Nico Rost – Le congrès des vagabonds (1929)

Le congrès des vagabonds

Par Nico Rost

Stuttgart, mai 1929.

L’idée de réunir en un congrès les vagabonds et les trimardeurs était certes aussi importante qu’originale. Ce n’est pas sans intérêt que de divers côtés l’on espérait apprendre là, peut-être pour la première fois, de quelle façon s’exprimeraient à propos de leurs peines et de leurs revendications, ces femmes et hommes de l’extrême zone de la société. Cet intérêt était d’autant plus vif, que le comité organisateur de ce congrès, s’étant réclamé dans son appel et ses manifestes de l’esprit de Walt Whitman et de Jack London, avait, par ailleurs, adressé des convocations à Maxime Gorki, Knut Hamsun, Norbert Jacques, Alphonse Paquet, Max Hölz, Sinclair Lewis et d’autres écrivains. Gorki, pas plus que Hamsun, n’ont répondu à cet appel dans lequel, cependant, ils étaient cités par le titre d’honneur : les vieux patrons de la grand’route. Mais Heinrich Lersch, le professeur Theodor Lessing, Alphonse Paquet et quelques autres étaient présents, tandis que Sinclair Lewis envoya un télégramme de sympathie. Sait-on qu’il y a en Amérique une université pour vagabonds ? L’on dit que c’est Jack London qui procura l’argent pour la fondation de cet institut, auquel par surcroît il aurait légué des fonds importants. Il a connu mieux que quiconque la vie de ces gens et en a révélé les secrets et les particularités dans maints de ses livres. Lui-même fut tour à tour écumeur de bancs d’huîtres dans la baie de San Francisco, libre vagabond le long des routes de Californie , « tramp » , c’est-à-dire voyageur clandestin ayant la spécialité de rouler pendant des jours et des nuits accroché sous les grands express américains, et il fit partie du célèbre régiment des trimardeurs du « général Kelly ». Le même désir de vagabonder avait hanté cet autre américain, Walt Whitman , qui, pas plus que London, ne parvenait à rester en place. Whitman, l’auteur du célèbre Chant de la Grand’Route, était un vagabond-né, abandonnant les situations tranquilles aussitôt acquises, prenant son bâton de marche et s’engageant sans but dans une existence errante vers n’importe où et toujours plus loin. « Celui qui connaît la grand’route, ne peut plus se détacher d’elle », ainsi déclara au cours du congrès un vieux vagabond, fixant en une terrible vérité l’attirance qu’exerce la grand’route sur les hommes de son espèce. Combien de poètes ont emprunté à cette vie errante l’essence même de leurs œuvres ! Beaucoup d’entre eux appartenaient à la race des enfants prodigues, mais sans doute méritaient-ils bien plus notre sympathie que tant d’autres dont l’existence réglée n’a rien laissé de son passage . Nous pensons à Verlaine et Rimbaud . Nous pensons à Jaroslav Haschek, l’auteur génial et pas suffisamment connu des Aventures du soldat Schvéïk. Haschek fut le poète errant de l’Europe Centrale, l’hôte des tavernes et des bordels, qui laissa sa vie à force d’errer et de boire. Peter Hille, qui est le père spirituel de Else Lasker-Schüler, coucha dans tous les asiles de nuit de l’Est. Il fut pendant quelque temps cocher de fiacre et stationna sur la place Rembrandt à Amsterdam. Ludwig Kassak, le chef des jeunes hongrois, erra pendant dix ans, accompagné d’Emil Szittya, en travaillant occasionnellement, juste assez pour manger et coucher. Je pense au jeune poète Jacob Haringer qui venait de mourir de faim, au moment où Alfred Döblin et quelques autres écrivains révélaient la valeur de son œuvre. Le plus connu parmi les poètes vagabonds allemands est certes Hans Boetticher, qui, sous le nom de Joachim Ringelnatz, a chanté la vie des vagabonds et des marins. L’écrivain roumain Panait Istrati, l’ami des contrebandiers, des romanichels, des pirates, ne nourrit-il pas l’idéal de déposer la plume et de s’en aller à nouveau vers ses vieux compagnons de la route ? Et enfin il y a la formidable existence de Maxime Gorki, tour à tour porteur à Odessa, manœuvre aux chemins de fer, débardeur, garçon boulanger, batelier, colporteur et vagabond. Sans doute, le fait d’inviter à leur congrès des poètes et des écrivains, fut de la part des vagabonds organisés autre chose qu’un geste vain. Au fond, il existe là une expression de sympathie, un peu obscure et qui se fait jour pour la première fois, de la part de ces exclus de la société à l’égard des chanteurs qui sont sortis de leur milieu. Peut-être, devons-nous y voir également une manifestation spontanée et nouvelle de cette fraternité mystérieuse qui, depuis François Villon, lie les poètes et les errants dans un sentiment de liberté. Depuis toujours, la ville de Stuttgart est pour ainsi dire le centre culturel des vagabonds allemands et internationaux. C’est ici que se trouve le secrétariat de la « Fraternelle des Vagabonds » et que le « Verlag der Vagabunden » édite depuis l’année dernière la revue « Der Kunde », mot particulariste qui