François Bochet – Vie et Œuvre d’Amadeo Bordiga (2009)

Amadeo Bordiga (1889-1970) – Conférence de François Bochet (Limoges, 5 mai 2009)
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Lettre de Bordiga à Umberto Terracini du 4 mars 1969
Cher Umberto,
ton cher salut pour le début de cette année m’a apporté de la joie, et il est clair que je partage avec enthousiasme ton souhait de temps meilleurs.
Je suis les nouvelles de ton activité et je pense que, étant donné les situations (la critique que Lénine t’avait faite était un tirage d’oreilles à mon intention mais, ni maintenant ni alors elle ne m’a ébranlé), tu procèdes toujours au mieux comme le fit il y a quarante ans. Je me rappelle bien la visite que tu me fis à Naples, et je me réjouis également de tout coeur de ta vieille et solide amitié dont je te remercie. Moi, j’attends, dans une position toujours entêtée et sectaire que, comme je l’ai toujours prévue, arrive au monde au cours de l’année 1975 notre révolution, plurinationale, monopartitique et monoclassiste, c’est-à-dire surtout sans la pire pourriture interclassiste : celle de la jeunesse soi-disant étudiante. De notre côté, lors de nos vertes années, nous avons fait le mieux qu’il se devait. Je ne retourne pas dans cette fétide métropole qu’est Naples parce que j’espère guérir dans ce climat meilleur et avoir, vivant, le temps de réaffirmer ce que j’ai toujours défendu par le passé. En effet ma santé s’améliore sûrement et je compte que mon cerveau, certes pas électronique, aura encore à servir à quelque chose, n’étant pas du tout vide de science, de technique et de philosophie de l’histoire. Je t’envoie un salut affectueux et chaleureux avec mes meilleurs souhaits et Antonietta, ma femme se joint à moi. Elle se prodigue pour me soigner avec les plus extrêmes sacrifices, même si, après tant d’années, elle ne se souvient plus de toi ; elle se souvient plutôt de Gramsci qui, selon mon désir, lui avait donné quelques leçons de philosophie quand elle était jeune fille. Affectueusement, ton Amadeo.

PS. Je me permets de te signaler mon vieil article écrit en 1949 intitulé « Les intellectuels et le marxisme », il est reproduit dans le n°4 de Programma comunista, récemment paru. Je ne pense pas que tu le trouveras dans les collections de journaux parlementaires. Dans tous les cas à Rome on le vend dans les kiosques suivants : Piazza di Spagna ; Piazza Cavour ; Piazza Bologna ; Piazza dei 500 ; Piazza Croce Rossa ; Via Carlo Felice (San Giovanni), Ed. Cirioni à la Città degli Studi. Si tu ne peux te le procurer, dis-le moi et je pourrai te l’envoyer.

