La Bible convient donc très bien aux temps troublés et elle fournit les textes pour rendre avec une forme singulière, l’espoir d’une révolution catastrophique. Les hommes de la Réforme ont ainsi tiré grand parti de l’Ancien Testament qui leur semblait renfermer une expression prophétique de leurs passions. Il me semble que Renan n’a pas complètement démêlé les raisons qui donnent à la Bible ce caractère révolutionnaire. ‘Israël, dit il, a tant aimé la Justice que ne trouvant pas le monde juste, il le condamne à finir. Comme les anarchistes de nos jours à ceux qui leur disent: le monde tel qu’il est fait, a des injustices nécessaires – il répond : Eh bien, il est mal fait, il faut le briser’ (tome V, p. 422). Il ne s’agit pas ici de la justice; mais d’une conception très archaïque des relations sociales : conception qui réparait (suivant les lois de Vico) en temps révolutionnaire. L’homme ne détruirait sans doute jamais rien, s’il était toujours sous l’influence de la raison et cependant il faut des négations absolues, des abolitions et des renaissances. La Bible fut donc un facteur considérable de l’histoire ; son rôle est bien faible aujourd’hui, car il ne semble pas qu’elle soit destinée à inspirer le révolutionnaire. Ces considérations nous permettent de comprendre l’influence que la langue ecclésiastique eut sur le maintien de l’idée de scission dans la première société chrétienne ; scission, que semble avoir été mieux comprise en Occident que dans les pays grecs, justement parce que le latin exagère encore la vigueur de l’expression biblique ».
Ces réflexions de Sorel sur l’importance révolutionnaire de la Bible dans l’histoire du monde et sur les causes de cette importance me paraissent, je le répète, éminemment suggestives et jettent une lumière très vive sur la conception que Sorel s’est faite du socialisme. Si le socialisme, tout comme le christianisme ne pourrait réaliser sa mission historique et faire triompher son idéologie qu’à la condition de se maintenir séparé, on comprend que Sorel lui ait conseillé de s’enfermer dans le mythe de la grève générale, en écartant de lui toute collaboration étrangère, et en particulier, celle des gens cultivés qui voudraient civiliser sa barbarie et l’introduire dans le cadre de la philosophie des gens au monde. Le socialisme des intellectuels, pour Sorel, n’a jamais été qu’une farce ; il est au socialisme révolutionnaire ce que le gnosticisme fut au christianisme. Si les gnosticismes rejetaient l’Ancien Testament et trouvaient absurde l’ardeur des martyrs, nos socialistes superintellectuels et réformistes rejettent Marx et trouvent absurdes les grèves violentes. Et à propos de cette impuissance des intellectuels, je veux citer encore ces quelques lignes de Sorel, très significatives (ch. VIII, Renan historien de judaïsme) : « Après avoir beaucoup vanté l’oeuvre de Philon, écrit-il, Renan avoue que les Juifs hellénisés n’étaient pas ‘dans la direction qui devait engendrer l’avenir. Ce sont des lettrés, et les lettrés font peu de chose. C’est de pauvres conventicules de messianisme et d’égarés de Palestine, gens ignorante, n’ayant pas de philosophie, me sachant pas un mot de grec, que sortira Jésus’ (tome V, t p. 365). Si nous nous reportons aux thèses de Vico, nous voyons que le renouvellement religieux ne pouvait, en effet, sortir d’un travail de réflexion, d’une subtile exégèse, d’un raffinement de l’intellectualisme grec ; il fallait qu’il y eut, au départ, quelque chose d’instinctif, de passionné, de mythologique ; c’est pourquoi les apocalypses juives offrent un si grand intérêt pour l’histoire ». Tous ceux qui veulent faire sortir le socialisme d’un raffinement de l’intellectualisme moderne, font donc, aux yeux de Sorel, complètement fausse route : le socialisme ne sera pas engendré par des lettrés subtilisant sur des textes, mais par les ouvriers eux même, s’enfermant dans leurs syndicats et élaborant au cours de leur luttes syndicales, grâce à un puissant instinct de classe, une sorte de mythologie passionnée, seule capable d’apporter du nouveau dans un monde vieilli, épuisé; sursaturé d’intellectualisme et devenu profondément sceptique et impuissant.