désigne à la fois le fait de trimer et d’errer sans havre. Quel est le but de cet organe « professionnel » qui s’imprime sur des petits cahiers de trente-deux pages, typographiquement soignés et agréablement illustrés ? La rédaction déclare dans son premier numéro qu’elle se propose « d’apprendre aux pauvres hères à penser; de rendre conscient aux vagabonds le danger de la sphère bourgeoise, à laquelle ils tiennent encore trop ; de préparer les hommes de la route à la lutte révolutionnaire ; d’aider le trimardeur à vaincre les bourgeois… » Considérés du point de vue de la politique de parti, il est impossible toutefois d’attribuer une tendance politique quelconque aux articles de cette revue. Par des écrits qu’y publient les vagabonds authentiques, à côté de collaborations que lui donnent certains journalistes ou écrivains, nous apprenons avant tout que l’existence errante dont il s’agit est généralement envisagée par eux, les vagabonds, comme parfaitement romantique. Le ton est dur, cynique et âpre. Néanmoins, au congrès, le romantisme du vagabondage fut exalté par plus d’un orateur. Mais, il convient de tenir compte du fait que des 70000 vagabonds connus d’Allemagne, 350 seulement avaient paru au congrès et que ceux-ci appartenaient visiblement à l’élite ou l’aristocratie de la route. Les lecteurs réguliers de « Der Kunde » se composent de chemineaux, de mendiants professionnels, de sans-travail, de marchands ambulants, de romanichels et de quelques curieux. Mais les rédacteurs estiment que leur organe n’est pas assez répandu encore et que le groupement autour de « Der Kunde » est insuffisant. Ainsi nous pouvons lire dans un des derniers numéros parus : « Pourquoi les radeuses et les prostituées ne nous font-elles pas signe ? » Tandis qu’un autre rédacteur vagabond écrit : « Vagabonder n’est en fin de compte pas une profession que l’on puisse exercer sans conviction ». Sans aucun doute, cette revue est capable d’enseigner beaucoup de choses aux gens qui croient posséder une certaine connaissance sociale !
Les vagabonds de l’Europe Centrale se reconnaissent entre eux par la pratique d’un salut qui pourrait être international et qui se résume dans le mot « Servus ». Ils vont de l’ouest à l’est, le long du Danube vers la Turquie. Deux chemineaux arrivés à Alger, écrivent à la rédaction : « Nous sommes venus par des routes nombreuses et longues, mais nous n’en voyons toujours pas la fin ».
Chaque numéro est rempli de plaintes contre les aubergistes et des tenanciers d’asiles. Ces gens désirent trouver des auberges à eux, où personne ne les ennuiera avec des questions indiscrètes, où l’accueil sera compréhensif et où toute explication, toute confession paraitre superflue. Cela témoigne de traditions et d’habitudes qui font penser à celles des compagnons et des bohémiens du Moyen Âge. Quand ils arrivent dans une auberge où ils se trouvent plusieurs, personne ne prendra place avant que le doyen d’entre eux ait donné le signal. Un jeune vagabond rencontrant à cette occasion pour la première fois des camarades plus âgés, se présentera en frappant deux fois sur une table et en proférant ces paroles : « Kenn Kunde ». Le plus vieux collègue s’informera ensuite si personne n’a des griefs contre le « green horn » et en l’adoptant dans la confrérie, frappera à son tour trois coups sur la table.
Le « roi des vagabonds » s’appelle Gregor Gog. Il habite Stuttgart. Avant d’être promu à la dignité qu’il occupe, il exerça des professions multiples. Il fut charpentier, matelot, réfractaire et camelot. Il séjourna dans une maison d’aliénés et dans plusieurs prisons. Mais cela ne l’empêche pas d’être philosophe et d’avoir écrit un recueil d’aphorismes remarquables par la pensée autant que par la force d’expression, intitulé « Prologue à une philosophie de la grand’route ». Un de ses amis intimes essaya de m’expliquer, lors de mon séjour à Stuttgart, en quoi réside la grande signification et la puissance de l’exercice des pouvoirs du roi Gregor : « Il faut l’avoir entendu parler de la misère des errants et des « heimatlosen », qui est sa propre misère, il faut avoir vu ses yeux, après quoi on comprendra la nécessité de l’union des vagabonds du monde entier ».
Le congrès des vagabonds à Stuttgart a duré les trois jours de la Pentecôte. La police ayant interdit la tenue du congrès dans une salle, celui-ci eut lieu en plein air, aux portes de cette ville moderne, où l’architecture dominante est due au génie de Gropius, Le Corbusier, Lurçat, Oud et d’autres constructeurs contemporains. Jack London même n’aurait pu rêver que pareille toile de fond servirait un jour à une assemblée à laquelle seraient venus de partout ces hères fantasques, représentants de l’éternelle inquiétude. De tels personnages devant un tel décor ne pouvaient que nous faire penser à cette étrange atmosphère psychologique, où l’avenir parait être lié au trouble d’aujourd’hui.