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Citations :
1. « Le communisme est la connaissance d’un plan de vie pour l’espèce humaine » (Bordiga, Propriété et capital, 1952).
2. « Nous sommes plus solides dans la science du futur que dans celle du passé et celle du présent » (Bordiga, Explorateurs du futur, 1952).
3. « Les ouvriers vaincront s’ils comprennent que personne ne doit venir. L’attente du Messie et le culte du génie, concevables pour Pierre et Carlyle, sont seulement pour un marxiste de 1953, une misérable couverture d’impuissance. La révolution se relèvera terrible, mais anonyme » (Bordiga, Fantômes carlyliens, 1953).
4. « C’est la révolution qui est une ; et elle est toujours elle-même, au cours d’un arc historique immense qui se terminera comme il avait commencé et là où il l’avait promis ; là où il a rendez-vous peut-être avec beaucoup de vivants, mais certainement avec les êtres encore à naître, comme avec les morts. Ces derniers savaient qu’elle ne fait jamais défaut et qu’elle ne trompe jamais. Dans la lumière de la doctrine elle est déjà prévue comme une chose visible, une chose vivante. » (Bordiga, Dialogue avec les morts, 1956).
5. « Le programme doit contenir de façon nette, l’ossature de la société future comme négation de toute l’ossature de la société présente et déclarer qu’elle constitue le point d’arrivée de toute l’histoire, pour tous les pays. » (Bordiga, Dialogue avec les morts, 1956).
6. « Dans un milieu social non ionisé les diverses molécules humaines ne sont pas orientées en deux alignements antagonistes. Dans ces périodes mornes et répugnantes, la molécule personne peut se disposer dans une orientation quelconque. Le champ ‘‘historique’’ est nul et tout le monde s’en fiche. C’est dans ces moments que la froide et inerte molécule, non parcourue par un courant impérieux ni fixée à un axe indéfectible, se recouvre d’une espèce de croûte qu’on appelle conscience, se met à jacasser en affirmant qu’elle ira où elle voudra, quand elle voudra, et élève son incommensurable nullité et stupidité à la hauteur de sujet causal de l’histoire. Mais qu’il y ait ionisation, alors l’individu-molécule homme se retrouve dans son alignement et vole le long de sa ligne de force, en oubliant finalement cette pathologique idiotie que des siècles d’égarement ont célébrée sous le nom de libre-arbitre » (Bordiga, Structure économique et sociale de la Russie d’aujourd’hui, 1956).
7. « Il est absolument évident que nous ne sommes pas à la veille de la 3° guerre mondiale, ni à celle de la grande crise d’entre les deux guerres qui ne pourra se développer que dans quelques années, quand le mot d’ordre de l’émulation de la paix aura dévoilé son contenu économique : marché mondial unique. La crise n’épargnera, alors aucun État. Une seule victoire est aujourd’hui concevable pour la classe travailleuse : la victoire doctrinale de l’économie marxiste sur l’économie mercantiliste commune aux Américains et aux Russes. Dans une seconde période, la tâche consistera pour le parti marxiste mondiale en la victoire d’organisation, en opposition aux schémas démocratiques et démoclassistes. C’est seulement dans une troisième phase historique (l’unité de temps ne pouvant pas être inférieure à un quinquennat) que la question du pouvoir de classe pourra être remise sur le tapis. Dans ces trois étapes, le thermomètre sera la rupture d’équilibre, d’abord et surtout – que les imbéciles veuillent bien nous nous en excuser – au sein des U.S.A. et non au sein de l’U.R.S.S. » (Bordiga, Le cours du capitalisme mondial dans l’expérience historique et dans la doctrine de Marx, 1958).
8. « La démocratie est le règne antimarxiste de cette quantité éternellement impuissante à devenir qualité. » (Bordiga, Histoire de la gauche communiste, 1912-1919, 1964).
9. « Est révolutionnaire – selon nous – celui pour qui la révolution est tout aussi certaine qu’un fait déjà advenu ». (Bordiga, Le texte de Lénine sur l’extrémisme, maladie infantile du communisme, 1960).
10. « Les violentes étincelles qui ont jailli entre les électrodes de notre dialectique nous ont appris que le camarade militant communiste et révolutionnaire est celui qui a su oublier, renier, s’arracher du coeur et de l’esprit la classification dans laquelle l’inscrit l’état civil de cette société en putréfaction, et qui se voit et se reconnaît dans tout l’arc millénaire qui unit l’ancien homme tribal en lutte contre les bêtes féroces au membre de la communauté future, fraternelle dans l’harmonie joyeuse de l’homme social. » (Bordiga, Considérations sur l’activité sur l’activité organique du parti quand la situation générale est historiquement défavorable, 1965).
11. « La vie de la nouvelle humanité est dans la révolution, la révolution naît du schisme » (Bordiga, Les abjurateurs de schisme, 1965).
12. « Comme le géologue enfonce sa sonde dans les viscères de la Terre pour en ramener à la surface des échantillons des diverses couches afin d’en étudier la nature et la formation, de même le parti se sert de moi et de ma mémoire comme d’une sonde qui s’immerge dans l’histoire de plus d’un demi-siècle du mouvement ouvrier, pour approfondir l’étude de ses erreurs et de ses défaites, de ses avances et de ses reculs » (Bordiga, déclaration à la réunion internationale du PCInt. de 1967).
13. « Ce fut une chose étrange, il me répéta les choses que je lui avais déjà entendu dire en 1922, en 1923 et en 1924. Je m’aperçus qu’il n’avait pas changé d’une virgule ses convictions, sa mentalité, sa façon de penser ». (Umberto Terracini, Quand nous devînmes communistes, 1981).


1 Antwort auf „François Bochet – Vie et Œuvre d’Amadeo Bordiga (2009)“


  1. 1 Re-Ups ! « Espace contre ciment Pingback am 15. Februar 2010 um 16:28 Uhr
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