Le « député idéal » – Portrait.

II est modéré, opportuniste, radical, il sera demain socialiste, suivant la couleur des bulletins qui font la majorité dans son pays. A mesure d’ailleurs que s’accentuait la teinte, lui corsait ses épithètes. Il a servi l’Empire, trahi Gambetta et renversé Ferry. Les ministères successifs n’ont pas eu de plus fidèle soutien jusqu’au jour où il eut plus d’intérêt à les combattre. Encore attendit-il la séance décisive et, le ministère tombé, il changea son bulletin après la bataille. Ses opinions se sont modifiées, mais ses rapports avec ses électeurs sont restés les mêmes : à la fois esclave et souverain, domestique et despote, il fait leurs commissions et les fait trembler. Comme il a servi tous les ministères, ceux-ci l’ont servi ; comme il n’était pas sûr, ils l’ont bien servi pour le mieux garder ; et les services rendus lui ont fait une situation solide. Pas un cantonnier qui ne soit placé par lui ; pas un facteur qui ne soit à ses ordres ; pas un instituteur qu’il n’ait menacé du déplacement d’office, pas un détour des ministères qui ne lui soit connu ; il est familier avec les huissiers, hautain avec les chefs de bureau ; les ministres l’exècrent, mais lui donnent raison, car il a le bulletin capricieux et la sollicitation tenace!

Joseph Paul-Boncour, Les syndicats de fonctionnaires, Paris, Cornely, 1906, p. 63.


1 Antwort auf „Le « député idéal » – Portrait.“


  1. 1 Neues aus den Archiven der radikalen (und nicht so radikalen) Linken « Entdinglichung Pingback am 18. Dezember 2009 um 14:22 Uhr
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