Poussés par un sentiment de justice élémentaire, quelques poètes et quelques peintres étaient venus parmi ces figures bizarres, femmes et hommes, dont certains auraient pu paraitre avec éclat dans cette société tant détestée et honnie. Une figure intéressante était certes ce vagabond-peintre Hans Tombrock, qui n’a que du talent et qui ne l’exerce sans doute que pour prouver à ses concitoyens que les vagabonds sont des êtres humains comme les autres. Comme la vie de tous les congressistes, la sienne n’est à son tour qu’une longue suite d’aventures et de privations. Il débuta comme mousse au service du Norddeutscher Lloyd, jusqu’à ce que la guerre en fît un marin à la base navale allemande en Flandre et que la débâcle le poussât vers l’agitation communiste. Un langage naïvement fleuri lui sert à déclarer : « Ma mère c’est la grand’route, mère et amie à la fois – mon ami c’est le hasard, mon père la misère – le soleil c’est ma sœur, mon frère chaque homme – la faim c’est le danger permanent, le souci quotidien – j’ai une maitresse qui s’appelle l’art ». C’est le fanatique à qui l’on pardonne l’accent forcé. La figure la plus curieuse du congrès était Willi Hammelrath qu’accompagna sa femme, qui accoucha huit mois auparavant d’un fils, sur la grand’route. Hammelrath parla d’une façon claire et précise du problème : « La société capitaliste et le vagabondage » et je crois que l’on ferait bien de retenir le nom de cet homme.
Le roi Gregor menaça… d’une grève générale des vagabonds, si la société ne se décide pas à mieux les accueillir. Les vagabonds veulent que la police, les gendarmes et autres autorités, les traitent comme des êtres humains. Il est profondément injuste que « le premier venu revêtu d’uniforme » puisse les arrêter et les enfermer. « Est-ce juste et humain ?“ voilà la question qui fut posée mille fois au cours du congrès. Un vieux trimardeur, Graeser, salué par tous avec respect, exigea des pratiques humaines avant de crever. Un chemineau barbu comme un patriarche, portant sur le dos quelques boites en carton renfermant ses hardes et son pain, réclama de la justice. Il salua le congrès d’un grave : « Servus, mes frères », accompagnant ses paroles de gestes larges et rythmés qu’un acteur professionnel lui aurait enviés. Un professeur parla, un philologue, qui, certain jour, en eut assez de l’enseignement, des élèves et des confrères et tourna le dos à tout cela pour courir le grand chemin. Il est heureux maintenant et croit qu’en vivant comme un vagabond parmi les vagabonds, il a redressé un peu du tort et de l’injustice que le monde fait à ces relégués. La cruelle vérité de cette vie de misère et de famine n’a pas encore pu éteindre en ses yeux la flamme de l’idéalisme.
Les seuls réalistes de ce congrès étaient les sans-travail qui sont inébranlablement attachés à cette conviction: D’abord il faut bâfrer, la morale vient ensuite. Cela permit au poète Heinrich Lersch, qui, à son tour, prit la parole de déclarer que : « La grand’route est l’université de la révolution ».
La plupart des jeunes, présents, n’hésitaient pas à proclamer : Plus un coup de main, plus un coup de marteau dans pareille société. Il est néanmoins curieux à observer qu’aucun parmi ces hommes qui attendent une révolution et, partout sur leurs routes multiples et infinies, en prêchent l’avènement proche, n’appartient à quelque groupement politique.
Bien que les autorités de Stuttgart eussent défendu que le congrès tint ses assises en ses murs, tous ces éléments disparates et pittoresques furent bien reçus par la population du pays. Les vagabonds avaient organisé quelques jours auparavant une collecte monstre parmi les habitants. Les femmes et les jeunes filles avaient battu la ville et les environs et étaient rentrées, leurs paniers et sacs remplis de vivres, habits, pain, cigares, saucissons. Somme toute, il régna dans la contrée une sympathie tranquille. Nombreux étaient les vagabonds congressistes qui se rencontraient ici pour la première fois. Quand ils se séparèrent, d’aucuns s’en allaient vers la France, vers le Midi, droit devant eux, ne possédant nulle part au monde un foyer à eux. D’aucuns, beaucoup d’autres, se dirigeaient vers l’Orient. Quelques-uns parmi eux ne désirent sentir au-dessus de leur tête que le ciel libre. Mais la plupart voudraient bien autre chose. Les vagabonds de Stuttgart étaient en général des idéalistes affamés que l’on ne peut pas laisser mourir de faim.
Le salut des poètes leur fut apporté par Alphonse Paquet. L’écrivain Heinrich Lersch, qui vécut parmi eux comme chaudronnier, leur adressa des paroles fraternelles.
« Vagabonder n’est en fin de compte pas une profession que l’on puisse exercer sans conviction… » Somme toute, certains aventuriers riches, ayant de l’argent, ou plus d’argents encore, possédant une Ford, ou même une Rolls-Royce, n’auraient pas dû avoir honte de leurs collègues pauvres qui se sont assemblés ici.