Nos rationalistes de tout acabit oublient, en effet, que « l’homme ne détruirait jamais rien s’il restait toujours sans l’influence de la raison, et que, cependant; il faut des abolitions et des renaissances ». Destruam et aedificabo, disait Proudhon ; et l’on sait si nos intellectuels et nos gens sages, amateurs d’évolutions graduées savamment au gré de leur courte sagesse ont reproché a Proudhon de n’être qu’un démolisseur et un critique. Et que de gens, à l’heure actuelle, se sont jetés sur Proudhon pour en faire, grâce à une subtile exégèse, un socialiste à l’eau du rose, très acceptable tant pour les nationalistes que pour nos démocrates, et capable de faire pièce à Karl Marx, ce juif boche, et ont ainsi complètement édulcoré et émasculé ce puissant génie essentiellement révolutionnaire et qui lui aussi finit sa carrière d’écrivain socialiste en recommandant à la classe ouvrière de faire scission. Quant à Marx lui même, chez qui le souffle révolutionnaire était si fort et qui, le premier, élabora complètement le mythe de la révolution prolétarienne, on sait assez que tous nos marxistes orthodoxes, allemands, français, russes ou italiens ont fait de son œuvre, et à quelle exégèse évanouissante ils se sont livrés sur elle. La grandeur d’un Lénine est certainement d’avoir recouvré, dans toute sa verdeur révolutionnaire, le sens primitif du marxisme : il ressemble sur ce point à nos Réformés du Seizième siècle, recouvrant en face de la Rome des papes, entièrement paganisée, le sens chrétien primitif. Et le grand mérite du bolchevisme restera d’avoir, face à notre Occident enlisé dans les marécages d’un socialisme réformiste et tout rationalisé, réveillé l’idée révolutionnaire et rafraîchi le sentiment très émoussé de l’irréductible originalité des conception socialistes et des sacrifices héroïques qu’elles impliquent de la part de ceux qui les adoptent. On signale que, parmi les bolcheviks il y a beaucoup de juifs ; mais si nous réfléchissons aux remarques de Sorel sur la grande influence de la Bible dans l’histoire du monde comme expression des sentiments de révolte absolue et des espoirs de révolution catastrophique, cette présence de nombreux juifs dans le camp révolutionnaire ne nous étonnera plus et nous en comprendrons tout le sens. Nietzsche trouvait dans l’Ancien Testament une grandeur et un sublime qu’il n’arrivait pas à découvrir au même degré dans le Nouveau, qu’il accusait presque d’être, pour employer une expression familière aux marxistes, et qui pour eux a un sans si méprisant, petit bourgeois ; et je rappelle que Sorel, un peu dans le même sens, a écrit que la Bible est un livre écrit pour des travailleurs, le livre par excellence de la démocratie paysanne, tandis que l’Evangile est écrit pour des mendiants.
J’ai signalé ailleurs (voir mon article du Secolo du l8 octobre 1922) à quel degré l’âme de Sorel était hantée par l’idée du sublime. Ce n’est pas lui, certes, qui aurait dit avec Maurras : « fuyons le sublime à la mode ». Il remarque quelque part que l’âme allemande avait été saturée de sublime et que le réformisme de Bernstein lui parut scandaleux en raison précisément de cette sursaturation de sublime. Mais, ajoute Sorel, Kautsky ne faisait que rabâcher la phrase révolutionnaire : il n’était, au fond, qu’un petit-bourgeois démocrate ; et son attitude vis à vis du bolchevisme l’a en effet bien montré. La renaissance du marxisme ne pouvait plus se faire en Allemagne ; il fallait qu’elle s’accomplit dans un pays qui fût resté un pays archaïque, – comme autrefois la Palestine pour le monde romain, – où l’âme des foules fût encore puissante, instinctive, passionnée et mythologique, – dans cette Russie de Tolstoï et de Dostoïevski, qui, par rapport à notre Occident nationalisé et intellectualisé à outrance, présente un caractère si étonnant de spontanéité et de fraîcheur originales. « Par rapport au monde européen, écrit Sorel (conclusion de son Système historique de Renan), le christianisme fût une renaissance des sentiments religieux. Une telle renaissance était impossible dans les pays que la culture gréco-latine avait fortement touchés, parce qu’on y était devenu trop lettré, qu’on y était habitué à trop argumenter, et qu’on était trop engagé dans la vie mondaine, pour pouvoir revivre une époque tout à fait primitive. Les tentatives qui furent faites au Quatrième siècle pour rajeunir le paganisme aboutirent à du pur charlatanisme : l’histoire des derniers philosophes et de l’empereur Julien illustre fort bien la théorie de Vico sur les ricorsi. Il peut paraître étrange que la renaissance se soit faite dans un pays sémitique ; mais cet apparent paradoxe ne pourra pas étonner ceux qui auront suivi avec soin le faits exposé dans ce livre. Renan avait dit que la religion juive était demeurée fort semblable à celle des nomades primitifs de l’Arabie ; mais il n’a presque pas utilisé cette admirable intuition, qui sert de base à mon explication du christianisme. La Judée, demeurée si archaïque au point de vue de la pensée, était très propre à une renaissance religieuse ».
