[Guy Debord] La Java des Bons-Enfants

Rédigée au milieu des années 60 par Guy Debord, cette chanson détournée, attribuée à un membre de la Bande à Bonnot rendant hommage à l’anarchiste Émile Henry, a paru sur le disque Pour en finir avec le travail. Chansons du prolétariat révolutionnaire — Vol. 1, réalisé chez RCA par Jacques Le Glou et les Éditions musicales du Grand Soir en septembre 1974, interprétée par Jacques Marchais.

On connaît le massacre causé dans le personnel du commissariat de police de la rue des Bons-Enfants par la bombe anarchiste, du modèle classique, dit “marmite à renversement”, qui y explosa le 8 novembre 1892. Quoiqu’elle fût sans doute destinée à soutenir la grève des mineurs de Carmaux, une partie des ouvriers parisiens d’alors nièrent l’efficacité tactique de cette forme de critique sociale. On entend un écho de ces divergences (“Les socialos n’ont rien fait…”) dans cette Java des Bons-Enfants, qui, du reste, n’est pas contemporaine de l’événement. Exprimant une franche approbation de l’action directe, la chanson n’est en fait écrite que vingt ans plus tard parmi les anarchistes de la fameuse Bande à Bonnot ; quand celle-ci mène, à l’aide d’automobiles volées, la première de toutes les tentatives de “guérilla urbaine”. Son auteur, guillotiné en 1913, est Raymond la Science, de son vrai nom Raymond Caillemin.

Dans la rue des Bons-Enfants
On vend tout au plus offrant,
Y avait un commissariat,
Et maintenant il n’est plus là.

Une explosion fantastique
N’en a pas laissé une brique.
On crut qu’c’était Fantômas,
Mais c’était la lutte des classes.

Un poulet zélé vint vite
Y porter une marmite
Qu’était à renversement
Et la retourne imprudemment.

Le brigadier, l’commissaire,
Mêlés au poulet vulgaire,
Partent en fragments épars,
Qu’on ramasse sur un buvard.

Contrairement à c’qu’on croyait
Y en avait qui en avaient.
L’étonnement est profond :
On peut les voir jusqu’au plafond.

Voilà bien ce qu’il fallait
Pour faire la guerre aux palais.
Sache que ta meilleure amie
Prolétaire, c’est la chimie.

Les socialos n’ont rien fait
Pour abréger les forfaits
D’l’infamie capitaliste,
Mais heureusement vient l’anarchiste.

Il n’a pas de préjugés.
Les curés seront mangés.
Plus d’patries, plus d’colonies.
Et tout pouvoir, il le nie.

Encore quelques beaux efforts
Et disons qu’on se fait fort
De régler radicalement
L’problème social en suspens.

Dans la rue des Bons-Enfants
Viande à vendre au plus offrant :
L’avenir radieux prend place,
Et le vieux monde est à la casse.


1 Antwort auf „[Guy Debord] La Java des Bons-Enfants“


  1. 1 Neues aus den Archiven der radikalen (und nicht so radikalen) Linken « Entdinglichung Pingback am 11. Dezember 2009 um 13:25 Uhr
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