A propos de la Fraternelle des vagabonds

Ainsi que nos lecteurs ont pu l’apprendre par l’article consacré par notre collaborateur Nico Rost, au Congrès des Vagabonds, l’Allemagne, qui se prête admirablement aux tentatives de ce genre, voit se grouper et s’organiser la grande armée des vagabonds, terreur des fermières et des fermes isolées. Ces coureurs de routes se sont unis en une grande fraternelle, dont une revue, Der Kunde ( « Le Chemineau » ), éditée depuis bientôt deux ans par le « Roi des Vagabonds » , Gregor Gog, soutient les intérêts et dont le fameux congrès de Stuttgart affirma les droits. Comme toute association solide et consciente de sa force, la fraternelle des vagabonds se munit d’un passé et organisa le présent. Les précédents illustres ne manquent pas : on se réclame de Villon, Rimbaud et Whitman. Quant à la vaste foule contemporaine des sans-feu ni lieu, Gregor Gog la classe en quatre catégories : les hors-la-loi, les amateurs d’aventures, les sans-travail et enfin les artistes. Ces derniers, mis dans une catégorie à part, sont la meilleure preuve de la sagesse qui régit cette organisation qui comprend des centres de ralliement à Berlin, Stuttgart et Magdeburg, un office d’éditions et qui travaille à l’union de ses membres dispersés par les routes. Quelques parrains : Gorki, Sinclair Lewis, Jack London et voilà pour le présent. Le but de l’association ? Bâtir un asile, une hostellerie, « le vrai asile » où l’homme de la grand’route se sentira chez lui. Les moyens ? La vente des livres qui sortent des presses de l’Office des Editions des Vagabonds, les expositions, les dons et les collectes. Cet Office publia déjà des livres de Gregor Gog, Hans Trausil, J. Mihaly, Otto Ziese et un album de dessins de Hans Tombrock faits dans un style « revanchard » cher au Simplicissimus et qu’il qualifie lui-même, dans une autobiographie parue dans le Chemineau, de Tombrockionisme.
Max Ackermann, K. H. Bodensiek, Bönninghausen, Streiter et Theodor Walz illustrent également la revue et l’exposition de leurs œuvres eut lieu le jour du congrès dans une galerie d’art de Stuttgart.
Les efforts de Gregor Gog ont réuni à ce congrès les chemineaux et vagabonds de tous pays. Ils lui permettront de trouver les fonds pour la construction de cette « maison du chemineau » qui est l’idéal que cherchent à atteindre ces gens qui prêchent la révolution le long des routes, ne font partie d’aucune organisation politique et qui n’ont qu’un désir : savoir qu’au bout du voyage, qu’une force inconnue leur fait entreprendre, il y aura un chez-soi… d’où il sera doux de repartir à nouveau.