On pourrait dire de même que la Russie, demeurée archaïque également au point de vue de la pensée, était très propre à une renaissance socialiste ; et l’on peut constater chez les communistes russes une sorte de folie de la Révolution analogue à la folie de la Croix des chrétiens. « On ne saurait trop insister, écrit encore Sorel, sur le caractère de nouveauté que présente le christianisme : il n’a pas été une réforme ni un perfectionnement du judaïsme, pas plus qu’une synthèse du monothéisme juif et du polythéisme grec ; par lui a commencé une ère nouvelle. Il ne faut pas discuter cette nouveauté en ce plaçant à un point de vue abstrait, en comparant de formules morales ou métaphysiques ; il faut considérer la masse tout entière de la vie chrétienne et la traiter comme une naissance, un ricorso (suivant la terminologie de Vico…). Puisque nous sommes à une époque primitive, il ne saurait y avoir de vrai symbolisme dans le premier christianisme : les paroles doivent être entendues dans le sens le plus littéral ; les rites renferment autant de réalité que la vraisemblance permet de leur en imposer ; c’est à la logique populaire qu’il faut s’adresser pour comprendre les sens nouveaux que prennent les formules qui proviennent de milieux lettrés et qui tombent dans les nouveaux courants. Nous trouvons ici un prodigieux développement des facultés poétiques ; il y avait plus d’enthousiasme que de logique dans la conscience chrétienne ; il faut éviter de vouloir juger les premières expressions de la nouvelle religion au moyen de principes qui appartiennent soit à l’ancienne philosophie grecque soit à la théologie avancée » (p. 460).
Il y avait plus d’enthousiasme que de logique dans la conscience chrétienne ; on pourrait dire de même que, selon Sorel, pour que le socialisme triomphe, il faut aussi qu’il y ait plus d’enthousiasme que de logique dans la conscience révolutionnaire ; sa théorie des mythes, et en particulier du mythe de la grève générale, vient évidemment de cette importance capitale accordée par lui au développement des facultés proprement poétiques ; cette théorie, d’ailleurs, lui venait directement du grand penseur italien Vico, auquel il se référait expressément ; c’est la théorie des ricorsi nécessaires aux renouvellements périodiques de l’humanité ; et l’on comprend aussi pourquoi Sorel était si enthousiaste de Bergson, de Newman, et de tous ceux qui mettent l’intuition, l’enthousiasme poétique et créateur, au dessus de la dialectique et de la logique, pour qui il avait un violent et sarcastique mépris.
Quand on relit les Réflexions sur la violence, ce livre qui restera, comme je l’ai dit, l’oeuvre maîtresse de Sorel, on est frappé du souffle et de la ferveur révolutionnaire du ton sur lequel il a été écrit ; le sublime prolétarien semble avoir soulevé d’un élan puissant l’âme de Sorel, qui était une âme extrêmement passionnée ; une âme de feu ; ce qu’il appréciait chez les poètes, avant tout, c’était le feu allumé au plus profond de leur coeur, ex imo pectore ; les poètes scolastiques du genre de Moréas, si cher à Maurras, ne lui semblaient que des poètes de café. Les livres de Sorel ressemblent plus généralement à des collections de notes faites en marge d’une lecture, qui avait puissamment ébranlé son imagination. Les Réflexions, elles, sont un vrai livre, où il y a des parties lyriques et où passe un souffle, qui a porté l’auteur aux sommets de l’enthousiasme socialiste. Le syndicalisme révolutionnaire avait fortement excité et exalté son esprit – les Réflexions ont été écrites en quelque sorte sous sa dictée, et s’il est vrai que, selon le mot de Goethe, dans Poésie et vérité, les grands livres sont les livres de circonstance, on peut affirmer que leur immortalité est assurée.

La Rivoluzione liberale, 14.12.1922.


1 Antwort auf „Edouard Berth – Sorel, le Tertullien du socialisme (1922)“


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