Source : Variétés, Revue mensuelle illustrée de l’esprit contemporain, Bruxelles, n°3, 15 juillet 1929, p. 158-162 et p. 223-224.

Shadowboxing (Panantukan)

Gregor Gog – Vorspiel zu einer Philosophie der Landstrasse. Aus den Notizen eines Vagabunden (1928)

„Am Ende dieser Welt steht ein Irrenhaus. Dahinter beginnt die Landstraße, die in die Unendlichkeit führt. Wohlan !”

Distractions luxemburgeoises

Pour me distraire, je lis l’histoire géologique de l’Allemagne. Songez donc que dans des plaques d’argile de la période algonkienne, c’est-à-dire de l’époque la plus ancienne de l’histoire du globe, alors qu’il n’existait pas encore la moindre trace de vie « organique », donc il y a des millions et des millions d’années, songez que l’on a trouvé en Suède, dans une de ces plaques d’argile, la marque des gouttes d’une brève averse ! Je ne saurais vous dire quel effet magique produit sur moi ce lointain bonjour venu du fond des âges. Je ne lis rien avec autant d’intérêt passionné que des livres de géologie.

Lettre à Mathilde Jacob, 9 avril 1915.

Il y a deux ans — cela tu l’ignores totalement —, j’ai enfourché un autre dada : à Südende, j’ai été prise de passion pour les plantes, je me suis mise à cueillir, à mettre sous presse, à herboriser. Pendant quatre mois, je n’ai littéralement pas fait autre chose que baguenauder dans la campagne, ou classer et identifier à la maison les plantes que je rapportais de mes randonnées. Actuellement, je possède douze herbiers bien remplis et je me retrouve très bien dans la « flore indigène », p. ex. dans celle de la cour de notre infirmerie, où poussent deux ou trois arbustes et des mauvaises herbes à foison, pour la joie des poules et la mienne. Tu vois, il faut toujours que j’aie un sujet qui m’absorbe de la tête aux pieds ; et je sais bien que pareil comportement ne convient guère à un personnage grave, dont on attend toujours — voilà bien sa chance ! — quelque manifestation d’intelligence.

Lettre à Louise Kautsky, 18 septembre 1915.

Verbascum lychnitis (molène lychnite)
IISG Amsterdam – Rosa Luxemburg papers, Nr. 27.

Walter Fähnders – « Generalstreik das Leben lang! » – Arbeit, Arbeitsverweigerung und Vagabondage (2015)

Walter Fähnders : « Generalstreik das Leben lang! » – Arbeit, Arbeitsverweigerung und Vagabondage, in: Arbeit und Protest in der Literatur vom Vormärz bis zur Gegenwart. Hrsg. von Iuditha Balint und Hans-Joachim Schott. Würzburg: Königshausen & Neumann, 2015, S. 65-87.



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